Chapitre 32
Chapitre 32
Enora
J'aurai peut-être dû me douter que Guillaume n'avait pas mis au courant les autres avant de m'amener cette nuit. Mais comme je n'y avais pas pensé, j'avais dû passer les premières heures après mon réveil à expliquer, chacun leurs tours, la raison de ma présence. D'abord, j'avais vu Loris. Il s'était réveillé pour aller en cours, et allait dans la cuisine pour prendre son petit-déjeuner quand il m'avait aperçue sur le canapé du salon. J'appris alors qu'il avait changé de collège et que Guillaume prévoyait de louer un appartement près de celui-ci dès qu'il le pouvait.
- Et vous ? avait-il demandé d'un ton hésitant.
- Je déménage, lui avais-je simplement répondu.
Fidèle à lui-même, il n'avait rien dit d'autre, comprenant qu'il ne fallait pas pousser le sujet plus loin. Il se contentait des réponses que je lui donnais pour l'instant. Et c'était tant mieux ainsi.
Quelques minutes plus tard, Guillaume nous rejoignit, ne m'adressant aucun mot. Il vérifia le sac de Loris et l'aida à mettre son manteau et son écharpe, avant de l'envoyer en cours. La porte du salon donnait directement sur l'entrée, alors je pouvais le voir s'adosser contre la porte qu'il venait juste de fermer après Loris. Il resta un instant ainsi, passant ses mains sur son visage avant de s'en décoller et s'avancer vers moi.
Ambre décida de sortir de sa chambre juste à ce moment.
La première et seule fois que je l'avais vu, je n'avais pas eu l'occasion de l'étudier. Je n'en avais pas ressenti le besoin, du moins. Cependant, cette fois-ci, je prenais le temps de le faire alors qu'elle était dans l'entrée, se préparant pour sortir, allant sûrement au travail. Elle était assez grande pour une femme, brune avec un carré fait il n'y a pas longtemps. Elle portait des lunettes et beaucoup, beaucoup de bijoux. C'était peut-être une des premières choses que l'on pouvait remarquer chez elle.
Puis, elle sembla remarquer nos présences. Guillaume se tenait près de moi, silencieux, alors que j'étais resté assise depuis mon réveil. Au début, elle n'y fit pas attention, puis, quelques secondes plus tard, elle se tourna à nouveau vers nous, les sourcils froncés.
Laissant de coté son sac, elle s'avança lentement dans le salon.
- Guillaume ? Je peux savoir ce qu'il se passe ?
- Euh... Je te présente Enora.
Elle arqua un sourcil, s'attendant visiblement à plus d'informations. Puis, elle se tourna vers moi.
- Enchantée mais... Qui êtes-vous et que faîtes-vous chez moi ?
- Je...
J'étais à court de mot. Comment étais-je censée me présenter ? Qui étais-je vraiment pour Guillaume ? Une amie ? Sa cliente ? Aucun ?
- Enora est une amie de longue date, intervint finalement Guillaume, on s'était perdu de vue et quand elle est venue me rendre visite elle a appris que le gîte avait été vendu... Pour résumé, je ne voulais pas la laisser seule cette nuit, je sais que j'aurai dû t'informer avant de l'amener ici mais les choses se sont passés un peu vite.
Ambre ne semblait pas convaincue. Je remarquai ainsi le rapport qu'il y avait entre les deux. Guillaume était hésitant face à elle. Et elle était dubitative face à lui.
- Elle va rentrer ce soir, ajouta Guillaume d'un ton plus sûr.
Je le regardai en biais mais ne dit rien.
- Bien... Je vais devoir y aller, je vais être en retard...
Elle m'offrit un sourire plus que forcé, lança un regard vers Guillaume, et quitta finalement l'appartement.
La personne suivante à qui je dû expliquer la raison de ma présence fut Elsa. Après le départ d'Ambre, nous n'avions pas échangé un seul mot avec Guillaume, comme si les choses n'avaient pas besoin d'être dites à haute voix entre nous. Il avait fini par s'en aller.
Il devait être aux alentours de midi, c'est-à-dire plusieurs heures plus tard, qu'il revint dans le salon en poussant le fauteuil roulant d'Elsa. Elle avait un de ces sourires sur les lèvres, c'était réellement beau à voir. Il plaça le fauteuil juste à côté de moi et s'en alla, toujours sans un mot. Son silence me laissait confuse.
- Cela me fait énormément plaisir de te revoir, Enora, commença alors Elsa.
Ce n'était plus aussi déstabilisant qu'avant de l'entendre utiliser le verbe "voir" alors qu'elle n'en était pas capable. Cela me faisait simplement sourire aujourd'hui.
- Moi aussi Elsa, répondis-je sincèrement.
- Ça me faisait de la peine de savoir que tu étais retournée avec ton petit-ami, mais je suppose que cela est resté derrière toi maintenant ? Guillaume m'en a un peu parlé.
- Oui, on peut dire ça comme ça... C'est compliqué comme histoire.
J'avais envie de lui en parler. Contrairement à Claire et Fred à qui je n'avais toujours pas expliqué l'affaire avec Viviane, une voix au fond de moi me disait que je pouvais tout dire à Elsa. Que je pouvais me confier à elle. Qu'elle aura les bons mots. Qu'elle comprendra.
Mais je me tut. Ce n'était pas le moment.
*
- Guillaume ?
- Entre Nora.
Il était assis à la table au centre de la cuisine, de dos à moi, fixant l'écran de l'ordinateur sur lequel il tapotait des choses depuis un bon moment maintenant. Je n'avais pas voulu le déranger mais comme Elsa était retourné dans sa chambre après un mal de tête - qui arrivait d'ailleurs assez fréquemment ces derniers temps - je ne sus quoi faire d'autre toute seule. Puis, nous devions parler à un moment donné.
- Assis-toi, m'invita-t-il en me jetant un coup d'oeil avant de reporter son attention sur l'ordinateur. J'ai fait quelques recherches, tu peux prendre le train ce soir à vingt heures, ou si tu ne veux pas payer aussi chère, tu peux prendre un car à seize heures. Alors ? demanda-t-il en se tournant vers moi.
Je fronçai les sourcils un instant, avant de le regarder avec incrédibilité. Je lui avais pourtant expliqué cette nuit quand il était venu me récupérer que je ne pouvais rentrer à Nantes. Pourquoi était-il obstiné à me renvoyer de sitôt ?
- Pourquoi avoir fait tout ce cirque au lac il y a quelques semaines si c'était pour m'éloigner de toi le plus vite possible maintenant ?
Il sembla surpris par ma question. Puis il se rembrunit, soupirant longuement. Il humidifia ses lèvres, comme pour se préparer à me répondre, mais il ne semblait pas pouvoir trouver les mots.
- J'ai rompu avec Thomas, continuai-je. C'est un fait. C'est une vérité. C'était bien ce que tu voulais, non ?
- Oui mais...
- Mais quoi ?
- Mais je n'avais pas pensé que tu aurai quitté la ville sur un coup de tête. Je n'avais pas pensé que tu serais venue ici ? Pourquoi ici Enora ? Pourquoi être venue vers moi parmi toutes les personnes que tu aurais pu aller voir ?
- Je pensais que tu le voulais, avouai-je d'un ton plus bas, presque dans un murmure.
- La seule chose que je voulais c'était que tu te rendes compte que ta relation avec Thomas n'était pas saine. C'est tout.
Il se releva alors que j'avalai difficilement ma salive. Je ne pu rien dire de plus tandis que je le regardai sortir de la cuisine.
J'étais perdue. Je n'avais pas imaginé que les choses se déroulent ainsi. J'avais d'autres plans, moi. Était-ce mon imagination qui était trop débordante et folle ? Non, c'était simplement quelques signes qui m'avaient peut-être conduit sur la mauvaise piste.
Et il n'y avait qu'un seul moyen d'être sûre de cela.
Reprenant tout mon courage, je poursuivis Guillaume, le retrouvant dans la chambre qu'il occupait avec Loris. C'était la salle de travail d'Ambre, qu'ils avaient équipé d'un matelas pour deux personnes. Les valises étaient contre un des murs, certains ouverts avec un tas de vêtements dessus, d'autre toujours fermés.
J'entrai à l'intérieur au moment où Guillaume se tourna vers moi.
- Embrasse-moi, lui dis-je en m'arrêtant devant lui.
- Quoi ?
- Embrasse-moi.
- Non. Qu'est-ce qui te prend ?
- Donc tu n'en as pas envie ? Si je t'embrasse là maintenant, tu vas me repousser ? C'est bien ça que tu dis ?
Il contracta sa mâchoire sans rien pouvoir me répondre. J'avais vu juste. Il en avait envie. Il en avait envie cette nuit quand ses yeux louchaient sur mes lèvres dans la voiture. Il en avait envie quand il hésita un instant après m'avoir souhaité une bonne nuit. Il en avait envie là maintenant alors que ses yeux avaient du mal à remonter aux miens, fixant mes lèvres.
Et comme je faisais plus confiance aux actions qu'aux mots, je fis le premier pas et rapprochai nos visages pour sceller nos lèvres. Une partie au fond de moi avait peur, terriblement peur du résultat. Mais j'avais osé, et j'en étais contente puisqu'il ne me repoussa pas, rapprochant même davantage nos corps en passant ses bras dans mon dos alors qu'il répondait à mon baiser avec une envie qu'il ne pouvait plus cacher.
J'avais fait le premier pas pour l'embrasser, et je fus aussi celle qui rompu le baiser en premier. Je restai tout de même toujours aussi proche de lui, mes mains sur ses épaules, le temps que nous reprenions nos souffles.
- Je dois t'avouer quelque chose, murmurai-je sans relever les yeux. Et je voudrais que tu m'écoutes sans m'interrompre. Et... Saches que, quelque soit ta décision à la fin, je comprendrai.
- Nora...
- Non, écoute moi. Je dois te dire cela maintenant, avant que nous allions plus loin.
- Nora, tenta-t-il encore une fois de me couper la parole mais je posai mon index sur ses lèvres.
- Je n'ai jamais couché avec Thomas, lâchai-je le plus calmement possible. Nous ne sommes jamais passé à cette étape. Je ne l'ai jamais touché, il ne m'a jamais touché.
Je sentais que j'avais maintenant toute son attention. Il n'osait plus dire quelque chose et me laissait parler. Je lui en était reconnaissante, cela était déjà assez difficile comme ça. Je commençai à paniquer dans le fond, mais je devais rester forte jusqu'à la fin de mon histoire.
- C'est moi le problème, repris-je avec difficulté. Je ne peux pas faire ce genre de choses. C'est comme une phobie, et je t'assure que j'ai déjà essayé de passer par-dessus, mais je n'y arrive pas. Alors... Quand Thomas a su cela, il a accepté de ne jamais me toucher tant que je ne le souhaitais pas. C'était un énorme sacrifice de sa part. Mais au bout d'un moment, c'est devenu difficile. Il avait des envies, des besoins, choses que je ne pouvais pas assouvir. Mais il ne voulait tout de même pas rompre. J'ai donc accepté qu'il ait une maîtresse.
- Enora, je pense que...
- Je n'ai pas terminé, le coupai-je en cachant davantage mon visage dans son cou, serrant son pull pour ne pas lui faire mal aux épaules que j'avais fini par relâcher. Je ne vais pas t'expliquer toute l'affaire avec sa maîtresse. Ça n'a pas d'importance à cet instant. Mais je voulais que tu saches que je ne pourrai jamais... Le faire. Avec toi.
Je laissais le silence nous englober en relâchant mon souffle. Mon coeur battait à un rythme hectique, j'étais au bord de la crise d'angoisse mais, étonnement, être si proche de Guillaume, être dans ses bras, me calmait énormément.
- Tout cela n'a pas d'importance, finit-il par répondre.
Je ne pus me retenir de sourire.
- Parce que nous ne sommes pas un couple. Et nous le serons jamais, Enora.
____
Hello ! Juste un petit mot pour vous dire que je continue sur ma lancé de "sauter tous les détails pour finir la fiction le plus vite possible " que j'avais expliqué dans un des chapitres précédents. Donc j'ai encore une fois sauté beaucoup de choses que je détaillerai dans la réécriture. Et ce qui nous amène à la conclusion qu'il ne reste plus beaucoup de chapitre avant la fin, et que j'essaierai même sûrement de terminer l'histoire au prochain chapitre, avec un voire deux épilogues !
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