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Neven

Je sursaute dans le lit en entendant la voix d'Eloan en bas de l'escalier. Un corps chaud est collé contre le mien, et une angoisse m'envahit. Evana est allongée près de moi, mon fils est en bas et en aucun cas, il doit la trouver là. J'observe la jeune femme encore endormie. Le drap a glissé et la chemise qui est censée la couvrir et remontée au-dessus de sa culotte en dentelle, me laissant tout le loisir de profiter de la vue. Le grincement de la première marche me ramène à ce petit être qui doit prendre son petit déjeuner et partir à l'école.

Je me lève d'un bond, attrape un bermuda en jean dans la commode et commence à le mettre quand j'aperçois la tête d'Eloan au milieu de l'escalier.

- J'arrive mon bonhomme, va t'installer à table, chuchoté-je.

- Pourquoi tu parles bas ?

- Va, j'arrive.

Il s'exécute sans rien ajouter. Je le rejoins rapidement et sors son petit déjeuner. Je jette un coup d'œil à mon téléphone et je constate que nous sommes en retard. Il ne comprend pas mon empressement et me fixe avec étonnement. Je file chercher ses vêtements dans sa chambre que je dépose sur le canapé.

- Je suis désolé, je ne me suis pas réveillé et on est en retard, mon grand. On doit se dépêcher.

- Tu mets pas un t-shirt ?

- Euh, si. Je te laisse t'habiller tout seul, je reviens.

Je monte les marches quatre à quatre. Mes yeux se posent sur la jeune femme dans mon lit en arrivant à l'étage et la peur m'envahit.

Qu'est-ce qu'elle fait là ?

Pourquoi je ne l'ai pas renvoyée chez elle ?

Je ne pourrai jamais aimer à nouveau, aussi douce et drôle soit-elle, une relation est impossible, ni avec elle ni avec une autre. Je ne la réveille pas pour autant, je chope un t-shirt et regagne le salon avec précipitation. Eloan est presque prêt, je l'aide à enfiler ses chaussures et lui tends son imperméable. Le ciel est encore sombre et la pluie risque de s'inviter à tout moment.

***

Sur le trajet du retour, de grosses gouttes d'eau se mettent à tomber, mais je ne me presse pas pour autant. Je rumine sur mes envies d'avancer, de m'ouvrir aux autres et ça n'a rien de bon. Je ne suis définitivement pas prêt pour une quelconque relation. Je passe une main dans mes cheveux trempés, quelques mèches viennent se coller sur mon front, alors je réitère mon geste.

Lorsque je passe la porte de la maison, je découvre Evana une tasse de café à la main, toujours vêtue de ma chemise. Sa chevelure rousse est en bataille, et cela n'a pas l'air de la soucier plus que ça d'être face à moi pas apprêtée.

- Tu as préféré prendre ta douche dehors ? se moque-t-elle.

J'aimerais lui répondre par l'humour, mais j'en suis incapable. Sans aucune parole pour elle, je marche en direction de la salle de bain pour ôter mes fringues mouillées. Je passe une serviette autour de ma taille et frotte mon crâne avec une autre. Je n'ai pas de vêtements secs ici, tout est l'étage, alors je retourne dans le salon. Evana se trouve debout au milieu de celui-ci, elle fixe mes yeux dans un premier temps, mais dévie sur mon torse et ma tenue qui n'en est pas une.

- Je vais m'habiller.

Mon ton est sec, un peu trop, elle doit sans doute se demander ce qu'il m'arrive et si je peux éviter la question ce serait encore mieux. Mais s'est mal connaître la jeune femme, elle ne s'embarrasse pas de formalité et va droit au but.

- Quelque chose ne va pas, Neven ?

Rien ne va ! Ma vie, cette putain de peur que tout foire si je m'autorise un peu de bonheur, que tu disparaisses comme elle ou encore que tu préfères aller voir ailleurs pour je sais quelle raison.

- Je me suis levé à la bourre pour Eloan.

- Et ça te met de mauvaise humeur ?

- C'est ça.

Je commence à grimper les marches quand sa voix résonne dans mon dos.

- Je suis le problème en fait ? Tu peux me le dire, tu sais, termine-t-elle.

Je reste muet tout en montant jusque dans ma chambre. Je passe des fringues propres et surtout sèches, quand les pas d'Evana se font entendre dans l'escalier. Je m'assois sur le lit, bien conscient que je vais devoir lui parler.

- Je vais rentrer, murmure-t-elle.

Elle saisit ses vêtements sur la chaise, je me lève et saisis son poignet avant qu'elle ne redescende, mais les mots restent coincés dans ma gorge. Je n'arrive même pas à la regarder en face, je suis pathétique. Sa paume se pose sur ma joue avec douceur.

- Je ne t'en veux Neven, après tout, tu m'as juste embrassée et rien d'autre. Un moment de faiblesse de ta part.

Je relève les yeux vers elle, elle sourit alors que je suis en train de lui faire du mal. Elle recule et rompt tout contact, je la regarde s'éloigner et disparaitre dans les escaliers. Je soupire, puis me décide à la rejoindre.

- Je ne crois pas être prêt, avoué-je.

- Si tu n'essaies pas, tu ne le saurais jamais.

Elle n'a pas tort, mais elle ne sait pas ce par quoi je suis passé. Elle ignore la souffrance que j'ai vécue ni le temps que j'ai mis à réaliser que celle que j'aimais me trompait avec le frère de mon meilleur pote, non, elle ne connaît pas ce que j'ai enduré durant des mois.

- Je ne te connais pas Evana, je ne sais rien de toi...

- Je ne veux pas me disputer, Neven. Tu fuis les autres, tu restes enfermé sur toi-même et quand tu oses te lâcher, tu te mures aussitôt dans le passé, ajoute-t-elle calmement.

- Tu ne peux pas comprendre, craché-je.

- Effectivement, mais tu aurais pu m'expliquer.

- Tu veux que je te dise quoi ? Hein ? m'emporté-je. Je ne vais pas faire semblant juste pour te faire plaisir. Merde ! Elle est morte après s'être fait sauter par le frère de mon meilleur ami. Je connais ce mec ! J'ai fait des soirées avec lui, il est venu chez moi, il a pris mon fils dans ses bras, j'ai partagé des instants de ma vie avec ce connard qui lui a ôté la vie ! hurlé-je.

Ma respiration est saccadée, une boule obstrue ma gorge. J'ai envie de vomir toute cette douleur qui comprime ma poitrine. Je veux en finir avec tout ça, je veux mourir pour ne plus ressentir tout ce mal qui me bouffe à petit feu. Les poings serrés, le regard sombre, je fixe la rousse qui semble choquée par mes révélations et je vais en rajouter une couche.

- J'aurais voulu qu'il crève lui aussi ! Mais, tu sais le plus difficile dans tout ça ce que c'est ? C'est de ne pas savoir pourquoi ! Pourquoi, elle est allée voir ailleurs ? Pourquoi elle me trompait ? Qu'est-ce qui n'allait plus entre nous ? Où est-ce que j'ai merdé ? Je n'aurais jamais de réponses à toutes ces questions, finis-je d'une voix enrouée.

Je ferme les yeux pour empêcher ses putains de larmes de couler, je ne craquerai pas devant elle. Je passe une main sur mon visage pour me redonner contenance, mais une fois dans cet état, je sais qu'il est impossible de penser convenablement.

- Laisse-moi, murmuré-je.

- Neven...

- S'il te plaît, Evana.

J'entends ses pas se diriger vers la porte, celle-ci s'ouvre. J'ose un dernier regard vers cette jolie rousse, sa joie de vivre est remplacée par la tristesse. Je l'ai brisée en l'espace de quelques jours, il ne pouvait pas en être autrement de toute façon.

- Toutes les femmes ne sont pas comme elle.

Je serre les dents, et la fusille du regard. Elle n'a pas le droit de parler d'elle, c'est déplacé, même si je sais qu'elle a raison.

- Ne reviens pas ! Tu entends, ne remets jamais les pieds ici ! craché-je avec haine.

Evana arbore un air choqué, mais je n'en ai rien à foutre et enfin, elle franchit la porte.

- Fais chier ! hurlé-je en frappant dans le mur en bois près de moi.

J'ai envie de tout balancer, de tout foutre en l'air et moi avec. Je m'assois sur la première marche de l'escalier. Je n'en peux plus, je suis au bout de ce que je peux supporter. Je sors le téléphone de ma poche, mes mains tremblent quand je rédige mon sms.

[Je n'y arrive plus]

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