41
Alex
La contemplation de mon plafond est devenue l'une de mes activités favorites depuis plusieurs jours. Je ne sais pas combien exactement, puisque je ne bouge plus de mon canapé, hormis pour boire et parfois manger un truc. Je suis défoncé du matin au soir, et du soir au matin. Je ne ressens plus rien, plus de douleur, plus de cauchemar, juste des images d'Erika qui se mélangent à celle d'Aliona. Mon esprit est confus et je ne fais rien pour remettre les choses en ordres. Je me détruis comme je l'ai fait à la mort de celle qui portait mon enfant. Mon téléphone sonne souvent, mais ce n'est pas Ali, alors je ne prends pas la peine de décrocher. Cole me bombarde de messages, auxquels je ne réponds pas. Le seul qui a le privilège d'entendre ma voix c'est Liam, pour qu'il me fournisse de quoi me mettre mal.
Je passe une main sur mon visage pour tenter de revenir à la réalité, mais en vain au vu de mon état déplorable, c'est impossible. Je tourne la tête en direction de la table basse, c'est un vrai dépotoir. Des bouteilles d'alcool, des joints et des cendriers remplis jonchent celle-ci. Je tends mon bras vers un pétard à peine entamé et le porte à mes lèvres. Dans un effort surhumain, je me redresse pour m'assoir sur le canapé, j'allume mon cône et tire dessus. Cela n'a même plus l'effet escompté, je nourris mon corps de cette merde et d'autres substances dont je n'arriverai plus à me débarrasser. Je suis devenu un drogué, un vrai qui ne se contente plus d'une simple fumette de débutant. Non, j'ai entamé un programme toxique plus hard qui parfois me fait rendre tripes et boyaux, mais avec le temps mon organisme s'habituera jusqu'à flancher.
J'écrase le mégot directement sur la table, les coupelles étant pleines et n'ayant pas le courage de ranger, elle devenue un cendrier géant. Ma vessie pleine m'oblige à me lever, je me dirige donc, avec difficulté, jusqu'aux toilettes. Mon coude prend appui sur le mur et de ma main libre je fais ce que j'ai à faire. Mon Dieu que je suis misérable et surtout pitoyable, je ne sais même pas si je vise correctement et sincèrement, j'en ai rien à foutre. Mon affaire faite, je pivote vers la douche que je fixe comme un con. Je ne sais plus à quand date la dernière, je décide d'en prendre une, ça ne me fera pas de mal.
J'ôte mes fringues après avoir tourné le robinet, puis je me glisse sous le jet d'eau. Comme d'habitude, ce n'est pas l'extase au niveau de la température, mais je m'en contente. Mes paupières se ferment et je profite de ce moment d'accalmie. Le visage d'Aliona s'impose alors à moi, ma main en appui sur le carrelage se referme.
Pourquoi refuse-t-elle de m'écouter ? Je pourrais insister, mais je ne suis pas ce genre de mec. Elle ne veut plus de moi, qu'il en soit ainsi. Je me résigne simplement dans le but de ne pas la faire souffrir davantage, je lui ai déjà fait bien assez de mal comme ça. Si je lui avais révélé mon passé, serait-elle encore là ? Elle me prend pour ce que je ne suis pas, et putain que ça fait mal, je tiens à elle, je l'aime à un point que je ne pensais même pas possible. Je dois me faire une raison, elle et moi, c'est définitivement impossible.
L'eau froide m'oblige à sortir de la cabine, je passe une serviette autour de ma taille, puis je rejoins ma chambre. Mon regard s'arrête sur mon lit, il y a encore quelques semaines, Aliona s'était endormie dans mes bras. Putain, elle me manque, je ne suis rien sans elle. Elle m'a envouté en l'espace de seulement quelques mois. Je vais m'assoir sur celui-ci, ma main glisse doucement sur le drap, un léger sourire étire mes lèvres quand je repense à nos fous rires, à cette façon qu'elle avait de m'allumer sans vraiment s'en rendre compte. Je ferme les yeux, une larme s'échappe et longe ma joue, je ne prends pas la peine de l'essuyer, je craque au moins une fois par jour tant la douleur est insupportable. Et si je la ressens à nouveau cela signifie que mon corps a évacué la dope et qu'il est temps de recommencer.
J'attrape un jean et un sweat qui traine sur mon pieu et les enfile sans prendre la peine de mettre un boxer. Alors que je boucle ma ceinture, des coups sont donnés à la porte. Je file ouvrir, au vu de l'heure c'est sans doute Liam qui m'apporte ma came. Mais ce n'est pas lui qui se trouve dans le couloir.
— Heureux de voir que tu n'es pas mort ! rétorque Cole amer.
Je ne réponds pas et m'éclipse dans la cuisine, mon ami sur les talons. Je sors une tasse d'un placard et la boîte de chocolat en poudre que je dépose sur le plan de travail. Je saisis une brique de lait neuve et en verse le contenu dans le mug avant de l'enfourner dans le micro-ondes. Cole prend place sur le canapé et son regard m'indique qu'il n'approuve pas ce qu'il découvre sur la table basse.
— Tu en es à quel stade de destruction là ?
— J'en sais rien, réponds-je en sortant sa boisson.
Je rejoins mon seul ami et lui tends sa tasse.
— Je vois... tu es dans la phase où tu as perdu la notion du temps.
— Sans doute, marmonné-je en prenant de quoi me rouler un joint.
Cole attrape mon poignet et m'empêche de continuer. Je lui jette un regard sombre, mais il ne lâche rien. Je me mets rarement en colère, mais au vu de la situation actuelle, cela pourrait vite arriver.
— Prends une clope.
— C'est pas suffisant.
— Tu comptes enfin mettre fin à tes jours, ou c'est juste pour le fun ce que tu fais depuis trois jours ?
Je le regarde interloquer par sa remarque. Mettre fin à mes jours ? Ça ne fait pas partie du plan, non, je veux juste oublier et passer à autre chose, bien que je pense que tout ça ne risque pas d'être simple.
— Si t'es venu pour balancer des conneries, tu peux repartir. Je ne suis pas d'humeur.
— Tu reproduis la même chose qu'avec Erika.
— Ta gueule ! claqué-je.
— Non, je ne vais pas la fermer. Tu n'en as pas marre de te détruire à tout bout de champ ?
— Dis le mec qui sniffe de la poudre chaque jour.
Sa mâchoire se contracte, j'ai touché un point sensible, mais c'est sa faute. Je ne lui demande pas de me faire la morale, j'ai vingt-six ans et je suis assez grand pour prendre mes responsabilités, et ce peu importe la façon dont je m'y prends. Je tire nerveusement sur ma cigarette, mes mains se mettent à trembler et l'envie de me défoncer se fait un peu plus ressentir. La discussion que nous avons ne m'aide pas et l'habitude de ses derniers jours non plus.
— Il n'est pas question de moi, là, mais de toi. Tu as de quoi t'en sortir, cette nana a l'air vraiment cool.
— Occupe-toi de ta vie, Cole et fous-moi la paix !
Mon ami secoue la tête de gauche à droite, puis il boit son chocolat sans rien ajouter et ça me convient. Une fois sa boisson terminée, il se lève et rejoint la porte d'entrée. Je le suis du regard, puis il se tourne vers moi et son regard dur me met légèrement mal à l'aise. Jamais je ne l'ai vu ainsi, hormis quand il a dû faire sa déposition chez les flics le soir de la mort d'Erika.
— Elle traîne chez Liam ses derniers jours, je suppose qu'il ne t'a rien dit, alors je le fais.
— Elle est libre, articulé-je d'une voix emplie de rancune.
— Ne fais pas le con, Alex.
Cole disparaît derrière la porte, me laissant seul avec cette dernière info. Je sais à quoi se résument les soirées chez Liam et cela me plaît moyennement qu'il l'entraîne dans ce monde. Certes, je l'y ai emmené une fois, mais Aliona n'est pas de ces personnes qui se droguent, elle a fumé de temps en temps, mais elle n'en est pas accro et ne doit pas le devenir.
Une colère nouvelle s'empare de moi. Je remue le bordel sur la table basse et trouve enfin mon téléphone. Je fais défiler mes messages jusqu'à trouver celui de Liam.
[Inutile de passer chez moi. Je viendrais ce soir.]
La réponse ne tarde pas à venir.
[Ça marche ! Apporte de quoi boire, j'ai pas eu le temps de faire le plein.]
Je confirme que je m'occupe des boissons. Je me sens nerveux à l'idée qu'Aliona passe ses soirées en compagnie de Liam. Je connais peu de chose sur lui, je sais seulement qu'il a sa boîte et qu'il deale, pour le reste j'en sais rien. Je ne l'ai que rarement vu avec une fille et l'idée qu'il pourrait toucher Ali me répugne. Je suis tout simplement jaloux de celui qui pourrait prendre ma place, qui aurait mieux à lui offrir que moi. Je n'ai rien, et je me rends compte que je n'ai jamais rien fait pour avoir autre chose que cette vie de merde que je m'impose. Je ne me suis jamais battu quand mon père m'a viré et encore moins lorsqu'Erika est morte. Non, je me suis puni en me laissant aller et je sais que c'est ce que je vais continuer à faire. Je n'ai aucune envie de surmonter tout ce que la vie met sur mon chemin, j'en ai marre, je suis au bout du rouleau, au bout de ce que je peux endurer. Je n'ai tout simplement plus la force ni l'envie de continuer à survivre dans un monde qui ne fait rien pour m'aider à me sentir mieux.
J'abandonne...
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