Chapitre 2
Je me réveillais un peu plus tard sans me rendre compte que je m'étais endormie. Au moins, maintenant, je sais que j'avais encore besoin de dormir...
Je repoussais les couvertures que j'avais au-dessus de la tête et regardai sur le lit d'en face ; Laura la rousse était là à me regarder. Mais l'autre type, Charlie, n'était pas là, et j'en étais bien heureux.
Puis je me rendis compte que la lumière aussi était là, et je remontais les couvertures au-dessus de ma tête. Mais ce n'était pas seulement pour la lumière, mais à cause de mon idée pour m'évader d'ici que j'avais eue avant de m'endormir.
Il faudrait que je tue Laura ? Je n'en avais pas tellement envie... Et l'envisager me fit monter les larmes aux yeux.
- Comment te sens-tu, aujourd'hui ?
- Comment veux-tu que je me sente ? répliquais-je. Je me sens mort, et ce n'est même pas qu'une façon de parler... Y'a plus rien qui bouge, en dedans...
- Et pour ce qui est de ta famille, que tu as vue mourir sous tes yeux... À quoi serais-tu prêt à faire pour les venger ?
Je levais la tête de sous mes couvertures pour la dévisager ; elle semblait on ne peut plus sérieuse. Je plissai les yeux pour la regarder aussi longtemps que je pouvais, mais au bout de cinq secondes, c'était déjà insupportable, et je replongeai sous mes couvertures.
- En quoi voudrais-tu que je me venge ? Le vampire est déjà mort, non ?
- Celui-là, oui... Mais il y en a des tonnes, de vampires...
- Dont moi.
- Allez, prend ça, dit Laura en me tapant l'épaule. J'entends à peine ce que tu dis, la bouche enfoncée dans ton oreiller...
Je tendis la main dans sa direction et je sentis Laura y mettre quelque chose. Je ramenai ma main sous les couvertures pour voir ce que c'était ; des lunettes de soleil. Je les mis et retirais les couvertures, regardant le décor dans la pièce. Ce que je voyais était toujours beaucoup trop pâle et j'avais toujours les yeux qui me brulaient, mais c'était déjà un peu plus supportable. Je me mis assis dans mon lit, en face de Laura, les genoux repliés contre moi et les bras autour, le menton appuyé sur les genoux. Le temps que je m'installe, ma peau commençait déjà à me picoter.
- C'est mieux ? demanda-t-elle.
- À peine.
Laura poussa un subtil soupir, puis tourna la tête pour regarder vers la porte. Mon regard tomba aussitôt sur son cou, et j'eus encore une fois envie de pleurer.
- Si l'autre vampire n'était pas mort, est-ce que tu voudrais te venger ? insista Laura.
Je secouais la tête de gauche à droite, sans même hésiter. Je retirais les lunettes et les laissaient tombées sur le lit à côté de moi et me frottai les yeux avec les paumes.
- Non ? traduisit-elle d'un air étonné. Tu ne voudrais pas te venger ?
- J'ai mal.
- Heu... Oui, eh bien... retourne sous les couvertures. Mais tu ne voudrais vraiment pas...
- Lui aussi, il avait mal.
Laura ne répondit rien immédiatement, et j'écartais légèrement mes doigts pour la voir, et elle aussi, elle me regardait. Elle semblait triste, et je n'arrivais pas à deviner si c'était à cause de moi, ou pour moi.
- Il avait tué des tas de gens. Plus d'une centaine. Et je parle seulement de ces deux derniers mois !
- Moi aussi, je vais devoir tuer des gens ? Si je sors d'ici un jour, ce qui serait étonnant...
- Dis-moi, maintenant : où est le bien, et où est le mal ?
- Je ne sais pas, soupirais-je. Pourquoi je suis encore en vie ? Ce serait plutôt ça, la question de l'heure.
- Tu es trop jeune pour mourir.
J'aurais voulu lever la tête pour la dévisager, mais je n'osais même plus affronter la lumière, et je me contentais de soupirer.
- Alors, comme ça, tu crois que je suis trop jeune pour mourir ? Parce que je n'ai que douze ans ? Et mes sœurs, alors, qu'est-ce qu'il en est, pour elles ?
- Ce n'est pas moi qui en ai décidé.
- Oh si, c'est toi. C'est toi qui avais tiré une balle dans le ventre de l'autre vampire, ce qui l'avait affaibli et qu'il avait, du coup, besoin de boire du sang, et que, là, il a foncé droit vers ma maison. C'est ce que l'autre type, Charlie, avait dit. Et t'aurais aussi bien pu arriver deux minutes plus tôt, avant qu'il ne tue tout le monde ! En fin de compte, si j'ai tout perdu, c'est à cause de toi.
- Eh bien, j'en suis désolé, sincèrement. Mais il faut que tu saches ; où est le bien, et où est le mal ?
- Qu'est-ce que tu veux que j'en sache ? m'écriais-je, à bout de patience. À quoi tu joues ?
- Ne parle pas trop fort, il ne faudrait pas qu'on sache que je suis ici.
Je remis les lunettes de soleil pour la regarder aussi longtemps que possible ; elle regardait encore la porte, l'air nerveux.
- Qu'est-ce que tu fais ?
- Je te l'ai déjà dit : tu es trop jeune pour mourir.
- Quoi ? Tu veux me faire sortir d'ici ? dis-je dans un ricanement. Je suis un vampire, et tu es une chasseuse de vampire. Alors...
- Tu es trop jeune pour mourir !
- Oui, tu l'as déjà dit, soupirais-je. Reste toujours que je suis un...
- C'est pour ça que je veux que tu le sais : où est le bien, et où est le mal ?
- Tu sais que tu te répètes souvent ?
- Bon, je vais te le dire. Le bien, c'est le strict minimum. Le mal, c'est plus. Compris ?
- C'est une drôle de façon de voir les choses...
- Là, tout de suite, tu es faible, parce que tu n'as encore jamais bu de sang. Mais si tu le faisais, tu serais plus fort, plus rapide, plus résistant... Plus tout. Et tu pourras voir normalement à la lumière.
- C'est tentant...
- Tu serais prêt à tuer quelqu'un ?
- Heu... du coup, c'est un peu moins tentant...
- C'est ça, ou tu meurs. Tu te décides maintenant, ou je ne pourrais pas revenir. Là, tout de suite, il est trois heures du matin, et il n'y a que moi pour surveiller ta cellule. De jour, il y aura tout un tas de gens dans les corridors ; pas moyen de s'échapper avec ça, et la nuit prochaine, ce ne sera pas moi qui garderai ta cellule, ce sera Réal. Et ensuite, dans deux nuits, ce n'est même pas garanti que tu seras toujours en vie. Si tu ne bois pas de sang avant ça, je te le dis, tu vas mourir. Tu vois ? Si tu veux partir d'ici, c'est maintenant ou jamais.
J'hésitais. Il est sûr que je n'avais pas envie de mourir ici. Mais je n'avais pas plus envie de tuer quelqu'un. Mais ensuite, quand ce sera fait... j'irais où ? Je n'ai plus de famille... Et j'imagine que, officiellement, je suis classé tout autant mort qu'eux.
- À quoi ça rime ? demandais-je platement. Je n'ai nulle part où aller.
- Tu peux déjà aller loin d'ici. Aussi loin que possible.
- Mais je serais seul.
- Je serais là.
- Tout le temps ?
J'ouvris les yeux pour la regarder ; elle prenait son temps avant de répondre, regardant encore vers la porte, se mordant la lèvre nerveusement.
- Je ne pourrais pas être toujours avec toi... Il faut que je reste ici, sinon... Ils vont avoir des soupçons.
- Comment pourraient-ils ne pas avoir de soupçons si je m'échappe pendant que c'est toi qui es chargé de surveiller ma cellule ?
- Si tu suis mon plan, et avec un peu de chance, je ne serais pas tenu responsable.
- Mais, je veux seulement savoir... Je serais seul ?... La plupart du temps ?
- Oui, soupira-t-elle. Mais tu seras libre.
- Pourquoi tu fais ça ? soupirais-je. T'es gentille. J'ai pas envie de t'attirer des ennuis.
- Toi aussi, t'es gentil. Et je t'ai déjà attiré beaucoup trop d'ennuis. Laisse-moi me racheter.
Rien qu'à l'oreille, je savais qu'il y avait quelque chose de plus qu'elle ne me disait pas. Mais je préférais ne pas insister.
- OK, finis-je par dire. Oui, je veux partir. Peu importe à quoi va ressembler ma vie, maintenant. Au moins... j'en aurais une, c'est déjà ça l'important, non ?
- Oui, murmura Laura, sans trop d'entrain. C'est important... Je vais revenir, donne-moi dix minutes. Vingt, peut-être.
Je remis les lunettes de soleil. Laura se leva du lit et alla à la porte, mais avant de sortir, elle se retourna vers moi, me regardant longuement, comme si elle essayait de voir si elle faisait vraiment un bon choix. Puis elle ferma la lumière et la porte derrière elle.
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