17
Neven
Une semaine est passée depuis qu'Evana a franchi ma porte pour ne plus y revenir, une semaine que je lutte contre moi-même pour ne pas sombrer. Je reste terré dans cette maison, assis sur la terrasse à regarder la mer des journées entières. Je ferme les yeux et j'appuie ma tête contre le bois, je suis fatigué et pourtant je ne trouve pas le sommeil.
- Putain, c'est un petit paradis, ici !
J'ouvre un œil et découvre Donovan en bas des marches. Je ne bouge pas pour l'accueillir, je ne sais pas ce qu'il fout ici. Après notre conversation suite à mon SMS, il m'a fait chier pour avoir mon adresse, mais je ne lui ai rien dit. Il pose son sac devant la porte ouverte et s'installe à mes côtés.
- Moi aussi, je suis content de te voir, mon pote ! lâche-t-il en soufflant.
- Qu'est-ce que tu fais là ?
- Mon meilleur ami a besoin de moi, alors j'ai posé quelques jours, se réjouit-il.
- Je ne t'ai rien demandé.
- Tu sais que j'ai dû remuer ciel et terre pour te trouver ?
Je ne dis rien, j'imagine qu'il est allé voir ma mère. Cette femme qui s'inquiète pour moi, mais que j'ai mise entre parenthèses parce qu'elle devenait étouffante. J'ai coupé avec tout le monde sauf lui, mon meilleur pote.
- T'as juste été pêché des infos chez ma génitrice.
- Ouais, avoue-t-il. Par contre, j'ai tourné un moment avant de trouver.
- C'est un peu paumé.
- J'ai demandé mon chemin au café.
Je tourne la tête vivement vers lui, mon cœur s'emballe à l'évocation de celui-ci et me ramène à Evana.
- Elle est jolie, effectivement, continue-t-il.
- Fais gaffe, elle est coriace, ricané-je amer.
Donovan se lève, attrape son sac et entre dans la maison. Je me mets debout à mon tour, je fixe mon ami qui fait le tour du salon.
- Je vais chercher Eloan, l'avertis-je.
- Je viens avec toi.
Je ne m'y oppose pas, ce serait peine perdue. Nous marchons les pieds dans le sable, avant de remonter vers le trottoir.
- C'est sympa ici.
- Ouais, c'est pas mal.
Nous arrivons à l'école, si habituellement les mamans me matent sans aucune discrétion, c'est encore pire aujourd'hui. Donovan est un homme qui ne passe pas inaperçu avec son allure de beau gosse et ses yeux bleus.
- Il y a du beau monde ici, constate mon ami.
Je secoue la tête à sa réflexion.
- Rappelle-moi pourquoi je n'ai pas d'enfants ?
- Parce que tu n'as pas de femme.
- J'en ai une, mais c'est out récent.
Je tourne la tête vers mon ami, il ne m'avait pas fait de cette information. Il hausse les épaules et je reporte mon attention sur les grilles de la cour d'école. Je soupire en apercevant la mère de la copine de mon fils s'avancer vers nous.
- Elle est en manque celle-là, l'avertis-je.
- Bonjour, minaude la femme.
Je réponds d'un simple hochement de tête, tandis que Donovan se montre plus chaleureux. Il lui expose son sourire séducteur, il ne peut pas s'en empêcher, c'est plus fort que lui.
- Je comprends mieux votre refus, me lance la mère de la gamine.
- Pardon ? réponds-je.
- C'est votre compagnon, renchérit-elle en désignant mon ami.
Je manque d'exploser de rire, mais je me retiens, alors que Donovan reste sans voix à mes côtés, chose rare.
- Voilà, vous avez tout compris ! m'exclamé-je.
La femme fait demi-tour, alors que je souris comme un con, fier de ma connerie.
- Quoi ? Mais qu'est-ce que tu racontes ? s'offusque mon pote.
- Oh, c'est bon. Elle me foutra la paix comme ça.
Les premiers enfants commencent à sortir, puis Eloan arrive à son tour. Il a un moment d'arrêt en voyant Donovan, puis il court vers lui en criant.
- Parrain !
Mon meilleur ami le rattrape au vol et le sert contre lui. Mon fils enroule ses bras autour de son cou. Je les observe du coin de l'œil, ils sont les deux personnes qui comptent le plus pour moi. Mon fils représente mon pilier, celui qui me tient debout et Donovan mon confident, celui qui ne me jugera pas.
***
Je retrouve mon meilleur ami assis sur les marches, les pieds dans le sable. Il a sorti le pack de bières et fume une clope tout en fixant l'horizon. Je m'installe à ses côtés en sachant pertinemment que je n'échapperai pas à son interrogatoire.
- Mon petit pirate est couché ? demande-t-il.
- Oui, il est content que tu sois là.
Il me donne une bouteille et trinque avec moi.
- À mon filleul ! clame-t-il.
Un silence s'installe, je sais qu'il va être de courte durée.
- Je t'écoute, Neven.
- Je n'ai rien à dire, marmonné-je.
- Parle-moi de la jolie rousse.
Mes doigts se crispent sur ma bière, je n'ai aucunement envie d'évoquer mon échange houleux avec elle. Je me suis montré rustre et vraiment désagréable à son encontre, jusqu'à l'interdire de remettre un pied chez moi. Je le vis mal, elle n'a rien fait pour mériter un tel mépris de ma part, mais je me persuade que c'est mieux ainsi. Elle trouvera un mec qui prendra soin d'elle et qui ne se trimballe pas avec toute une batterie de cuisine au cul. À cette pensée, mon cœur se serre. Des jours que je pense à Evana, à son sourire, à ses yeux verts, elle ne m'est pas indifférente, c'est une certitude, mais je suis incapable de faire un pas vers elle. Je l'ai embrassée, j'ai aimé ça. J'avais même envie d'elle et j'ai rien fait.
- Je l'aime bien, avoué-je.
- Mais encore ?
- Je l'ai embrassée, soupiré-je.
Donovan pose un regard étonné sur moi.
- Et elle a passé une nuit avec moi, terminé-je
- Whou ! s'exclame-t-il.
- T'emballe pas, il ne s'est rien passé et ça s'est plutôt mal terminé. J'ai pété un câble et je l'ai foutue dehors le lendemain matin.
- Pourquoi ?
Je m'appuie contre la rambarde pour faire face à mon ami.
- J'ai pas touché une femme depuis plus d'un an. Tu t'en rends compte ?
- Ce genre de chose ça ne se perd pas.
Je soupire avant de porter ma bière à la bouche, j'avale une longue gorgée de celle-ci. Je flippe de ce que je pourrai ressentir, j'ai toujours le souvenir de Kathleen en tête. Je ne suis pas certain d'y arriver, la preuve en est puisque je n'ai pas été foutu de la caresser ailleurs que sur son dos. Quand je l'ai eue sous moi, j'ai eu l'impression d'être un débutant, de ne plus savoir comment m'y prendre. Je me suis senti con, putain !
- Et puis, j'ai un enfant. Je ne peux pas lui imposer une relation, qui ça se trouve ne fonctionnera pas. Et puis Evana est encore jeune et...
- L'âge ne compte pas, Neven, me coupe mon ami. C'est ce qu'il y a dans ton cœur le plus important, le reste t'en a rien à foutre. Quant à Eloan, tu t'en sers comme une excuse. J'ai discuté avec lui pendant que tu étais sous la douche, il m'a parlé d'Evana. Ses yeux pétillaient, il l'aime beaucoup.
- C'est ça le problème, si ça ne marche pas, il sera triste.
- Si ça ne fonctionne pas, tu lui expliqueras avec ses mots à lui. Bref, ce que je veux te dire c'est que tu te freines pour des choses qui ne sont pas fondées.
Je joue avec la bouteille, ne sachant quoi répondre.
- Demain soir, j'embarque le petit avec moi. Démerde-toi pour rattraper ta connerie avec la jolie Evana.
- Tu l'emmènes où ?
- Au restau, entre mecs !
Je peux refuser ce que me propose Donovan, mais si je ne le fais pas, il va me souler jusqu'à ce que je cède. Un hochement de tête suffit à le voir jubiler, fier de son coup. Le seul problème, convaincre Evana de venir dîner chez moi demain soir.
C'est pas gagné !
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