15

Evana

Mon cœur se déchire à sa dernière phrase. Cet homme a subi une double peine, la perte de celle qu'il aimait en compagnie de son amant. Je comprends certaine chose à son encontre, son refus de discuter, de se lâcher. Il a peur tout simplement, j'ai mal pour lui, mais je ne lui en fais pas part, ce serait mal venu. Inutile de remuer le couteau dans la plaie, je reporte mon attention sur l'horizon. Un éclair zèbre le ciel sombre, je frissonne lorsque le tonnerre gronde derrière. Je n'ai jamais aimé l'orage, ça m'effraie pour une raison que j'ignore.

- Tu veux boire un café ? me propose Neven.

Non, ce que je désire, c'est qu'il me prenne dans ses bras, qu'il se rende compte qu'il peut s'appuyer sur moi. Cet homme m'a attiré dès qu'il a franchi les portes de mon bar, je ne sais pas expliquer ce que j'ai ressenti en le voyant, mais j'ai eu envie de le connaitre. Sans parler de notre échange dans la réserve, quand il m'a embrassée, j'en ai perdu mes moyens. C'était si, inattendu de sa part surtout la façon dont il m'avait demandé de partir quelques jours plus tôt. Mon corps a réagi tout de suite, j'en voulais plus, ses mains sur moi, les miennes sur ma peau.

- Non, j'aimerais passer la nuit avec toi, dis-je d'une voix presque inaudible.

- Evana, je...

- Juste dormir, Neven. Rien de plus, j'ai envie d'être avec toi et... j'ai peur de l'orage.

- Alors, viens.

Il tend sa main vers moi et je m'en saisis, aussitôt une douce chaleur m'envahit puis nous rejoignons l'escalier qui mène à une mezzanine. Je le suis non sans une appréhension, je ne pensais pas qu'il accepterait si facilement.

J'observe l'étage, un lit trône au milieu de la pièce mansardée, une table de nuit de chaque côté et une grande commode habille la chambre. Tout est en ordre, bien rangé, même la chaise, posée dans un coin, est dépourvue de vêtement. Il ouvre un tiroir et en sort une chemise qu'il me donne.

- Je vais prendre une douche, je te rejoins.

Il redescend aussitôt sans même un geste doux, je ne lui en tiens pas rigueur. Je m'impose, alors qu'il aurait sans doute voulu être seul, mais j'ai remarqué que si on le poussait un peu dans ses retranchements, il finissait par céder. Je me déshabille, puis enfile sa chemise. Je dépose mes vêtements sur la chaise et me précipite dans son lit, quand le tonnerre gronde à nouveau.

Neven réapparait vêtu d'un bas de jogging, les cheveux en bataille et je me demande si finalement dormir avec lui est une bonne idée. Il s'arrête au bord du lit pour m'observer avec attention.

- Je n'ai pas partagé mon lit depuis... longtemps, avoue-t-il.

- Ça tombe bien, moi aussi. On va apprendre ensemble à garder chacun son bout du drap.

J'arrive à lui arracher un léger sourire, il prend place à mes côtés et je ne sais pas comment réagir. Alors, je reste sur le dos à analyser le plafond en me sentant idiote. Je n'ai aucune idée de ce que nous sommes exactement, est-ce que je peux le toucher ou encore de me blottir dans ses bras ? On s'est embrassé, qu'est-ce que ça signifie pour lui ?

- Arrête de réfléchir, Evana.

- Quoi ?

- Si tu as peur de l'orage, tu as le droit de venir te coller contre moi.

- Vraiment ?

- Oui, dit-il doucement.

Je ne me fais pas prier plus longtemps et me love timidement contre son corps halé.

- Tu n'as pas peur du noir.

- Non, pourquoi ?

- Juste pour savoir si je peux éteindre la lumière.

Ce qu'il fait à peine sa phrase terminée, je n'ose pas bouger surtout que Neven ne me touche pas, il a gardé ses bras derrière la tête. Un bruit fait trembler la maison, je me rapproche encore de lui. Je crois même que si je pouvais me fondre dans son corps je le ferais tant je suis effrayée. Son torse tressaute, je me redresse en prenant appui sur celui-ci.

- Tu te moques de moi ? m'offusqué-je.

- Pourquoi tu as peur de l'orage ? ricane-t-il.

- Non, mais tu entends ce bruit. C'est flippant, excuse-moi !

- Je ne trouve pas, j'aime bien.

- Pas moi, me renfrogné-je en me rallongeant.

- Comment tu fais les autres fois ? m'interroge-t-il.

Je n'ose pas dévoiler mon secret, il va se foutre de moi encore plus, je reste donc silencieuse.

- Allez ! Dis-moi, insiste Neven.

- J'ai un ours en peluche que je sers fort dans mes bras et j'écoute la musique.

- Tu veux que je te chante une chanson ?

- Inutile d'empirer la météo, le taclé-je gentiment.

- Eloan ne se plaint pas quand je fredonne un truc.

Je sens sa main glisser dans mon dos, il me rapproche de lui, timidement j'installe ma jambe sur les siennes, puis sa voix résonne dans un doux murmure. J'écoute les paroles de sa mélodie en fermant les yeux, son timbre paisible me berce. Je me concentre sur celle-ci, dont les mots se veulent rassurants. Ses doigts caressent mon dos au rythme de ses phrases qui franchissent ses lèvres. Ma respiration ralentit, ma paume se pose délicatement sur son torse nu. Son cœur bat calmement, alors que le mien s'affole de le savoir aussi près de moi. Sa main rejoint la mienne quand il prononce le dernier mot. Un silence se fait dans la chambre, apaisant, relaxant, le tonnerre gronde toujours, mais il s'éloigne.

- Tu te sens mieux, chuchote Neven.

- Oui, merci.

- Viens sur moi.

- Neven...

- Je souhaite simplement te tenir dans mes bras.

- Qu'est-ce que nous sommes ? Je veux dire, tu m'as embrassée tout à l'heure et...

Il me bascule sur lui, ses doigts dessinent le contour de mon visage avec une douceur infinie. Neven approche et je peux sentir ses lèvres se poser délicatement contre les miennes. Il m'embrasse avec une certaine retenue, il se contrôle et j'apprécie qu'il ne brusque pas les choses. Des frissons s'emparent de mon épiderme quand ses phalanges s'agrippent dans ma chevelure.

- J'ai passé l'âge des coups d'un soir, alors si c'est ce que tu souhaites, oublie.

- Même si je suis jeune, je ne suis pas ce genre de fille, m'offusqué-je.

- Je ne te cache pas non plus que m'engager à nouveau m'effraie. Alors, je ne sais pas quoi te répondre, car je ne sais pas moi-même ce que nous sommes.

C'est une chose que j'ai bien comprise, il suffit de voir son comportement avec autrui. Je reprends possession de sa bouche, il grogne et me bascule sur le dos. Neven est au-dessus de moi, je distingue vaguement son visage, en appui sur ses coudes, il prend garde de ne pas m'écraser. Je caresse son torse du bout des doigts, il tressaille à mon touché, sa respiration s'accélère, puis son bassin se pose sur mon ventre. Je sens son envie pour moi, je bouge mes hanches pour l'inciter à en faire autant, mais il reste de marbre.

- Ne m'en veux pas, susurre-t-il contre mes lèvres.

Il retourne à sa place à mes côtés, puis m'attire dans ses bras.

- Laisse-moi un peu de temps, ajoute-t-il.

- Bien sûr, je te rappelle que je voulais juste dormir avec toi.

- J'aime beaucoup ce côté-là de toi.

- Lequel ?

- Tu rebondis sans jamais te vexer.

Neven a raison, je ne me prends pas la tête. À quoi cela servirait ? Je me cale à nouveau contre lui, et ferme les yeux. Je me laisse aller à la douceur de ses effleurements dans mon dos, puis je finis par m'endormir contre son torse qui monte et descend dans un rythme calme.

Bạn đang đọc truyện trên: AzTruyen.Top