Chapitre 31

Chapitre 31

Enora

- Je ne pense toujours pas que c'est une bonne idée, murmura Claire en me prenant dans ses bras une énième fois. 

- Seul le temps pourra nous dire cela, répétai-je, tout aussi hésitante qu'elle dans le fond.

Elle recula, étudiant mon visage, déjà au bord des larmes. Je me retenais de lever les yeux au ciel, ça aurait été méchant de ma part alors qu'elle s'inquiétait visiblement beaucoup trop pour moi. Cela me faisait tout de même chaud au coeur de savoir que j'avais une telle amie, une amie sur qui je pouvais toujours compter. 

J'aurai aimé être tout aussi bon pour elle, mais cela n'était pas le cas.

- Je trouve ça vraiment dangereux, reprit-elle dans l'espoir de me dissuader. Tu vas aller là-bas sans rien, sans logement, sans travail, et qui te dit que tu en trouveras aussi vite que tu le penses ?

- Je me débrouillerai, Claire. Je suis une grande fille, n'est-ce pas ? J'approche la trentaine, je te rappelle. 

- Mais...

Elle se tût immédiatement après mon regard, avalant ce qu'elle voulait dire. Soupirant, je la prenais dans mes bras à mon tour, et lui promis que je reviendrai vers elle si les choses n'allaient pas comme prévu. Elle ne pût s'empêcher de laisser couler quelques larmes, souriant tout de même pour me rassurer qu'elle allait bien, et je la laissai ainsi, avec néanmoins un peu de regret, avant de monter dans le train.

C'était mon tour de vivre une aventure.

*

-... et lui c'est le plus grand d'entre eux, il commence tout juste la fac, tu ne peux pas savoir à quel point il était angoissé à la rentrée alors que maintenant il  a l'air d'avoir mûri en l'espace de quelques mois... 

Elle regarda la photo de son petit-fils avec tristesse, relevant la tête pour me sourire, avant de ranger son portable. Enfin. Ce n'est pas que je n'étais pas intéressée de voir toutes les photos de ses petits-enfants et savoir toutes leurs vies, mais disons que j'avais prévu de faire autre chose pendant le voyage. De plus, cela sonnait tellement cliché d'être assise à côté d'une vieille femme qui me parlera de ses enfants et petits-enfants. Je n'avais vraiment pas pensé que cela allait arriver quand je m'étais assise.

- Et toi alors, reprit-elle avec plus d'enthousiasme, parle moi de toi. As-tu des enfants ? Tu as l'air encore jeune pour des petits-enfants.

- Non, pas d'enfant, ni de petit-enfant...

Et ce n'était pas prêt d'arriver d'ailleurs.

- Oh, tu as encore le temps ! C'est une nécessité, les enfants rendent la vie meilleure, ils te donnent un but pour continuer à vivre dans ce chaos. Tu verras quand tu en auras !

- J'imagine, oui...

Je me rembrunit un peu sans vraiment le vouloir, le sujet beaucoup trop douloureux pour moi à cet instant. Je n'ai jamais pu en parler aisément, et ne pense pas pouvoir le faire un jour. C'est une partie de moi que je n'ai jamais réussi à accepter, malgré que je puisse dire le contraire.

La vieille femme tenta de continuer la conversation, mais je m'excusai auprès d'elle et lui dit que j'avais quelque chose d'important à faire. Souriante, elle n'insista pas plus.

Je sorti enfin mon portable de mon sac, hésitant un instant à l'allumer, mais je finis par le faire. Je savais déjà que j'aurai une multitude de messages et d'appels de la part de Thomas qui devait sûrement m'attendre encore à cette heure. Il était presque minuit, il devait comprendre que je n'allais pas venir à sa rencontre.

Comme je l'avais imaginé, mon portable se remplit avec des notifications de messages, d'appels et de messages vocaux. Je dû attendre quelques minutes avant de pouvoir toutes les supprimer, gardant en mémoire de supprimer les messages vocaux dès que possible. Ensuite,  je répondis à Claire qui me demandait si tout allait bien et si j'étais arrivée à destination, l'informant que mon arrêt était tout proche maintenant.

Et pour finir, j'écris un message à Guillaume. Je ne lui annonça pas directement que j'étais à nouveau dans sa ville, ni que j'avais quitté Nantes. Je lui demandais seulement s'il était réveillé.

Sa réponse arriva sans me faire attendre :

* Qui est-ce ? *

J'aurai dû m'attendre à cela. Pourquoi aurait-il enregistrer mon numéro ? Il ne pensait plus me revoir après tout...

* C'est Nora... Désolée, je sais qu'il est tard, j'aurai dû t'écrire demain matin. *

Je soupirai. Oui, j'aurai dû aller à mon hôtel, en espérant en trouver un rapidement, et lui écrire que demain matin. 

Il ne répondit rien de plus. Pendant tout le reste du trajet, je gardai le téléphone en main, fixant l'écran dans l'espoir qu'il s'allume avec son message. Mais il ne vint pas. Et je descendis du train avec ma valise, ne connaissant pas vraiment les alentours - voire pas du tout en fait - et ne sachant pas où trouver un hôtel. 

Je finis par m'asseoir sur un banc devant la gare, respirant profondément quelques fois pour essayer de calmer le rythme frénétique de mon coeur. Ce n'était pas vraiment ce que je voulais quand je parlais d'aventure... Peut-être que Claire avait raison, c'était dangereux. Peut-être que j'aurai dû rester quelques jours de plus, le temps de réserver une chambre d'hôtel...

Secouant la tête, je tentai de me reprendre. Il n'y avait rien à paniquer. J'étais une adulte, je pouvais me débrouiller. Je repris mon portable en main, j'avais assez de forfait internet pour faire une petite recherche et trouver un hôtel pas loin. C'était une petite ville mais il devait bien y en avoir un, autre que l'ancien gîte de Guillaume.

Mais alors que je tapais ma recherche, je reçu un appel. De Guillaume. Les sourcils légèrement froncés, les doigts tremblantes, j'hésitai à décrocher. Mais, après tout, c'est moi qui avait essayé de le contacter en premier, je ne pouvais pas reculer maintenant.

- Hey, désolée, m'excusai-je en décrochant, je n'aurai pas dû te déranger à cette heure, je n'ai pas vraiment pensé à -

- Ça va, ce n'est pas grave, me coupa-t-il. Y'a-t-il un problème ? Tu vas bien ?

Je n'arrivais pas à comprendre à travers sa voix ce qu'il ressentait. Etait-il énervé ou agacé parce que je l'avais appelé ? Je ne savais pas, et c'est cela qui me rendait encore plus hésitante.

- Je vais bien, oui... Euh... Je voulais simplement te dire que... Que je suis là. Je suis à la gare et... Et j'imagine que je voulais vous voir, toi et Loris et Elsa et savoir comment vous allez et... Voilà.

- Tu es là ? A la gare ? Mais...

- Je sais, c'est soudain, j'aurai dû te prévenir avant, ou attendre demain matin plutôt... Je... J'ai quitté Nantes. Et Thomas. Je les ai quittés. Je suis là maintenant.

***

Je finis mon explication, certes très courte, avec un soupir, n'osant pas relever la tête ni tourner mon regard vers Guillaume. Assis derrière le volant, il fixait lui aussi devant lui depuis que nous étions montés dans la voiture, toujours garée dans le parking de la gare.

- Donc, si je résume, tu as quitté ton copain, tu as quitté ta ville, ta maison, tes amis, et maintenant tu es là avec seulement une petite valise et assez d'économies pour pouvoir te loger, quoi, deux nuits ? Trois nuits ? C'est vraiment stupide.

- J'ai fait le bon choix, me défendis-je sur le même ton que lui. Ce n'est pas toi qui me disait que je ne devrais pas être avec lui ? Voilà, je ne le suis pas, sois content.

- Je le suis ! Je suis content que tu ais enfin compris que tu n'avais rien à faire avec lui. Mais le reste ? Comment tu pense pouvoir vivre maintenant ? Tu aurais dû réfléchir davantage avant de tout quitter sur un coup de tête.

- Ce n'était pas un coup de tête. J'y pensais depuis un moment maintenant. Depuis vous. Mais... Mais il y a eu une dernière chose, la dernière goutte d'eau, et je me suis retrouvée ici...

Il secoua la tête, pensant sûrement que ma décision est toujours aussi stupide. Mais je n'y peux rien maintenant, ce qui est fait est fait. 

- Tu devrais retourner à Nantes, murmura-t-il finalement après quelques minutes de silence.

- Je ne pense pas que ça soit une bonne idée sachant que Thomas n'avait pas encore accepté que je le quitte... Puis, t'en fait pas, je me débrouillerai. Je trouverai un travail, un petit studio aussi peut-être, je -

- Nora, ce n'est pas aussi simple, m'interrompit-il. Tu ne connais visiblement pas la vie active, ni la vie professionnelle. Tu as arrêté tes études, tu n'as pas de diplôme, tu ne connais personne ici - c'est plus compliqué.

- Je me débrouillerai, répétai-je plus fermement et avec agacement.

Il tourna enfin la tête vers moi, me regardant droit dans les yeux. Je remarquai qu'il n'avait pas tellement changé depuis la dernière fois que je l'avais vu. Il avait simplement coupé ses cheveux et s'était laissé pousser une barbe. 

Puis, sans un mot, il démarra la voiture et sorti du parking.

- Où est-ce qu'on va ?

- Chez mon ex. C'est elle qui nous loge pour l'instant. Tu dormiras là cette nuit, et on décidera de ce que tu vas faire demain matin, parce que je suis vraiment fatigué et je n'ai pas assez d'énergie pour convaincre une tête de mule comme toi. Euh... Excuse-moi, se reprit-il immédiatement. C'est sorti tout seul.

- Je peux rester dans un hôtel, répondis-je sans faire attention à ses derniers mots. Je ne pense pas que cela soit une bonne idée d'aller chez ton ex...

- Je ne pourrai pas dormir si je te laisse dans un autre endroit, donc sois tu acceptes, sois... Tu acceptes. Tu n'as pas vraiment le choix. Et ne proteste pas parce que, vraiment, je n'ai pas de patience ce soir.


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