Chapitre 5
Ça faisait à peine une minute que je marchais au côté de Marcus, et tout le stress que j'avais ressenti ces dernières minutes m'avaient complètement quitté. Il avait beau faire peur, avec ces innombrables piercings, il fallait avouer que ce Marcus avait l'air assez sympathique. Alors, c'est là que les couleurs disparurent.
Je m'arrêtai de marcher et plaquai mes mains sur mes yeux. Mes yeux avaient recommencé à me bruler. Et puis je m'en rendis compte ; dans la voiture d'Anise, ils me faisaient mal. Et dès que j'avais remarqué les chasseurs, les couleurs étaient revenues, le mal avait disparu. Et maintenant que le danger était écarté... c'était le contraire.
- On s'arrête ! s'écria Marcus.
- Toi-même ! s'écria quelqu'un.
Plusieurs se mirent à rire, et j'entendis plusieurs d'entre eux continuer leurs chemins. Quand j'écartais légèrement les doigts de devant mes yeux, je vis qu'il ne restait plus avec moi que Marcus et la fille aux cheveux colorés.
- Alors, Jayden, ça va pas bien ? demanda Marcus. Mal aux yeux, peau qui picote, tête qui tourne ?
- J'ai pas la tête qui tourne.
- Pas encore, ça va venir. Tu peux faire un petit effort, qu'on se rende au moins jusque chez nous ?
- C'est encore loin ?
- Non, quelques minutes à pieds. Quelques secondes à courir, mais je vais t'épargner, t'as l'air épuisé.
- Je peux courir ! dis-je en abaissant mes mains et le fixant du regard le plus menaçant que je pouvais, tout en plissant les yeux pour voir le moins de lumières possibles.
- J'en doute pas, mais ce qui te fera du bien, c'est du sang, et tu n'en auras pas avant tard cette nuit. Alors, en attendant, on va t'économiser, OK ? Allez, marche.
Je grognai, pour bien montrer que je n'aimais pas ça façon de penser, mais lui s'était déjà retourné et continuai de marcher en direction de son « chez nous ». Je me frottais les yeux pour passer la douleur autant que je pouvais, et avant d'avoir eu fini, quelqu'un me donna une petite tape sur l'épaule, et j'étouffai un autre grognement. En ouvrant les yeux, je vis que c'était la fille aux cheveux très colorée, mais sur le moment, je ne voyais que différentes teintes de gris pâles.
- Tu viens ? demanda-t-elle.
Je hochai la tête en soupirant, puis la suivie, la tête basse.
- Au fait, je ne me suis pas présenté. Je suis Anik.
Je hochai la tête encore une fois, me sentant encore plus mal. C'était fait exprès que son nom ressemblait à Anise ? Une façon subtile par le destin de me dire : « Ne leurs faits pas confiance ! Ils vont tous te trahir à la première occasion ! Ils vont te vendre aux chasseurs, ou bien ils vont te tuer eux-mêmes ! »
Peut-être que c'était Laura qui avait raison. Ce n'est pas parce que je suis moi-même un vampire que ça veut dire que tous les vampires sont gentils. Il faudrait que je les tue tous ? Je levais la tête vers Anik, qui me regardait toujours avec un petit sourire aimable. Elle avait l'air gentille. Je n'avais pas trop envie de la tuer.
Anik passa son bras autour de mes épaules et sa main s'arrêta juste en dessous de l'épaule, où j'avais reçu une balle, la veille. La blessure ne me faisait plus vraiment mal, mais maintenant qu'elle appuyait dessus, j'avais l'impression qu'on me tirait une deuxième fois dans l'épaule. Je m'écartais aussitôt de sa main en grimaçant.
- Qu'est-ce que t'as ? demanda Anik en se retournant pour me regarder avec inquiétude.
- J'ai une balle sous l'épaule, marmonnais-je comme si j'avais honte, sans trop savoir pourquoi.
- Ah ouais, quand même, dit Anik en riant, comme quoi ce que je venais de dire était plutôt drôle. Je te la retirerais, quand on sera arrivé.
- T'es médecin ?
Cette fois, Anik éclata de rire pour de bon. Et j'avais encore plus honte.
- Les vampires peuvent pas être médecins ? demandais-je en serrant les poings. C'est sûr, si un vampire entre dans un hôpital, il va, genre, être aveuglé par sa soif de sang et s'attaquer à tous ceux qui auront des petits bobos.
Anik riait tellement qu'elle en avait les larmes aux yeux. Marcus, un peu plus loin devant nous, souriait tout en se mordant la lèvre. C'était particulièrement insultant.
- Bin quoi, on va me dire qu'il y a une liste de chose à dire et ne pas dire, maintenant, ou quoi ? m'écriais-je, commençant à perdre patience, et alors que je m'énervais de plus en plus, mes yeux me faisaient de moins en moins mal, et je recommençais à voir normalement. Vous êtes vraiment chiant ! On m'explique pourquoi vous riez de moi ? Sinon, je peux encore partir. Vous m'en donnez vraiment envie !
- Ça va, calme toi, dit Marcus en passant un bras autour des épaules d'Anik, toujours un grand sourire au visage. Dis pas de conneries, et on rira pas, OK ?
- En quoi c'était des conneries ? m'écriais-je encore plus fort. Je dis pas de conneries ! Sérieux, je veux juste savoir ! Pourquoi un vampire pourrait pas être médecin, sérieusement ?!
- Je suis médecin ! s'écria Anik entre deux rires. Je voulais juste t'énerver un peu, parce que la colère apaise le mal. Mais c'est ensuite... Tu dis vraiment n'importe quoi ! dit-elle en recommençant à rire de plus belle. Ouais, Jayden, toi je t'aime bien !
Comme pour donner encore un peu plus d'effet à ce qu'elle venait de dire, elle passa une main dans mes cheveux pour les ébouriffer. Elle voulait être gentille, à sa façon, mais j'étais tellement à bout que je l'attrapai par le poignet et la fis basculer pour qu'elle tombe, dos contre la terre du sentier. Elle n'eut pas l'air d'avoir mal, mais là, enfin, elle s'arrêta de rire, pour me regarder avec des yeux ronds.
- Arrêtez de rire de moi, OK ? m'écriais-je, la voix tremblante. Je n'y connais rien, moi, au vampire, et tout ça ! Et je n'ai pas demandé à... tout ça... je...
Ma voix me quitta, alors que j'avais encore plein de choses à dire. Anik et Marcus me regardaient tous les deux avec inquiétude, ce regard qui veut dire, comme toujours : « Ouais, Jay, t'es dans la merde ! » Puis je recommençais à pleurer, me cachant le visage dans mes mains. C'était trop pour moi. Ils étaient censés être là pour m'aider, c'est ce qu'ils avaient dit. Eh non, apparemment.
Quelqu'un posa une main sur mon épaule, et sans même lever la tête pour voir de qui il s'agissait, je la repoussai, me retournai et recommençai à courir. Je n'avais fait qu'une dizaine de pas quand je sentis quelqu'un me plaquer au sol, et je me retrouvai la tête enfoncée dans l'herbe haute. Je me débattais pour lui échapper, mais celui ou celle qui me coinçait était assurément pour fort ou forte que moi.
- Eh, ça va, Jayden, calme-toi ! dit la voix de Marcus au-dessus de moi. T'as pas à le prendre mal, on veut juste t'aider !
- T'as dit que tu me laisserais partir, dis-je entre deux sanglots. T'as menti !
Marcus répliqua quelque chose, mais je pleurais tellement que je n'y comprenais rien. Là, tout de suite, j'aurais tous donné pour être dans les bras de mon père, assis sur le divan au côté de ma mère, ou même jouer à cache-cache avec mes sœurs. Elles m'auraient supplié et j'aurais dit non, je n'avais vraiment pas la tête à jouer pour le moment. Mais juste le fait qu'elles me le demandent m'aurait déjà fait énormément de bien.
Je sentis Marcus s'éloigner de moi, mais je restais là à pleurer. Je n'avais rien à faire de plus, de toute façon. Ma vie n'avait plus aucun sens...
Il me fallut plusieurs minutes pour enfin parvenir à arrêter de pleurer. Mais même là, je restais étendu, la tête dans l'herbe. J'avais quelque chose qui me chatouillait la joue, probablement un insecte dans le genre fourmi ou araignée minuscule, mais je ne fis aucun mouvement pour la retirer.
- Ça va, tu te sens mieux ? demanda tendrement Marcus au bout d'un moment.
Je secouais la tête de gauche à droite. Non, ça n'allait pas mieux. Comment voulais-tu que je me sente mieux, sérieusement ?! Regarde ce que j'ai vécu, rien que ces trois derniers jours. Merde ! Je n'ai jamais été préparé à ça ! Je savais que mes parents mourraient un jour, mais je l'imaginais plutôt dans, quoi, cinquante, soixante ans d'ici ? Et mes sœurs, elles étaient plus jeunes que moi. J'étais censé être celui qui mourrait le premier. Tout va complètement de travers !
Malgré tout, je me mis assis dans l'herbe, regardant Marcus dans les yeux, alors que je le voyais un peu déformé par l'eau que j'avais encore dans les yeux. Comment je pouvais pleurer, comment pouvait-il y avoir de l'eau en moi, alors que je ne peux plus que boire du sang ?
Marcus me tendit la main, et j'acceptai son aide pour me relever. J'avais encore envie de pleurer, mais je me contrôlais, prenant de grandes respirations et regardant droit devant moi.
- Je t'aurais laissé partir, si ça avait été ce que tu voulais vraiment, dit Marcus en mettant une main sur mon épaule. Mais ce n'était pas ce que tu voulais. Tu voulais être seul, sur le moment présent, et je te comprends. Mais je sais aussi que tu ne veux pas être seul tout le temps.
Je hochai la tête et baissai les yeux. Marcus avait parfaitement raison sur ce point.
- Je suis désolé, marmonnais-je.
- Ne le sois pas. Suis-nous, c'est tout.
Puis il se remit à marcher en direction de son « chez nous », Anik d'un côté, le bras autour de sa taille, et moi de l'autre, le bras autour de mes épaules.
Bạn đang đọc truyện trên: AzTruyen.Top