Partie 6

Je sais que j'ai abandonné ce journal depuis longtemps, mais faut absolument que je raconte ce qu'il s'est passé aujourd'hui !

Bon, on va résumer la situation jusqu'ici, qui est loin d'être incroyable : les lycéens sont des débiles galactiques, et ils hésitent pas à détruire des vies juste pour s'amuser un peu.
Déjà, à mon arrivée dans l'établissement, avec ma trentaine de kilos en plus, ça sentait le roussi, et les événements qui ont suivis me font pas mentir.
Peu à peu, jour après jour, un petit groupe s'est mis à m'embêter. Rien de bien grave au début, des petites remarques, des insultes murmurées, rien que je ne puisse encaisser sans problème.
Mais la situation a escaladé bien plus que je n'aurais pu le penser. Les réflexions et les rires s'accentuaient, on me bousculait, me faisait des croches pieds dans les couloirs, et j'en passe ...
Le pire était les cours de sport, pas étonnant. Je crois avoir passé plusieurs heures après que tout le monde soit parti du gymnase, à chercher les affaires que mes " gentils camarades de classe " avaient éparpillé.

Et d'un seul coup, la violence mentale est devenue psychique sans que j'en comprenne la cause. Peut-être un manque de réaction de ma part qui les ennuyait.
Bref, à partir de là, les jours sont devenus beaucoup plus longs. Je récoltais de plus en plus de bleus, de coupures, d'égratignures, tout en réussissant à cacher ça à mes parents.
Même sur internet, les insultes et les menaces pleuvaient sans discontinuer.

Alors je me suis progressivement renfermé sur moi-même, essayant de me protéger du mieux que je pouvais, de ne pas montrer mes faiblesses, mes failles sur lesquelles ils ne tarderaient pas à faire pression. Les vacances passaient effroyablement vite, mon téléphone était de plus en plus éteint pour ne pas entendre les notifications, mon sourire se faisait rare en dehors de chez moi. Mes notes chutaient, même si je faisais mon possible pour les maintenir à flots, mes cahiers et mes livres s'arrachaient à chaque fois que je me faisais rattraper par mes bourreaux.
La situation devenait tragiquement normale pour moi, qui m'efforçait de tomber malade pour éviter un seul jour.
Jusqu'à aujourd'hui.

J'étais assis sur un banc devant le lycée, tentant de réparer mon sac tant bien que mal, et de faire disparaître le sang de mes affaires.
Quelqu'un s'est posé à côté de moi. Je n'ai pas levé les yeux, ne voulant pas provoquer la personne qui s'était installé, et attendant une énième remarque cinglante, qui n'est jamais venue.

- C'est ton lycée ?

La voix était douce, de même que le visage de la fille qui me souriait. Elle semblait avoir un ou deux ans de plus que moi, et me fixait sans aucune animosité.
J'ai encore chaque mot de cette conversation en tête.

- J'aurais préféré que non.
- Pourtant, si on veut un but dans la vie, il faut bien avoir un moyen de l'atteindre ...
- J'aurais atteint mon but actuel quand je quitterai cet endroit.
- Il y a toujours un chemin alternatif. Tu ne pourrais pas faire autre chose pour t'aider ?
- Je vois pas trop, actuellement ...
- Cesser de faire passer tes problèmes sous silence ?
- Comme si quelqu'un pouvait comprendre.

Elle a rit doucement, comme si je venais de dire une bêtise.

- Bien plus de gens le comprennent que tu ne le penses. J'en fais moi-même partie.
- Et comment je pourrais faire ça, puisque c'est si facile à dire ?
- Parles-en, tu feras le premier pas, et le plus grand.
- À qui ? À mes parents, les surveillants ?
- À moi ? N'importe qui peut t'aider.

Je suis resté plusieurs secondes sans réussir à comprendre. Quelqu'un me proposait de parler. Pour la première fois depuis longtemps.

- Maintenant ?
- Non, tu devrais rentrer chez toi pour te remettre de tes émotions, mais tu pourrais m'appeler pour qu'on se voie plus tard, par exemple ...

Le temps pour moi de rallumer mon téléphone, et son contact apparaissait sur mon écran. Elle se leva doucement, et je fis de même.

- Mais pourquoi tu fais un truc pareil ? Tu pourrais m'ignorer et t'aurais pas à me supporter ...

C'est sa réponse qui me ramena un léger sourire. Celle qu'elle prononça d'un ton rayonnant.

- On m'a aidé quand j'en avais vraiment besoin, il y a pas tant de temps que ça. Alors, que je le fasse à mon tour, c'est normal, tu ne penses pas ?

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