14
Aliona
Lenny ronfle à mes côtés, comme chaque fois qu'il a trop bu, c'est insupportable, mais ce n'est pas ce qui m'empêche de fermer l'œil. Non, je me repasse en boucle ce baiser avec Alex.
Mais qu'est-ce qui m'a pris bon sang !
Alex m'avait prévenue de son attirance pour moi, le seul problème durant cet échange des plus enivrants de ma vie, c'est que je n'ai rien fait pour le repousser. Au contraire, je l'ai encouragé et s'il ne s'était pas arrêté... Mon Dieu, mais quel genre de fille je suis ? J'ai embrassé un autre homme que Lenny. Est-ce que cela signifie que je l'ai trompé ? Bien sûr que oui ! Dans cette histoire, le plus pathétique, c'est ma fuite. Je me suis barrée en laissant Alex seul sans la moindre explication. Je dois m'excuser, lui dire que tout ceci n'est qu'un mal entendu et que cela ne se reproduira pas.
Menteuse !
Pourtant, j'ai très envie de recommencer, ce que j'ai ressenti est indescriptible. Je tourne le dos à Lenny et laisse échapper une larme vers ma tempe, puis je me lève discrètement, ramasse mes affaires éparpillées au sol. J'enfile mes fringues, regarde Lenny une dernière fois et quitte son loft. La nuit est encore présente, les rues désertes et le vent toujours aussi glacial. Je me dirige vers ma voiture et je grimace en voyant qu'elle est gelée. Je grimpe dedans et mets le chauffage à fond, puis après dix minutes, je peux enfin rentrer chez moi.
Les portes de mon appartement à peine franchit, je me dirige directement vers mon lit, j'ôte mes vêtements et glisse sous les draps. Mon cerveau analyse la situation et je me remémore les dernières heures avec Lenny, et j'ai honte de moi. Je me suis donnée à lui pour tenter d'effacer l'image d'Alex, autant dire que ce fut un échec cuisant. Je n'ai rien éprouvé, aucun plaisir, de toute façon je n'ai jamais le temps d'éprouver le moindre truc avec lui. Il est si égoïste et rapide que je ne cherche même plus à tenter d'en avoir. Je ne raisonne jamais de cette manière, mais je pense que quelque part ce baiser m'a ouvert les yeux sur ma relation avec mon petit ami. Nous ne faisons rien, pas de sorties autres que les bars et les boites de nuit, il prétexte toujours être fatigué.
Je finis par m'endormir, le cœur lourd et la gorge nouée par la peine et le stresse de la situation dans laquelle je me suis mise.
Lorsque j'ouvre les paupières, le réveil à mes côtés indique quinze heures, j'ai plusieurs messages de Lenny auxquels je ne réponds pas. Je prépare un chocolat chaud et quelques gâteaux pour grignoter devant la télé. La sonnette retentit, alors que je m'apprête à rejoindre le canapé. Je soupire en reposant ma tasse sur le plan de travail et mon visage se décompose lorsque je vois Lenny derrière la porte.
— Salut, dit-il simplement.
Je lui réponds du bout des lèvres, ce tête à tête, je ne le sens pas du tout.
— Tu me laisses entrer ?
Je m'écarte, il ne m'embrasse pas et quelque part ça me soulage. Puis sans attendre que je referme, il rejoint le salon, mais ne s'assoit pas. Le visage fermé et légèrement crispé, il enfonce ses mains dans les poches de son pantalon parfaitement repassé et me toise en serrant la mâchoire.
— Pourquoi es-tu partie sans me prévenir ?
— Je voulais rentrer chez moi, avoué-je.
— Pourquoi ?
Mes paupières se ferment une fraction de seconde. Nous devons avoir une discussion, une vraie, pas une de celle qui finisse sur l'oreiller.
— Rien ne va plus entre nous, Lenny. Inutile de nous voiler la face.
Il ne cille pas et reste de marbre devant mon aveu.
— Précise, demande-t-il d'une voix sombre.
Jamais, je n'ai vu Lenny parler aussi durement, ou encore être aussi froid. Mais je ne me démonte pas et continue sur ma lancée, je garde tout ça depuis bien trop longtemps.
— Tu es de plus en plus absent. Et lorsque tu es présent, nos soirées se résument à regarder un film et à coucher ensemble.
Je déglutis, car je sais pertinemment que la suite ne va pas lui plaire. Nous avons déjà eu ce genre de conversation et chaque fois ça se termine mal.
— Et quand nous faisons l'amour, toi, tu prends ton pied sans te soucier si c'est mon cas.
— On a plus quinze ans pour les préliminaires, marmonne-t-il.
— C'est vrai, mais moi, j'en ai besoin.
Un soupir d'exaspération lui échappe, décidément je ne reconnais pas l'homme en face de moi.
— Comme par hasard ta présentation a eu lieu le même jour que mon expo, certes je veux bien. Mais, la pétasse siliconée qui t'accompagnait... Jamais tu ne m'as dit qu'elle serait du voyage et pour couronner le tout, tu m'imposes de la ramener chez elle, finis-je sèchement.
J'avance d'un pas vers lui, il ne bronche pas, son visage est neutre comme si tout ce que je lui disais ne l'atteignait pas. Il ne réagit pas et je trouve ça vraiment étrange, mais je ne m'arrête pas.
— Tu ne m'as même pas demandé quelle galerie j'avais choisie pour mes toiles. Alors que moi, je t'ai posé des questions sur ton déplacement.
Mes mains tremblent et le silence dans la pièce m'angoisse. Je dois aller au bout de ce que je désire lui annoncer, j'inspire profondément avant de me lancer.
— J'ai besoin de faire une pause. Je ne sais plus où j'en suis et je dois me concentrer sur mes études.
— Tu es en train de me dire que c'est terminé ? demande-t-il sans aucune émotion.
— J'ai besoin d'espace et de faire d'autres choses.
— Comme aller fourrer ta langue dans la bouche de ce mec, dit-il calmement.
J'ai un mouvement de recul, mes yeux s'écarquillent, ma bouche s'entrouvre, mais aucun son n'en sort. Un frisson parcourt mon corps tandis qu'un malaise s'immisce en moi, mon estomac se tord d'une douleur vive.
Il m'a vu ?!
— Quand tu as quitté la piste pour rejoindre l'étage, j'ai vu ce type te suivre, alors j'en ai fait de même.
Lenny secoue la tête en ricanant, puis plante son regard dans le mien. Je n'arrive pas à décrypter ce que j'y vois tant c'est confus.
— Tu m'avais dit que tu ne le connaissais pas, parce que oui, je l'ai reconnu.
— Il ne s'est rien passé, me justifié-je.
— Pourtant, je t'assure que vos langues jouaient ensemble.
— Ce que je veux dire, c'est qu'il ne sait rien passer d'autre.
— Je m'en fiche, répond-il en haussant les épaules.
C'est à mon tour de froncer les sourcils, je suis dans l'incompréhension. Il se moque que j'en ai embrassé un autre que lui. Je frotte mes tempes du bout des doigts, un mal de crâne se pointe et ce n'est pas le moment.
— Pardon ?
— Fais ce que tu veux avec lui, Aliona. Tu as raison rien ne va dans notre couple et ça depuis un moment. L'art, ça me gonfle, je ne comprends rien et ça ne m'intéresse pas. Visiter une ville ou encore un musée, je trouve ça chiant. Nos parties de jambes en l'air, comme tu l'as dit un peu plus tôt, je me fais chier aussi. Je le fais uniquement dans le but que tu ne poses pas de questions. Car oui, je baise Rébecca et je t'assure qu'elle, elle prend son pied avec moi. Elle ne simule pas. Et pour finir, je n'avais pas une présentation, je ne voulais tout simplement pas aller à ton expo ennuyante. Alors j'ai préféré prendre quelques jours avec la pétasse siliconés comme tu la nommes.
Ma vue se brouille, mais je trouve la force de ne pas pleurer devant ce connard. Comment ai-je pu me laisser berner ainsi ?
— Depuis combien de temps ? le questionné-je.
— Un an.
Je me contente de secouer la tête. Je suis abasourdie, je ne connais pas l'homme qui se trouve en face de moi. Il ne ressemble en rien à celui avec qui j'ai partagé deux ans de ma vie. Écœurée, voilà comment je me sens à cet instant. Je fixe le sol en serrant les poings, je ne veux plus rien savoir, même pas pourquoi il ne m'a pas quitté avant.
— Pars, murmuré-je.
— Tu ne veux pas savoir pourquoi ? ose-t-il demander.
— Non, ce n'est pas nécessaire. Maintenant, sors de chez moi.
Mon ton est calme, Lenny passe près de moi, puis s'arrête à ma hauteur.
— Sois plus démonstrative et moins chiante avec ton art, si tu veux garder ce mec.
— Dégage ! crié-je à plein poumon.
La porte claque dans mon dos, le silence de la pièce m'oppresse, mes jambes tremblent et je ne tiens plus debout. Alors, je me laisse choir au sol. Je ne pleure pas, je n'y arrive pas, je suis tellement en colère contre moi de n'avoir rien vu. Je me sens idiote et humiliée, la situation de notre couple n'était certes pas au beau fixe, je souhaitais juste prendre un peu de recul. Je ricane comme une démente, si Lenny a réussi à rester discret durant un an, moi j'ai lamentablement échoué. Une soirée, il m'a fallu un simple baiser pour me faire prendre et encore, je n'avais pas prévu que cela arrive.
Je suis montée à l'étage uniquement pour réfléchir et être tranquille durant quelques minutes, à aucun moment je n'avais imaginé qu'Alex me rejoigne. Quelque part, je réalise que si cela n'était pas arrivé, je serais toujours avec Lenny et il aurait continué à me tromper. Cette idée me réconforte un peu, bien qu'elle ne fasse pas disparaître la douleur qui comprime ma poitrine. La trahison, je ne connaissais pas, ça me laisse un goût amer et je sens que les jours à venir vont être difficiles.
Je finis par quitter le sol lorsque mon téléphone ne cesse de sonner à plusieurs reprises. Je l'ai laissé dans ma chambre, je m'en saisis en m'installant sur le lit. C'est Cathy, je décroche sans grande envie, mais elle reste ma meilleure amie et je ne lui cache rien.
— Allo ?
— Hé ! Alors, dis-moi, pas trop mal au crâne ? Moi, je suis HS, mais bon. Tu sais que le copain de Lenny est vraiment cool...
Cathy continue sa tirade, alors que mon cœur s'est serré à l'entente du prénom de mon ex petit ami. Elle ne s'arrête plus et m'énumère les qualités de Quentin, ne tenant plus, je la coupe.
— C'est fini, lâché-je simplement.
Un blanc s'installe à l'autre bout du fil, j'attends qu'elle assimile ce que je viens de lui confier. Ma meilleure amie est au courant qu'entre Lenny et moi ce n'était l'extase ces derniers temps.
— Pardon ?
— Avec Lenny, c'est terminé.
— Quoi ? Mais... Je suis là dans quinze minutes, dit-elle avant de raccrocher.
Douze minutes plus tard, Cathy est assise sur mon canapé sur lequel je la rejoins avec des chocolats chauds. Nous nous mettons en tailleur l'une en face de l'autre et son regard triste se pose sur moi.
— Il t'a trompé avec cette fille ? J'en reviens pas, on lui donnerait le bon Dieu sans confession à ce mec.
— J'ai rien vu. Je le croyais quand il disait que son travail lui prenait du temps. La fois où je l'ai surpris avec elle au boulot, ça aurait dû me mettre la puce à l'oreille. Je me sens nulle.
Je baisse la tête et fixe le liquide de la tasse que je serre entre les doigts.
— T'inquiète pas, je vais t'aider à remonter la pente. On va sortir et s'amuser, sourit mon amie.
— C'est gentil, mais là j'ai plus envie de rester cloîtrer chez moi et ne rien faire.
— Oh non, je ne vais pas te laisser te morfondre pour un abruti !
Je grimace pour autant Lenny vient de me briser, mais je n'en suis pas au stade où je le haïs, là j'encaisse juste le fait que je ne le reverrai plus déambuler dans mon appartement. Et ce qui m'énerve le plus dans tout ça, c'est que je n'arrive pas à verser une seule larme. Je devrais être effondrée en train de chialer comme une madeleine dans les bras de Cathy. Au lieu de ça, je sirote une boisson chaude en sa compagnie comme si cela ne m'affectait en réalité pas plus que ça. Mais au fond de moi, je suis anéantie et j'appréhende la chute.
— Tu veux qu'on se fasse un ciné ? propose Cathy.
Je lève la tête, ses yeux marron me scrutent avec une infime gentillesse. Elle est unique, parfois un peu décalée, mais c'est comme ça que je l'aime et pour rien au monde je ne voudrais une autre amie. Je tends ma main vers la sienne et enlace nos doigts, elle penche la tête sur le côté.
— Merci d'être là.
— Je serais toujours là, comme toi tu l'as été pour moi.
— Je sais.
— Je commande des pizzas ? propose-t-elle.
— Je n'ai pas très faim, mais oui, vas-y.
Cathy arrive à me faire penser à autre chose durant la soirée, nous avons regardé un film et elle a insisté pour rester dormir avec moi. Nous sommes allongées dans mon lit, l'une en face de l'autre, ça me rappelle nos années lycée, lorsque nous discutions durant des heures ou nous nous dévoilions nos secrets. Cependant, il y en a un que je préfère garder pour moi, je ne lui parlerai pas du baiser échangé avec Alex, pour le moment. Puis, nous finissons par nous endormir tard dans ma nuit.
Et je n'ai toujours pas pleuré.
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