Chapitre 47
Mehmet se réveille le lendemain aux côtés de Sofia. Le Sultan cligne doucement des yeux pour habituer son regard à la lumière. Une fois accommodé, il tourne sa tête vers celle avec qui il a partagé la nuit. La jeune femme dort paisiblement. Mehmet avance doucement sa main vers elle avant que le visage de Leyla ne traverse son esprit. Il fige dans son geste puis cligne les yeux pour chasser l'image mais trop tard... une vague de culpabilité l'envahit.
Ses mains agrippent les draps et il ferme les yeux. Il est le Sultan. Il a le droit de jouir de son harem.
Sofia bouge à côté de lui et vient se blottir contre lui. Mehmet regarde la jeune femme. L'un de ses seins sort discrètement du drap en satin rouge. Une belle image dès le matin pour ses yeux.
Néanmoins, Mehmet secoue doucement la jeune femme pour la réveiller. Sofia ouvre les yeux sous un sursaut.
– Votre Majesté, le salue-t-elle la voix encore enrouée de fatigue.
– Retourne au harem, lui ordonne Mehmet en fixant devant lui.
Sofia est abasourdie par sa réaction. Il ne la regarde même pas. Elle tente une approche et pose une main sur son biceps. Mehmet ne réagit pas.
– Maintenant, exhorte-t-il.
Sofia se lève donc et enfile vite sa robe avant de quitter la pièce en s'inclinant. Mehmet se laisse retomber allongé dans son lit avant de passer une main sur son visage. Il s'en veut d'avoir trahi Leyla comme cela. Mais d'un autre côté, il a aimé la nuit qu'il vient de passer.
Son coeur est pris entre deux.
Sofia est de retour au harem. Des murmures lui arrivent aux oreilles des autres concubines. Elle sait le pouvoir de Leyla sur le harem. Toutes apprécient la Sultane au grand coeur. Que l'une des leurs, en plus une au service de la Sultane, passe la nuit avec le Sultan les choque. Sofia décide d'ignorer les ragots et retourne dans sa chambre. Là, elle fait un brin de toilette avant qu'Esra Kalfa n'entre.
– Esra Kalfa, s'incline doucement Sofia en se tournant vers elle.
– Leyla Sultane veut te voir, indique la kafla sur un ton neutre.
Sofia n'est pas dupe. Elle sait que la Sultane est au courant. Rien ne reste jamais secret dans ce palais.
La concubine opine de la tête puis suit sans bruit la kalfa jusqu'à la chambre de la Sultane. Là, Leyla l'attend, assise sur son divan. Un diadème, cadeau du Sultan, sur la tête. Elle est habillée en vert émeraude, sa couleur. Elle porte les nombreux bijoux offerts par le Sultan. Comme si elle cherchait à prouver quelque chose auprès de la jeune femme.
Leyla observe Sofia lorsque celle-ci entre dans sa chambre. Elle la détaille du regard comme si elle la voyait pour la première fois. La concubine s'incline devant elle et attend que la Sultane parle en première.
Leyla finit par ouvrir la bouche pour demander avec une fausse innocence :
– Tu as passé une bonne nuit Sofia ?
La pique était tellement prévisible pour Sofia qui ne peut que répondre :
– Le Sultan m'avait demandé, Sultane, qui suis-je pour refuser ?
Leyla a un sourire crispé.
– Bien sûr, reprend Leyla, tu n'as aucun pouvoir ici. Tu es là pour assouvir les envies du Sultan.
– C'est ce que j'ai essayé de faire au mieux, Sultane, opine Sofia les yeux baissés.
– J'espère que tu n'as pas pris ta nuit avec lui pour un succès. Après tout, tu es déjà là. Il ne t'a pas gardé pour le petit-déjeuner.
– Le Sultan devait avoir des choses à faire, ne peut s'empêcher de mentir la jeune fille face aux attaques de la Sultane.
– Sûrement, lâche Leyla.
Un moment se passe sans que l'une des deux ne dise quelque chose.
– Quoi qu'il en soit, tu es toujours à mon service. Haya t'attend pour la coiffer, termine la Sultane.
– Tout de suite Sultane.
Sofia s'incline à nouveau puis disparaît dans la chambre des enfants. Leyla attend qu'elle se soit éloignée pour se tourner vers Esra :
– Qu'est-ce que tu en penses ? Lui demande-t-elle son avis.
La kalfa semble choisir ses mots avant de répondre :
– Vous avez bien fait de lui parler comme cela. Il faut que vous soyez menaçante quand c'est nécessaire Sultane.
Leyla se lève pour réfléchir :
– J'espère seulement que j'ai raison et que Mehmet ne va pas me remplacer. Je ne suis rien s'il n'est pas à mes côtés.
– Le Sultan a trop d'attachement pour vous, Sultane, tente de la rassurer Esra. Il ne va pas tout arrêter pour la première venue.
– J'espère que tu as raison...
La Sultane Samira est également au courant que son fils a passé la nuit avec une autre concubine. Une première depuis des années. Aussi, elle décide de rendre visite à son fils et se fait annoncer. Les portes s'ouvrent et Samira se retrouve devant son fils, occupé à rédiger une lettre. À sa vue, il pose sa plume puis la salue :
– Valide.
– Votre Majesté, lui répond Samira.
Mehmet se lève pour se rendre sur son balcon en disant :
– Qu'est-ce que je peux faire pour vous Valide ?
Samira le suit à distance et annonce d'entrée de jeu :
– Si vous le souhaitez, je peux faire préparer une chambre de favorite pour Sofia Hatun.
Bien que né dans ce palais, Mehmet s'étonnera toujours de la vitesse dont viennent les nouvelles.
Voyant qu'il ne répond pas, Samira enchaîne :
– Mehmet, tu as tout à fait le droit de profiter de tes concubines. Ce sont les traditions du harem depuis des générations.
– Je suis tout à fait au courant de mes droits, merci Valide, répond Mehmet avec une légère pointe d'agacement.
– Il ne faut pas que tu te sentes coupable si tel est le cas. Leyla doit comprendre que tu ne lui es pas exclusif. Tu es le Sultan de ce monde.
Mehmet se tourne vers elle.
– Peut-être mais je ne veux pas la blesser, affirme Mehmet.
– Et qu'en est-il de Safir ? L'interroge la Sultane. Tu ne crois pas que tu la blesses en la refusant dans ta chambre ?
– Ce n'est pas la même chose, répond Mehmet au tac au tac.
– Vraiment ? Le contre la Sultane avec un ton arrogant. Pourtant ce n'est pas l'impression qu'elle en a...
Mehmet commence à voir rouge.
– Je n'ai aucune justification de ma vie à vous donner Valide, assène-t-il. Maintenant vous pouvez vous retirer.
Le ton autoritaire employé par son fils ne laisse pas d'autres choix à Samira que de quitter la pièce.
– On en reparlera, j'en suis sûre, termine-t-elle en sortant de la chambre.
Mehmet ferme les yeux pour apaiser sa colère. Il ne supporte pas quand sa mère croit savoir ce qu'il ressent.
Le Sultan quitte sa chambre en trombe et Hassan Bey est obligé de lui courir après en le voyant partir.
– Votre Majesté, le conseil vous attend, lui rappelle-t-il une fois à sa hauteur.
Mehmet s'arrête net. Il avait complètement oublié.
Il fait demi-tour pour se rendre au conseil à contre coeur. Il aurait tellement voulu prendre l'air, mais les sujets à aborder son importer. Une nouvelle menace se fait sentir en terre hongroise. Mehmet doit préparer une expédition.
Le soir venu, Mehmet tourne en rond dans sa chambre. Il a indiqué à Leyla qu'il était fatigué et souhaitait ne voir personne. Enfin c'est ce qu'il croyait.
Car des yeux bleus le hantent. Mehmet la cherchait toute la journée des yeux malgré lui. Mais il n'a pas réussi à la voir. Il repense à ses yeux, à ses seins rosés. À ses lèvres charnues. À sa silhouette.
Il ne peut pas résister.
Il ouvre en grand les portes de sa chambre puis donne l'ordre à Mustafa Agha d'aller la chercher. Il la veut rapidement. L'eunuque ne masque pas sa surprise et se rue dans le couloir pour aller faire son devoir.
Mehmet referme les portes en attendant. Il fait trois fois le tour de sa chambre en ne cessant de fixer cette porte, priant pour qu'elle s'ouvre rapidement. Sa tenue de nuit lui donne chaud. Il ne sait plus depuis quand il a ressenti une envie comme celle-ci.
Quand enfin, elle apparaît devant ses yeux, un soupçon de réconfort le parcourt. La jeune femme lui sourit gracieusement et le salue. Mehmet n'en a que faire de ces mots. Il veut autre chose.
Il va s'asseoir sur son fauteuil puis lui ordonne avec une voix chaude :
– Danse pour moi.
Sofia n'est pas étonnée de cette demande. Elle n'est même pas étonnée d'avoir déjà été rappelée. Elle a réussi son premier effet. La jeune femme se tourne alors vers lui puis retire un pan de sa jupe dévoilant une tenue sensuelle, montrant ses jambes fines. Mehmet la regarde avec envie et elle le sait. Elle avait prévu le coup.
Elle commence une danse érotique, accentuant ses formes féminines et inspirant à d'autres plaisirs. Elle doit tout donner pour devenir une obsession. Et elle sait qu'elle en bon chemin pour y arriver.
Elle ajoute des regards hypnotiques, jetés au bon moment, pour augmenter l'excitation grandissante du Sultan. Elle ajoute des pas de danse permettant de lui tourner autour. Des petits touchés d'épaules avec ses mains. Une caresse sur le corps en se mettant à genoux devant lui.
Elle veut qu'il perde le contrôle. Elle n'attend que cela. Elle sait que son intimité a commencé à durcir pour elle. Elle sait qu'il ne tiendra plus très longtemps.
En effet, Mehmet use de toute sa concentration pour ne pas se jeter sur la jeune femme. Mais voir ses déhanchements, ses fesses se tourner et se plier vers lui, ses seins se former dans son esprit à travers sa robe rosée, Mehmet finit par ne plus en pouvoir.
Il l'agrippe alors par la main qu'elle tendait vers lui et la force à s'asseoir sur lui. Il sait qu'elle sent sa bosse sous sa tenue de nuit. La jeune femme a plongé son regard bleu dans le sien.
Cela en est trop pour Mehmet, il plaque ses lèvres sur les siennes. Ce baiser est comme une renaissance pour lui. Comme un nouveau souffle d'air. La jeune femme répond à son baiser avec autant d'ardeur que lui. Mehmet passe ses mains autour d'elle puis se relève en la portant. Leurs lèvres ne se quittent pas. Il l'allonge sur le lit et la déshabille avec empressement, ses mouvements étant saccadés par l'envie.
Il ne comprend pas pourquoi il ressent cela. Mais il a tellement envie d'elle.
Une fois nue, Mehmet redresse légèrement la tête pour l'observer. Son corps est parfait. Ses joues rosies par une once de timidité augmente son envie. Il la dévore des yeux. Puis sa bouche rencontre un mamelon et il entend le plaisir que cela procure à la jeune femme. Il enlève alors sa tenue de nuit, son corps crispé et tendu vers elle.
Il tiendra sûrement toute la nuit...
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