Chapitre 4
Je me fis réveiller par un poisson, passant tellement près de mon visage qu'il me donna un coup de queue sur la joue. J'ouvris les yeux et levais la tête vers la surface, deux mètres au-dessus de ma tête. Je voyais de la lumière, comme si le jour était arrivé, mais je n'avais aucun moyen de savoir si c'était réellement le jour, ou si c'était mes yeux qui me jouaient des tours. Malgré tout, je sentais que j'étais sur le point de manquer d'air, et il fallait que je remonte. Je déroulais mes mains autours des algues et donnais un coup de pied dans le sable pour remonter à la surface, et j'émergeai à quelque mètre d'un petit bateau de pêches, où deux hommes me regardaient, bouche-bée.
- Ça va, petit ? me demanda l'un deux, un vieux bedonnant en gilet et chapeau de pêche.
- Ouais, répondis-je en recrachant l'eau que j'avais dans la bouche. Ils vous restent de la place, sur votre bateau ?
Les deux hommes échangèrent un regard, puis le plus jeune des deux, qui aurait pu être le fils de l'autre, fit oui de la tête et tendit la main qui ne tenait pas sa canne à pêche vers moi.
- Viens, dit-il.
Sans me faire prier, je nageai vers eu puis montai dans le bateau, avec l'aide de l'homme, et je m'allongeai dans le bateau, mes pieds dépassant d'un côté, effleurant l'eau du bout de mes orteils. Je mis mon bras au-dessus de mes yeux ; cette fois, j'étais fixé, nous étions le jour, et malgré que j'arrivai à endurer cette lumière, le soleil me brulait les yeux.
- Comment tu t'appelles, petit ? demanda le plus vieux.
- Pour sûr, je m'appelle pas « petit ».
Il y eu un long silence, et je sus que j'avais particulièrement manqué de tact. Je poussais un soupir avant de répondre finalement :
- Je m'appelle Jayden.
Encore une fois, il y eu un long silence.
- Est-ce que vous pourriez me reconduire au rivage ?
- Heu... oui, bien sûr, répondit le plus jeune.
J'entendis le moteur démarrer et le bateau se retourner pour aller vers le rivage.
- Qu'est-ce qui t'es arrivé, pe... Jayden ? demanda le plus vieux. Comment t'es-tu retrouvé dans le lac ?
- Peu importe... Vous ne me croirez pas.
- Et depuis quand étais-tu là-dedans ?
- Je ne sais pas... Il est quelle heure ?
- Dix heures, dit le plus jeune en regardant sur la montre qu'il avait au poignet.
Et quand j'y suis entré, il était, quoi, trois heures ? quatre heures ? Ce qui voulait dire que j'avais pu retenir ma respiration pendant plus de six heures d'affilé. Sur le coup, j'étais assez fier de moi, mais je préférais ne pas donner ma réponse.
- Longtemps, répondis-je vaguement.
- Et qu'est-ce qui est arrivé à ton pantalon ?
Je baissai la tête pour voir ; l'une de mes jambes – je n'avais aucune idée si c'était la gauche ou la droite – était complètement à nu. Heureusement, les blessures par balle avaient complètement disparu, et le sang avait été lavé par les eaux du lac, sinon j'aurai eu droit à une question en plus.
- Il y a des piranhas, dans ce lac, je vous jure !
Encore un long silence. Il est sûr que ce n'était pas à des pêcheurs qu'il faut faire ce genre de mensonge, ils connaissaient probablement chaque espèce de poisson qu'il y avait dans ce lac. Heureusement, le rivage était tout près, quelques secondes de plus et nous seront arrivé, et je pourrais partir loin d'eux.
Quand le bateau arriva près du bord, je me laissais tomber dans l'eau qui remontait un peu plus haut que mes genoux.
- Tu as faim, Jayden ? dit le vieux derrière moi.
Je me retournais pour voir ce qu'il me présentait ; un sac de noix. Je grimaçai en reculant d'un pas.
- Je suis grave allergique.
L'homme s'empressa de cacher le sac de noix derrière son dos, et je me retournai encore une fois vers la petite forêt devant moi, et continuai mon chemin. En peu de temps, les arbres me cachaient à la vue du soleil, et je me sentais déjà mieux. Pourtant, je ne pouvais pas m'empêcher de repenser au sac de noix. C'est vrai, je suis allergique, mais je me demandais si ça avait vraiment de l'importance, maintenant. Qu'est-ce qui se passerait si j'en mangeai une ? J'aurais une réaction allergique, comme d'habitude, assez grave pour m'amener d'urgence à l'hôpital, ou bien il ne se passerait rien du tout ? Ou bien il se passerait quelque chose, mais pas une réaction allergique... est-ce que les vampires peuvent manger ? J'avais l'impression que non, je sentais mon estomac tout aussi mort que mon cœur, mais j'étais tout de même curieux de savoir ce qui se passerait.
Pendant je ne sais combien d'heure, je longeai l'autoroute, derrière une rangé d'arbre pour me protéger du soleil. J'avais hâte de retrouver la civilisation, de retrouver un téléphone pour appeler Laura et lui dire que j'étais toujours en vie. Je levais ma main pour voir le numéro que Laura y avait écrit la veille, et je me figeai, arrêtant de marcher. Là, dans ma main, il n'y avait rien. Le numéro de Laura avait disparu. Probablement lavé par les eaux du lac.
Parfait. Je fais comment, maintenant, pour le lui dire ? Et si, sans nouvelle, elle croit que je suis mort ? Qu'est-ce que je dois faire, maintenant ?
Exaspéré, je me passais la main dans mes cheveux mouiller, serrant mon poing autour d'une poignée de cheveux, puis desserrait quand je me sentais à deux doigts de me les arrachés. Je me sentais sur le point de fondre en larme. Je ne savais plus quoi faire. J'avais besoin de Laura.
Je laissai aller un soupir, essayant de faire passer ma peur, puis sortie du bois pour aller directement sur le bord de l'autoroute, faisant de l'autostop. Après quelques longues minutes qui me fit l'effet d'une éternité de marche complètement seul, une femme arrêta sa voiture près de moi et baissa la vitre. Je m'approchais timidement, essuyant mes yeux avant qu'elle ne voie que j'étais en train de pleurer.
- Qu'est-ce que tu fais là, seul ? demanda la femme.
- Me suis perdu, dis-je en baissant la tête et haussant les épaules.
Je devais faire particulièrement pitié, en ce moment, car la femme laissa échapper un petit gémissement, le genre qu'on réserve quand on voie un petit chiot tout mignon. Elle se pencha pour ouvrir la portière du côté passager, puis j'embarquai et fermai la porte derrière moi, et la voiture décolla.
- Vous allez où ? demandais-je.
- À Sapigano, répondit-elle. Mais je peux t'apporter où tu veux, pauvre petit.
- Est-ce qu'on est loin de Miska ?
- C'est sûr mon chemin !
Soulagé, je m'enfonçai dans mon siège et tournai la tête pour regarder le paysage. Le soleil m'était toujours caché par les arbres, et pourtant, je sentais que la lumière, même l'ombre, commençai à me faire un peu plus mal aux yeux qu'il y a une heure. Quoi, j'étais déjà en manque de sang ? C'est pas possible ! Y'a pas plus de six heures, j'ai vidé deux personnes adultes de leurs sang, qui font tous les deux le doubles de ma taille. Où est-ce qu'il peut aller, ce sang ? Et Laura qui disait « le strict minimum » ...
J'abaissai le pare-soleil devant moi et tombai face à face avec mon reflet. Pendant un instant, une réflexion stupide me vint en tête ; est-ce que les vampires ont un reflet ? Apparemment, oui. Puis je me penchai un peu par en avant pour bien voir, m'attendant à toute sorte de changement alarmant. Mais non, j'avais toujours la même tête, toujours la peau assez foncée, mes yeux de couleurs noisette en forme d'amande, quand bien même que je sois allergique à l'un comme l'autre. Mes cheveux noirs, encore légèrement mouillé par l'eau du lac, mais à peine. La seule différence que je voyais, c'était les cernes. Des cernes bien rouge, qui donnait l'impression que j'étais épuisé, alors que ce n'était pas le cas.
- Je m'appelle Anise, dit la femme à côté de moi. Et toi ?
- Jayden, répondis-je en refermant le miroir et m'enfonçant à nouveau dans mon siège.
- Comment t'es-tu retrouvé ici ?
Visiblement, tous les gens que j'allais croisé allaient me poser tout un tas de questions. Et visiblement, je ne pourrais jamais répondre la vérité. Sauf pour mon nom.
- Ça vous dérange si je dors un peu ? demandais-je en évitant son regard. Je suis épuisé.
C'était faux, mais je préférais encore ça que d'essayer de trouver une raison logique au fait que j'étais là, sur le bord de la route, trempé et une moitié de pantalon en moins.
- Oh, bien sûr que non ! s'écria Anise avec un grand sourire. Vas à l'arrière, tu auras plus d'espace.
- Merci, marmonnais-je.
Je détachai ma ceinture de sécurité et allait à l'arrière, m'étendant de tout mon long sur la banquette. J'étais tout sauf épuisé, mais en peu de temps, à fixer le plafond beige de la voiture et aillant de plus en plus mal aux yeux alors que la couleur semblait pâlir un peu plus à chaque minute, je fermais les yeux, et je sentis le sommeil me rattraper.
Je me fis réveiller un peu plus tard par Anise qui me secouai légèrement l'épaule. J'ouvris les yeux, m'attendant à la voir elle, mais je ne vis que sa silhouette dans le blanc qui l'entourait. Je refermais aussitôt les yeux, les cachant de mes mains, en jurant. Ça y est, j'étais réellement en manque de sang ; tant qu'il y aura de la lumière, je ne verrais plus rien.
- Jayden ? dit Anise, l'air choqué.
Sûrement que pour elle aussi, j'étais trop jeune pour dire ce genre de chose. Je soupirai en secouant la tête.
- Pardon. Est-ce qu'on est arrivé ?
- Pas encore, non. Mais je voulais savoir la taille que tu fais.
- Quoi ? demandais-je en écartant mes mains et plissant les yeux pour essayer de la voir. Pourquoi vous voulez savoir ma taille ?
- Je ne vais pas laisser un jeune homme comme toi vêtu de cette façon !
- Oh, ouais, marmonnais-je.
J'avais oublié que mon pantalon était complètement détruit. Je lui dis ma taille, et elle sortit de la voiture après m'avoir fait un grand sourire. Finalement, c'était un avantage, d'être jeune. Je peux me mettre n'importe quel adulte dans ma poche. Sauf les chasseurs... mais je n'inclus pas Laura là-dedans. Laura aussi, elle m'a aidée à sortir seulement à cause de mon âge...
Maintenant qu'Anise était partit, la lumière dans la voiture s'était éteint, et je pouvais déjà voire un peu mieux ce qui m'entourait. Je me mis assis sur la banquette et me penchai pour regarder à l'extérieur. J'étais dans le stationnement d'une boutique de linge, le genre que, sauf obligation, je n'aurais jamais mis les pieds. À l'idée de devoir porter quelque chose qui venait de là, j'étais tenté d'abandonné Anise et de continuer la route à pied. Reste que, tant qu'à avoir le choix, je préférais avoir un pantalon entier.
Je n'avais aucune idée de l'heure qu'il était, mais pour sûr, nous étions toujours le jour, et il ne m'en fallut pas longtemps pour que mes yeux me brûlent et que j'abandonne l'idée de regarder dehors. Je m'installais confortablement sur ma banquette, toujours couché, mon bras au-dessus de mes yeux pour cacher la lumière, et j'attendais le retour d'Anise, que je n'espérais pas trop long.
J'avais hâte d'être de retour à Miska : ma ville. Là où j'ai passé l'intégralité de ma courte vie de fils et de grand frère. Maintenant... je ne suis rien de plus qu'un orphelin. Et un vampire, bien sûr, comment oublier ? J'avais beau avoir hâte d'être de retour à la maison, j'avais toujours cette voix dans ma tête qui me disait : quelle maison ? Tous ceux qui y habitaient sont mort, maintenant. Sauf moi...
Peut-être que ce n'est pas une bonne idée d'y retourner. Peut-être que je devrais vivre seul, par mes propres moyens, pour l'éternité.
Quelqu'un cogna contre la porte de la voiture, et j'ouvris les yeux pour ne voir qu'une forme blanche dans un décors encore plus blanc. Et je me figeai complètement. J'avais beau avoir de la difficulté à voir, je savais que ce n'était pas Anise. C'était un homme. La voiture était entourée d'homme, et tous me regardaient.
Je ne sais pas comment exactement, mais les chasseurs m'avaient retrouvé.
- Allez, sort de là, petit ! dit un homme parmi tant d'autre. Ou je vais devoir te faire sortir de là moi-même !
Je secouais la tête de gauche à droite ; j'étais trop figé pour faire autre chose.
- Je vais compter jusqu'à dix ! dit encore l'homme. Un !... Deux !... Dix !
Puis toutes les portes de la voiture s'ouvrirent en même temps. Des mains apparurent de partout pour me tirer, et je me roulais en boulle pour essayer, en vain, de leurs échapper. Quelqu'un m'attrapa par les pieds et me tira vers lui, et je me dégageai d'un coup sec et lui envoyai un grand coup de pied sur le nez. L'homme s'écarta aussitôt en jurant, se tenant le nez à deux mains, mais un autre vint aussitôt prendre sa place et continuer de me tirer par les pieds.
- À L'AIDE ! criais-je de toute mes forces, ne sachant quoi faire de plus. À L'AI...
Une paire de main apparût au-dessus de ma bouche, m'empêchant de crier, et sans trop penser à ce que je faisais, je lui mordais les doigts de toute mes forces. Du sang gicla dans la bouche, mais trop peu à mon gout, et les mains s'éloignèrent aussitôt, mais deux bouts de doigts restèrent dans ma bouche. Je les recrachais en direction de la personne à qui ils appartenaient, puis je continuais à lutter et à crier. Mais je savais que c'était vain. Ils étaient trop nombreux, et j'étais seul, coincé dans une voiture. Quelle chance je pouvais avoir ?
Puis les hommes se retournèrent, mais pas assez vite. Chacun d'entre eux tombèrent au sol, et de ce que je voyais, c'était à croire qu'ils étaient morts. Je restais quelques secondes figées, ne comprend rien à ce qui venait de se passer, puis je me risquais à regarder dehors. Les hommes qui entouraient la voiture quelques secondes plus tôt étaient, visiblement, tous morts. Mais un peu plus loin derrière eu, il y avait encore une autre bande d'homme et de femme. Et ils me regardaient tous avec beaucoup d'intérêt.
Alors, je fis la seule chose qui me restaient à faire. Je sortie de la voiture et prit mes jambes à mon cou.
Je courais sur le trottoir de la ville, tellement vite que je dépassais en vitesse les voitures sur l'autoroute à côté de moi. Les piétons avaient à peine le temps de me remarquer que j'étais déjà loin. Mais j'entendais les autres, ces hommes et ces femmes, qui me suivaient. Ils me criaient d'arrêter. Qu'ils ne voulaient que parler, et même m'aider. Oui, bien sûr ! Anise aussi, elle voulait m'aider. Alors pourquoi les chasseurs me sont tombé dessus avec autant de facilité, pendant qu'elle était partit se cacher, à l'abris dans la boutique ?
Je ne savais plus où aller. Je ne faisais que tourner en rond dans la ville. Puis, une idée me vint, probablement des plus stupides ; le poste de police. Ils pourront peut-être m'aider. Mais j'avais beau chercher, je ne le trouvais pas. Et si je m'arrêtais pour demander à quelqu'un, ses gens qui me poursuivent pourraient aussi bien me rattraper.
Alors, seconde idée, je sors de la ville et je me trouve un lac, comme la dernière fois.
Je n'avais aucune idée si c'était la meilleure idée du monde ou la pire qui n'avait jamais existé.
Mais avant que je n'aie pu décider de ce que je devais faire, je sentis quelqu'un me soulever de terre, et je me retrouvai balloté d'avant en arrière, comme un sac à patate dans le dos de l'un de ses hommes qui me poursuivaient.
- Lâchez-moi ! m'écriais-je autant fort que je pouvais, en donnant des coups dans le dos de l'hommes. Laissez-moi partir !
- Faite-le taire, quelqu'un, soupira une femme, quelque part à côté de moi.
- Ouais, bonne idée ! dit quelqu'un d'autre.
L'homme qui me tenait comme un sac à patate me lâcha, et je tombais tête première dans la terre. Pendant un instant, je pensais à profiter du moment pour me remettre à courir, mais alors, un détaille me vint en tête. Nous étions au cœur d'une ville, il n'y a pas dix secondes. Mais ce que je voyais autour de moi, c'était un sentier de terre et des arbres à perte de vue.
Avant que je n'aie pu poser la question qui me brûlait aux lèvres, quelqu'un m'attacha un morceau de scotch sur la bouche. Et le temps que j'essaie de le retirer, quelqu'un d'autre m'attacha les mains avec de la corde derrière mon dos. Du coup, j'étais tellement sur les nerfs que je recommençai à pleurer. C'était trop pour moi.
- Oh, pauvre petit, dit une femme en s'agenouillant devant moi. (Elle avait des cheveux plein de couleur, je voyais du rouge, du violet, de l'orange et du jaune. C'était à la fois super bizarre, et vraiment beau.) On devrait l'apporter avec nous.
- Ça viendra, dit un homme derrière moi. Mais pas maintenant. Il est trop sur les nerfs. Quand il se serra calmé, pas avant...
À leur façon de parler de moi, comme si je n'étais pas là pour entendre, ne faisait que, comme il avait dit, me mettre encore plus sur les nerfs. J'avais envie de me remettre à courir, aller aussi loin que possible, mais ils m'encerclaient. Je ne pourrais jamais me sauver d'ici.
L'homme qui était derrière moi vint s'agenouiller devant moi, à côté de la femme. Lui avait une couleur de cheveux un peu plus normal, châtain foncé, mais il avait le visage parsemé de piercings. Il en avait un sur la narine, deux sur la lèvre, deux autre sur le sourcil, peut-être une dizaine sur chaque oreille, et quand il ouvrit la bouche, je pu en compter un de plus sur la langue.
- Si j'enlève le scotch, est-ce que tu vas te remettre à crier ? demanda-t-il.
Je secouai la tête de gauche à droite. Au point où j'en étais, je savais que personne ne pourrait venir me sauver.
L'homme retira lentement le scotch, comme s'il essayait de me faire le moins mal possible. Puis il me fit un grand sourire, que je ne lui rendis pas.
- T'as quel âge, petit ?
J'avais envie de répondre n'importe quoi, mais pas la bonne réponse. Je commençais à en avoir marre qu'on m'appel petit. Mais peu importe mon âge, je suis petit. Il fallait faire avec. Et peut-être même que j'allais rester petit pour l'éternité, maintenant ?
- Douze, finis-je par dire.
Toute la bande qui m'entourait se mit à faire des sifflements admiratifs. C'était particulièrement insultant, et je ne pus m'empêcher de recommencer à pleurer.
- Douze ans, répéta le percer. Et t'es vraiment un...
Il attendait que je confirme sans même attendre de savoir ce qu'il voulait dire exactement. Il voulait que je sois le premier à dire le mot « vampire » ? Je n'en avais pas l'intention.
- Un quoi ? demandais-je avec autant d'innocence que je pouvais.
- Tu le sais bien, dit-il en secouant la tête et riant.
- Je le sais bien quoi ?
Cette fois, tout le monde se mit à rire. J'étais presque fier de moi.
- T'es un vampire ? demanda-t-il cette fois en se penchant un peu plus vers moi.
- Et vous ?
Encore une fois, tout le monde rit.
- Oui, nous le sommes tous, dit le percer avec un grand sourire. Et toi, maintenant ?
Je ne répondis pas immédiatement, prenant le temps de tous les regarder. J'avais vu à quoi, moi, je ressemble, avec le miroir du pare-soleil dans la voiture d'Anise. La seule différence que j'avais vu, c'était les cernes. Mais pour eux, tout autour de moi, aucun d'entre eux n'avait de cerne. Par contre, ils étaient tous particulièrement pâle. Mais pas moi, alors...
Je n'y comprenais rien.
- Oui, finis-je par dire dans un soupire. Et maintenant, qu'est-ce que vous allez faire de moi ?
- Ça dépend. Est-ce que tu vas encore te sauver ?
- Ça dépend. Si j'ai envie de me sauver, est-ce que vous allez encore me courir après et m'enlever ?
Tout le monde rit. Encore...
- Si tu te sauves, on ne te poursuivra pas. Mais on ne t'amènera pas avec nous, où tu seras en sécurité.
- En sécurité ? répétais-je en levant les yeux vers lui. À quel point ?
- Pas de chasseurs, dit-il avec un grand sourire. Et si disons qu'ils nous trouvent, nous sommes quinze contre eux. Je ne sais pas si tu le sais, mais quinze vampires, ça fait des dommages ! Alors, tu veux venir avec nous ?
Je pris un moment pour réfléchir à la question. Pas de chasseurs, c'était tentant. Mais la dernière fois que j'avais rencontré un autre vampire, il avait tué toute ma famille sous mes yeux et détruit ma vie. Et maintenant, il fallait que je sois avec quinze vampires ? J'avais un terrible pressentiment. Et le percer l'avait dit lui-même ; quinze vampires, ça fait des dommages ! Ça, c'est clair...
Mais bon, je n'avais rien à perdre. J'avais déjà perdu tout ce que j'avais à perdre.
- Ouais, je vais venir avec vous, dis-je en hochant timidement la tête.
Je sentis quelqu'un derrière moi retirer les cordes qui retenaient mes mains, et le percer tendit une main vers moi pour m'aider à me relever. J'acceptai son aide. Puis tout le monde se mit à marcher dans le sentier de terre. Je les suivie, le percer à côté de moi et la femme aux cheveux multicolores de l'autre côté.
- Je m'appelle Marcus, dit le percer. Et toi ?
- Jayden.
- Je te le garanti, Jayden, tu vas beaucoup t'amuser, avec nous.
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