Chapitre 6


Chapitre VI 

Enora

Je m'étais rendue compte que je commençais à m'habituer à voir Loris quand, le lendemain, je n'entendis rien de sa part. J'étais encore une fois réveillée après deux heures de sommeil et m'attendais à entendre ses pas dans la pièce à côté aux environs de six heures. Mais ce matin, ce n'était pas le cas. Il devait être neuf heures quand finalement je l'entendis se lever et sortir, et je me suis dit qu'il devait sûrement commencer les cours tard aujourd'hui. Pourtant, les heures suivantes, il était encore dans le gîte, et il monta même au premier étage, pour sûrement rendre visite à Elsa.

Tout cela n'étaient que suggestions, pour la simple raison que je n'avais pas eu la force de quitter le lit.

La réalité m'avait frappé cette nuit et j'avais recommencé à pleurer. Cela me faisait du bien, parce qu'il y avait des moments où je ne ressentais rien, je ne pouvais ni rire ni pleurer, et j'essayais simplement de comprendre ce qu'il se passait. Pleurer était comme un remède. Pourtant, maintenant, je me sentais épuisée, avec la seule envie que tout ceci s'arrête.

Je me sentais coupable, hier soir, en écoutant les messages vocaux que Thomas m'avait laissé. Il me demandait de le rappeler, il me demandait si il y avait un problème, et je voulais simplement m'excuser de l'inquiéter de cette manière. Alors je l'avais appelé, et la réalité m'avait frappé tellement fort que je pensais ne pas pouvoir m'arrêter de pleurer. Deux heures de sommeil étaient encore beaucoup.

Je n'avais rien envie de faire. Je m'attendais à ce que Loris vienne me voir comme la dernière fois, qu'il amène mon déjeuner et me propose une autre sortie, et je ne savais pas si je voulais qu'il le fasse ou pas. Je ne savais pas si je voulais sortir de ce trou aujourd'hui, malgré les pensées positives que j'avais eu durant ces derniers jours. Je ne savais rien, alors je ne fis que rester allonger sur le lit en fixant le plafond, attendant que quelque chose se produise.

Puis je commençai à m'inquiéter. Loris était dans le gîte, j'en étais sûre. Mais il n'était pas venu me voir. Il était maintenant quinze heures. Mon ventre gargouillait, et mon estomac se tordait avec une douleur indescriptible. J'avais mal à la tête et mes paupières étaient lourdes. Je commençais même à suffoquer dans cette chambre. Et Loris n'était toujours pas venu me voir.

Alors je me relevai et mis un gilet par dessus mon pyjama, passa un peu d'eau sur mon visage avant de quitter la chambre. Je voulais m'assurer que Loris allait bien, et espérai que cette petite escapade allait m'aider à penser à autre chose.

Je retrouvai Loris à la réception, en train de taper quelque chose sur le clavier de l'ordinateur. Cela ne manqua pas de me surprendre puisque, depuis mon arrivée, c'était la première fois que je voyais cet ordinateur allumé.

- Loris ? appelai-je en m'approchant pour ne pas le brusquer.

- Oh, bonjour Enora, dit-il en relevant la tête. Avez-vous besoin de quelque chose ?

- Pas vraiment... hésitai-je un instant. Je voulais... J'avais faim.

Pour une raison que je ne connaissais pas encore, je ne voulais pas avouer que je m'étais inquiétée et que je voulais contrôler s'il allait bien. Je ne savais pas pourquoi, je ne voulais simplement pas lui dire.

- Je peux vous préparer quelque chose, commença-t-il en se relevant mais je l'arrêtai d'un signe de main.

- Ne dis pas n'importe quoi, je me débrouillerai. Tu fais tes devoirs, c'est ça ? Je ne vais pas te déranger plus que ça.

Il semblait hésiter un moment mais finit par hocher la tête puis me dit que je pouvais l'appeler si j'avais besoin de quelque chose. Je lui offris un petit sourire avant de me diriger vers la cuisine. C'était aussi propre que je l'avais laissé hier soir et cela me surpris aussi. Personne n'avait déjeuné ici ?

- Loris ? appelai-je une fois de plus en retournant vers lui. Tu n'as rien mangé ? Et Elsa ?

- Oh, j'ai du oublié le plateau de déjeuner dans la chambre d'Elsa ! Nous avons déjeuné ensemble.

- Ah, tant mieux.

Je retournai rapidement à la cuisine et regardai le frigo un bon moment avant de me faire à l'idée qu'il n'y avait rien à manger. Je ne pouvais pas faire grand chose avec du lait, du beurre et de la sauce tomate. Je retrouvai quand même du pain que je découpai en tranches, sur lesquelles je glissai un peu de beurre. Je mangeai donc deux tranches comme ça, toute seule, tout en examinant la cuisine comme si c'était la première fois que je la voyais.

Je retournai ensuite aux côtés de Loris ( parce que je n'avais vraiment rien d'autre à faire et que j'aimais sa compagnie ). Je ne sais pas à quoi je m'attendais en jetant un coup d'oeil à l'écran d'ordinateur, mais sûrement pas à un fichier avec des codes et des choses que je n'ai vu seulement dans les films.

- C'est ça tes devoirs ? demandai-je d'un ton confus.

- Non. Je fais une mise à jour pour le site du gîte, l'ancienne version n'est pas très moderne.

- C'est toi qui gère tout ça ?

J'étais absolument abasourdie. Je dus même tirer une chaise et m'installer à ses côtés pour mieux voir ce qu'il faisait, même si je ne comprenais toujours rien. Il y avait des lettres et des chiffres et Loris passait d'un fichier à un autre, d'un logiciel à un autre, tapant rapidement sur le clavier comme un professionnel.

- Quelqu'un doit bien le faire, répondit-il sans détacher le regard de l'écran. Nous devons donner une bonne image du gîte si nous voulons attirer des clients.

- Loris... Murmurai-je en hésitant. Le gîte va être vendu, tu ne fais pas tout cela pour rien ?

- Non, répliqua-t-il immédiatement en arrêtant de taper.

Je l'observai pendant qu'il se mordait la lèvre. Cette petite pause dura seulement quelques secondes, puis il se remit à taper et changer de fichier et ainsi de suite, le tout avec mon regard toujours sur lui. Il n'était pas dérangé ni déstabilisé.

- Comment tu sais faire autant de choses ? questionnai-je avec étonnement et admiration. Tu as quoi, onze ans, douze ans ? Je ne comprends rien.

- Douze ans, oui. Mon professeur de technologie m'a aidé en début d'année à former le site et m'a appris comment me servir de ces logiciels. Ce n'est pas aussi compliqué que ça en a l'air, je vous assure.

- Donc c'est toi qui a fait tout le travail ? Et ton père ?

Je ne pouvais m'empêcher de poser la question. J'avais de plus en plus l'impression que Loris était le gérant et son père un simple résidant de ce gîte. Je ne savais pas ce qu'il faisait vraiment, puisque Loris s'occupait de tous.

- Il pense que cette publicité est une perte de temps, répondit Loris en haussant les épaules.

Je ne dis rien d'autre, je ne voulais pas le déranger alors qu'il était à fond sur son codage. Je me sentais un peu stupide à ses côtés, à vrai dire. Comme avec Thomas.

Quelques temps après, il ouvrit la page du site pour vérifier son codage. C'était un peu différent maintenant de ce que Thomas m'avait montré. La couleur de fond, les polices et quelques photos avaient changés. J'étudiai de prêt la mise en page en même temps que Loris, et je ne pus m'empêcher de pointer quelques petites choses que je trouvais qu'il pouvait améliorer, et il n'hésita pas à les essayer.

- Vous avez raison, c'est beaucoup mieux, dit-il en tournant enfin la tête pour m'offrir un sourire. Une touche féminine était peut-être nécessaire. Vous voulez bien m'aider ?

- Bien sûr, répondis-je sans hésiter.

C'était amusant, vraiment. Je lui proposais des changements à ma manière, puis je l'observais faire les codages nécessaires et nous regardions le résultat ensemble. Il me donnait l'envie d'apprendre moi aussi à me servir de ces logiciels, même si je ne savais pas où je pourrai l'utiliser une fois avoir quitté ce gîte.

Et je me rendis compte une fois de plus que je ne voulais pas le quitter. J'aimais bien ici.

*

M. Douay arriva en fin d'après-midi avec quelques sacs de course. Nous avions juste terminé la mise à jour du site avec Loris, avant que celui-ci monte aux côtés d'Elsa. J'étais donc seule dans le logis et étudiai de près le tableau en noir et blanc qui m'avait capté l'attention à mon arrivée ici. Il ne ressemblait à aucun des autre tableaux présents ici, et se démarquait sans pour autant attirer toute l'attention sur lui. Ce n'était pas de la peinture, j'avais finalement compris cela. Il me semblait que je devais le toucher pour comprendre sa texture, mais M. Douay avait choisit ce moment pour faire son entrée.

- Bonsoir, mademoiselle Sylvain.

- Bonsoir.

Notre discussion commença et s'arrêta là. Nos yeux se rencontrèrent qu'une petite minute, puis il se dirigea vers la cuisine, et je redonnai mon attention au tableau devant moi. Je restai à le fixer encore une bonne dizaine de minutes, essayant de comprendre ce qui m'intriguait autant dans ce tableau, et qu'est-ce qu'il me faisait ressentir exactement. Peut-être que je l'avais fixé plus longtemps que nécessaire et mon esprit était à présent vide. Quoiqu'il en soit, je décidai de m'éloigner et d'y réfléchir sans le regarder.

M. Douay était en train de ranger les courses quand je passais devant la cuisine. J'hésitai un moment mais finis par le rejoindre.

- Besoin d'aide ? demandai-je en m'arrêtant à quelques pas de lui.

- Ça ira, répondit-il en relevant la tête seulement pour me répondre avant de reprendre son travail. Je m'occupe du dîner ce soir, ne vous en faites pas, ajouta-t-il juste après.

- Ça ne m'aurait pas dérangé de le faire, remarquai-je pour autant.

Il me semblait qu'il n'était pas convaincu depuis hier soir que je ne voulais rien en retour. J'avais seulement préparé le dîner, rien de plus. Je le faisais déjà pour Thomas à la maison, ce n'était rien de différent.

M. Douay continuait à ranger les courses - enfin, le peu de courses qu'il avait acheté - et sortait en même temps le matériel nécessaire pour préparer le dîner. Il ne semblait pas dérangé par ma présence, au contraire de moi qui hésitais à rester ou partir.

Puis je finis par me décider et pris un couteau et commença à faire la salade de mon côté. J'étais maintenant de dos à lui, mais je pouvais comme sentir son regard un moment. Il était peut-être surpris, je ne savais pas. Moi-même j'étais surprise de mon comportement. J'étais surprise de parler autant, de sourire, d'aider, de participer à quelque chose. Mais je savais que si je faisais tout cela, c'était parce que je voulais échapper à mes pensées pour une fois. J'avais remarqué que ça me faisait du bien de penser à autre chose pour un moment.

- M. Douay, je...

- Appelez-moi Guillaume. Je ne suis pas habitué à ce qu'on m'appelle monsieur, me coupa-t-il.

Je me retournai pour lui faire face. Il n'avait pas relevé la tête, occupé à mélanger sa soupe. Son ton était assez doux, mais sa voix était grave, rauque, et presque pas fait pour lui. Ca ne correspondait pas avec son apparence. Il était beaucoup trop maigre pour avoir une voix aussi forte, me semblait-il.

Puis je secouai la tête à propre stupide pensée et me remis au travail tout en reprenant la parole.

- Guillaume, d'accord. Je voulais simplement vous dire que nous avons travaillé sur la page web avec Loris, cette après-midi. Il se débrouille vraiment bien et c'est une bonne stratégie pour attirer des clients.

- De quoi vous parlez ? demanda-t-il en se retournant.

Il semblait confus, ce qui me rendis confuse à mon tour.

- Du site web ? répondis-je sur un ton interrogatoire.

- Quel site web ?

Je fermai immédiatement ma bouche. Pourquoi j'avais décidé de lui en parler déjà ? Je me rendais compte de ma gaffe au fur et à mesure que le silence se faisait plus lourd dans la pièce. Il n'était pas au courant ? Pourquoi ? Comment ?

Je ne comprenais pas.

Puis il éteignit la gazinière quand je ne répondis rien et quitta la cuisine. La seconde suivante je déposai le couteau sur le comptoir et le suivis jusqu'à la réception où il avait déjà allumé l'ordinateur.

- Je ne savais pas que vous n'étiez pas au courant, dis-je en m'arrêtant à ses côtés. Et je ne comprends pas pourquoi vous semblez si énervé tout à coup.

Il était concentré sur l'écran de l'ordinateur, ouvrant onglets sur onglets, pour finalement tomber sur le site web du gîte. Il semblait tellement choqué qu'il prit un pas de recul, passa une main dans ses cheveux, puis sur sa nuque, puis reprit la souris en main et fit défiler la page. J'essayai de comprendre pourquoi Loris avait caché ce site à son père, surtout que cela faisait déjà quelques mois qu'il avait été créé.

- Loris ! s'écria soudainement Guillaume.

Je pris un pas de recul moi-même. Il contourna le bureau et commença à faire les cents pas devant celui-ci en attendant son fils. Nous pouvions entendre les pas de ce dernier à l'étage, la porte qui s'ouvre et se referme, puis le grincement de l'escalier.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? questionna-t-il en s'arrêtant à la dernière marche.

Guillaume était énervé, je n'avais aucun doute là-dessus. Il était énervé parce qu'il avait appris pour le site web. Il était énervé contre son fils par ma faute.

Je savais par son regard et sa posture comment cette scène allait finir. Je savais qu'il était prêt à crier sur son fils. Alors je me plaça devant lui.

- Guillaume, calmez vous, commençai-je d'un ton hésitant. Il n'a rien fait de mal.

- Enora, qu'est-ce qu'il se passe ? demanda Loris derrière moi.

- Ne vous mêlez pas de ça, répondit Guillaume. Je veux seulement m'expliquer avec lui.

Je me sentais coupable et mal et comme si je n'avais rien à faire ici. C'était son fils, il n'allait rien lui faire, n'est-ce pas ? Je ne pouvais pas l'imaginer frapper Loris. Ca n'allait pas avec son apparence, encore une fois. Mais les apparences étaient trompeuses.

Et je prenais visiblement beaucoup de temps pour réfléchir parce que je me rendis compte que Loris m'avait déjà contourné et était à présent devant son père.

- Mais quand vas-tu comprendre que c'est fini ? Guillaume le gronda sans pour autant élever la voix comme je l'avais imaginé.

- Non, ce n'est pas finit ! Je fais ce que tu ne fais pas, je donne une autre chance à ce gîte ! se défendit Loris.

- Je te dis que ça ne sert à rien, c'est fini ! Arrête de croire que je vais changer d'avis, bon sang ! J'en ai marre de me disputer avec toi sur ce sujet alors qu'on devrait parler du pourquoi tu ne vas pas en cours !

Je voulais les arrêter, je n'aimais vraiment pas où tout cela allait. Mais à peine avais-je fait un pas qu'une figure apparu à l'entrée du gîte. Je pensais d'abord que c'était une cliente, et j'étais presque contente parce que ça voulait dire que les efforts de Loris donnaient enfin fruit. Mais je ne vis pas de valise dans ses mains. Elle avait seulement un sac à main et je compris après qu'elle n'était pas une cliente.

- Guillaume ? l'appela-t-elle sans entrer à l'intérieur.

Le silence s'abattit soudainement dans tout le logis. J'observai d'abord Guillaume qui se retourna immédiatement au son de la voix de cette femme, puis regardai Loris qui lui jeta un coup d'oeil vers elle avant de se reculer. Il s'approcha de moi, me contourna puis monta les marches.

- Ambre... Qu'est-ce que tu fous ici ?


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- N O T E    D ' A U T E U R -

Désolée pour cette longue pause, mais je suis de retour avec quelques chapitres en stock cette fois :)

Est-ce que le mystère règne toujours ou est-ce que vous commencez à voir où va cette histoire ? Est-ce que vous vous souvenez de Ambre ? Vous allez enfin avoir quelques réponses au prochain chapitre, promis :)

Si vous n'avez pas vu mon message, j'ai publié mon site hier, vous pouvez aller y faire un tour si vous voulez, il y a quelques surprises pour vous et j'espère que ça vous plaira : www.sunawrites.weebly.com


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