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Alex

Ces derniers jours ont été les plus difficiles de ma vie de drogué. La came que j'ai consommée et qui m'a rendu quasi paralysé durant des heures m'a bien mis HS. Le pire dans tout ça, c'est dès que je fumais un simple joint pour calmer mon manque, je vomissais tripes et boyaux. De ce fait, je me suis dit que tout ça, c'était terminé, que je devais le prendre comme un avertissement, une chance de m'en sortir. Et puis, je me suis senti mieux et mon corps acceptait à nouveau que je le détruise, alors j'ai repris une consommation normale. Ce qui explique ma présence chez Liam ce soir, j'ai besoin de dope et de voir si elle est là aussi.

Aliona me manque, c'est comme s'il me manquait quelque chose, une partie de moi pour être complet. Je passe mon temps libre, et il y en a, à repenser à tous nos moments ensemble, je les revis sans cesse chaque jour. De la première fois où je l'ai vu à la terrasse de ce café, à celle où je l'ai embrassée dans cette boîte nuit. Mais aussi lorsqu'elle dansait sur le toit de mon immeuble. Là, j'ai su que c'était elle et personne d'autre que je voulais dans ma vie. Puis, notre week-end n'a fait que renforcer mon ressenti envers elle.

Je l'aime comme un dingue.

Adossé au mur, je fume tranquillement, un petit truc léger, car j'ai sniffé un truc juste avant et je ne veux pas non plus être défoncé à l'extrême ce soir. La sensation d'être observé me pousse à lever les yeux, et je rencontre ceux d'Aliona. Elle ne semble pas au meilleur de sa forme. Agrippée au bras de Liam, ce dernier la maintient contre lui pour qu'elle ne s'écroule pas. Je me décolle du mur, et observe la scène qui se déroule devant moi sans réussir à bouger plus. Mes pieds restent ancrés dans le sol, je suis tout simplement tétanisé.

Mon cœur s'emballe dans ma poitrine, une douleur vrille mon estomac et une peur panique de la perdre s'incruste dans ma tête. Je ne veux pas qu'il lui arrive quoi que ce soit, ce n'est pas envisageable, même si nous ne sommes plus ensemble. Aliona reste la plus belle chose qui me soit arrivée. Après plusieurs minutes, je réussis à rejoindre Liam et Cole. Mon ami est fou de rage et engueule le propriétaire des lieux. Je ne comprends pas de quoi il parle ni pourquoi ils se prennent la tête, tout ce que je vois, c'est Ali, les yeux dans le vide, incapable de réagir à la stimulation de Cole. Il essaie de la faire parler en lui posant des questions, mais elle ne répond pas.

— Bordel ! hurle mon ami en secouant Ali par les épaules pour qu'elle ne sombre pas.

Je suis pris de violents tremblements, j'ai envie de vomir tant j'ai l'impression de revivre la même scène qu'il y a cinq ans. Les faits sont identiques, le visage livide d'Erika me revient en tête, et je me revois m'acharner sur sa poitrine pour que son cœur reparte, les bras de Cole m'enserrant pour que j'arrête, afin de laisser la place aux secouristes qui n'ont pas fait mieux que moi. Elle était déjà morte, une attaque cardiaque foudroyante, son cœur n'a pas tenu le choc après sa prise de drogue.

— Fais dégager tout le monde de chez toi, ordonne Cole à Liam.

L'architecte abandonne Aliona et vire ses invités qui ne se font pas prier pour partir. Il est évident qu'ils n'ont pas envie de participer à ce spectacle. Une main se pose sur mon bras, c'est Cole et vu sa tête préoccupée quand son regard tombe sur moi, je ne dois pas être joli à voir.

— Elle a juste fait un malaise, d'accord. Son cœur bat et elle respire.

« OK » c'est le seul mot que je suis en mesure de prononcer.

— Liam, appelle les pompiers.

— Je ne peux pas, il va y avoir un rapport et...

— T'es pas sérieux ? On s'en branle de tout ça ! Tu préfères avoir un mort sur la conscience ?

Liam râle, mais finit par prendre son téléphone, tandis que la phrase de Cole résonne dans ma tête comme un écho.

Tu préfères avoir un mort sur la conscience ?

Moi j'en ai deux, et je n'en veux pas d'un troisième. Tout en fixant Aliona, je recule de plusieurs pas. Je ne peux pas rester ici une minute de plus. Je dois partir, fuir tout simplement comme je sais si bien le faire. Quitter la ville me paraît soudainement une très bonne idée, je ne ferai plus de mal à personne et de cette manière, j'échappe à mon passé.

— Alex ?

Je reporte mon attention sur Cole en secouant la tête de gauche à droite. Il avance vers moi, mais je lève la main pour qu'il s'arrête.

— Je... dois rentrer.

— Je te rejoins quand les secours l'ont emmenée.

Je ne réponds pas ni ne fais aucun mouvement de tête pour lui signifier que je suis d'accord et je quitte les lieux. Quand Cole arrivera chez moi, je serai déjà parti. J'ai très peu d'affaires personnelles, alors mes bagages vont être vite faits. Une fois dehors, l'air frais me permet de recouvrer mes esprits. D'une main tremblante, je tire une clope de mon paquet, puis je prends la direction de mon appartement. J'en ai pour une bonne vingtaine de minutes, de quoi faire le point avec moi-même et sur ma future destination. Je vais devoir me contenter de prendre le bus, j'ai pas de fric, enfin pas assez, pour me permettre un voyage en train et encore moins en avion.

Au fur et à mesure que j'avance dans la nuit, alors que la soirée est à peine commencée, je revis avec angoisse ce qu'il vient de se dérouler. Je ne suis qu'un lâche, le regret commence à s'immiscer en moi. Celui de ne pas être resté auprès d'elle, puis je me dis que je n'aurais pas été d'une grande utilité. Elle refuse de me parler, de me voir et même de m'écouter. En revanche, je lui en veux, elle m'avait promis de ne pas sombrer et c'est ce qu'elle a fait.

Je balance mon mégot dans le caniveau en arrivant près de mon immeuble. Machinalement, je lève les yeux vers mon étage et je reste immobile en y voyant la lumière dans le salon. Je suis pourtant persuadé d'avoir éteint en partant. Je monte les marches quatre à quatre, puis je découvre que la porte n'est pas verrouillée. J'avance avec précaution dans la pièce principale, puis mon regard est attiré par une silhouette dans la cuisine. Je tourne la tête tout en restant sur mes gardes et je demeure comme un con devant la personne appuyée contre l'évier, une tasse à la main.

— Bonsoir, Alex.

— Papa ? 

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