Chapitre 2
Les premiers jours au harem se passent plutôt bien. Selena et Elena, devenue amies, commencent à s'habituer aux coutumes de leur nouveau environnement. Elle participe au rangement du harem le matin : enlever les petits matelas sur lesquels elles passent leur nuit. Après un petit déjeuner, elles se rendent en classe. Jamais les deux femmes n'avaient assisté à une classe. Les deux ne savent pas lire ni écrire. Là, elles paufinent leur turc, apprennent à lire et à écrire, travaillent tout ce qui est broderie, musique, chant, danse ou encore histoire de la dynastie.
Les enseignements des professeurs ottomans sont très constructifs et très intéressants.
Puis les après-midis, les femmes sont réparties selon les tâches à faire dans le palais. Certaines sont de corvées nettoyage du hammâm, d'autres en soutien dans les cuisines ou encore à laver le linge.
Le soir, elles participent à un repas où elles peuvent discuter entre elles et se raconter un peu leur ancienne vie en secret.
Selena pense toujours à son ancienne vie. Lorsqu'elle est de corvée ménage, il lui arrive de s'appuyer à un balcon et de fixer l'horizon tout en pensant à ses parents. Elle imagine sa mère pleurant de chaudes larmes tout en enterrant son père. Mais la jeune femme chasse vite cette idée de sa tête.
Un matin, alors qu'elle était en train de rentrer de classe avec Elena et d'autres filles, Mustafa Agha, le chef du Harem, accourt rapidement dans le harem. Mustafa est un homme que Selena apprécie. C'est un homme d'une quarantaine d'année avec un regard emprunt de malice. Mustafa est toujours le premier au courant en ce qui concerne les potins du harem. Physiquement, il a une barbe parfaitement taillée et entretenue et le crâne entièrement rasé. Il est grand de taille et a une carrure imposante.
Mustafa se place parmi les concubines venant se mettre en ligne tout en annonçant d'une voix forte :
– Faites place ! Son altesse Samira Sultane.
Comme toutes les autres, Selena courbe la tête en signe de soumission tandis que Samira Sultane entre dans le harem.
Samira Sultane est la Haseki Sultane du Sultan Murat III. C'est une femme d'une quarantaine d'année mais qui n'a en rien perdue de sa beauté. Elle possède des cheveux noirs brillants striés par quelques reflets témoignant de son âge coiffé en un chignon à l'arrière de sa tête. Son visage arbore des traits délicats et majestueux. Son regard ambré est empreint d'une grande intelligence et d'une détermination sans faille. Sa robe rouge bordeau est somptueuse et ornée de motifs orientaux.
Fatma Hatun accompagne la Sultane qui arrête sa marche au niveau de Selena. La femme regarde la nouvelle venue avec attention.
Samira semble apprécier le teint olive et les yeux en amande de la jeune femme. Elle finit par s'adresser à elle d'une voix pleine de douceur :
– Comment t'appelles tu jeune fille ?
– Selena, sultane, répond poliement la jeune femme sans relever les yeux.
Samira relève alors la tête et la tourne légèrement en direction de Fatma Hatun.
– Fatma ! Appelle-t-elle avec autorité.
La dénommée s'approche vivement de la Sultane.
– Oui Sultane ?
– Selena va entrer à mon service, forme la et qu'elle soit prête le plus tôt possible, annonce-t-elle sans quitter des yeux la jeune femme.
Fatma se courbe avant d'acquiescer :
– À vos ordres Sultane.
Samira jette un dernier regard à Selena avant de reprendre sa marche dans le harem pour rejoindre sa chambre. Fatma Hatun reste auprès de Selena puis lui sourit.
– Tu as de la chance. Samira Sultane t'a choisi pour faire partie de ses concubines. C'est un honneur de travailler pour elle. Tu verras.
Selena ne répond pas. Pour sa part, elle n'a aucune idée de ce que ça peut être de travailler pour une Sultane.
– Qu'est-ce qu'il faut que je fasse ? Bredouille la jeune fille un peu perdue.
Fatma sourit à cette innoncence si pure dans le palais. Elle prend la jeune fille avec elle pour lui parler en privée :
– Ne t'en fais pas, je vais te guider.
Selena sourit et Fatma commence sa leçon.
À quelques centaines de kilomètres de là, dans un palais somptueux dominant la province de Manisa, le Prince Mehmet était en train de lire un rapport sur le commerce lorsqu'un garde toque à la porte.
Shezade Mehmet est un homme de vingt ans mais possédant une grande maturité et l'intelligence de sa mère. C'est un homme charismatique avec des cheveux bruns foncés et des yeux de la même couleur. Son visage est marqué par des traits fin et une machoire bien définie sur laquelle perle une barbe naissante. Mehmet est noble et élégant et fait tourner les têtes de toutes les concubines de son harem. Malheureusement pour elles, le prince n'est pas en recherche de relation pour l'instant. Le jeune homme est en constante quête de reconnaissance de la part de son père. C'est pour cela qu'il s'occupe majoritairement de l'administration de sa province au lieu de chercher le plaisir auprès des femmes.
– Entrez, autorise-t-il sans relever la tête de sa lecture.
Un Agha entre doucement tout en gardant la tête baissée. Il tient un rouleau joliment décoré dans lequel se trouve un message.
– Shezade, un message du palais, annonce l'Agha en lui tendant le cylindre.
Mehmet relève les yeux puis prend le tube. Il l'ouvre à son extrémité pour un sortir un petit morceau de parchemin roulé. Le jeune prince le déroule puis lis silencieusement avant d'appeler d'une voix forte.
– Hasan Bey !
Un homme du double de l'âge de Mehmet entre alors dans la pièce en courbant la tête, les mains jointes devant lui. L'homme arbore un visage aux traits sévères mais expressifs. Ses cheveux noirs sont coupés courts tout comme sa barbe. L'homme a une stature imposante témoignant de sa force physique. Hasan Bey fait parti des seigneurs de l'Empire et est loyale envers Mehmet et sa mère depuis plus de dix ans. Il a accompagné Mehmet durant sa jeunesse, lui prodiguant protection et conseils avisés. Mehmet ne connaît pas une personne plus loyale à sa personne et à la dynastie que Hasan. C'est pour cette raison qu'il a fait de cet homme son plus proche compagnon et son fidèle conseiller.
– Oui votre Majesté, lui répond Hasan en arrivant à la hauteur du messager.
Mehmet fait un signe au messager pour qu'il se retire puis s'adresse à son conseiller.
– Commence les préparations, nous sommes appelés à la Capitale.
Mehmet se lève tout en rangeant son rapport qu'il était en train de lire.
– Tout va bien ? S'inquiète Hasan qui sait que ce genre de message n'est jamais de bonne augure.
– La maladie de mon père a sûrement dû empirer. Il a certainement fait rappeler Osman également. Il doit nous vouloir auprès de lui pour ses derniers jours.
Cette idée fait monter une pointe de nervosité chez le prince. Il a bien entendu de l'affection pour son père qui l'a aimé et choyé durant sa vie mais il se demande ce que sa mort entraînerait. Mehmet est le second fils du Sultan. De part sa naissance il n'est pas le premier indiqué pour le trône. Or, il connaît les règles de la Dynastie. Il sait ce qu'il se passe lorsqu'un nouveau Sultan monte sur le trône : pour maintenir la paix et l'équilibre, ses frères, potentiels rivaux, sont exécutés sur ses ordres.
Mehmet redoute ce moment. Qui n'aurait pas peur pour sa vie ?
– Votre Majesté, rien ne dit que son Altesse va choisir le prince Osman, tente de le rassurer Hasan comme s'il lisait dans ses pensées.
Mehmet lève les yeux vers lui. Hasan a raison. Mehmet connaît la nature de la relation entre Osman et son père. Il sait que les deux hommes ont des différents.
– Commence les préparations Hasan, nous partons à l'aube, ordonne-t-il.
Hasan se courbe une nouvelle fois puis se retire. Mehmet se dirige alors sur son balcon pour fixer l'horizon. Il imagine alors sa vie si c'était lui qui était nommé héritier. Arriverait-il à faire exécuter son frère aîné ?
Mehmet ferme les yeux à cette idée.
Pourquoi les règles de la Dynastie sont-elles ainsi ?
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