Chapitre 41
Le Shezade Osman est de retour à Istanbul. Il est accueilli en grande fête par ses sympatisants qui lui lance des fleurs. Le Shezade salue tout le monde dans les rues mais note néanmoins les regards suspicieux de certains habitants à qui ont a annoncé la mort du Sultan.
Osman entend des « Où est le Sultan ? », et des « On veut savoir ce qui est arrivé aux enfants du Sultans Mehmet » parmi la population. Des gardes l'accompagnant lui favorisent le passage afin qu'il rejoigne le palais de Topkapi.
En arrivant au Palais, il est rapidement accueilli par les deux Pashas aux ordres de sa mère. Ces derniers lui racontent rapidement où en est l'avancée de la future ascension du Shezade. Osman les écoute puis se dirige vers la salle du conseil où l'attendent tous les anciens Vizirs de son frère. Il sait que ces derniers sont interrogatifs quant à la disparition rapide du Sultan. Osman sait qu'il va devoir répondre à des questions pour tenter de les convaincre. Il en va de la légitimité de son règne.
Nuran prend doucement ses quartiers dans l'ancienne chambre de sa rivale. Elle regarde chaque recoin de la pièce en réfléchissant à comment elle va se l'approprier. Nuran a toujours voulu cette chambre, la plus spacieuse de l'aile des Sultanes. Déjà du temps du défunt Murat, elle aurait voulu avoir cette chambre. Mais il a fallu que Samira soit la Haseki et que la chambre lui revienne.
Mais aujourd'hui, Nuran peut enfin obtenir cette chambre si longtemps convoitée.
Après tout, elle va devenir la Sultane Validé. La femme avec le plus de pouvoir dans l'Empire.
Tout ce qu'elle a enduré depuis son arrivée au Palais va enfin lui servir à quelque chose. Elle qui était arrivée jeune au Palais après que son bâteau provenant de Venise ait été intercepté par des Ottomans. Elle était arrivée à peu près en même temps que Samira. Elles avaient toutes les deux acquis les faveurs du Sultan qui avait alors perdu ses enfants de maladie. Nuran avait eu une fille puis finalement son Shezade. Elle était alors la favorite du Sultan, elle avait le pouvoir dans le Palais. Mais Samira avait réussi à l'ensorceler et à lui donner aussi un fils.
Nuran n'a jamais compris pourquoi cette égyptienne, donnée en cadeau au Sultan, avait tant plu à ce dernier. Nuran la trouvait quelconque. Alors qu'elle, avec ses origines vénitiennes, était dans la lignée des Sultanes de l'Empire. Tout le monde connaissait la grande Nurbanu Sultane, Haseki du Sultan Sélim II.
Voici venu le temps de la grande Nuran Sultan. Mère du futur grand Sultan de l'Empire.
Nuran sourit en passant ses doigts sur du velours recouvrant un siège.
Sa porte s'ouvre alors et Zeynep Kalfa entre avant de s'incliner :
– Sultane, les gardes pensent avoir trouvé la cachette de Samira Sultane et des enfants du défunt Sultan.
Le sourire sur le visage de Nuran s'étire. Elle jubile intérieurement.
– Déclenchez l'assaut et amenez les moi vivants. Je veux voir le désespoir s'installer sur le visage de Samira lorsque je ferai exécuter ses petits-enfants.
Zeynep Kalfa s'incline une nouvelle fois.
– Très bien Sultane.
La kalfa sort alors de la chambre pour donner l'ordre au garde qui attendait devant la porte. Ce dernier prend note de la demande de la Sultane puis quitte le palais afin de rejoindre ses hommes.
La vie poursuit doucement son cour dans la grange où sont cachés les membres de la famille impériale. Les fermiers les hébergeant font leur maximum pour essayer de les satisfaire. Mais la précarité du lieu fait que les femmes trouvent le temps long. Elles attendent avec impatience des nouvelles de l'émissaire envoyé par Beynam Agha pour trouver le Sultan. La Sultane Samira ne croit pas en sa mort. La femme se dit qu'elle sentirait si son fils avait été tué. Or, elle ne ressent rien. Rien d'autres que de la haine envers Nuran et son fils qui ont planifié ce coup d'état.
– Gardez espoir, lui chuchotte Fatma Hatun d'une voix sage et douce, le Sultan va venir nous sauver.
Samira tourne la tête vers cette vieille femme qu'elle connaît depuis son arrivée au palais. Elle qui a été donnée en cadeau par le gouverneur d'Egypte s'est retrouvée perdue à son arrivée dans le palais. Elle a pu compter sur la gentillesse de la Kalfa pour prendre ses marques et se construire une vie de Sultane dans ce palais.
– Je sais que mon fils n'est pas mort Fatma Hatun, lui répond la Sultane.
C'est alors que Beynam Agha entre en trombe dans la grange. Il arrive tellement vite qu'il fait sursauter les Sultanes et les femmes de la ferme venues leur apporter de quoi manger.
– Sultane, commence-t-il en direction de Samira. Des gardes arrivent pour fouiller la ferme. Vous n'êtes plus en sécurité ici.
Safir et Leyla attrapent leur fils dans les bras à cette annonce et leur deux regards sont pointés sur la Valide Sultane. Cette dernière doit rapidement prendre une décision.
– Beynam Agha, emmenez les Sultanes à l'abris dans la forêt. Je vais rester et les retenir.
Mustafa Agha, en entendant ces mots, se rue vers la Sultane :
– Non Sultane, la Sultane Nuran va vous faire tuer.
Samira tourne sa tête vers Mustafa Agha :
– Mon devoir est de protéger la descendance du Sultan. Je reste. Emmenez les et protégez les.
Son ton autoritaire fait que Mustafa Agha ne répond rien. Les fermiers guident Safir Sultane et Leyla Sultane hors de la grange, par une porte à l'arrière. Les deux Sultanes tiennent leur fils dans les bras tandis qu'Esra Kalfa porte la petite Haya. Les Sultanes n'ont d'autres choix que de courire dans les champs en suivant Beynam Agha. Mustafa Agha ferme la marche et lance un dernier regard à la grange avant que le groupe ne s'enfonce dans la forêt. Le chef des Eunuques prie pour que la Sultane ne se fasse pas tuer.
Fatma Hatun est restée aux côtés de la Sultane Samira. La vieille femme a refusé de la quitter et la Sultane ne s'est pas opposé à son choix. Intérieurement, elle est reconnaissante envers la kalfa de ne pas être partie.
La porte de la grange s'ouvre alors et des gardes rebelles entourent rapidement la Sultane avant que d'autres ne fouillent la grange. La Sultane entend la famille de l'oncle de Beynam Agha crier face aux rebelles qui doivent fouiller également la maison. Samira ne dit rien et se tient bien droite en fixant devant elle.
Un des rebelles s'adresse alors à elle :
– Où sont les autres ?
Son ton est anxieux et Samira comprend qu'ils devaient les ramener tous au Palais.
– Je ne parlerai qu'à la Sultane Nuran, annonce Samira avec une voix forte.
Le rebelle s'approche alors dangereusement d'elle mais Fatma Hatun se met alors en travers de son chemin.
– Vous vous adressez à une Sultane. Elle vous a donné ses conditions. Ramenez nous au Palais.
Les rebelles se regardent fébrilement avant de finalement attraper la Sultane et la Kalfa par un bras pour les emmener avec eux.
Samira prie intérieurement pour que sa distraction prenne assez de temps pour que les enfants puissent être cachés. Elle espère que des gardes ne vont pas avoir l'idée de chercher dans cette forêt.
Mehmet n'est plus qu'à une journée de cheval d'Istanbul et le Sultan serre les dents face à sa blessure. Il sait que sa plaie s'est réouverte la veille mais il n'a pas le temps de s'arrêter. Depuis qu'ils ont croisé l'émissaire de sa mère, Mehmet craint pour sa vie et celle de sa famille. Il sait qu'Osman ne mettra pas longtemps avant de se faire courronner et que la première chose qu'il fera sera de faire tuer ses fils. Mehmet espère qu'ils sont en sécurité. Il l'espère fortement.
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