Partie 5

Une église non loin sonne les dernières heures de la nuit. Ma silhouette presque invisible traverse rapidement les rues de ma ville, en direction de mon appartement. Les travailleurs les plus matinaux croisent mon chemin sans me remarquer.

Ma tête tourne, j'aurais dû quitter la fête bien avant six heures, autant qu'éviter les nombreux verres d'alcool.

Mon esprit embrumé remarque quelqu'un qui suit le même chemin que moi au détour d'une rue. Pas la peine de s'alarmer, de plus en plus de gens sortent de chez eux.
Cependant, son regard ne me lâche pas, je le sens dévorer mon corps des yeux. Je frissonne d'effroi en accélérant la cadence autant que je le peux, avec mes talons et ma démarche chancelante.

Les passants me regardent maintenant avec étonnement, ne comprenant pas ce qui pourrait me faire peur de si bon matin.

Les pas derrière moi se rapprochent peu à peu, sans que je puisse y faire grand chose. Malheureusement pour moi, le quartier est plein de ruelles.
Une main me saisit le bras, l'autre ma bouche pour étrangler mon cri de panique.

Je suis poussé sans ménagement contre un mur, mon agresseur se plaçant contre mon dos. Sa voix susurre à mon oreille :

- Tiens tiens tiens ... Qu'est-ce qu'une belle jeune fille comme toi fait ici, si tôt ...

Son haleine parvient à mes narines : alcool et tabac froid, un mélange écoeurant.
Sa main droite descend doucement sous ma robe, sans que je puisse l'en empêcher. Mon corps est bloqué, je ne peux plus esquisser un geste. La terreur a pris le contrôle, me laissant figée, à juste subir.
Je sens quelque chose durcir contre ma cuisse, en même temps que des gouttes salées dévalant mes joues jusqu'à ma bouche.

Mon esprit semble avoir été balancé sans ménagement au fond de ma tête, et agit en automatique.
Sa main enserre toujours mon visage, étrangement les hoquets qui me parcourent de part en part. Ses mouvements sous ma tunique s'intensifient, mais je m'efforce du mieux que je peux de ne plus y prêter attention.
Je souhaite de toute mon âme que c'est instant s'arrête à jamais, que cette ruelle sombre disparaisse, en même temps que ce mec.

Et pour une fois, un dieu, quel qu'il soit, entend mon appel à l'aide.

Cela commence par des pas qui s'accélèrent. Puis mon agresseur se tord de douleur en laissant échapper un cri sonore.
Je me laisse glisser contre le mur sans bruit, ayant seulement la force de lever les yeux pour observer la scène.

Les deux sont face à face, mais tandis que l'un tente du mieux qu'il peut de cacher sa douleur, son agresseur à lui le regarde droit dans les yeux, remplis d'une colère froide et terrifiante.
Il ne prononce qu'une seule phrase.

- Casse toi d'ici avant que je ne te tue.

La voix est calme et posée. L'autre ne perd pas une seconde pour s'enfuir à toutes jambes. Sa marche saccadée résonne un temps dans la rue, avant de disparaître.

Je sèche mes larmes pour le regarder en face. Il semble se rappeler de ma présence et se tourne vers moi.
Il est grand, plus âgé que moi, et sa peau sombre se fond encore dans la pénombre.
Il s'accroupit devant moi, à distance respectable pour ne pas me faire peur, en me faisant un pâle sourire.

- Tu peux te lever ?

J'incline doucement la tête, les mots restants bloqués dans ma gorge.

- Ça te va si je te raccompagne jusqu'à chez toi ? Après, on appellera la police et tes amis, pour qu'ils puissent veiller sur toi, et je te laisserai tranquille avec eux.

Nouveau hochement de tête

- Parfait. Ne traînons pas, tu vas finir par attraper froid par ce temps.

En disant cela, il me tend la main, que je saisis avec beaucoup d'hésitations. Il m'aide à me relever, et on sort enfin de cette ruelle.
Il me donne un mouchoir, ne pouvant faire mieux pour l'instant.

Mes lèvres se détachent enfin, laissant passer un seul mot :

- Merci ...
- C'est normal, petite ...

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