Chapitre 3

III

Enora

Il est dix-sept heures quand j'aperçois finalement Loris. Son cartable bien placé sur le dos, un paquet dans ses mains et la tête baissée, il passe la porte d'entrée une heure après le départ de son père. Une heure pendant laquelle l'inquiétude m'a rongée de l'intérieur sans que je puisse y faire quelque chose.

- Mademoiselle Sylvain ?

Il s'arrête quand son regard tombe sur moi. Je ne sais pas s'il est surpris de me voir là parce qu'il s'attendait à ce que je m'en aille, ou s'il est surpris de me voir assise sur les marches. Je me force à lui sourire pour toute réponse.

- Excusez-moi de vous demandez cela, mais, que faites-vous ici ? Il demande en s'avançant.

- Ton père m'a demandée de t'attendre.

Il semble encore plus surpris par ma réponse. Puis, il dépose son cartable au sol, suivit du petit paquet qu'il avait dans les mains.

- Où est-il ?

Il ne relève pas la tête quand il me pose cette question. J'ai l'impression qu'il connaît déjà la réponse. Alors, avant de lâcher les mots qui me pendent à la langue, je cligne des yeux, comme si je venais de comprendre quelque chose. Et, c'est bien le cas. Je referme ma bouche et observe Loris un instant. Il sait où est son père. Et ça le rend visiblement triste.

- Il est allé faire les courses.

Le mensonge glisse facilement de mes lèvres. Je n'aime pas le mensonge, mais j'ai toujours été quelqu'un qui en dit beaucoup. Pas de grands mensonges ou quoique ce soit, seulement des blancs. Parce que j'ai conscience que, parfois, la vérité fait beaucoup de mal, et qu'on peut survivre sans le savoir.

- Les courses ? Mon père est allé faire les courses ?

- Oui, il ne devrait pas tarder.

Et quand il sourit, je comprends une fois de plus que j'avais raison. Tout le monde ne veut pas entendre la vérité.

- Je vais aller me changer, alors, il annonce en récupérant ses affaires. Oh, aviez-vous besoin de quelque chose, mademoiselle ?

- Non, merci, Loris.

- Bien, surtout, n'hésitez pas.

Je hoche la tête, puis, il court à l'étage, avec beaucoup plus d'énergie qu'à son arrivée. Moi, au contraire, je sens la fatigue m'écraser de plus en plus. Je n'ai ni la force ni l'envie de me relever de cette marche. Et je ne le fais pas, d'ailleurs. Je pose ma tête contre le mur et je reste assise ici, fixant la porte d'entrée. Jusqu'à que Loris revienne vers moi.

- Je ne veux pas vous déranger ou quoique ce soit, mais, pourquoi restez-vous ici ? Il demande d'une voix légèrement hésitante.

Je relève la tête, hausse les épaules et lui sourit. Je dois vraiment avoir l'air bizarre. Il confirme ma pensée en fronçant les sourcils, puis il hausse les épaules aussi et s'installe à mes côtés.

- En fait, vous savez, vous avez choisis le meilleur endroit pour vous reposer, il commence. Il y a un radiateur aux deux bouts de l'escalier. Donc, nous sommes en ce moment à l'endroit le plus chaud de tout le gîte.

- Intéressant.

- C'était mon idée, ça. Mon père a refusé au début, et ne comprend toujours pas pourquoi j'ai choisis d'installer des nouveaux radiateurs ici. Honnêtement, je ne savais pas non plus. Mais, nous en voyons l'intérêt aujourd'hui, n'est-ce pas ?

- Visiblement.

Il se tait après cela. Ce n'est pas la première fois que je suis face à cette situation. Quand quelqu'un tente de faire la conversation et que ça finit en silence à cause de mon manque de paroles. Thomas et les autres sont habitués, maintenant. A me voir comme cela, à ne plus m'entendre parler. Mais, Loris, non. Est-ce pour cela que je m'en veux à l'instant ? Est-ce pour cela que j'ai envie qu'il continue de parler ? Même s'il va me parler des radiateurs et de la chaleur.

- Ton père te laisse prendre des décisions comme celle-ci ? Je demande alors.

Il n'est pas vexé, il me répond immédiatement.

- Je sais être très convaincant quand je le veux. De plus, dissuader mon père de faire quelque chose est plus compliqué que de le convaincre à faire quelque chose, croyez-moi.

- Tu peux le convaincre à se dissuader, alors.

- J'aime bien votre mentalité, mademoiselle Sylvain. Mais, j'ai déjà essayé. Et, ça ne fonctionne pas.

Je me sens soudainement étrange. Je ne sais pas si c'est dans le bon sens ou pas, et cela me terrifie plus que ça ne le devrait. Loris a une manière bien à lui de parler, de regarder, et de faire comprendre le sens des mots qu'il prononce. Cela me déstabilise.

- Vous allez rester ici encore longtemps ?

- Il me semble que oui.

- Je peux vous tenir compagnie, si vous le souhaitez. Ou m'en allez, aussi. C'est votre choix.

- Parle-moi d'un sujet qui t'intéresse, Loris, je quémande sans attendre.

Et il le fait. Pendant longtemps. Moi qui n'est pas fan de la mer ou de l'océan, je me retrouve à l'écouter avec intérêt. Parce que c'est ce qu'il fait, Loris, il sait rendre quelque chose très intéressant avec de simples mots, mais avec sa manière de parler, et sa manière de regarder, et sa manière de glisser des sous-entendus par-ci par-là.

*

- Tu devrais aller dormir, Loris, il est minuit passé.

- Vous allez rester sur ces marches toute la nuit, vous ?

- Non.

Je ne peux m'empêcher de sourire face à sa question. Même s'il fait tout pour rester professionnel et me vouvoyez, un peu d'innocence radie de son être quand même.

Il se relève lentement, se retenant d'une main au mur. Son regard se pose une fois de plus sur la porte d'entrée. Il a peut-être compris mon mensonge, compris que son père n'est pas aller faire les courses. Mais, il n'a pas ouvert le sujet.

- Bonne nuit, mademoiselle Sylvain.

- Bonne nuit, Loris. Et, appelles moi Enora, s'il te plaît.

- Enora, d'accord, il répète avec un hochement de tête.

Au moment où il se retourne pour monter les marches, la porte d'entrée s'ouvre. Entre alors M. Douay. Je me retiens de lâcher un soupir de soulagement en remarquant qu'il n'est pas blessé ou quoique ce soit. Cependant, il ne paraît pas très joyeux.

- Papa ? Loris l'appelle en descendant les marches pour le rejoindre. Tu vas bien ?

Et à cet instant je sais. Loris a compris mon mensonge. Mais il a décidé de ne rien dire.

- Je vais bien, son père lui répond en soupirant. Pourquoi tu es debout, toi ?

- On t'attendait.

En prononçant ces mots, il me désigne d'un regard qui est jeté dans ma direction. M. Douay remarque alors ma présence, fronce les sourcils, avant de finalement se souvenir de moi, visiblement. Il me fait un signe de tête, peut-être en signe de remerciement, je ne saurais dire, et je le lui rends.

- Bien, je suis là maintenant, va te coucher.

- Papa, je...

- Loris, au lit, tout de suite, il le coupe.

Loris avale ses mots avant de tourner les talons. Il monte les marches rapidement et je m'attends à ce qu'il claque la porte une fois à l'étage, mais cela n'arrive pas. J'entends seulement le grincement de porte s'ouvrant et se fermant, et le long soupir de M. Douay.

Ce dernier passe ses mains sur son visage avant de s'avancer vers moi.

- Merci de euh.. D'être restée avec Loris, il marmonne sans rencontrer mon regard.

- Pas de problème.

- Vous pouvez rester cette nuit aussi, je ne vais pas vous mettre à la porte à cette heure. Mais, demain matin...

- Oui, bien sûr. Ma valise est déjà prête, de toute façon, je m'en irai.

- Bien... Bonne nuit, alors.

- A vous aussi.

C'est finalement mon tour de me relever. M. Douay attend que je sois debout pour monter à l'étage aussi. Cependant, sans même qu'on puisse monter une marche, Loris revient vers nous. Le petit paquet est encore une fois dans ses mains.

- J'ai oublié de vous donner cela, Enora, il annonce en me tendant le paquet.

- Qu'est-ce que c'est ? Son père demande, me devançant.

- Un cadeau d'anniversaire. J'ai remarqué que votre anniversaire était la semaine dernière, je voulais vous offrir quelque chose, il explique.

Je ne peux rien répondre alors que je prends la boite dans mes mains et l'observe sans l'ouvrir. C'est... étrange. Pourquoi a-t-il fait cela ? Pourquoi ça lui importe de m'offrir quelque chose pour mon anniversaire qui est déjà passé ?

- C'est très gentil de ta part, Loris, je finis par dire. Mais, tu ne me connais même pas, je ne peux pas accepter cela.

- Sommes-nous obligés de connaître quelqu'un pour lui offrir un cadeau ?

Sa question me laisse perplexe. Encore une fois, sa manière de parler et son regard me déstabilisent. Il n'a même pas besoin de parler plus pour me convaincre. Alors j'essaye de lui sourire en ouvrant le paquet, pour en sortir une boule à neige.

- Loris... M. Douay souffle derrière moi après avoir vu l'objet.

- J'espère que vous en prendrez soin, Enora.

- N'ai pas de doute là-dessus, Loris. Tu es très attentionné, merci beaucoup.

Je suis surprise d'avoir autant parlé aujourd'hui. Ou, plutôt, cette fin de soirée. Thomas serait content, je suppose, s'il entendait cela. Parce qu'il essayait de me faire parler, mais je ne voulais pas parler, je voulais simplement m'endormir et tout oublier.

Avant de me laisser replonger dans ces pensées, je remercie une dernière fois Loris et nous montons tous à l'étage. Puis, je remarque qu'ils montent avec moi à l'étage au dessus. Je ne dis rien et observe, jusqu'à me rendre compte que mon voisin rentre-tard-lève-tôt n'était autre que Mr. Douay et son fils. Personne ne parle dans le couloir, et les portes se referment sans un seul regard de plus.

*

- J'ai fait ma valise, Nora, si tu ne m'avais pas appelé, je serais déjà en route. Ne me fait plus jamais cela, je t'en supplie.

- Je suis désolée.

- C'est la seule chose que j'arrive à prononcer. Et c'est vrai. Je suis désolée.

Une cinquantaine d'appels manqués, une centaine de messages non lus, et Thomas se prépare déjà à venir ici. Tout cela parce que je n'ai pas pensé à prendre mon portable avec moi en sortant de la chambre.

- Bon, ne parlons plus de cela, il soupire. Comment tu vas ?

Je prends un moment pour réfléchir à sa question. Mon cœur bat bien trop rapidement que le nécessaire. Je regarde autour de moi. Je tire sur la manche de mon haut de pyjama. Je ne me sens pas bien.

- Je suis fatiguée, Thomas.

Il est celui qui reste silencieux, cette fois. Je sais qu'il veut parler, savoir comment je vais, ce que j'ai fait aujourd'hui, etc. Mais, j'ai besoin de raccrocher. Je ne me sens pas bien.

- Nora... Tu n'as pas réussis à dormir ?

- Pas encore. Je suis désolée. Je t'appelle demain ?

- D'accord, mon cœur. Comme tu veux. Quelque soit l'heure, appelle-moi et je te répondrai. Nora... N'oublie pas que tu es là-bas pour te reposer, alors fais le, d'accord ?

- Je le ferai.

- Merci. Tu peux m'appeler si tu n'arrives pas à dormir aussi. C'est important. Allez, je ne vais pas te retenir encore longtemps. Bonne nuit, mon amour. Je t'aime.

- Bonne nuit, Thomas.

Je sais qu'il attend un dernier mot de ma part, ce pourquoi il ne raccroche pas. Alors, je me force à le faire moi-même. Même si je lui brise le cœur. Et même si c'est la dernière chose que je veux faire.

Mais j'étais obligée. Je ne me sens pas bien. Parce que je viens de remarquer que je ressens des émotions que j'avais perdu l'habitude de ressentir. Je devais être vide. Pas comme ça. Et je n'arrive pas à me décider si ce changement est bien ou pas...

*

Une vingtaine de minutes plus tard, alors que j'observais le ciel étoilé par la fenêtre, j'entends les voix s'élevant dans la chambre à côté. Au début, je n'y prête pas attention. Mais, au fur et à mesure, cela devient impossible. Je peux reconnaître bien aisément la voix de Mr. Douay et de Loris. Et bientôt, je peux même comprendre quelque uns des mots qui sont criés.

Puis, un claquement de porte. Et, silence complet. La minute suivante, j'entends les sanglots de Loris.

Je devrais rester dans ma chambre, ne pas me mêler de leurs affaires, dormir et me reposer comme l'a demandé Thomas, mais, je n'y arrive pas. Je ne peux pas juste écouter Loris pleurer dans la chambre d'à côté. Ce son m'est insupportable.

Alors je met mon gilet par dessus mon pyjama et quitte ma chambre. J'hésite quelques secondes devant la porte adjacente, avant de finalement frapper deux petits coups. Les sanglots cessent instantanément.

- Loris ?

Je frappe deux petits coups de plus. Devrais-je peut-être entrer moi-même ? Ce serait irrespectueux mais, d'un autre côté, la situation est compliquée.

Je n'ai pas besoin de me creuser les méninges encore plus, puisque la porte s'ouvre doucement. Je recule d'un pas, et je suis finalement face au visage rouge de Loris. Il a essayé d'effacer ses larmes mais ses yeux le trahissent.

- Aviez-vous besoin de quelque chose, Enora ?

Sa voix est enrouée, son regard ne rencontre pas le mien comme d'habitude. J'ai presque envie de sourire au fait qu'il tente de rester toujours aussi professionnel maintenant, même après une dispute avec son père, même après avoir éclaté en sanglots. Cependant, cela me rend tout autant triste.

- Non, je vais bien, moi, je réponds. Tu vas bien, toi ?

- Très bien, oui.

- Loris... Je t'ai entendu...

- Excusez-nous, mademoiselle, il me coupe en relevant les yeux. Je m'excuse de la part de mon père aussi. Cela n'arrivera plus.

Encore une fois, je suis déstabilisée. Je cligne des yeux et assimile ses mots, avant de prendre la parole à nouveau.

- Loris, ne t'excuses pas pour ça. Tu n'as pas besoin d'être aussi professionnel, tu sais. Je me suis seulement inquiétée pour toi.

- Inquiétée ?

Il apparaît soudainement comme un garçon normal, jeune et innocent. Je me demande pourquoi ma réplique l'a autant surpris. Il me regarde comme si je lui avais dit une chose inimaginable.

- Vous vous êtes inquiétée pour moi ? Il répète.

- Oui, Loris.

Ses yeux se remplissent de larmes. Il ne dit rien de plus, il laisse la porte ouverte et retourne dans la chambre, s'assoit sur un des deux lits et baisse la tête. Ses larmes sont silencieuses, cette fois. Je m'avance lentement vers lui, hésitante, appréhensive, et toujours aussi inquiète. J'aimerais vraiment qu'il arrête de pleurer. Je commence à ressentir des émotions, et ses larmes vont seulement me faire du mal. Si Thomas était là, il m'aurait demandé de m'éloigner de cette scène immédiatement. Parce qu'il me connaît très bien.

- Tu... Tu veux peut-être en parler ?

Je regarde le sol et le lit, avant de me décider de m'asseoir à côté de Loris au lieu d'en face de lui. Il reste en silence un moment, et je ne fais que le regarder, sans pouvoir rien faire, ni rien dire. Je veux m'en aller, j'ai besoin d'air.

- Je suis vraiment désolé d'avoir causé une scène, vous n'auriez pas du entendre tout cela, il murmure finalement.

- Loris... Tu es un jeune garçon, pas un homme avec des responsabilités. Ne t'excuses pas.

- Quand même, ce n'était pas respectueux de notre part, à mon père et à moi. D'habitude, ça ne va pas aussi loin, mais...

Il a du mal à parler, il retient encore ses sanglots. Je lui laisse le temps de prendre de grandes inspirations pour se calmer. De toute façon, je ne sais pas quoi dire. J'ai vraiment besoin d'air.

- Mon père veut vendre le gîte, il déclare soudainement.

Je ne m'y attendais tellement pas que j'ai besoin de quelques secondes, voire de quelques minutes pour comprendre le sens de ses paroles. Et quand je le regarde à nouveau, il a la tête dans les mains, et je sens mon cœur se serrer de plus en plus.

- Hum... D'accord.

J'ai envie de frapper ma tête contre un mur après avoir prononcé ces paroles. Qu'est-ce qui m'a pris ? Il y a un enfant qui pleure à mes côtés, qui me confie la raison de ses larmes, et je réponds par un simple « d'accord » ?

- Désolée, je reprends. Je...

- Vous n'êtes pas obligée de dire quelque chose.

Il me coupe la parole et d'une manière assez étrange je lui en suis reconnaissante. Parce que je ne sais toujours pas quoi dire. Je détourne mes yeux de lui, respire profondément et tente de me calmer. Ça ne devrait pas me déranger autant...

- Enora, pourriez-vous me laisser seul s'il vous plaît ?

- Oui, bien sûr... Je peux te demander une faveur avant ?

- Je vous écoute.

- Peux-tu, s'il te plaît, arrêter de pleurer ?

Son regard me déstabilise une énième fois quand il relève la tête. Je suffoque, je dois sortir. Et c'est ce que je fais dès qu'il hoche la tête en effaçant les larmes coulant sur ses joues.

*

L'air dans ma chambre ne me suffit pas, même en ayant ouvert la fenêtre. Je n'y reste donc pas très longtemps et me retrouve au rez-de-chaussée quelques minutes après avoir quitté Loris. Poussant la porte d'entrée, mon regard tombe immédiatement sur la personne assise sur la petite marche au pas de la porte. Mon moment d'hésitation ne dure que quelques secondes ; je dois prendre l'air et ce n'est pas Mr. Douay qui va m'en priver.

Je sers mon gilet contre moi tout en faisant un pas à l'extérieur. Au son de la porte qui s'ouvre, Mr. Douay tourne légèrement la tête en arrière, puis, voyant que c'est seulement moi, il regarde à nouveau devant lui. Je descends la marche en passant à côté de lui, mais ne lui adresse pas la parole. Un pas, deux pas, je m'éloigne. Trois pas et je m'arrête. Prenant une profonde inspiration, je fais demi-tour pour être face à lui.

Il ne relève pas les yeux sur moi. Fumant sa cigarette, il semble décontracté et l'opposé total de son fils. Comment peut-il rester comme cela en sachant que son fils est en train de pleurer deux étages plus haut, à cause de lui ? Je ne me sens pas bien, Loris me déstabilise, et Mr. Douay en rajoute dessus maintenant avec son air calme. Et je sais que je ferais mieux de m'en aller, marcher et respirer, me reprendre. Pourtant, je m'assois sur la marche froide à côté de monsieur.

- Avez-vous besoin de quelque chose ?

Sa question arrive la seconde où je suis assise. J'observe son profil un instant, de ses cheveux désordonnés à la courbe de son nez, de sa mâchoire bien dessinée à la fumée sortant d'entre ses lèvres.

Je n'arrive pas à me décider. Je n'ai pas envie de parler, mais j'ai tout autant envie de lui dire quelques mots à propos de Loris. Finalement, je pose mon regard devant moi aussi, observant le paysage s'offrant à nous.

- Non.

Mon choix est fait, ma réponse est dite. Pourtant, au fond de moi, je souhaite qu'il insiste pour que je puisse lui parler de Loris. Pour que je lui dise d'aller voir son fils. Pour qu'il puisse le faire cesser de pleurer. Pour que je puisse me calmer et appeler Thomas, pour que lui me dise que c'est normal que je me sente comme ceci. Pour que je ne prenne pas peur.

Cependant, à part un bref regard, il ne donne aucune autre réaction.


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