☆ 3 ☆
La porte de ma chambre grinça doucement alors que Regulus se glissa à l'intérieur, les yeux grands ouverts, rouges et pleins de larmes qu'il ne laissait pas couler. Je savais pourquoi il était là. Il ne disait rien, mais il n'avait pas besoin de parler.
Regulus avait toujours cette façon de marcher, discrète, presque comme une ombre. Il avait neuf ans, mais parfois, il me paraissait beaucoup plus jeune. Peut-être parce qu'il avait toujours été comme ça, fragile et prudent, comme s'il craignait que chaque pas fasse trembler le sol sous lui.
– Qu'est-ce que tu veux, Reg ? murmurai-je sans même me retourner.
Je fixais les fissures dans le plafond de ma chambre, les mains croisées derrière ma tête, prétendant que je ne savais pas déjà pourquoi il était venu.
– Sirius... murmura-t-il. Tu vas vraiment partir ?
Je fermai les yeux un instant, sentant la question me transpercer. Bien sûr que j'allais partir. Dans quelques heures à peine, j'allais monter dans le Poudlard Express, quitter cet enfer qu'on appelait « maison ». Mais la pensée de le laisser ici, seul avec eux, me tordait l'estomac.
Je me redressai lentement, m'appuyant sur mes coudes pour le regarder. Regulus était debout près de mon lit, son pyjama froissé et ses pieds nus qui frôlaient le tapis usé. Il tremblait légèrement, mais il essayait de ne pas le montrer.
– Tu sais que je dois partir, Reg. C'est comme ça. Je vais à Poudlard.
– Mais... murmura-t-il, baissant la tête. Mais moi... je reste ici.
Sa voix se brisa, et c'était comme un coup de poing dans ma poitrine.
– Ils ne te feront rien, Reg. Je te le promets.
C'était un mensonge, bien sûr. Je ne pouvais rien promettre. Rien empêcher. Je savais ce qui se passerait quand je ne serais plus là pour détourner leur attention, pour encaisser leurs colères, leurs mots venimeux, leurs coups parfois.
– Deux ans, Sirius, souffla-t-il en relevant la tête. Deux ans avant que je te rejoigne.
Sa voix tremblait, mais pas autant que ses mains, qu'il serrait nerveusement devant lui.
Je me levai de mon lit et m'agenouillai devant lui. Je devais me mettre à sa hauteur, même si cela signifiait que je devais affronter son regard.
– Écoute-moi, Reg. Tu es fort. Bien plus fort que tu ne le crois.
– Non, je ne le suis pas...
Je posai mes mains sur ses épaules, les serrant doucement pour qu'il m'écoute.
– Si, tu l'es. Tu es un Black. On est des survivants, d'accord ? Et moi, je vais tout faire pour que tu me rejoignes à Poudlard dans deux ans. Ça va être long, mais je suis là, Reg. Toujours.
Ses lèvres tremblaient, et avant que je ne puisse m'en empêcher, il se jeta dans mes bras. Ses petites mains s'accrochaient à ma chemise comme s'il avait peur que je disparaisse à cet instant.
Je le serrai contre moi, plus fort que je ne l'avais jamais fait. Et je sentis mes propres yeux se remplir de larmes. Je déglutis, refusant de les laisser couler. Ce n'était pas le moment d'être faible. Pas devant lui.
Mais quand il murmura, presque inaudible : « Je veux pas rester avec eux. » je perdis le contrôle.
– Je suis désolé, Reg... Je suis tellement désolé...
Les mots s'étranglèrent dans ma gorge, et je me mis à pleurer. Pas fort, juste quelques sanglots étouffés. Mais assez pour qu'il sache que j'étais aussi brisé que lui.
Nous restâmes là un moment, à genoux sur le sol de ma chambre, nos bras autour l'un de l'autre, à pleurer en silence.
– Tu seras fier de moi, promit-il soudain en s'écartant légèrement, ses yeux brillants de détermination.
Je souris à travers mes larmes.
– Je le suis déjà, idiot.
Il eut un petit sourire triste, mais avant qu'il ne puisse répondre, un coup sec résonna contre la porte de ma chambre.
– Sirius ! Descends immédiatement !
La voix glaciale de ma mère me traversa comme un sortilège. Je jetai un coup d'œil à Regulus, qui recula instinctivement vers le lit, se cachant presque derrière moi.
– Reste ici, murmurai-je en essuyant rapidement mes joues. Je reviens.
Il hocha la tête, et je quittai la chambre, refermant doucement la porte derrière moi.
Dans le salon, mes parents m'attendaient. Mon père, debout près de la cheminée, les mains croisées dans le dos, et ma mère, assise dans son fauteuil, le dos droit comme une planche. Leur regard pesait sur moi avant même que je ne sois complètement entré.
– Sirius, dit ma mère d'un ton venimeux. Assieds-toi.
Je m'exécutai sans un mot. Il ne servait à rien d'argumenter avec elle.
– Demain, tu pars pour Poudlard, reprit-elle. En tant qu'héritier des Black, tu as des responsabilités, des attentes.
Elle se pencha légèrement en avant, et je pouvais voir ses yeux perçants chercher la moindre trace de défi dans mon regard.
– Tu représenteras notre famille. Tu te feras des amis parmi ceux qui ont de l'importance. Les Goyle. Les Crabbe. Peut-être même des Malefoy, si tu es assez intelligent pour attirer leur attention.
Je serrai les dents, mais je gardai le silence.
– Je ne veux pas entendre parler de toi en train de te mêler à des moins que rien. Pas de traîtres, pas de Sang-de-Bourbe. Est-ce clair ?
Je hochai la tête, incapable de parler sans exploser.
– Réponds, Sirius.
– Oui, mère, dis-je finalement d'une voix tendue.
Elle me fixa encore un instant, puis se redressa, satisfaite.
– Très bien. Tu peux y aller.
Je me levai rapidement, mais avant que je ne puisse atteindre la porte, mon père parla pour la première fois.
– Tu es notre héritier, Sirius. Tu n'as pas intérêt à nous décevoir.
Je me retournai pour le regarder. Son ton n'était pas menaçant, pas directement. Mais ses mots me frappèrent avec plus de force que n'importe quelle gifle.
Je ne répondis pas.
Je quittai la pièce sans un mot, remontant à ma chambre où Regulus m'attendait.
En refermant la porte, je m'effondrai sur le lit, le souffle court.
– Qu'est-ce qu'ils voulaient ? murmura Regulus, inquiet.
Je pris une profonde inspiration, passant une main dans mes cheveux.
– Rien d'important.
Il hocha la tête, mais je savais qu'il n'était pas convaincu.
Je m'allongeai à côté de lui, lui ébouriffant les cheveux.
– Rendors-toi, Reggie. Je suis là.
Il finit par fermer les yeux, et je restai éveillé, fixant le plafond.
Dans deux ans, il serait à Poudlard. Avec moi. Et je le protégerais. Coûte que coûte.
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