Chapitre 42

La Sultane Samira a été conduite au Palais de Topkapi par les rebelles. Ces derniers ont fait attention à ne pas brusquer la femme durant le trajet. Malgré qu'ils soient pour l'avènement du nouveau Sultan, ils éprouvent quand même du respect pour cette femme qui était déjà Sultane lorsqu'ils sont nés.

Samira arrive devant la porte de sa chambre, ou plutôt son ancienne chambre visiblement. Un des gardes annonce la venue de la Sultane et des Aghas ouvrent la porte. La Sultane entre la tête haute tandis que Nuran l'attend assise sur un fauteuil, telle une reine sur un trône.

Auprès de Nuran, se trouvent deux Pashas des provinces du Nord. La Sultane Nuran a revêtu une robe dorée et richement décorée et admire sans vergogne le teint sali par la poussière de la grange de Samira.

– Samira, commence Nuran avec un ton faussement enjoué. Te voilà enfin !

– Tu ne m'en voudras pas de ne pas exprimer la même joie à te voir Nuran, réplique Samira d'une voix neutre.

Nuran serre les dents face à la petite pique envoyée par sa rivale.

– Tu es bien audacieuse pour quelqu'un qui risque de se faire exécuter par le nouveau Sultan, la contre Nuran légèrement agacée.

– La coûtume fait que les Sultanes ne sont pas exécutées mais simplement exilées. Mais j'imagine que comme c'est toi qui va prendre les rennes au détriment de ton fils, je serais probablement empoisonnée ou poignardée avant d'arriver sur mon lieu d'exil.

Nuran prend la mouche et se lève d'un bond pour faire face à Samira. La Sultane ne supporte pas le ton condescendant de sa rivale.

– Tu rigoleras moins quand le corps de ton fils sera rapporté et que l'on exécutera tes petits-enfants devant toi, la menace Nuran en sifflant.

Samira ne répond pas et Nuran prend son silence pour une légère victoire. Elle tourne alors autour de la Sultane, la détaillant du regard, avant de poser la question fatidique :

– D'ailleurs, où sont cachés les enfants ?

Samira attrape son regard afin de lui répondre droit dans les yeux :

– Je ne sais pas, nous nous sommes séparés lors de notre fuite.

Nuran lâche un sourire en coin, peu convaincue par sa réponse :

– Tu imagines que je ne vais pas me contenter de cette réponse Samira.

– C'est tout ce que je peux te répondre Nuran, continue d'avancer Samira.

– On verra cela... Agha ! Emmenez la aux cachots !

Deux Aghas entrent dans la pièce et attrape la Sultane par les bras avant de la guider à l'extérieure de la chambre. Samira est ammenée dans les cachots puis fermée à double tour. La Sultane observe un instant cet endroit humide et lugubre puis s'assoit sur la dalle prévue à cet effet.

Pendant ce temps là, Nuran se tourne vers les deux Pashas puis leur ordonne de fouiller la ferme et les environs afin de trouver les Shezade.

C'est dans l'obscurité d'une grotte au fin fond de la forêt que les Sultanes, Beynam Agha, Mustafa Agha et les enfants ont trouvé refuge. Ils se sont arrêtés à cet endroit après avoir courru un long moment. Les Sultanes et les concubines sont épuisées. Mustafa Agha également. L'eunuque ne sait pas s'il pourra continuer à fuir comme ça longtemps. Son âge avancé ne l'aide pas. Beynam Agha regarde sa troupe puis les environs en priant pour que la rébellions soient arrêtées avant que les rebelles ne les trouvent. Seul il ne pourra pas les défendre.

– Il faut que l'on continue d'avancer, incite Beynam Agha, les rebelles vont râtisser toute la forêt d'une minute à l'autre.

Leyla aperçoit le regard épuisé de Mustafa Agha.

Mustafa Agha a besoin de se reposer, nous aussi Agha, avance la jeune Sultane.

– Je le comprends bien Sultane, lui répond le Chef de la sécurité, mais il en va de la sécurité des Shezade et de la vôtre.

– Continuez sans moi Sultane, murmure alors le Chef des Eunuques en s'asseyant difficilement sur un rocher. Je vais vous ralentir.

Safir Sultane se relève alors de la pierre sur laquelle elle était puis dit :

– Beynam Agha a raison, il faut avancer.

Partez ! Lance Mustafa Agha d'une voix légèrement autoritaire. Ne vous inquiétez pas pour moi.

Leyla Sultane se tourne alors vers Elena :

– Reste avec lui s'il te plait. Ne le laisse pas seule.

Elena hoche la tête avant de s'incliner devant la Sultane :

– Bien sûr Sultane.

Nous allons rebrousser chemin et partir à l'opposée de vous pour brouiller les pistes s'ils nous trouvent, informe l'eunuque.

Leyla Sultane hoche la tête puis prend les mains de Mustafa Agha dans les siennes.

– Faites attention à vous.

L'eunuque est si ému par les paroles de la Sultane qu'elle ne peut qu'hocher la tête, les yeux légèrement brillants de larmes.

Beynam Agha presse le groupe pour avancer et Leyla reprend son fils dans des bras d'Esra Kalfa avant de suivre le chef de la sécurité.

Mustafa Agha lance un dernier regard à cette troupe avançant dans la forêt puis suit Elena à l'opposé.

Les janissaires ont été rassemblés dans la grande cour du palais impérial pour la cérémonie de couronnement du Shezade Osman. Ce dernier a revêtu sa tenue de cérémonie sous le regard fier de sa mère. Les érudits d'Istanbul avaient été conviés peu avant afin de pouvoir leur expliquer la fin tragique du Sultan et son choix de nommer son frère à la place d'un de ses enfants, encore jeune. Osman et ses hommes ont su se montrer assez explicites quant au sort réservé à ceux qui ne soutiendraient pas le nouveau Sultan. Ils n'auraient pas dû car cela a créer de la méfiance parmi les intellectuels et le Cheikh al-islam. Ces derniers sont debout autour du trône vide du Sultan dans la grande cour. Les hommes d'état discutent entre eux pour exprimer leurs doutes quant à la disparition soudaine du Sultan Mehmet. Les janissaires et leurs chefs participent à la conversation et ne comprennent pas pourquoi l'arrivée du Shezade Osman s'est faite avec autant de violence.

D'autres demandent ce qui est arrivé aux enfants du Sultan Mehmet car la rumeur court qu'ils auraient disparu.

Osman est au courant de toute cette suspicion mais se fait annoncer à la grande porte comme si de rien n'était. Cachée en haut de la grande tour, la Sultane Nuran observe toute la scène. Elle a enfin ce qu'elle attendait depuis toutes ces années.

Osman entre dans la cour d'un pas assuré et salue les dignitaires d'un geste de la tête. Contrairement à ce que voudrait la coûtume Osman commence un discour d'une voix assez forte :

– Je suis désolé tout le monde de devoir l'annoncer comme ça mais mon frère, le Sultan Mehmet Khan, est malheureusement décédé. Dans son dernier souffle, il m'a demandé d'assurer sa suite afin de préserver ses enfants encore trop jeunes.

Un silence se répand parmi les janissaires et les dignitaires jusqu'à ce qu'une voix s'élève parmi la foule.

– Où sont les Shezade ? Que leurs est-il arrivé ?

– Malheureusement les Shezade ont disparu mais nous les recherchons activement !

– Où est Ibrahim Pasha ?

De nombreuses voix fusent de toutes parts pour demander où se trouvent le Premier Vizir et ce qui est vraiment arrivé au Sultan. Osman commence à s'énerver vis à vis de cela puis demande à ce que le Cheikh al-islam procède à son couronnement.

Ce dernier est un peu gêné et ne sait pas quoi faire. Osman lui lance un regard foudroyant afin qu'il fasse ce qu'il lui ordonne.

– C'est difficile de se faire accepter par les gens, hein Osman ? Lance alors une voix bien connue.

Osman se retourne rapidement en n'en croyant pas ses yeux. L'assemblée se sépare pour laisser passer Mehmet et ses hommes. Les janissaires s'inclinent sur le passage du Sultan.

Osman regarde son frère arriver avec surprise. Il lance des regards un peu autour de lui avant de s'écrier :

– Votre Majesté ! Je suis heur...

– Assez de tes mensonges Osman ! Crie Mehmet d'une voix puissante.

Ce dernier se tait immédiatement.

– Agha ! Ordonne alors Mehmet. Emparrez vous de ce traitre qui a tenté d'assassiner son Sultan et son frère !

Osman est alors pris par des janissaires. Nuran, du haut de sa tour se laisse glisser contre un mur. Elle pleure de rage. Son heure est arrivée. Ils ont encore échoué.

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