Partie 4
Je vais finir par ne plus me retenir.
Aussi loin que je me souvienne. Depuis les petites chaises de l'école primaire, jusqu'aux bancs du métro.
Depuis les premiers camarades jusqu'aux derniers collègues.
Pourquoi suis-je toujours jugé à partir de ma couleur de peau, avant mes compétences, mon vécu, mes qualités ?
La plupart de mes amis me trouvent paranoïaque, me disent que je raconte des bêtises, et que ce n'est pas si grave que ça, que tout le monde ne va pas me parler de ça tout le temps.
Sauf que personne n'a besoin de parler. Des regards suffisent amplement à me faire comprendre à quoi ils pensent.
Je vais finir par ne plus me retenir.
C'est déjà arrivé par le passé, devant moi. Un homme se lève, seul. Son poing se soulève, et il l'abat dans cette tornade formée de méchanceté des uns et d'indifférence des autres. Il est bien sûr automatiquement en tort, et subit encore plus d'animosité de la société, qui n'essaie pas de se mettre à sa place. Même moi, je n'ai pas bougé. Par peur, par crainte, en me disant que quelqu'un d'autre s'en chargerait. Grossière erreur, mais tourner la tête est plus simple que d'affronter la vérité en face.
Mais je vais finir par ne plus me retenir.
Malgré tout ce que je sais, ma haine continue de grandir par rapport à ces gens qui croient être meilleurs. Elle enfle lentement, jusqu'au jour où-
- Eh Mamadou, réveille toi et pousse tes jambes, là, je voudrais passer !
Mes yeux s'ouvrent, rompant ma réflexion. Je ne bouge pas d'un pouce, espérant secrètement une réaction. Qui ne tarde d'ailleurs pas.
- Oh, tu m'entends Djibril ?
Mes dents s'entrechoquent. Mes défenses cèdent les unes après les autres. Mon poing se serre lentement. Mon esprit s'abandonne à la colère qui veut sortir depuis longtemps.
Je ne me retiens plus.
Au contraire d'une main douce qui empêche mon bras armé de se lever.
- Peut-être que si tu demandais les choses poliment, et sans être totalement raciste, tu serais mieux reçu ?
La personne recule un peu, dévisageant ma voisine qui le fusille du regard.
- Des excuses seraient bienvenues, non ?
- Pas la peine d'être désagréable ... Tout de suite les grands mots ...
En parlant, elle recule et disparaît dans le flot des usagers du métro.
La femme se tourne vers moi et sourit.
- Je crois que c'est bon, vous pouvez desserrer la main. À part si vous avez à ce point envie de le fracasser.
- Mmm, je pense que ça devrait aller ... Merci beaucoup, mademoiselle.
- J'ai adoré sa tête, quand il a vu que c'est moi qui lui répondait ! De toute façon, je l'aurais probablement démonté avant vous.
Sa tête partit en arrière dans un grand éclat de rire, et mon sourire refit enfin surface.
- Je pense qu'on peut se retenir de le frapper. En tous cas, je vous remercie encore une fois.
- Pour ça ? Vraiment, il y a pas problème.
- Quand même, tout le monde ne l'a pas fait.
- Mais moi je trouve ça normal !
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