Chapitre 60

Bayezid découvre sa nouvelle chambre en compagnie de Mehmet. Le garçon n'en revient pas d'avoir enfin une chambre à lui. La chambre n'est pas énorme mais Bayezid dispose de tout le confort nécessaire. Il apprécie les teintes orangés de ses meubles et draps. La pièce principale de sa chambre est composée d'un grand divan en soie rouge accompagné de quelques coussins oranges. Un guéridon cuivré est disposé de part et d'autre du divan. Bayezid aperçoit également une petite commode servant de bibliothèque. Sa chambre se trouve alors dans le fond de la pièce, dans un espace rien que pour son lit. Ses affaires ont déjà été transférées et des serviteurs sont en train de tout ranger.

– Tu as de la chance mon frère, commente Mehmet en regardant et inspectant toute la chambre.

Bayezid lui sourit avant de lui répondre :

– Tu seras le prochain à obtenir une chambre Mehmet. J'espère qu'elle sera proche de la mienne.

Mehmet approuve avant de s'asseoir sur le divan pour tester son matelas. Il s'amuse alors à rebondir doucement faisant rire son frère.

À ce moment là, la Sultane Safir entre dans la pièce. Aussitôt, les différents serviteurs présents s'inclinent devant elle pour la saluer. La Sultane a revêtu une robe rouge carmin composée de strass au niveau de son décolleté. Ses cheveux sont noués en une tresse laissant quelques mèches encadrer son visage. Elle porte une parure de bijoux resplendissant et aux tons marbrés rouges et violets. La Sultane sourit à son fils en le voyant et vient l'enlacer. Mehmet salue poliment la Sultane qui lui rend rapidement ses salutations.

– Comment trouves-tu ta chambre mon Bayezid ? Veut savoir Safir en inspectant du regard chaque endroit.

– J'aime beaucoup Mère, lui répond son fils en la remerciant d'un sourire.

Safir lui rend son sourire avant d'aller voir son coin avec son lit. Puis elle revient auprès des deux Shezade et s'installe sur le divan. Mehmet profite de ce moment pour s'éclipser et laisser son frère avec sa mère. Le jeune homme ne voudrait pas déranger.

Bayezid s'assoit à côté de sa mère qui commence à lui donner pas mal d'informations :

– Ma chambre n'est pas très loin, tu peux toujours venir si tu as un soucis.

– Merci mère mais je pense que je vais réussir à me débrouiller, lui répond son fils avec assurance.

Safir esquisse un sourire puis fait un geste en direction de la porte. Sa concubine ouvre alors et un Agha entre doucement en gardant la tête basse. Bayezid inspecte cet homme qui doit avoir seulement cinq ans de plus que lui puis tourne son regard vers sa mère.

– Yusuf Agha sera en charge de tes besoins, l'informe-t-elle. Il sera à ton service.

Un soupçon de pouvoir émerge alors en le jeune homme. C'est la première fois qu'il a une personne à son service. Une personne travaillant que pour lui.

Bayezid fixe le jeune Agha avec intérêt puis remercie sa mère.

Dans les couloirs du palais, les murs ne sont éclairés que par des torches. La nuit est déjà bien avancée mais une ombre se propage sur les murs en marbre. Des pas silencieux se dirigent jusqu'à un sous-sol où d'autres individus en capuche sont déjà présents. Une grille se ferme derrière la dernière ombre et un homme retire sa capuche pour commencer à parler :

– Le moment se rapproche mes amis. Nous prendrons le château la prochaine nuit.

Les autres membres enlèvent à leur tour leur capuche pour écouter l'homme à la barbe, un vizir du Sultan. Les autres membres de cette petite assemblée sont des serviteurs, des cuisiniers, des concubines. La graine rebelle a réussi à s'infiltrer dans le palais.

– J'ai tout ce qu'il faut en cuisine, continue le jeune cuisinier aux yeux verts, il faudra que Dame Ayça vienne chercher les plats du Sultan.

– Je vais faire en sorte d'être choisie, affirme la jeune concubine brune. Fatma Hatun me fait confiance.

Les autres approuvent cette informations puis mettent au point la suite du plan.

Le soleil est bien haut dans le ciel lorsqu'Hatice entre dans la chambre privée. La jeune Sultane se languissait de son père et a décidé d'aller le voir. Mehmet est assis à son bureau lorsqu'elle entre et sourit en posant sa plume pour aller l'enlacer. Hatice lui fait une bise sur sa joue.

– Père cela fait des jours qu'on ne vous a pas vu, se lamente-t-elle.

Mehmet a bien conscience de cela. Il faut dire qu'il travaille sans relâche sur la menace rebelle depuis plusieurs jours. Il n'a pas eu une minute pour visiter ses enfants ou même Leyla. Il doit avouer que ses proches lui manquent également.

– Je suis désolé ma princesse mais j'ai beaucoup de travail en ce moment.

Hatice fait la moue, celle qui attendrit toujours son père. Mehmet la regarde avec amour puis se met à rire.

– Je n'ai pas beaucoup de temps à t'accorder mais si tu veux, je vais t'inviter à dîner avec moi. Ça te convient ?

En voyant la mine réjouie de sa fille, Mehmet en conclut qu'il a tapé dans le mille. Deux heures passent durant lesquelles il travaille et qu'Hatice lit un livre puis des serviteurs commencent à dresser la table.

Mehmet s'installe auprès de sa fille qui lui raconte ce qu'elle a lu sans interruption. Hatice est une jeune fille assez sensible et qui aime les belles histoires et le romantisme remarque Mehmet. Il espère pouvoir lui trouver un mari répondant à ces critères lorsqu'elle sera plus vieille.

La jeune femme décrit les figures de style utilisées pour raconter une rencontre et Mehmet l'écoute avec attention. Il se dit qu'il demanderait bien à un académicien de venir donner des cours à Hatice. Mehmet se promet de le faire aussi rapidement qu'il le pourra.

Une jeune concubine brune apporte alors les plats et les dépose sur la petite table argentée. Mehmet ne lui prête pas attention jusqu'à ce qu'elle annonce la sauce prévue pour les cailles servies. Le Sultan pose alors son regard sur elle. Une femme assez quelconque avec de légères boucles brunes. Mehmet ne se souvient pas l'avoir déjà vue.

La concubine tient un petit pichet rempli d'une sauce foncée. Oui, définitivement, elle est novice sur ce type de tâche, car jamais une concubine ne s'adresse au Sultan sans y être invitée.

Au regard d'Hatice sur la femme, Mehmet se dit que sa fille a également remarqué ce manque d'entraînement.

La concubine ne semble pas si gênée d'avoir fait une erreur. Elle continue de montrer son pichet de sauce au Sultan. Mehmet tempère du regard sa fille avant d'accepter la sauce pour libérer la jeune femme.

Cette dernière se presse afin de servir le Sultan puis se recule de quelques pas. Mehmet s'étonne de ne pas entendre le bruit de la porte puis voit que la jeune femme est toujours présente. Décidément il devra parler à Fatma Hatun de sa jeune recrue.

Mehmet attrape un morceau de pain avant de le mettre en bouche puis relance une conversation avec sa fille.

Hatice répond vaguement, ses yeux toujours posées sur la concubine. La brune fixe son père avec intérêt. Mais Hatice ne reconnaît pas ce type de regard. D'habitude les concubines ont un regard intéressé sur son père. Mais là, c'est autre chose. Un regard qui met mal à l'aise Hatice et elle n'arrive pas à comprendre pourquoi.

C'est alors que le regard de la concubine passe de son pichet à l'assiette du Sultan couverte de sauce. Ses lèvres bougent sous un murmure. Hatice plisse les yeux et semble comprendre ce qu'elle vient de murmurer. Elle veut que son père mange.

Mehmet est en train de converser sur les chevaux lorsqu'il trempe un morceau de pain dans son assiette pour ramasser un peu de sauce. Un sourire commence à s'étirer sur le visage de la concubine.

Hatice comprend alors.

– Non ! Crie-t-elle en repoussant le pain de la main de son père. C'est empoisonné !

Mehmet tourne vivement la tête vers sa fille qui le regarde avec une peur montante. Puis il dirige son regard vers la concubine. Celle-ci garde la tête haute. Un comportement assez étrange face à une accusation aussi grave que celle-ci.

Mehmet se lève pour faire face à la concubine lorsque cette dernière sort un poignard de sa manche.

Hatice laisse échapper un cri de stupéfaction en se bouchant la bouche avec les deux mains.

Mehmet fixe la lame et la jeune femme.

La rébellion qu'il croyait réussir à maintenant est en fait également infiltrée dans le palais.

Mehmet se positionne entre la jeune concubine et sa fille afin de la protéger.

Et une explosion résonne alors à l'entrée du palais.


(après une longue interruption, désolée, voici la suite !!

Je vais essayer d'être plus régulière pour les autres chapitres) 

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