Partie 7

- Je suis désolé madame, mais vous n'avez pas le profil recherché par notre agence, encore plus par les temps qui courent ...

Je me contente de hocher la tête, murée dans le silence. Je me lève et sort sans plus de cérémonie, sans une parole de plus, laissant le recruteur sur sa chaise.
Une nouvelle fois recalée.
Je m'arrête une seconde devant un miroir de l'entrée, le temps de vérifier que mon hijab est bien ajusté, avant de quitter cet immeuble pour la dernière fois.

Une fois dehors, je laisse échapper un lent soupir, entre exaspération et désespoir. Maintenant neuf mois que je recherche un travail, sans aucun succès.
Je secoue doucement la tête, me forçant une fois de plus à ne pas m'habituer à cette situation, puis me met à marcher en direction de mon domicile, mettant en ordre mes pensées.
Je sens les regards qui passent de temps en temps, mais je les laisse couler sans y prêter attention. Bien sûr, ce ne sont pas mes yeux que les autres fixent sans discontinuer.
Dans de trop nombreux endroits où je passe, ce mince tissu suscite encore des réactions disproportionnées

" Encore plus par les temps qui courent "
Cette phrase qu'il a prononcé, plus par maladresse que par malveillance, continue néanmoins de m'irriter. Bien sûr, le fait que je porte un voile me pénalise systématiquement pour un emploi de bureau, sous prétexte que des fous croyant parler pour tous les musulmans se font exploser au milieu de places, ou oppriment des peuples. Car bien entendu, c'est également de ma faute, c'est moi qui leur envoie de l'argent, des nouveaux soldats pour leur cause ... C'est moi qui vais soudain sortir une bombe de mon sac à main, pour exploser à mon tour ...

Et peut importe que les gens disent à quel point ils sont respectueux, ne font pas d'amalgames ... Leur visage quand je passe devant eux ne trompe jamais. Curiosité, crainte, suspicion.

Tellement perdue dans mes pensées, je ne remarque pas une mère et son fils qui me fonce dessus, croyant que je vais m'écarter.
Le cartable du petit tombe à terre et s'ouvre en même temps que mon sac.
Je me baisse pour ramasser les affaires au sol.

- Désolé, je ne vous avais pas vu ...
- C'est pas grave madame !

La dame ne daigne pas nous aider, et parle juste après à son enfant :

- Vous auriez pu faire attention ! Vous attirez déjà suffisamment l'attention comme ça !

Mes yeux se relèvent vers elle.

- Je vous demande pardon ?
- Regardez votre voile, tout le monde ne regarde que vous.
- Mmm, excusez moi d'avoir choisi une religion ..?
- Ce n'est pas ce que je veux dire ... Vois avez plutôt l'air d'une ...

Terroriste. Même si elle ne l'a pas dit, je le sais.
Je sens les regards s'intensifier sur moi, et ferme les yeux, une douleur sourde grandissant dans ma tête.

Libérée par une voix d'enfant.

- Mais maman, on a vu en cours que le nombre de terroristes est minuscule par rapport au nombre de musulmans dans le monde ... Pourquoi elle en ferait forcément parti ?

Je le fixe sans m'arrêter, comme mon interlocutrice, avant que celle-ci ne se racle la gorge, gênée.

- Mmm ... Qui t'a dit ça ?
- Ma professeure d'histoire, pourquoi ?
- Il faudra que j'aie une discussion avec elle.

Tout en parlant, la femme relève son garçon, puis l'emmène avec elle dans la direction opposée.
Je me relève à mon tour, en continuant de regarder ce petit garçon qui avait répondu à sa mère.

Il se retourne vers moi en souriant. Je lui renvoie, en levant le pouce dans sa direction.
Son cri fend l'air.

- C'est normal madame !

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