Temps 7
Je marche dans les rues de Matrillas depuis des heures, le pas lent et regardant de tous les côtés, c'est mon quotidien...
Je balaye du regard les petites boutiques de vêtements, démodés depuis bien longtemps. Je ne cherche qu'une seule chose et ce n'est sûrement pas dans les magasins que je la trouverai. Encore une longue et pénible journée passée à marcher et à la chercher.
La nuit commence à tomber et je pense qu'il est plus sage de rentrer. Je prends la direction d'un petit sentier de terre qui mène exclusivement à mon modeste logis. La terre forme des blocs et est grise de dessèchement. Je traîne des pieds de mécontentement, je ne le l'ai toujours pas trouvée, je soulève un nuage de poussière de l'étroit sentier de terre.
Après avoir marché une vingtaine de minutes, je me retrouve devant une cabane en bois, ou plutôt ma cabane en bois. Depuis que je l'ai perdue, j'ai quitté mon boulot , mes amis, ma famille, je n'ai plus rien à quoi me tenir, à part elle.
Je pousse la porte de l'entrée qui se met à émettre un grincement. Je rentre dans ma "maison" le regard sur les pieds. Le parquet grince, il faudrait qu'un jour, je répare les trous dans le plancher. J'ai beau essayer de divaguer, mes pensées reviendront toujours vers elle. Si on ne peut pas se sortir une personne de la tête c'est peut-être qu'elle est censée y rester.
Je dépose le journal attrapé sur les bancs de la vieille ville, sur une pile de vieux magazines que je ne lirai sans doute jamais. Je jette ma vieille veste déchirée sur la seule chaise que je possède. Je laisse mon regard se poser sur le peu de choses que je possède : une vieille chaise, quelques bols entassés par terre, deux couverts, un t-shirt et un vieux matelas. Oh et j'oubliais le plus important des roses rouges, ses roses rouges.
Une goutte tombe sur mon nez. Je lève le regard fronçant les sourcils d'incompréhension.
-Merde...
Il y a un trou dans le toit. Je m'assois sur mon bout de lit, souffle un grand coup, et demande le sommeil mais mon estomac n'est pas d'accord et je n'ai malheureusement pas les moyens de le satisfaire. Je me masse les tempes tout en fermant les yeux. Je pose mes bras sur le matelas et laisse mon dos se détendre et venir se poser le long du mur.
Je ne bouge plus et imite le bruit des sanglots puisque les larmes ne coulent plus depuis des années. Mon cœur est trop dur, je n'ai plus de sentiments, juste de l'amour pour la femme de ma vie.
Je me réveille aveuglé par une lumière provenant du toit. Je me frotte les yeux, souffle et me lève. Les yeux à demi-fermés je fais chanter le plancher mouillé.
Je me baisse, attrape un bol que je dépose sur la table, je m'assois à mon tour. Quelques plantes ramassées la veille parsèment la table, j'en attrape une poignée et la jette dans mon récipient. D'un geste de la main je me présente le plat et me murmure quelques mots:
"Voici votre repas du jour"
J'essaye de bouger mes lèvres pour former un sourire mais je n'y arrive pas. Je ne souris même plus à mes soi-disant blague.
Je me dépêche de finir mon bol, prends ma veste, sort en évitant les trous du sol et referme la porte en insistant pour la fermer.
C'est reparti pour une journée, je refais les rues en regardant, épiant chaque petit détail. Je ne cherche qu'un visage, le sien, si doux et joyeux.
Cela fait une heure que je marche, comme d'habitude aucune personne ne me regarde et je ne les regarde pas en retour. J'aperçois sur le bord des trottoirs une nouvelle petite échoppe " Un voyage et des rêves", je ne sais pas pourquoi mais une envie soudaine d'y entrer me vient, je me précipite vers la porte et ouvre celle-ci.
Le petit tintillement du carillon résonne dans la petite pièce. Un studio blanc éclairé d'un spot s'ouvre devant moi, une chaise de médecin est placé dans un des coins de la pièce et pour finir un comptoir jaune dans un autre coin. Je regarde par-dessus le comptoir et aperçoit un agenda, apparemment il n'en font pas grande affaire.
- Il y a quelqu'un! criais-je
Comme personne ne répond je répète la même phrase. Une dame sort de l'arrière boutique.
-Bonjour. Lui dis-je
Elle ne me répond pas ne me jette pas même un regard. Comme tout les gens de cette ville personne ne me voit à croire que je suis un fantôme. Je lui jette un regard noir et m'apprête à sortir quand j'aperçois la phrase suivante: " Un voyage et tout redeviendra comme avant"
Je souris à la vue de cette phrase comme si la retrouver était aussi simple. Je me retourne toujours le sourire aux lèvres je prends place sur le siège blanc ferme les yeux, je sens un casque se poser sur ma tête. Je me laisse emporter, mes souvenirs défilent les uns après les autres, puis soudainement je la vois je tends la main vers elle je chuchote son nom:
-Emma
Je l'effleure légèrement elle n'est qu'une image crée par mon cerveau. Je me sens projeté en avant.
Je regarde autour de moi inquiet la petite boutique n'est plus là, je suis assis dans une pièce rouge avec une table dorée en son milieu. Les gens qui vivent ici sont sûrement aisés.
J'ai un doute... Je ne comprends pas, cette pièce me rappelle tellement quelque chose qu'il est impossible de m'en souvenir . J'inspecte la pièce du regard et remarque un cadre photo posé sur un chevet, je me lève prends le cliché dans mes mains tremblantes de tristesse,mon cœur se serre, une douce larme coule le long de ma joue. C'est elle sur la photo.
Une porte claque et j'entends un cri d'épouvante, je me précipite vers celui-ci.
Une jeune femme se tient sur le seuil de la salle les mains devant sa bouche. Je me faufile devant elle et voit un homme mort suicidé dans la baignoire. Du sang partout le mur en est recouvert. Je me retourne et écarquille les yeux la jeune- femme, c'est Emma je cours vers elle et la serre dans mes bras. Elle ne dit rien mais ne réponds pas à mon étreinte je la regarde de plus près lui fait des signes de mains mais elle ne me voit pas, comme les habitants de mon ancienne ville.
Emma se précipite sur le téléphone et compose un numéro:
-Aidez-moi! Mon..ma..mari est...implore-t-elle
Elle lâche le téléphone et s'effondre en larmes. Je ne comprends pas, son mari c'est moi et je ne suis pas mort c'est elle qui a soudainement disparue. Je regarde mieux le décor autour de moi et me rends compte que je suis chez moi enfin l'ancien chez moi. J'ai voyagé dans le temps? Mais c'est impossible
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Trois jours sont passés je ne suis toujours pas revenu à mon époque j'observe Emma tous les jours. Elle ne bouge pas de chez elle pleurant jour et nuit la mort de son mystérieux mari. Je suis dégoutté en colère contre elle c'est moi son mari pas cet intrus. D'ailleurs aujourd'hui c'est son enterrement.
Emma sort de sa chambre vêtue d'une robe noire, elle est magnifique j'aimerai tant lui dire, elle a un visage angélique je ne peux que la regarder. Elle prends ses clés accrochées au mur, ouvre la porte doucement et la claque. Elle descends les escaliers lentement, j'entends ses sanglots. J'approche ma main de la sienne et enroule mes doigts dans les siens, bien sur elle ne s'en rends pas compte.
Nous avons fait le trajet jusqu'au cimetière main dans la main. Nous arrivons devant un grand portail noir. Le ciel est sombre comme l'ambiance qui se trouve ici, plusieurs personnes sont déjà rassemblées autour du fameux défunt, tous plus déprimés les uns que les autres.
Ils firent tous un discours mais je ne les écoutais que d'une oreille distraite et ne distinguais que quelques brèves mots de condoléances, j'étais captivé par Emma, elle était si triste j'aurais voulu la réconforter lui dire que j'étais là, que c'était moi qui l'avait toujours aimé et pas cet homme. Elle s'avance, tête baissée vers la tombe, elle lève la tête et essaye de sourire mais ses larmes redescendent sur ses belles lèvres. Elle prend une grande inspiration et prend la parole:
-Je..Je t'ai fais un poème je sais que tu les aimais tant:
"J'ai écris ton nom sur le sable,
Mais la vague l'a effacé.
J'ai gravé ton nom sur un arbre,
Mais l'écorce est tombée.
J'ai incrusté ton nom dans le marbre,
Mais la pierre a cassé.
J'ai enfoui ton nom dans mon cœur,
Et le temps l'a gardé."
Jamais je ne t'oublierais, tu es le plus beau cadeau de mon unique vie.
Je t'aime à jamais Théo Laurat.
Des larmes coulent à flots sur son doux visage, moi aussi je me laisse emporter et quelques larmes coulent le long de mes joues. Mais à l'entente de se nom mon souffle devient saccadé, je relis le nom gravé dans la pierre" Théo Laurat"
Ce n'est pas elle qui m'a laissé et qui a disparu, non c'est moi qui l'ai abandonnée.
Moi Théo Laurat, fou amoureux de ma femme, je suis mort suicidé.
Je ne suis qu'un souvenir lointain.
Une flamme que l'on a éteinte.
De poelosie.
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