13
Alex
La porte claque derrière moi, je presse le pas avant qu'elle me rejoigne. Je suis un connard de lui avoir posé cette question, il est évident qu'elle est heureuse avec son mec. Sinon, elle ne serait pas là avec lui, même si leur vie à tous les deux à l'air monotone, je n'ai pas le droit d'interférer dans ses choix. Autant je la désire, autant je veux l'éloigner de moi. J'ai accepté sa requête d'être son ami dans le seul but qu'elle s'aperçoive d'elle-même que je suis nocif et mauvais. La repousser au fur et à mesure de ses approches pour la sauver de celui que je suis. Ça me convenait très bien de la mater sans être vu, je la fuis alors que j'ai obtenu une partie de ce que je voulais. Qu'elle me voit! Je ne sais pas ce que je veux, simplement parce que la peur de lui faire du mal me ronge.
Je rejoins Cole et les autres à notre table, ils sont tous déchirés. Seule Clémentine est sobre, c'est elle qui conduit ce soir et ne pas être dans le trip des gars ne semble pas la déranger. Cela n'empêche pas la rousse de venir s'installer à califourchon sur mes cuisses. Rageux de ma rencontre avec Aliona, je saisis la nuque de la jeune femme et l'embrasse à pleine bouche. Ma main glisse sous le tissu de sa robe pour atteindre son cul. Elle porte un string pour mon plus grand bonheur, j'enfonce mes doigts dans sa chair et un gémissement plaintif se perd dans ma bouche. Elle recule et me fixe avec envie, je lui souris puis elle se penche en arrière et attrape mon verre qu'elle me donne. Je la remercie et jette un œil sur la piste de danse. J'y croise le regard d'Aliona qui reste figée au milieu des autres qui se déhanchent sans lui prêter attention.
De là où je me trouve, je n'arrive pas à déchiffrer son regard. Elle se fraie un chemin et je suis incapable de la quitter des yeux, jusqu'à ce qu'elle rejoigne le bas de l'escalier. Elle me lance un dernier regard et grimpe les marches qui donnent sur la mezzanine. Je trouve ça étrange, car celle-ci est fermée au public ce soir. Je reste à observer la rambarde, mais à aucun moment elle n'apparaît. Puis mon téléphone vibre dans la poche de mon jean. Clémentine ayant senti la vibration se lève et s'assoit près de moi.
[Et toi es-tu heureux, Alex ?]
[Ma vie me convient]
[J'aimerai manger dans un restaurant gastronomique, faire un saut à l'élastique, conduire une voiture sportive...]
Je souris comme un con, ce sont des choses simples à réaliser.
[Pourquoi tu ne fais pas toutes ces choses ?]
[Parce que je ne veux pas les faire seule.]
[Demande à ton mec !]
La réponse tarde à arriver, puis l'écran s'illumine enfin.
[Où à un ami]
Cette fois-ci, c'est moi qui mets du temps à écrire, simplement parce que je ne sais quoi lui dire. Jamais je ne partagerais ses envies avec elle. Je lève les yeux vers l'étage, elle est là, ses yeux bleus se rivent aux miens. Je serre la mâchoire, tout un tas de trucs me passe par la tête, comme la rejoindre là-haut. Je bois une longue gorgée de mon verre et quitte la banquette. Discrètement, je me faufile jusqu'aux marches qui me mèneront à elle. Une fois arrivée, je la retrouve appuyée contre le mur, ses pupilles rivées sur son téléphone.
— Ton mec va te chercher.
Elle lève lentement la tête vers moi et ce que je décrypte dans son regard me brise. Un mélange de colère et d'incompréhension, pour quelle raison est-elle dans cet état, je n'en ai pas la moindre idée. Je m'approche d'elle prudemment.
— C'est ta petite amie ? demande-t-elle abruptement.
— Clémentine ? Non, elle et moi, c'est juste comme ça.
— Oh, je vois.
Plus j'avance vers elle, plus son corps se tend comme un arc. Légèrement à l'ouest, ma paume rencontre sa joue. Elle frémit à mon touché et putain c'est si bon de sentir sa peau sous mes doigts. Comme elle ne bouge pas, je m'autorise à passer mon pouce sur ses lèvres. J'amorce un pas dans sa direction, celui qui me colle à sa poitrine. Je saisis son menton et l'oblige à me regarder. Elle est si belle. Putain, je n'ai pas le droit d'être là, encore moins de la toucher, je vais la faire souffrir, elle va morfler, mais c'est plus fort que moi, je ne peux pas m'en empêcher. L'interdit est bien trop attirant pour y résister.
— Depuis combien temps tu es avec ton mec ? lui demandé-je.
— Deux ans, bredouille-t-elle.
— Tu l'as déjà trompé ?
— Non, murmure-t-elle d'une voix éraillée.
Mes doigts descendent sur son cou et glissent vers sa nuque dégagée. Ses cheveux sont remontés en une queue de cheval alors que je préfère quand ils sont lâchés. Mon cœur bat si fort dans ma poitrine que c'en est presque douloureux, sans parler de mon érection qui doit déformer mon jean. Nerveuse, Aliona passe sa langue sur ses lèvres. Alors, sans ménagement et sans lui demander l'autorisation je pose ma bouche sur la sienne. Mes phalanges se resserrent sur sa nuque quand elle m'offre la possibilité de joindre ma langue à la sienne.
Je perds totalement pied tant c'est irréel et surréaliste. Ses mains se posent sur mon torse puis longent mes côtes, pour finir sur ma taille. Je vibre, je frémis et bordel, je ne veux pas que ça s'arrête. Mon corps se colle contre le sien et le gémissement qui franchit sa gorge à raison de moi. J'y mets plus d'ardeur et de conviction, Aliona se prête au jeu et approfondit son baiser. Son bassin bouge contre le mien, ma paume glisse sous son pull pour caresser sa peau douce et chaude. J'atteins ses reins, resserre mon étreinte afin de la sentir encore plus contre moi. Je voudrais que l'on fonde l'un dans l'autre, que l'on ne fasse qu'un. Puis, je cesse notre baiser et je reviens à la réalité avant de faire n'importe quoi. Le souffle court nous nous dévisageons, aussi surpris l'un que l'autre par ce qu'il vient de se passer.
Je recule lorsque je lis l'incompréhension sur son visage, comme je le pensais, elle regrette. Son index et son majeur se posent sur sa lèvre inférieure tandis qu'une larme glisse sur sa joue.
— Tu regrettes n'est-ce pas ?
Sans me répondre, elle passe à mes côtés et descend les marches comme si elle avait le feu au cul. Une colère noire s'empare de mon être, mon poing rejoint le mur en face de moi.
— Merde ! Fais chier !
Je m'assois sur un fauteuil et saisis ma tête entre les mains, des images se mélangent dans mon esprit. Le passé, le présent. Elle, Aliona. Leur visage se superpose et je me rends compte que je ne suis pas guéri, que malgré ce que je veux me faire croire, je continue ma descente aux enfers. Mais surtout, je m'apprête à réitérer la même connerie qu'il y a cinq ans et je ne dois pas.
Pas avec elle !
Une larme quitte le coin de mon œil et vient s'échouer sur le tissu clair de mon jean. Je ne craquerai pas, d'un geste brusque j'essuie mes yeux avant de redescendre. Je ne prends pas la peine de rejoindre les gars et Clémentine, je quitte la boîte sans un regard en arrière. J'ai besoin de marcher, de changer d'air et surtout, surtout ne pas penser à elle et pour ça je dois rentrer chez moi.
Je déambule dans les rues dans un brouillard qui n'est pas dû à la prise de produits illicites, non, je lutte contre ces flashs qui tentent de prendre le dessus. Mon téléphone vibre à plusieurs reprises dans ma poche, mais je l'ignore. Tel un automate et après une demi-heure de marche, je suis enfin chez moi. Je ne prends pas la peine d'ôter mon blouson et me dirige vers le placard de la cuisine. J'attrape la première bouteille et ingurgite une longue rasade du liquide qui me brûle la gorge. Je rejoins le canapé, tire le tiroir de la petite table et fouille au fond de celui-ci jusqu'à en sortir une petite boîte noire. Les mains tremblantes je l'ouvre et en sors de quoi me préparer un truc qui me fera plonger dans les abysses toutes la nuit. J'inhale la poudre blanche avec rapidité et file ensuite dans ma chambre en compagnie de ma bouteille.
Allongé sur mon lit, je ferme les yeux et j'attends que la dope s'empare de mes cauchemars. Lorsque ça arrive, je ne lutte pas et laisse mon corps gérer. Cependant, ça ne se passe pas comme je l'aurais voulu, son visage s'impose à moi tel un démon qui vient me hanter du mal que j'ai fait.
**
Ses cheveux châtains encadrent son visage, ses yeux bleus me scrutent avec envie. Puis, elle avance et ses lèvres douces se posent sur les miennes. Son sourire me fait craquer, ça c'est certain, la jeune femme s'installe près de moi et chope le joint que je tiens entre les mains. Elle tire dessus en tremblant avant de me le redonner et de continuer sa descente avec son verre d'alcool. Sa tête bascule sur mon épaule, elle a sa dose pour la soirée et je sais que dans ces moments-là, ma nuit va être torride. Elle est chaude comme la braise et se lâche sans pudeur pour mon plus grand plaisir.
Elle se lève et attrape ma main pour me tirer vers elle, je ne résiste pas. Je la suis dans la chambre, la sienne, elle ôte ses vêtements sans perdre une seconde et je fais de même avec les miens. Le seul regret que j'ai, c'est qu'elle soit aussi entreprenante uniquement quand elle fume. Lorsqu'elle est normale, elle est plus timide et réservée. Je frémis sous ses caresses osées, ne tenant plus j'attrape ses fesses et la soulève sans ménagement pour la déposer sur la commode. Elle fouille dans un pot et me tend un préservatif que j'enfile à la hâte. Elle empoigne mon érection et la guide jusqu'à elle. Je m'enfonce brusquement dans ses chairs humides et balance mon bassin d'avant en arrière. Je l'embrasse à en perdre haleine, puis mon prénom franchit ses lèvres, elle me supplie de ne pas m'arrêter et quand l'orgasme la foudroie, je me sens vivant. Je me sens quelqu'un et j'oublie le mal que je lui fais.
**
Lorsque j'ouvre les yeux, le jour est déjà levé, je tente de me reconnecter à la réalité. Je vis ces rêves ou ces cauchemars comme s'ils étaient réels et c'est ça le plus difficile. Ils reviennent au grand galop depuis quelque temps, et je n'aime pas ça. Chaque fois que cela arrive, je me perds et m'enfonce dans cette déprime infernale.
Je constate que je suis toujours habillé de mon blouson, je grogne quand j'ose me lever. Mes muscles sont endoloris comme si je couvais une mauvaise grippe. Je me débarrasse de mes fringues et enfile un jogging, la douche attendra plus tard. Je peste contre moi-même en voyant la bouteille renversée sur le sol, le liquide s'étant rependu sur celui-ci. Je me dirige vers la cuisine, un café me fera du bien. Étrangement, je ne suis pas aussi minable que je l'aurais pensé hier, cette dope n'a pas eu vraiment l'effet escompté. Tant mieux et dommage, cela m'aurait évité de ressasser le passé.
Des coups à la porte me surprennent, je jette un œil à la pendule et mes yeux s'écarquillent en constatant qu'il est déjà quatorze heures. Cole doit sans doute venir voir si je suis toujours vivant. Je file ouvrir et découvre effectivement mon ami.
— Putain! T'étais où, mec ? Je t'ai cherché dans toute la boîte, gronde-t-il.
— J'avais besoin de prendre l'air.
Cole entre et se dirige vers la cuisine se servir un café. Ce mec fait comme chez lui, je l'aime bien et sa vie est aussi pourrie que la mienne, alors bon.
— Même Clem a flippé, tu sais. Elle te kiffe vrai...
Mon pote ne termine pas sa phrase, son regard sombre fixe la table basse du salon. Lentement, il tourne la tête vers moi. Il est furieux, parce qu'il sait, il a compris et il m'a vu m'enfoncer il y a cinq ans et j'imagine qu'il n'a pas envie de jouer à nouveau les nounous.
— Pourquoi ?
C'est sa seule question et je fuis son regard.
— Alex, grogne-t-il. Qu'est-ce qui se passe, bordel ?
— Rien, je gère.
— Ils te font chier ?
Sa question ne me surprend pas, je réponds par la négative en hochant la tête.
— Alors quoi ? insiste-t-il.
— Je l'ai embrassée, lâché-je.
Et comme je m'en doutais, c'est elle que je veux.
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