Chapitre 63
Hassan Bey ouvre la marche en poignardant sans remord chaque rebelle qui essaie de barrer leur chemin. Les deux adolescents suivent le Bey, accompagnés par Yusuf Agha et de Beynam Agha qui ferment la marche.
Autour d'eux, des cris raisonnent autant que des bruits de lutte. Des corps inertes jonchent le sol et les murs sont également marqués par des traces de sang.
Hassan Bey sent la tension des deux garçons mais malheureusement, il ne peut plus les préserver de la sauvagerie de ce monde.
– Votre père nous attend dans la chambre de la Sultane Leyla, annonce le Bey d'une voix assez basse.
– Et ma mère ? Demande Bayezid avec inquiétude.
Hassan Bey ne sait que répondre. Il n'a aucune idée de l'endroit où se trouve la Sultane.
– Je vais aller voir dans les chambres de la Sultane Safir et de la Valide Sultane, dit alors Beynam Agha.
Hassan Bey se retourne afin de le regarder. Il lui lance un regard demandant si l'Agha est sûr de pouvoir y aller seul. Beynam lui sourit avant de lever son sabre bien haut.
– Je vous retrouve dans la chambre de la Sultane Leyla !
Hassan Bey lui fait un signe de tête et l'Agha les quitte au détour d'un couloir.
Les portes grondent sous les assauts des rebelles. Les deux Sultanes fixent ces portes fermées et barricadées à l'aide de nombreux meubles. Safir ne cesse de jeter des coups d'œil à la Valide Sultane. La jeune femme est morte de peur à l'idée que son fils ne soit en danger. De son côté, Samira maintient sa stature et son port haut de la tête. Elle veut se montrer confiante. Elle ne doit pas céder à la panique sinon toutes les concubines à son service se mettraient à avoir peur. Fatma Hatun de son côté semble réciter des prières.
C'est alors que la porte s'ouvre brusquement, faisant tomber la coiffeuse en bois sombre qui ornait la pile de meuble posée devant la porte. Le bois craque en tombant et lorsque les portes s'ouvrent les concubines se mettent à crier tandis que trois hommes font irruption dans la pièce. Alors que Safir recule pour s'éloigner d'eux le plus possible, Samira ne bouge pas et les fixe du regard.
– Le Sultan et toute sa famille va mourir aujourd'hui, menace l'un des hommes dont le regard est la seule chose qui peut être distinguée.
– Je vous laisse une seule chance pour quitter cette pièce vivants, répond la Sultane Samira d'une voix forte.
L'intervention de la Sultane laisse les hommes perplexes. Ils ne s'attendaient pas à faire face à une femme démontrant autant de courage. La Sultane ne semble pas avoir peur.
L'un des hommes s'approche d'elle, son sourire dissimulé derrière son foulard noir.
– Vous voulez peut être mourir en première, votre Altesse ? Lance-t-il en toisant la femme qui ne baisse pas les yeux.
Alors que l'homme n'est plus qu'à quelques centimètres d'elle, la Sultane sort un poignard de la manche de sa robe et le plante dans la poitrine de l'homme. Ce dernier recule sous le coup. Son regard passe de la femme à sa poitrine avant de revenir à elle. Safir retient un cri en mettant ses mains contre sa bouches tandis que Fatma Hatun recule contre un mur.
Samira ne quitte pas des yeux l'homme avant de retirer la lame de son torse. L'assaillant tombe à genou avant de finir face contre terre, les yeux encore grands ouverts.
– Je ne me répéterai pas, annonce la Sultane à destination des deux hommes restants.
Ces derniers regardent leur camarade avec des yeux incrédules. Puis ils se lancent un coup d'œil avant de foncer sur la Sultane, leur sabre bien en l'air.
Samira ne bouge pas et tient son poignard bien devant elle.
C'est alors qu'un sabre vole et atterrit dans le dos de l'un des hommes qui tombe en avant sous un cri de surprise. Samira aperçoit alors Beynam Agha qui entre dans la pièce en poussant un cri.
Le dernier homme va pour frapper la Sultane lorsque Fatma Hatun la tire contre elle afin de lui faire éviter la lame tranchante qui allait la tuer.
Samira se retrouve contre le mur avec la Kalfa et Beynam Agha termine de tuer le dernier rebelle.
Les deux femmes respirent rapidement. Samira laisse tomber son poignard et se rend compte que sa main est rouge de sang de l'homme qu'elle vient de tuer. La Sultane Safir se rue vers elle afin de s'assurer de son état.
– Valide, vous êtes blessée ?
Samira secoue négativement la tête puis se met à lisser les plis de sa robe.
Beynam Agha s'approche alors des femmes puis s'enquiert de leur état. Il leur explique alors que l'armée du Sultan a repris le palais et qu'il n'y a pas eu de blessé dans la famille impériale. Safir manque de tomber de soulagement et est rattrapée par deux concubines.
– Pour votre sécurité, je vais vous conduire jusqu'aux appartements de la Sultane Leyla, termine l'Agha.
Les femmes hochent la tête puis suivent Beynam Agha.
Lorsqu'elles arrivent dans la chambre de la Sultane Leyla, Safir cherche son fils avec inquiétude. Ce dernier, en voyant sa mère, court pour aller l'enlacer. Safir tombe à genoux en prenant Bayezid dans ses bras. Elle ne peut retenir ses larmes tant sa peur a été intense. Les enfants de Leyla sont auprès de leur mère et Samira ne peut s'empêcher de passer son regard sur chacun afin de vérifier leur état.
Leyla finit par lâcher Murat qu'elle était en train d'étreindre pour s'approcher de la Valide.
– Valide Sultane, vous n'avez rien ? Demande-t-elle en voyant le sang sur sa main.
Samira suit le regard de la Sultane avant de répondre :
– Ce n'est rien, ce n'est pas mon sang.
Leyla hoche la tête en comprenant ce que la femme a dû faire pour se protéger. Brisant alors les codes, elle pose alors une main réconfortante sur son épaule tout en lui adressant un sourire. Samira est d'abord surprise par ce geste puis vient prendre sa main avant de lui rendre son sourire.
Hassan Bey s'approche de Beynam Agha et tous deux discutent tout en surveillant les portes. Le Sultan finit par revenir dans la chambre. Ses habits sont légèrement tâchés par le sang des rebelles qu'il a dû affronter. Il se dirige rapidement vers sa mère et vient lui prendre la main avant de l'embrasser.
– Valide, je suis soulagé que vous n'ayez rien, murmure-t-il.
– C'est grâce à Beynam Agha, l'informe-t-elle, sans son intervention et celle de Fatma Hatun, je serai morte à l'heure qu'il est.
Mehmet se tourne vers son chef de la sécurité et la vieille Kalfa.
– Je vous dois la vie de la Valide Sultane, demandez moi ce que vous voulez et vous serez acceptés.
– Je n'ai fait que mon devoir, assure Beynam Agha en s'inclinant respectueusement.
Fatma Hatun l'imite et Mehmet les remercie une nouvelle fois.
– Le palais est sécurisé, annonce-t-il par la suite. Les rebelles ont été tués, les traîtres capturés.
Il se tourne avec un regard sérieux vers Hassan Bey.
– Je veux que tu m'interroges tous ceux qui ont été emprisonnés. Trouve moi leur commanditaire. Quels Pashas sont impliqués. Je veux tout savoir.
Hassan Bey s'incline avant de prendre le chemin des cachots en compagnie de plusieurs janissaires.
Mehmet se retourne alors vers Beynam Agha avant de déclarer :
– Nous avons perdu plusieurs janissaires affectés à la sécurité du palais. Trouve moi des remplaçants de confiance.
L'Agha se courbe avant de sortir de la pièce.
– Fatma Hatun, Mustafa Agha, termine le Sultan, interrogez moi tous les serviteurs et concubines restants. Vérifiez la loyauté de chacun. Je ne veux plus un traître dans mon palais, c'est compris ?
Les deux serviteurs prennent leur ordre et quittent à leur tour la chambre.
Mehmet se retrouve alors en compagnie de tous les membres de sa famille. Il est soulagé de voir qu'aucun n'a été blessé. Mais en lui, une colère commence à bouillir.
Il retrouvera ceux qui les a mis en danger. Et quand il les retrouvera, il les fera regretter de ne pas être morts ce jour là.
En attendant, Mehmet veut profiter de chacun. Il ordonne donc aux concubines de dresser une grande table afin de manger en compagnie de tous les membres de sa famille.
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