Temps 8


Voyage dans le temps

Il est là, maintenant depuis une heure. Cet inconnu, avec son père scientifique, dans la vieille cave. « Interdiction d'entrer dans la cave ! » disait son père toutes les semaines. Alors pourquoi cet étrange personnage en a-t-il le droit ?

La curiosité de Maxime est trop forte. Il descend les escaliers, à pas lents. Il entend des voix, des chuchotements, quelques rires, des tons interrogatifs.

Il s'approche de la vieille porte usée ; il l'ouvre. Elle grince ; il s'arrête. Il capte les sons. Se concentre.

— C'est vraiment extraordinaire... et depuis cet écran, on peut voir ce que la personne fait dans le passé ?

— Oui, histoire de surveiller.

— Vous êtes un pro de la science, Monsieur Dawn, mais cela doit rester secret. Cela peut s'avérer dangereux.

— Ne vous inquiétez pas : cette machine à voyager dans le temps restera entre nous deux.

Des frissons le parcourent. Voyager dans le temps est possible ? Peut-il réparer ces erreurs ? C'est sa seule chance !

Le lendemain...

Il fait froid. Ce mois de décembre était gelé malgré la neige inexistante. Maxime prend son petit-déjeuner ; devant lui, son père se prépare.

— Tu vas où ?

— Je vais chercher du pain. Je te fais garder la maison, tant que tu ne fais pas de conneries...

Monsieur Dawn part, fermant la porte, laissant les clés – dont celle de la cave – à la disposition de Maxime. La voiture démarrée et partie, Maxime s'y précipite. Depuis toutes ces années, la cave est devenue un laboratoire. Les yeux écarquillés, Maxime visite les locaux : étagères bien rangées, plusieurs PC – une multitude de fils y sont branchés – des tas de papiers, un tableau rempli d'écritures et de chiffres incompréhensibles.

Au centre de la pièce, un gros PC tactile se dresse. Maxime s'en approche ; un manuel d'instructions traîne à côté. Il est épais, mais les dix premières pages résument l'essentiel. Il configure l'appareil, très ergonomique. Derrière lui, une sorte de tube géant bleuté le happe.

« C'est le moment ! », se dit-il. Il entre à l'intérieur. À sa droite, en suspens, un levier.

Il entend la porte d'entrée s'ouvrir : c'est son père qui revient. Il est stressé, mais il est trop tard. « Désolé, papa, je dois réparer mon erreur et enlever ce poids sur ma conscience... » pense-t-il.

Il actionne le levier ; son corps se téléporte.

— Si vous n'écoutez pas, vous ne comprendrez pas ce que sont les fonctions dérivées. C'est important pour votre bac !

Maxime est dans une salle. En cours de maths. Mais son voyage dans le temps n'est pas celui qu'il espérait. Son corps est fantomatique, invisible aux yeux de tous les autres. Il pensait que son voyage le ramènerait dans le passé, qu'il pourrait tout changer, mieux se comporter et avoir un bel avenir ; mais surtout, que cela aurait empêché ce qu'il s'était produit...

Il se voit, au dernier rang. Il rigole avec ses amis, ils n'écoutent pas les cours. Peut-être que s'il les avait écoutés, il ne serait pas sans diplômes aujourd'hui.

Devant lui, une fille que jamais il n'oublierait : Kathleen.

Il s'amuse à lui jeter des stylos, des boulettes de papier scotché. Il entend son double l'insulter. Elle, elle ne se retourne pas. Elle essaie de les éviter, de faire semblant de ne pas les écouter. Elle tente de travailler, d'écrire sous les insultes et les menaces. Mais il continue.

Et cela avait duré des mois...

Le brouhaha de la salle, l'hécatombe de sons masquent les pleurs de Kathleen. Sa meilleure amie la regarde ; elle compatit. Elle lui parle, mais les larmes ne s'arrêtent pas. Elle fusille du regard Maxime qui lève les yeux en l'air et crie « Fragile ! »

Un blanc se produit dans la salle ; on peut à présent entendre la jeune adolescente pleurer. La prof la regarde ; elle lui demande si ça va, ce qu'il s'est passé. Mais c'est sa meilleure amie qui répond à sa place ; elle, elle est trop submergée par la tristesse, par ce harcèlement qui dure depuis des mois maintenant.

Le Maxime d'aujourd'hui a un visage abattu. Il s'en veut. Il est là, à observer la scène d'une si jolie fille qui pleure. Il ne peut rien faire, à part quitter la salle ; mais à quoi bon ? Il voit son alter ego se faire exclure du cours, envoyé chez le proviseur, qui quelques jours plus tard l'exclura à vie du lycée.

Elle, la douce Kathleen qui n'a jamais rien demandé hormis la paix et une vie heureuse, part à l'infirmerie sous les yeux de tous ses camarades. Il la suit, il veut savoir ce qu'il s'est passé après, mais il est bloqué : il ne peut pas bouger. Que se passe-t-il ? Trou noir.

Il se réveille dans sa chambre. Mal de crâne. Comment a-t-il atterri dans son lit ? Son père ?

Son voyage dans le temps a été un échec : il n'a pas réussi ce qu'il voulait faire... changer l'avenir. Changer son destin à elle. Ne plus avoir ce poids sur la conscience.

Il sort de chez lui et se rend, comme chaque semaine, dans un lieu qu'il ne connaît que trop bien. Il s'agenouille, chuchote des mots, espérant qu'elle les entend.

— Tu as des remords alors que tu es son assassin ? Tu aurais peut-être dû y réfléchir avant.

Maxime se retourne : son père, derrière lui, le dévisage.

— Elle ne serait pas enterrée ici et son nom ne serait pas gravé sur cette tombe si tu t'étais comporté comme un homme mature.

De Hosenford1.

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