08

Aliona

Le réveil n'est pas des meilleurs, j'ai la bouche pâteuse. J'ai peur de bouger tant j'ai l'impression qu'un étau enserre ma tête. C'est désagréable. Une odeur de pain grillé chatouille mes narines et contre toute attente mon estomac émet un son plaintif. Je m'assois difficilement dans mon lit, je masse mes tempes, tandis qu'un grognement digne de maman ours franchit mes lèvres.

— Ça fait mal, hein ?

Je lève doucement les yeux et découvre ma meilleure amie appuyée contre le chambranle de la porte. Cathy a ce sourire de sadique qui annonce que je ne vais pas échapper à l'interrogatoire et que je ne vais pas avoir le choix de tout lui raconter. Seulement, je ne sais quoi lui dire, parce que je ne me souviens pas de grand-chose.

— Chut !

— Oh non, ma belle ! Je veux tout savoir et pour ça, j'ai ce qu'il te faut.

Elle désigne la table de nuit d'un geste du menton, un verre se trouve dessus. Je grimace à l'idée d'avaler ce truc. Mais je me force à ingurgiter le liquide qui pique mes papilles pour avoir la force d'affronter Cathy.

— Bien, maintenant va prendre une douche, on te croirait sortie tout droit d'un film d'horreur. Je t'attends pour le petit déjeuner.

— Je dois aller en cours, marmonné-je.

— Vu l'heure avancée, c'est inutile. Et puis vu ton état tu serais bonne à rien, sourit-elle.

— Et toi, qu'est-ce que tu fais ici ?

— J'ai passé la nuit avec toi, je refusais de te laisser seule dans tes délires. Je ne sais pas ce que tu as consommé, mais ça a délié ta langue.

— Quoi ?

— Estime-toi heureuse de m'avoir appelé moi et non Lenny.

Cathy s'apprête à faire demi-tour quand elle pivote à nouveau vers moi. L'air contrarié qu'elle affiche ne me plaît pas du tout.

— En parlant de ton petit ami, je lui ai dit que tu étais souffrante, mais je n'ai pas pu l'interdire de venir, il passera ce soir après le boulot.

Je fixe mon amie sans rien dire, alors qu'elle s'éloigne dans le couloir. Qu'est-ce que j'ai bien pu lui raconter ? Une boule de stress obstrue ma gorge, je dois me lever et filer sous la douche. Me remettre les idées en place me semble soudain une très bonne idée et surtout fouiller ma mémoire pour savoir ce que j'ai dit à Cathy.

Le jet d'eau chaude n'a pas eu l'effet escompté, je ne me souviens de rien si ce n'est avoir bu et fumer un joint en compagnie d'Alex. Je n'ai jamais fait ça de toute ma vie, boire un verre de temps en temps oui, mais fumer non, jamais. Même pas une cigarette. Comment en suis-je arrivée là ?

Assise sur un tabouret dans la cuisine, une assiette de tartines grillées apparait devant mon nez, ainsi qu'un chocolat chaud. Je bois une petite gorgée de celui-ci avant de mordre dans un morceau de pain beurré. Je ferme les yeux, je meurs de faim. Cathy s'installe en face de moi après s'être servie à son tour. Je lève les yeux vers elle et sa mine m'indique qu'elle attend que je parle.

— J'ai tellement de questions, que je ne sais même pas par laquelle commencer, dit-elle en posant son menton au creux de sa paume.

— Commence par la plus simple.

— T'es sérieuse quand tu dis qu'Alex est sexy ?

Je manque de recracher le liquide que je viens de boire sur la table. Je n'ai pas dit ça, si ?

— N'importe quoi, réponds-je en agitant ma main devant elle.

— Tu veux que j'énumère tout ce que tu as dit sur lui ?

Elle joue des sourcils en souriant étrangement. Je pourrais presque croire qu'elle est possédée.

— Euh...

— Ne réfléchis pas. Je vais le faire.

Elle ferme son poing et me regarde droit dans les yeux. Elle lève le pouce et commence le compte.

— Alex est sexy, ses yeux noisette me font frissonner, ses cheveux brun pas coiffé le rende vraiment craquant. Et son cul, mon dieu je n'avais qu'une envie, le toucher, mais je me suis contentée de poser ma main sur sa joue mal rasé. Et j'en ai eu la chair de poule.

Je la fixe perplexe, mon pain grillé en suspend devant ma bouche. Je ne la crois pas, elle me teste pour savoir ce que je faisais chez lui, je n'ai jamais touché Alex.

Si, me hurle ma conscience, et tu as aimé ça.

Puis l'image de ma main sur sa joue s'impose clairement dans mon esprit, j'en lâche ma tartine qui rebondit dans ma tasse et éclabousse la table.

— Cathy, je peux t'expliquer. Ce n'est pas ce que tu crois, me défend-je.

— Hé, calme-toi, Aliona. Je ne te réprimande pas, je me demande juste ce qui t'a amené à faire ça.

Je soupire, je sens les larmes monter alors je ferme les yeux et elles s'échappent sans que je ne puisse les arrêter. Mon amie se lève et vient me rejoindre, elle passe ses bras autour de moi et je pleure comme je l'ai fait hier soir dans ceux d'Alex.

— Raconte-moi ce qu'il s'est passé ? chuchote-t-elle.

Je m'écarte de Cathy et je lui récite, tel une poésie ma journée désastreuse de la veille. Je n'oublie rien, du matin où Lenny m'a surpris dans les bras d'Alex, en passant par la dispute en pleine rue, jusqu'au soir où je l'ai vu en compagnie d'une blonde avec qui il devait dîner. Puis, ma rencontre avec le mécanicien qui m'a invitée à monter chez lui pour discuter. Cependant, je ne savais pas que cet homme était un adepte de la boisson et de la drogue. Et son regard torturé quand ma paume s'est posée sur sa peau, m'a bouleversée, mais aussi déstabilisée.

— Tu penses vraiment que Lenny te trompe ?

— Je ne sais pas, mais une chose est sûre. Il serait parti dîner avec elle si je n'étais pas venue. Et si ça se trouve ce n'est pas la première fois.

— Demande-lui ce soir, quand il viendra. Et si c'est le cas, je m'en occupe personnellement.

Elle remonte les manches de son chemisier et fait une sorte de grimace qui se veut effrayante. Je ne peux me retenir de pouffer de rire. Elle n'en tient pas rigueur.

— Et pour le sexy Alex...

— Cathy ! la réprimandé-je.

— Quoi ? C'est vrai qu'il est plutôt mignon.

— T'es pas croyable.

— Moi, j'ai le droit de regarder et de toucher, je suis célibataire.

— Et Hugo ?

— C'est peine perdue !

Nous continuons de discuter, le sujet Alex n'est plus abordé et cela me convient. Je préfère garder pour moi le trouble qu'il produit sur ma personne. Cathy me fait promettre de la tenir au courant de ma discussion avec Lenny. Elle me rassure en me disant également que tous les couples traversent une mauvaise passe, et je m'efforce de la croire. Puis ma meilleure amie quitte mon appartement en fin d'après-midi. Je reste allonger sur le canapé en tentant de ne penser à rien ; or cela s'avère difficile car le visage d'Alex s'impose à moi dès que je ferme les yeux. Je n'arrive pas à comprendre pourquoi j'ai une telle obsession pour lui. Il m'attire alors que je devrais le fuir, pour la première fois de ma vie, je suis emplie de doutes et d'incertitudes. Trop de questions se mélangent dans ma tête pour que j'arrive à réfléchir correctement. Et mon mal de crâne resurgit avec force.

Les coups donnés à la porte me font sursauter. La nuit est tombée et je comprends que je me suis endormie. Je ne me sens pas mieux, bien au contraire, je suis stressée par la discussion qui va suivre. D'un pas nonchalant, je me dirige vers l'entrée, tourne le verrou et ouvre à mon petit ami. J'écarquille les yeux, Lenny a une mine aussi affreuse que la mienne. La fatigue se lit facilement sur son visage, son regard rencontre alors le mien et le désespoir que j'y vois me brise.

— Pardon, Aliona. Je suis vraiment désolé, je me suis comporté comme un con. Je...

Je ne lui laisse pas le temps de terminer sa phrase, j'enroule mes bras autour de son cou et l'embrasse avec ferveur. Il me rend mon baiser avec la même ardeur. Ses mains se posent sur mes hanches pour me faire reculer. Il claque la porte et continue d'avancer sans jamais lâcher mes lèvres. Ses doigts agrippent mes fesses, Lenny me soulève tandis que j'enroule mes jambes autour de sa taille et qu'il se dirige vers ma chambre. Je cesse notre baiser, le souffle court, le cœur en vrac.

— Pas le lit, murmuré-je contre sa bouche.

— Où ? souffle-t-il.

— La table.

— La table ? Mais on mange dessus, répond-il d'un air dégouté.

— Ok et bien, contre le mur, sur la commode, le canapé, j'en sais rien moi.

— Non, le lit me convient très bien.

Je laisse mes jambes tomber et mes pieds retrouvent le sol. Il ne m'écoute pas, il ne pense qu'à lui, à son plaisir et rien d'autre. Tout s'envole en une fraction de secondes, mes espoirs de faire l'amour ailleurs que dans un lit aussi. Et comme d'habitude, je ne bronche pas, notre couple est déjà bien assez bancale. Inutile d'en rajouter davantage.

— Je crois qu'il faut qu'on parle ? dis-je sèchement.

— Oui, d'accord.

Je saisis son poignet et l'entraîne avec moi dans le salon. Il s'installe sur le canapé tandis que je nous sers un jus d'orange chacun. Lenny glisse ses doigts sur ma clavicule dénudée, et me caresse doucement. Je lui souris, j'ouvre la bouche pour entamer la discussion, mais Lenny ne le voit pas de cette manière. Il s'approche de moi pour m'embrasser. Je ne résiste pas à son engouement, bien au contraire, je laisse ses mains glisser sous mon pull. Lenny m'oblige à m'allonger et vient se positionner au-dessus de moi, le regard remplit d'envie et d'amour.

— Il n'y a que toi qui compte à mes yeux, Aliona, murmure-t-il au creux de mon oreille.

Et je le crois, alors je me laisse aller à ses caresses et ses mots doux, nous discuterons plus tard.

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