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La maison de mon père n'avait rien d'accueillant. Chaque coin semblait crier la négligence, comme si tout avait été abandonné depuis des années. Les murs, jadis peut-être d'un blanc éclatant, étaient désormais jaunis et couverts de taches sombres. Par endroits, le papier peint se décollait en larges bandes, révélant des murs encore plus sales. La lumière jaune de la cuisine, faible et tremblotante, jetait une ombre étrange sur tout ce qu'elle touchait, rendant l'ambiance encore plus oppressante.

La table de la cuisine, une vieille pièce de bois fissurée, était jonchée de détritus : journaux froissés, un cendrier débordant de mégots, et une assiette abandonnée où des restes de sauce séchée formaient des croûtes. C'était comme si le temps s'était arrêté dans cette maison, figé dans une éternelle torpeur.

Je m'assis sur une chaise branlante, mes doigts tapotant nerveusement ma malle posée près de la porte. C'était étrange de voir cette malle si bien ordonnée dans un environnement aussi chaotique. Tout y était soigneusement plié et rangé : ma robe de sorcier, mes livres aux pages encore intactes, ... C'était peut-être la première fois que j'avais des affaires aussi impeccables.

Je me penchai pour vérifier encore une fois que tout était bien là, plus par anxiété que par besoin. C'était idiot, mais ces objets représentaient une sorte d'espoir, une porte vers autre chose, loin d'ici.

C'est alors que mon père fit son apparition, la démarche lente et traînante. Il frottait ses yeux injectés de sang, probablement encore engourdi par une de ses siestes « liquides ». Ses cheveux grisonnants étaient en bataille, et il portait une chemise froissée par-dessus un t-shirt qui avait dû être blanc, autrefois. Il me regarda sans vraiment me voir, comme si j'étais juste une partie du décor.

– T'es encore debout ? Tu devrais être au lit, lança-t-il en attrapant un verre posé sur l'évier.

Sa voix était rauque, traînante, et l'odeur familière du whisky flottait autour de lui comme une aura.

– Oui, répondis-je doucement. Je réfléchissais à demain.

Il haussa un sourcil, intrigué malgré lui. Puis, avec une lenteur calculée, il ouvrit une bouteille à moitié vide et versa une rasade d'alcool dans son verre. Le bruit du liquide frappant le verre me fit grimacer.

– Demain, hein ? marmonna-t-il en s'asseyant lourdement sur une chaise en face de moi.

Je hochai la tête sans un mot, jouant nerveusement avec mes doigts.

– T'es stressé, c'est ça ?

Je haussai légèrement les épaules, évitant son regard.

– Un peu, murmurai-je. Je sais pas trop à quoi m'attendre.

Il laissa échapper un petit grognement, prenant une gorgée de son verre avant de me répondre.

– T'as pas besoin de t'inquiéter, gamin. T'as de la magie en toi, et c'est tout ce qui compte, dit-il d'un ton qui se voulait rassurant mais qui sonnait creux.

Je fixai mes mains, essayant d'ignorer cette sensation désagréable dans ma poitrine. « De la magie en toi. » Comme si ça allait tout résoudre. Comme si avoir de la magie faisait de moi quelqu'un de spécial, de valable. Mais je savais que ça ne marcherait pas comme ça.

– Tu verras, continua-t-il après un moment de silence. Poudlard, c'est un bon endroit. Tu vas apprendre des trucs utiles. Et puis... t'auras pas à rester ici, alors c'est déjà ça.

Ses paroles étaient presque cyniques, mais je savais qu'il n'avait pas tort. Partir d'ici, c'était déjà une amélioration.

– Fais-toi des amis, ajouta-t-il après une longue pause, comme si l'idée lui venait soudainement. Ça aide, tu sais. Moi je n'en ai pas eu et je regrette aujourd'hui.

Je relevai les yeux vers lui, surpris. Son ton n'était pas moqueur, juste... maladroit.

– Ouais, répondis-je d'une petite voix.

Il but une autre gorgée, puis posa son verre avec un soupir.

– Et mange pas trop de cochonneries là-bas, hein.

Un sourire faible se dessina sur mes lèvres.

– Je promets rien.

Il émit un petit rire, un souffle court qui ressemblait plus à un soupir amusé qu'à un vrai éclat. Puis il se leva, tapotant ma tête d'un geste maladroit avant de retourner vers son fauteuil.

– Allez, file au lit. T'as une grosse journée demain, et je bosse tôt.

Je me levai sans protester, habitué à ses départs matinaux et à mes responsabilités en solo. En montant l'escalier qui grinçait sous mes pas, je repensai à ses mots. « Fais-toi des amis. » Mais comment ? Je n'avais jamais été très doué pour ça. À l'école primaire, les autres enfants m'avaient toujours ignoré ou, pire, ils m'avaient raillé. Trop rond, trop lent, trop insignifiant.

Je poussai la porte de ma chambre, si on pouvait appeler ça une chambre. C'était minuscule, presque un placard aménagé. Un lit étroit occupait la majeure partie de l'espace, avec une couverture rêche qui grattait. Les murs étaient nus, à l'exception de quelques griffures étranges que je n'avais jamais réussi à expliquer. Sur une petite étagère en bois branlante, il restait quelques jouets de mon enfance, abandonnés là comme des souvenirs d'un temps révolu.

Je m'assis sur le lit, fixant le plafond fissuré. Les craquelures formaient des motifs qui ressemblaient à des toiles d'araignée. Je soupirai, repensant à ma mère. Elle m'avait laissé ici il y a deux mois quand j'avais reçu la lettre qui prouvait que "je tenais de mon père" , avec  un câlin rapide et un sourire forcé.

– Ton père saura mieux t'aider pour tout ça, avait-elle dit.

Mais elle n'avait pas appelé depuis. Je savais qu'elle ne le ferait pas. Elle n'était pas méchante, juste... dépassée.

Je me laissai tomber en arrière, mes pensées tourbillonnant autour de demain. Poudlard. Peut-être que tout changerait. Peut-être que je pourrais enfin être quelqu'un d'important, quelqu'un qu'on remarque.

Mais une petite voix au fond de moi murmurait que rien ne changerait. Que je resterais toujours Peter Pettigrow, le garçon que personne ne voit.

Je tirai la couverture jusqu'à mon menton, cherchant un peu de réconfort dans sa chaleur.

Demain, c'était le grand jour. Mais je savais déjà que je serais seul à la gare. Et probablement seul après.

Comme toujours.

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