Chapitre 3

Plus ou moins quinze minutes de temps à fixer le plafond et Laura revenait déjà. Elle cogna d'abord à la porte, me laissant le temps de remettre les lunettes de soleil, et elle entra, trainant par les pieds une personne qui ne me disait rien. Elle referma la porte derrière elle, puis alluma la lumière.

- Vas-y, sers-toi, dit Laura en lâchant le type au pied de mon lit. Il est juste assommé, et je te donne pas plus de cinq minutes avant qu'il ne se réveille. Vas-y maintenant.

Je restais assis sur le lit, regardant attentivement le type étendu au sol. Il semblait à peine avoir la vingtaine.

- Tu veux que je... demandai-je timidement.

- Vas-y, je te dis ! C'est lui, ou c'est nous deux ! Viens là.

Laura s'agenouilla au côté du type, et je me levais lentement pour aller m'agenouiller de l'autre côté. Laura prit la tête du gars et le pencha de côté pour bien faire ressortir la grosse veine du cou. Je passais nerveusement la langue sur mes dents.

- Et là, tu vas dire qu'il faut que je plante mes crocs dans son cou ? marmonnais-je. Je n'ai même pas de crocs !

Je fis un petit sourire à Laura pour qu'elle voie bien mes dents. Elle secoua la tête en soupirant.

- T'as pas besoin de crocs. Tant que tu peux croquer.

Je baisai les yeux vers le gars encore une fois en prenant une grande inspiration.

- T'es vraiment une mauvaise influence... Ma mère ne serait pas fière du tout.

- Bon, maintenant, tu vas le faire, ou je te jure, je vais te tuer, dit Laura en m'envoyant un regard noir. Tout de suite. Tu veux survivre, oui ou non ?

- Oui, marmonnais-je. Donc... qu'est-ce que je fais, exactement ?

- Tu lui mords dans le cou, tu arraches la peau, et tu colles ta bouche où ça va sortir. Il faut que je te fasse de dessin ?

Je secouais la tête de gauche à droite, commençant à avoir de la peine à retenir une envie de pleurer.

- Je... je veux plus le faire, marmonnais-je. Je veux pas le tuer, et je veux pas... boire son sang.

- Jay, t'as pas le choix !

- Je m'appelle Jayden.

- C'est la même chose. Vas-y !

Je baissais les yeux, n'osant plus la regarder. Je fermais les yeux très fort, essayant de soulager un peu la douleur, et quand je les ouvrais à nouveau, le gars étendu devant moi se mit à bouger. Ses paupières s'agitaient, il tourna lentement la tête. J'échangeai un regard paniqué avec Laura, qui plaqua aussitôt sa main contre la bouche du type pour l'empêcher de hurler ou d'appeler à l'aide. En quelques secondes, il reprenait déjà ses esprits, et il se mit à se débattre pour échapper à l'emprise de Laura. Elle semblait avoir de la difficulté à le retenir, alors je l'aidais du mieux que je pouvais, en lui prenant les bras, mais il était trop fort pour moi.

« Vas-y », articula silencieusement Laura, et cette fois, elle avait raison, c'était maintenant ou jamais.

Alors, je me penchais et, sans réfléchir, lui mordait dans le cou, exactement dans la grosse veine, et je sentis le sang m'emplir la bouche. J'avalai avec difficulté, m'étouffant à moitié, mais je continuais d'aspirer le sang, aussi vite que je le pouvais.

Je ne sais pas pourquoi je me sentais aussi mal ; parce que j'étais en train de le tuer après d'atroces souffrances, de boire son sang, ou parce que c'était la chose la plus délicieuse que n'avais jamais goutée.

- Ça va, maintenant, dit Laura à côté de moi, une main sur mon épaule. Arrête. Jayden !

Elle me tira par les épaules pour me forcer à ma relever, et je me laissai faire à contrecœur. Je me sentais beurré de sang, en particulier sur la bouche et le menton, et aussi sur mon teeshirt et mes mains. J'avais l'impression que j'aurais dû pleurer, mais je ne le faisais pas. En réalité, je me sentais incroyablement bien. Je retirais lentement mes lunettes de soleil et regardai un peu partout ; la lumière ne me faisait plus du tout mal aux yeux, et ma peau ne me picotait plus désagréablement. Je me sentais comme avant ; parfaitement normal. Si on ne tient pas en compte que j'étais plein de sang.

- Comment tu te sens ? demanda Laura au bout de quelques longues secondes de silence tendu.

- Merveilleux, marmonnais-je.

Je levai les yeux vers elle, et vit que ce n'était pas moi qu'elle regardait, mais le gars que j'avais tué, étendu de tout son long, dans le plancher. Il avait encore les yeux ouverts, mais il y avait un petit quelque chose en moins dans son regard ; la façon dont il ne fixait rien en particulier, comme s'il n'y avait rien à voir.

- Jay, tu dois partir, maintenant, dit Laura.

Je hochais la tête, sans prendre la peine de mentionner que je m'appelais Jayden. Jay, c'était mes parents, mes sœurs, mes amis, et personne d'autre. Mais j'avais l'impression que Laura pourrait entrer dans l'une de ses catégories, seulement je ne savais pas encore laquelle.

- Comment ? demandais-je.

- Le plafond, dit-elle en levant un doigt au ciel, en direction de la bouche d'aération.

- J'ai déjà essayé, dis-je en secouant la tête. Je peux pas briser le cadenas.

- Tu peux, maintenant.

Laura baissa les yeux vers le mort, entre nous deux, et je levais les yeux vers le plafond. Je me levai et grimpai sur les lits superposés pour m'approcher du plafond, m'agrippant par les pieds comme la dernière fois, mais cette fois, je savais que je ne tomberais pas. J'attrapai le cadenas entre mon poing et serait autant que je pouvais, et sans aucune difficulté, le cadenas se cassa en deux, l'une des moitiés tomba et Laura s'éloigna juste avant qu'il ne lui tombe sur la tête. Sans plus rien pour la retenir, la grille s'ouvrit en grand. Assez grand pour que j'y entre.

- Reviens ici, dit Laura au moment où j'allai m'y faufiler.

Je redescendis du lit et retournais m'assoir près de Laura. Elle sortit un feutre de sa poche, prit ma main qui était légèrement tachée de sang et y écrivit un numéro de téléphone.

- Fais attention, maintenant. Si tu te fais prendre, je me fais prendre aussi. C'est le numéro de mon téléphone cellulaire. Dès que tu le pourras, tu me feras savoir que t'es toujours en vie. (Elle se leva et alla refermer la porte, puis revint s'assoir face à moi. Elle leva le doigt vers le plafond en prenant un air sévère.) Écoute bien. Là-haut, tu vas tout droit, toujours tout droit, dans cette direction. À la quatrième intersection, tu vas à droite, puis encore tout droit, et tu seras dehors. Compris ?

- Oui, dis-je en hochant la tête. C'est juste que...

- Oh non, il est trop tard pour reculer !

- Ce n'est pas ce que je dis !

- Alors, ne dis rien. Et surtout, n'oublie pas ce que je t'ai dit : le strict minimum. T'es pas obligé de tuer tout le monde, OK ? Et aussi, autre chose : venge-toi. C'est pas parce que t'es un vampire maintenant que tous les vampires sont gentils. Pour eux, pas de scrupule. Tue-les tous !

Je hochais timidement la tête. Je ne voyais pas vraiment comment je pourrais faire tout ce qu'elle me disait de faire, mais je préférais le garder pour moi.

- Maintenant, frappe-moi.

- Quoi ?

- T'as bien compris. Si je suis indemne, ce sera on ne peut plus louche pour moi. Alors, frappe-moi. En pleine face. Allez, maintenant ! Je suis prête.

Laura ferma les yeux, prête à recevoir le coup. Je n'avais pas du tout envie de lui faire mal, mais sachant qu'elle se mettrait encore à chialer, je marmonnais un désolé et la frappait de toutes mes forces contre la tempe. Et c'était sans compter ma force de vampire nouvellement acquise, et je sentis la panique me monter quand je réalisais que je l'avais frappé tellement fort qu'elle s'était réellement évanouie du coup.

- Laura ? appelais-je timidement en lui secouant l'épaule. Laura !

Elle ne répondit rien ; c'était comme si elle dormait. J'essayai de la réveiller, mais elle ne voulait rien savoir. Au bout d'une minute, sachant que ça ne servait qu'à me ralentir et diminuer mes chances de sortir d'ici, je l'abandonnais là et remontais sur les lits pour me faufiler dans la bouche d'aération.

J'étais maintenant coincé, à quatre pattes dans un endroit à peine assez grand pour moi, allant dans la direction que Laura m'avait donnée. Tout droit. Je comptais les intersections, tout en regardant bien où je m'étais les genoux et les mains, car, régulièrement, il y avait des grilles, donnant sur une chambre, où il y avait une, parfois deux personnes dormant dans des lits, parfois des salles de bain. J'étais aussi silencieux que possible, et en quelques minutes, j'avais déjà compté les quatre intersections. Maintenant, il ne me restait plus qu'à tourner à droite. Ce qui me posait un grand problème ; je ne connaissais pas ma droite. J'avais beau essayer, les directions ne voulaient pas m'entrer dans la tête. Et quand j'avais essayé de le dire à Laura, elle m'avait interrompu.

Je regardais dans les deux directions. Les deux étaient parfaitement identiques ; un petit tunnel gris métallique et bien carré. J'essayai de voir si, dans l'un ou l'autre, j'arriverais à voir le bout, et s'il menait dehors, mais je n'arrivais pas à voir assez loin. J'essayai de sentir le vent qui me montrerait la direction, mais là encore, il n'y avait pas de vent. Je ne pouvais que prendre une chance.

Qu'est-ce qu'on dit, déjà ? J'écris de la main droite ? Je regardais mes mains attentivement, puis tournais dans ce que j'espérais être la droite. J'avançai lentement, redoutant ce que j'allais trouver au bout du tunnel. Qu'est-ce qui va se passer, si j'ai pris le mauvais côté ? Peut-être qu'il y aura au bout un monstre qui va me sauter dessus et qui va essayer de me manger ? Peut-être qu'il y aura un énorme ventilateur qui va m'aspirer et me déchiqueter un plein de petits morceaux ?

Finalement, j'arrivai au bout et, bien sûr, c'était la mauvaise direction. Mais, fort heureusement, ce n'était qu'un cul-de-sac. Rien de grave ; je n'aurais qu'à me retourner et continuer dans l'autre direction. Et c'est là que je me rendis compte du problème ; j'étais tout juste assez petit pour me faufiler dans ces conduits, mais pour me retourner, c'est une autre histoire. J'essayai du mieux que je pouvais, essayant de ne pas faire de bruit, mais c'était tout bonnement impossible. Tout ce que je pouvais faire, c'était d'avancer à reculons, ce que je fis. Sur quelques mètres, tout se passa bien, mais à ne pas regarder où j'allais, mon pied frappa contre le tunnel, ce qui fit un bang qui se répercuta un éco, encore et encore.

J'étais complètement figé. Mais au bout de dix secondes à ne pas bouger, je jugeai préférable de, au contraire, sortir d'ici au plus vite. Alors, je continuais à reculer, aussi vite et silencieusement que possible. Au bout d'un moment, j'arrivais à une grille, et mon pied l'érafla, ce qui fit encore une fois beaucoup de bruit. Une fois passé, je regardais en travers et vis une chambre simple, comme tant d'autres. Pourquoi y a-t-il tant de chambres, ici ? Et qu'est-ce que c'est, exactement, cet endroit ? Mais sur le moment, ces questions me passaient loin au-dessus de la tête, car, dans cette chambre, il y avait un homme qui regardait lui aussi à travers la grille, cherchant apparemment l'origine du bruit que j'avais fait. Et il l'avait trouvé, car, de toute évidence, il me voyait, autant que je le voyais.

Il resta figé pendant quelques secondes, autant que j'étais moi-même complètement paniqué, et l'homme prit un pistolet sur sa table de chevet et le pointa vers moi. Sans plus attendre, je fonçais à reculons dans le conduit, ne prenant plus du tout la peine de ne pas faire de bruit ; le plus important était de partir d'ici au plus vite.

J'entendis le bruit assourdissant d'une balle qui part et je sursautais en me cognant la tête sur le dessus du tunnel quand un trou en forme de balle apparut à tout juste deux centimètres de ma main. Je continuais à reculer, pendant que d'autres trous de balle apparaissaient sur mon chemin. À travers les grilles, je voyais les lumières des chambres s'allumer et les personnes se demander ce qui se passait. L'homme avait dû communiquer l'information que je m'étais échappé, car, maintenant, il y avait des dizaines de balles qui fusaient de partout.

J'étais enfin arrivé à l'intersection et je pus me retourner pour avancer droit, puis repartie au plus vite dans la bonne direction. J'entendais toujours les balles qui venaient à chaque grille que je passais, mais plus je m'approchais du bout, plus je croyais possible à l'incroyable chance qu'aucune de ses balles ne me touche. Et c'est ce genre de chose qu'il ne faut jamais dire dans des moments pareils, car à peine ses mots me passèrent par la tête, une balle me traversa la cuisse et je ne pus m'empêcher d'échapper un hurlement de douleurs, malgré que ça faisait tout de même beaucoup moins mal de ce à quoi je m'étais imaginé.

Je continuais à avancer, et à la dernière grille, une balle me traversa le pied. J'ignorais la douleur du mieux que je pouvais et, arrivé au bout, décrochais la grille qui menait dehors.

J'atterris dans l'herbe deux mètres plus bas, et je poussai un autre cri de douleur. Ma jambe était totalement hors service, et j'étais étendu en étoile dans l'herbe, regardant les autres étoiles, dans le ciel, qui ne ressemblait plus du tout aux étoiles que j'avais connues. Malgré la nuit, le ciel était gris clair, comme s'il était couvert d'une mince couche de nuages. Et les étoiles, elles, elles brillaient comme des mini soleils. Et la lune, c'était à tout point conforme au véritable soleil, en un peu moins brillant. C'était, du coup, assez bizarre, mais avec du recul, il fallait avouer que c'était vraiment beau. C'était comme voir des étoiles en plein jour.

J'entendais du bruit qui se rapprochait, des gens qui courraient dans ma direction, et je savais qu'il fallait que je me relève au plus vite et que je parte d'ici. Au prix d'un grand effort, je parvins à me relever et marcher en direction de la forêt, un peu plus loin devant moi. J'essayais de courir aussi vite que je pouvais, mais je n'arrivais qu'à boiter, pendant que les voix s'approchaient toujours de plus en plus.

Jugeant qu'il me serait impossible d'avancer assez vite pour leur échapper à ce rythme, je décidais de me cacher derrière un arbre. J'espérais sincèrement qu'ils passeraient sans me voir, mais je l'avais testé à plusieurs reprises en jouant à cache-cache avec mes sœurs ; derrière un arbre, c'est la pire des cachettes qui puisse exister. Mais je n'avais pas le choix ; je ne pouvais pas avancer assez vite, avec ma jambe.

Sans trop savoir ce que je faisais, je déchirais mon pantalon au niveau de la cuisse, exposant ma jambe qui dégoulinait de sang, le mien, pour une fois. Je voyais clairement les deux trous noirs que j'avais dans la cuisse, de bord en bord. La balle n'était plus là, c'était déjà ça de bon. Je pris le morceau de pantalon que j'avais arraché et laissé à côté de moi et le déchirais en plusieurs morceaux. J'en pris un et le serrait fort au-dessus de la blessure. Puis je passais à l'autre, dans le pied. Puisque j'étais déjà nu-pieds, cette balle-là aussi m'avait traversé, et elle s'était perdue, quelque part dans les conduits. J'attachais un autre morceau de tissu autour de mon pied, puis essayais de me relever. Déjà, la douleur était plus supportable. J'ignorais si c'était parce que j'avais attaché des morceaux de tissu autour des blessures, ou si c'était parce que j'étais plus résistant, comme l'avait dit Laura. Reste toujours que, plus le temps passait, plus je risquais de me faire repérer, alors, sans plus attendre, je recommençais à courir aussi vite que je le pouvais entre les arbres, pendant que j'entendais toujours les voix derrière moi de ceux qui me cherchaient.

Malgré mes blessures, je me sentais courir plus vite que d'habitude, et j'avais l'impression que, sans blessures, je pourrais courir aussi vite qu'une voiture (dépendamment la limite de vitesse). Mais, avec blessure, je sentais que, si je ne trouvais pas rapidement une cachette, je me ferais prendre, et tuer sans plus de cérémonie.

Et c'est après un peu plus de deux minutes de courses, quand je pensais (et comme il ne faut jamais penser) que, peut-être, j'arriverais à les échapper, que j'entendis le bruit caractéristique d'une personne qui court droit dans ma direction. Il avait dû prendre un raccourci, ou je ne sais quoi, car il n'arrivait pas de derrière moi, mais d'à côté. Et c'est quand je le dépassais à toute vitesse que je le vis lever son arme vers moi. Il était déjà loin derrière quand je l'entendis tirer, mais il réussit tout de même à me toucher dans le dos, et la force de l'impact me fit tomber tête première au sol, en criant autant pour la chute que pour la douleur que je sentais dans mon dos. Le temps que je parvienne à me retourner et me redresser, le type qui m'avait tiré dessus était tout juste à un mètre de moi, visant ma tête avec son pistolet. Malgré que je me sentais particulièrement stupide, sur le coup, je ne pus faire rien de plus que d'éclater en sanglots.

- Pauvre petit, dit le type d'un air qui laissait facilement entendre qu'il ne le pensait pas. Ça fait mal ? Viens-là, je vais abréger tes souffrances !

Je hochais timidement la tête, et fis un pas dans sa direction. C'était bizarre ; il m'avait tiré dans le dos, mais c'était ma jambe qui avait recommencé à me faire mal.

Puis, le type appuya sur la détente, et la balle partie tout droit vers l'endroit où était ma tête, mais je m'étais écarté d'un bon et, sans trop savoir ce que je faisais, je lui sautais dessus, lui attrapai la tête à deux mains et tournai d'un coup sec ; son cou fit un énorme crac, puis il tomba à terre, moi penché au-dessus de lui.

Voilà. J'ai douze ans, et j'ai déjà fait deux meurtres. On aurait de quoi faire un programme sur moi, à docu-D. ­Les enfants tueurs. Ma mère serait tellement fière de moi !

Et maintenant qu'il était mort, je n'avais plus vraiment de scrupule à boire son sang. Le strict minimum, avait dit Laura. Pas obliger de tuer tout le monde. Pardon, mais là, il est déjà mort. Et il a essayé de me tuer en premier. Tant pis.

Je collais ma bouche contre son cou et mordai fort, faisant exploser sa jugulaire dans ma bouche. Aussitôt, je ne ressentis plus aucun mal, ni à la jambe ni au dos. Et j'aspirais tout ce que je pouvais aspirer, et en peu de temps, du moins je crois, je l'avais complètement vidé. J'éloignais ma bouche de son cou et me relevai, reculai d'un pas et regardai longuement ma victime. Encore une fois, je savais que j'aurais dû me sentir mal, mais, au contraire, je me sentais tellement bien...

Puis j'entendis les autres se rapprocher, et je me décidais finalement à me retourner et de courir en direction de je ne sais quoi, deux fois plus vite qu'avant, si ce n'est pas trois fois.

En peu de temps, j'avais traversé la forêt et retrouvé une rue asphaltée, et je me permis de faire une petite pause. Je voyais au loin une voiture venir dans ma direction et je levais le pouce bien haut, mais la voiture continua son chemin sans faire attention à moi. Ou peut-être qu'il m'avait vu et que, malgré que je n'étais qu'un enfant, le fait que je sois recouvert de sang avait dû le refroidir, pour ses envies potentielles de m'aider.

Je poussais un soupir et, avec un regard derrière moi, je continuais à courir en longeant la route. Je commençai à être vraiment tanné de courir, et c'est quand je pensais à faire une pause que je trouvai un grand lac, de l'autre côté de la route. J'y allai et m'aspergeai le visage d'eau, et l'eau qui retomba dans le sac se teintait déjà de rouge. Je baissais les yeux vers ma jambe et retirais les bandages de fortune ; les blessures par balles avaient complètement disparu. Je passais ma main dans mon dos, et là, par contre, je ressentis un pincement désagréable. La blessure était guérie, mais la balle était toujours là, quelque part dans mon dos, un peu plus bas que mon épaule.

Je regardais le lac, droit devant moi. C'est sûr, ça, c'était surement la meilleure cachette que j'aurais pu trouver. J'avançai droit vers le centre du lac, nageant quand, près du centre, l'eau devenait trop haute pour moi. Arrivé à destination, je pris une grande inspiration, puis je me laissais couler tout au fond, assis dans le sable, les mains enroulées autour des algues pour m'empêcher de remonter. Je ne savais pas combien de temps je pourrais rester là sans avoir besoin de remonter pour respirer, mais je sentais que ce serait très long. Tellement long que, regardant les poissons nager paresseusement autour de moi comme si je n'existais pas, je finis par m'endormir.

M'endormir au beau milieu d'un lac. Il fallait avouer que c'était plutôt cool.

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