Chapitre 7
Chapitre VII
Enora
- Ambre, qu'est-ce que tu fous ici ?
J'entendais les pas de Loris dans les escaliers, et rien d'autre. Je ne savais pas qui était cette femme, mais son prénom me disait soudainement quelque chose. Ambre...
C'était avec elle que discutait Guillaume la première fois que nous nous étions vu. Quand je descendais les marches et qu'il était au téléphone, dix minutes avant qu'il me dise qu'il devait me mettre à la porte.
Je sentais soudainement son regard sur moi, et compris aussitôt qu'elle attendait que je les laisse seuls pour parler. Je me retourna alors sans rien dire et monta les marches silencieusement. Je tombai face à Loris à la dernière marche sur laquelle il était assis. Je pensais qu'il était monté à sa chambre, mais il était là, soit trop fatigué pour monter un étage de plus, soit triste ou énervé après sa dispute avec son père, ou sinon parce qu'il voulait écouter ce qu'il se passait dans le logis.
- C'est ma mère, avoua-t-il dans un murmure.
Je n'avais pas posé la question, mais il avait dû mal interpréter ma confusion. Je compris aussitôt que ma troisième hypothèse était sûrement la bonne. Mais j'étais à présent encore plus confuse.
Sa mère était là. Je ne m'étais jamais posé la question d'où elle était, si elle était même vivante ou pas. Je n'avais même pas remarqué son absence, peut-être.
Sa mère était là, maintenant. Mais Loris n'a pas couru dans ses bras, il s'est échappé à l'étage immédiatement.
Je m'assis au près de Loris. J'avais remarqué qu'il semblait triste ou énervé - je n'arrivai vraiment à faire la différence entre les deux avec Loris - mais la raison ne me semblait plus être la dispute avec son père. Et je ne savais pas pourquoi je m'étais assise, peut-être que je voulais lui montrer du soutien. Je n'attendais vraiment rien de sa part, surtout pas qu'il m'explique la situation, mais il ne cachait rien et commença à me dire quelques petites choses tout en essayant d'écouter ses parents discuter une étage plus bas.
- Ils vont divorcer. Ils ne vivent plus ensemble depuis deux ans, de toute façon. Elle n'était pas souvent là avant cela aussi. Ça faisait quatre mois qu'elle n'était pas revenue ici. Je ne sais pourquoi elle est là aujourd'hui. Est-ce que vous savez, vous ? demanda-t-il en se tournant vers moi.
- Je ne sais pas non plus, non.
Je comprenais pendant qu'il parlait que ses paroles ne m'étaient pas destinés. Il disait seulement ses pensées à voix haute, pour essayer de raisonner, pour comprendre la raison de la présence de sa mère aujourd'hui.
- Tu veux qu'on aille voir Elsa ? proposai-je.
- Si vous voulez.
Il se releva lentement, tapa son pied trois fois sur la marche avant de se diriger vers la chambre d'Elsa. Comme la dernière fois, il frappa trois petits coups et un dernier coup plus fort, avant de m'inviter à entrer. Je comprenais maintenant pourquoi il avait dit qu'il "prévenait son arrivée" la dernière fois. C'était à cause de l'état d'Elsa. Je ne pouvais m'empêcher de sourire à la pensée que c'était lui-même qui avait trouver cette méthode. Je trouvais que ça lui ressemblait.
- Loris, c'est bien toi ? demanda Elsa d'un ton confus.
- Oui, nani, répondit-il en s'avançant vers elle. Enora est avec moi.
- Ah, bonjour, Enora ! Je me demandais si vous alliez me rendre une autre visite ! Installez-vous !
- Bonjour, Elsa, ris-je face à son enthousiasme.
Je m'asseyais une fois de plus sur la même chaise en face d'elle, comme la dernière fois. Les volets étaient relevés et la chambre semblait avoir été aérée aujourd'hui. Ayant passé le stade de surprise sur l'état d'Elsa, je pouvais la regarder plus facilement. Elle semblait assez grande de taille, même assise, et montrait beaucoup plus jeune que son âge - soixante-et-onze ans d'après ce que Loris m'a dit. L'éclairage était de tel à faire radier son visage assez blanc de teint, et je m'imaginai sa jeunesse, voyant l'image d'une magnifique jeune fille.
- Que voulez ton père ? dit-elle à l'intention de Loris qui s'était assis à côté d'elle.
- Il a appris pour le site et s'est énervé, tout simplement, répondit celui-ci en haussant les épaules.
- C'est de ma faute, intervins-je avant qu'Elsa puisse parler. Je ne savais pas que c'était un secret, c'est moi qui lui en a parlé.
- T'en fais pas pour ça, ma belle. Il devait l'apprendre à moment donné, me rassura Elsa.
Je n'avais pas manqué de remarquer qu'elle me tutoyait maintenant, et étrangement, cela me plaisait.
Ils papotèrent encore un instant sur ce sujet, me rassurant encore et encore que je n'avais pas à me sentir mal et faisant des hypothèses sur le comportement de Guillaume à partir de maintenant. Elsa avait l'air convaincue qu'il allait oublier cet incident bien rapidement, comme il avait pris l'habitude de le faire avec Loris.
- Alors, Enora, tu ne t'ennuie pas trop ici ? questionna ensuite Elsa.
Loris se leva au même moment et alla dans un coin de la chambre.
- Non, je ne m'ennuie pas, merci, répondis-je.
C'était partiellement un mensonge, sans vraiment l'être. Certes, je passais des heures et des heures à fixer le plafond de ma chambre, mais à cet instant je ne sentais pas que je m'ennuyais.
Loris revint près de nous et se réinstalla sur sa chaise avec maintenant un cahier et un stylo dans ses mains.
- On continue à écrire ou tu veux arrêter pour aujourd'hui ? demanda-t-il à l'intention d'Elsa.
- Je veux bien continuer, sinon je vais oublier mes idées. Ça ne te dérange pas, Enora ?
- Oh, non, pas du tout, marmonnai-je un peu surprise qu'elle demande mon avis.
- On pourra discuter un peu après, ajouta-t-elle.
Je hochai la tête, avant de me rendre compte qu'elle ne pouvait pas le voir, puis finis par accepter à voix haute. Elle me remercia puis se tourna légèrement sur le côté pour être face à Loris et commença à dictée son histoire. J'étais curieuse, je voulais savoir exactement ce qu'ils faisaient, même si j'avais une petite idée. Je voulais leur poser la question, et étonnement je ne ressentais pas le besoin de me retenir, de me taire ou de m'éloigner ; j'attendais seulement avec patience qu'ils finissent pour ne pas les déranger.
D'après ce que j'avais compris, l'histoire d'Elsa était un monde fantastique, mais bien différent de ce que j'avais pu voir dans les films. Je n'étais pas fan de lecture, contrairement à Thomas, et cette petite session d'écoute était beaucoup plus plaisante. J'avais la chance de pouvoir m'imaginer la scène devant les yeux seulement avec la description que faisait Elsa.
*
- Je ne comprends pas pourquoi Loris insiste tant à garder le gîte, c'est tout, expliquai-je d'un ton plutôt confus.
La session d'écriture terminée, Loris nous avait laissé seules avec Elsa, sous la demande de celle-ci. Notre conversation avait été plutôt simple jusque là. Elle voulait sûrement en savoir plus sur moi, me connaître davantage. Mais mes réponses restaient évasives. Cela faisait tellement longtemps que je n'avais pas eu une longue conversation avec quelqu'un que je me sentais presque étrangère à cela. J'avais du mal à donner des détails. Je ne disais que l'essentiel, ça me suffisait. Cela suffisait à Thomas.
- Loris tient beaucoup à cet endroit, répondit Elsa. Peut-être même plus que son père.
- Pourquoi ? demandai-je curieusement.
- C'est sa cachette, dit-elle avec un sourire triste. C'est son endroit à lui, ici. Un lieu sûr. Là où rien ne peut lui arriver.
Je pensais comprendre là où elle voulait en venir. Et je ne tardais pas à voir que j'avais raison. Elle m'expliqua ce qu'elle savait. Ce que Loris lui confiait auparavant, mais qu'il avait arrêté de lui dire depuis un certain temps. Elle me parla de l'harcèlement qu'il avait subit et qu'il devait sûrement subir encore aujourd'hui à l'école.
Je l'écoutai sans pouvoir rien dire. Ce n'était pas la première fois que j'entendais parler d'harcèlement scolaire. En fait, à chaque fois qu'il en était question, je me disais que j'étais contente de ne pas avoir d'enfant.
Cette pensée refit surface dans mon esprit à cet instant aussi. Puis je repensais à Thomas. Puis je commençais à pleurer silencieusement.
- Si je pouvais le faire, je serais allée à son collège pour avoir une bonne discussion avec ses profs, finit Elsa. Personne ne fait rien à propos de ça. Il avait l'habitude de m'en parler au moins. Je pouvais le consoler, c'était déjà ça. Mais maintenant, il se tait. Et je crois que c'est ça le pire.
Mon coeur se serrait davantage avec les paroles d'Elsa. Je ressentais aussi de la colère contre Guillaume. J'avais encore l'impression qu'il ne faisait rien. Était-il au courant de cela ? Fermait-il les yeux face à cela ? Était-il un si mauvais père que ça ?
- Pourquoi tu pleures, ma belle ? demanda soudainement Elsa.
Je n'avais lâché aucun sanglot. Je pleurai le plus silencieusement possible, et pourtant, elle avait réussi à m'entendre.
- J'irai parler à ses profs, réussis-je à murmurer.
Pourquoi je pleurais ? Ça, c'était une longue histoire.
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