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Evana

Le dîner se déroule dans une ambiance légère et agréable, Eloan est bavard et me raconte ce qu'il fait à l'école. Neven, quant à lui reste silencieux comme toujours. Cela ne me gêne pas, parfois je peux sentir son regard se poser sur moi. Je tente d'en faire abstraction, mais une chaleur agréable naît au creux de mon ventre avec cette façon qu'il a de m'observer. Neven se lève pour débarrasser et je m'apprête à faire de même pour l'aider.

- Je m'en occupe.

- Je vais te donner un coup de main, insisté-je.

Je ne lui laisse pas le temps de s'y opposer à nouveau et saisis le plat sur la table. Je dépose celui-ci près de l'évier, tandis que Neven sort des bacs de glaces du congélateur. Je reste près de lui alors qu'il prépare les coupes.

- Il y a un parfum que tu n'aimes pas ? demande-t-il.

- Chocolat.

- Ça tombe bien, je n'en ai pas.

Je louche sur sa main qui enserre la cuillère à glace, elle semble douce. Je glisse ensuite sur son avant-bras qui montre que cet homme est un manuel, des veines ressortent sur sa peau hâlée. Je lève mon visage vers le sien, ses traits sont virils, sa barbe de quelques jours bien taillée le rend vraiment bel homme. Je remarque une légère cicatrice sur sa tempe et m'y attarde, elle n'est pas récente. Du bout du doigt, je m'apprête à la toucher alors que ce serait totalement déplacé de ma part. Comme s'il l'avait senti, Neven tourne la tête vers moi, ses pupilles sont dilatées et je peux lire au fond de son regard sombre, son trouble.

- Une blessure lors d'un combat ? tenté-je pour fuir le malaise.

- Une chute, je me suis pris un coin de table quand j'étais enfant.

- C'est tout de suite moins sexy, rétorqué-je.

Je pince mes lèvres, encore une fois j'ai parlé trop vite. Neven penche légèrement la tête sur le côté, j'aimerais tant savoir à quoi il pense.

- Celle-ci c'est la tienne et l'autre pour Eloan.

Il me donne deux coupes, nos doigts se frôlent et mon cœur s'emballe. Il m'invite à retourner à table où le petit commence à fatiguer. Nous dégustons nos glaces en discutant, je raconte à Neven mon idée d'ouverture de mon bar pirate. À plusieurs reprises, j'aperçois ses lèvres s'étirer. Il est si différent quand il sourit, plus innocent, moins torturé. Je lui avoue que je rêve de voir apparaître un Jack Sparrow dans mon café, et je reste bouche bée lorsqu'il se met à rire. C'est la première fois en deux semaines que cela arrive, c'est spontané, pas calculé et ça me file la chair de poule tant il est beau.

- Tu sais qu'il n'existe pas, se marre-t-il.

Face à ma non-réaction, il cesse de se moquer de moi et ses sourcils se froncent, il s'imagine s'en doute m'avoir vexé, mais je suis plutôt subjuguée par ce qu'il vient de se passer. Il a lâché prise, cet homme renfermé sur lui-même, vient de se laisser aller. Il plonge sa cuillère dans la glace sans rien ajouter et je suis bien trop surprise pour redémarrer la conversation. Je l'ai fait rire, c'est moi qui ai fait ça et je me sens fière d'avoir un tel effet sur lui.

- Tu vas te mettre en pyjama, Eloan, intervient Neven.

Le petit garçon se lève de la chaise en bâillant, puis rejoint sa chambre d'un pas lent.

- Je vais le coucher, j'en ai pour cinq minutes.

- Oui, bien sûr.

Neven quitte la table à son tour. Je débarrasse et commence la vaisselle la tête ailleurs. Je m'affaire à ma tâche avec rapidité, je dois partir avant de céder à mes envies envers cet homme. Il est si attirant, et ce soir, il s'est montré agréable, aucun sarcasme, il est naturel. J'essuie mes mains sur un torchon, puis me tourne pour le déposer sur le plan de travail derrière moi. Neven se tient debout dans le salon, les mains dans les poches de son jean. Il me regarde avec une telle intensité, que je peine à retrouver mes esprits. Il s'approche doucement sans quitter mes yeux une seule seconde, mon cœur tambourine dans ma poitrine, ma respiration s'accélère et une douce chaleur s'empare de mon corps lorsqu'il s'arrête à seulement quelques centimètres de moi.

- Tu ne vas pas encore te sauver ? murmure-t-il.

- Je... Il est tard... et...

- Reste.

- Je ne sais pas si...

- S'il te plaît, me coupe-t-il.

- D'accord, soufflé-je.

Il me sourit puis s'éloigne pour ouvrir le frigo et en sortir deux bières. Je respire à nouveau normalement, du moins j'essaie. Il m'invite à le suivre dehors, et nous nous installons sur les marches comme un peu plus tôt. Mes pieds nus jouent dans le sable, je suis nerveuse et sa proximité n'arrange rien. Son bras frôle le mien à plusieurs reprises quand il boit une gorgée de sa bière. Je pose la mienne avant de saisir sa main et de me lever. Je le tire vers moi pour qu'il fasse de même.

- Viens, on va tremper nos pieds, proposé-je

Il ne résiste pas et me suit jusqu'au bord de l'eau. Une petite vague arrive et je saute par-dessus en riant. Les doigts de Neven se resserrent autour de ma main, il tire légèrement sur mon bras et je me retrouve à nouveau près de lui. Tout est calme, seul le clapotis de l'eau venant recouvrir nos pieds se fait entendre. La lune est pleine et se reflète sur le visage perturbé de Neven. Sa main libre se lève vers mon visage, du bout des doigts il frôle ma joue, je retiens mon souffle quand il plonge son regard dans le mien.

- Tu me rends indécis, Evana, avoue-t-il à voix basse.

- Comment ça ? demandé-je d'une voix tremblante.

- Je ne sais pas si t'embrasser serait une bonne idée.

- Oh...

Je ne sais quoi lui répondre, car moi j'en meurs d'envie et le fait qu'il hésite me plaît aussi. Il n'agit pas sur un coup de tête, ce qui prouve que c'est un homme réfléchi et honnête. Il ne se jouera pas de moi. Je joins ma main à la sienne en lui souriant timidement.

- Tu es si jeune, ajoute-t-il.

- Neven... susurré-je.

Sans que je comprenne pourquoi, il s'éloigne de moi et rompt tout contact. Son attitude vient de changer et il se referme à nouveau sur lui-même. Il tourne la tête vers sa maison où la lumière extérieure illumine la terrasse.

- Tu devrais rentrer, dit-il froidement.

Il prend la direction de sa maison, alors que je reste figée devant sa réaction. Il attrape nos bières et pénètre à l'intérieur sans même un regard vers moi. Fébrile, je me dirige vers la maison, tout avait si bien commencé. Je soupire en entrant, j'attrape mon sac sur le canapé, puis je me tourne vers Neven appuyé contre la table.

- Merci pour le dîner, c'était chouette. J'ai passé un bon moment.

- Jusqu'à ce que je gâche tout, crache-t-il amer.

- Tu n'as rien gâché du tout.

- Bien sûr que si, putain ! s'emporte-t-il.

- Non, Neven je t'assure que...

- Pars, Evana ! Va-t'en.

Sa voix se brise, je serre mon sac à main contre ma poitrine, récupère mes chaussures, puis quitte les lieux totalement perdue et abasourdie par ce qu'il vient de se passer. Les marches à peine descendues, j'entends la porte claquer derrière moi. Je ne comprends pas son comportement, ce changement d'attitude en l'espace d'une fraction de seconde. Je remonte le chemin pour retrouver ma voiture, puis je reprends la route jusque chez moi, non sans me remémorer les dernières minutes de cette soirée qui n'a pas fini comme je l'aurais souhaité. Je ne demandais pas à ce qu'il m'embrasse, juste à ce que ça finisse autrement.

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