Chapitre 61

Hatice pousse un cri tandis que son père se rue vers elle. Il ne voit pas que la concubine s'approche alors de lui, la lame prête à fendre l'air pour se planter dans son dos.

– Attention ! L'avertit alors Hatice en ouvrant de grands yeux apeurés.

Mehmet se retourne brusquement et attrape le bras de la concubine avant qu'elle ne le poignarde. D'un geste précis, il lui retourne le poignet, l'obligeant à lâcher sa lame.

– Non, gémit-elle de rage.

Avec son autre main, il attrape le manche de son sabre puis assomme la jeune femme du bout de son manche. La concubine s'effondre sur le sol dans un fracas assourdissant. Au même moment, Hassan Bey entre dans la pièce accompagné de trois janissaires.

– Votre Majesté, le palais est attaqué ! Lance-t-il avant que ses yeux ne se pose sur la femme couchée au sol.

Mehmet est en train de rassurer Hatice qui commence à trembler.

– Rapport, ordonne Mehmet avec sa voix de Sultan.

– La porte principale a subit une explosion. À l'intérieur du palais, des traîtres sont en train d'essayer de rentrer dans les appartements royaux.

Alors que Mehmet allait donner un ordre lorsqu'un bruit de lutte se fait entendre dans le couloir.

– Hatice, derrière moi, intime-t-il en prenant en main un autre sabre qu'un janissaire lui tend.

La jeune fille s'exécute rapidement tandis que la porte s'ouvre dans un grand bruit. Une dizaine d'homme, tout de noir vêtus et portant une sorte de cagoule masquant la moitié de leur visage, entrent dans la chambre.

– Par Allah ! Hurle Mehmet en brandissant ses sabres.

Les lames s'entrechoquent mais les intrus ne font pas le poids face au Sultan et Hassan Bey. La jeune Hatice, quant à elle, se recroqueville contre un angle de la pièce.

Lorsque les hommes sont tués, Mehmet donne ses ordres rapidement :

– Vous m'enfermez la femme, je l'interrogerais plus tard. La priorité maintenant c'est ma famille et le palais. Hassan, trouve Beynam Agha et vous allez en direction de la chambre de Bayezid et de la Valide Sultane.

Le Bey prend note de l'ordre et se rue pour accomplir son devoir. Mehmet se tourne alors vers Hatice.

– Tu as été très courageuse tout à l'heure, lui sourit-il en posant une main rassurante sur son épaule, tu m'as sauvé deux fois.

La jeune fille plonge son regard dans celui de son père.

– Je vais te demander d'être encore un peu courageuse pour moi, pour tes frères et sœur et ta mère, continue-t-il.

Hatice hoche doucement la tête en se retenant de pleurer.

– On va devoir aller les sauver, indique-t-il d'une voix grave, et je ne peux te laisser là. Il faut que tu viennes avec moi.

– D'accord, murmure-t-elle comme si elle comprenait ce que cela engendre.

– Tu resteras tout le temps derrière moi, lui explique-t-il, il va y avoir du sang et des morts par contre, essaie de ne pas regarder.

Mehmet s'en veut de devoir imposer cela à sa fille de neuf ans mais il n'a pas le choix. Les rebelles venant également de l'intérieur du palais, il n'a plus confiance en grand monde actuellement.

Hatice hoche une nouvelle fois la tête et Mehmet lui demande avec un regard si elle est prête. Et c'est courageusement que la jeune sultane suit son père en dehors de la chambre.

Dans la chambre de la Sultane Leyla, les enfants étaient en train de terminer le dîner en compagnie de leur mère lorsque l'explosion retentit. Leyla se lève d'un bond en l'entendant tandis que ses enfants se regardent en se demandant ce qu'il se passe.

À ce moment là, Mustafa Agha entre dans la pièce d'un pas rapide.

Leyla l'interroge du regard et est rapidement rejointe par le petit Suleyman qui commence à avoir peur.

– Sultane, des rebelles ont infiltré le palais, avertit-il avec une voix légèrement prise par la peur.

Esra Kalfa arrive à ce moment là de la pièce servant de chambre aux enfants. La Kalfa a tout entendu et se tourne vers sa Sultane pour attendre les ordres.

– Emmène les enfants dans la pièce secrète, indique-t-elle en essayant de garder son sang froid.

Leyla pense directement à Murat et Bayezid seuls dans la chambre de ce dernier.

– Mustafa on va barricader la porte, termine-t-elle au moment où Esra entraîne les enfants vers une pièce adjacente.

L'eunuque attrape divers meubles qu'ils coincent derrière la porte. Leyla l'aide tout en réfléchissant à la suite.

– Mustafa dis moi que tu as toujours ton poignard sur toi, veut savoir la Sultane une fois la porte bloquée.

L'homme hoche doucement la tête avant d'attraper l'arme en question. Leyla se dirige alors vers un placard avant de sortir son poignard, un cadeau de Mehmet.

Un premier coup contre la porte se fait entendre, faisant sursauter la jeune femme. Son regard croise celui de Mustafa Agha et les deux se tiennent prêts à protéger les enfants coûte que coûte.

Au moment de l'explosion, Bayezid et Murat étaient en train de savourer des fruits secs en guise de dessert. Yusuf Agha arrive alors paniqué.

– Shezade, le palais est attaqué !

Les deux princes se lèvent d'un seul geste avant de se regarder.

– Qu'est-ce que l'on fait ? L'interroge Murat en cherchant l'aide de son grand frère.

Bayezid comprend alors qu'en tant qu'aîné, il doit tout faire pour protéger son frère.

– Yusuf est-ce que l'on peut sortir ?

– C'est trop dangereux Shezade, apparemment, des serviteurs du palais seraient avec les rebelles. On ne sait plus qui est de notre côté.

Bayezid prend quelques secondes pour réfléchir. Il aurait bien voulu pouvoir rejoindre sa mère à quelques chambres de là. Il doit trouver une autre solution.

– On va mettre des meubles devant la porte pour empêcher les traîtres de rentrer. Je suis sûr que notre père va venir nous sauver.

Yusuf opine du chef puis les trois garçons se mettent à pousser des meubles devant la porte. Ils terminent à peine de le faire lorsque de grands coups retentissent dessus. Murat ne peut s'empêcher de trembler tandis que Bayezid regarde la porte avec appréhension : pourvu qu'elle tienne le coup jusqu'à l'arrivée de leur père.

Les Sultanes Samira et Safir sont ensemble lors de l'explosion. C'est Fatma Hatun qui vient leur rendre compte de ce qu'il se passe. Immédiatement, Safir se lève de son coussin pour aller sauver son fils. Samira l'arrête puis ordonne à Fatma Hatun de bloquer sa porte. La vieille femme donne l'ordre à deux Agha qui l'accompagnaient de pousser les meubles. Safir regarde faire sans pouvoir contenir son angoisse.

– Bayezid est intelligent, lui rappelle la Valide Sultane, il trouvera comment se protéger le temps que Sa Majesté reprenne le palais.

La Sultane hoche doucement la tête mais ne peut s'empêcher de se ronger l'ongle. La Sultane Samira continue ses ordres afin de transformer sa chambre en une forteresse.

Dans les sous-sols du palais, le Chef des rebelles vient d'apprendre la tentative ratée d'empoisonnement du Sultan. L'homme jure avant de se tourner vers ses subordonnés.

– Tuez moi le Sultan, hurle-t-il d'une voix à en faire trembler les murs. Tuez le moi. Le jour ne doit pas se lever tant qu'il n'est pas mort !

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