#droledevisite

Sylviana

Craquer pour compenser, bonne ou mauvaise idée ? En guise d’illustration, les deux sacs de vêtements que j’ai achetés ainsi que la pince coupante et une énorme gaufre recouverte de chantilly et d’amandes effilées.

Après avoir vidé une bonne partie de mon compte en banque pour acheter des tas de trucs (in)utiles comme : des stylos, un carnet spécial « Projets à réaliser », des fringues et des polars, l’euphorie retombe et je suis à deux doigts de tout rapporter dans les différents magasins pour me faire rembourser. La peur de passer pour une cinglée me retient et à la place je prends la direction du centre-ville. Une première déviation me fait louper la sortie, puis des travaux me ralentissent et finalement, me voici paumée dans une zone industrielle. Je récupère mon portable pour lancer le GPS quand je vois plusieurs appels de Liliane. Etrange. Je compose son numéro et elle décroche, paniquée.

— Sylv ‘ tout va bien ? Tu es où ?

— Je me suis perdue mais tout va bien. J’ai fait quelques achats et je n’ai pas vu le temps passer. Je suis désolée, j’aurais dû t’appeler.

— Non, non, ce n’est rien. C’est juste que… Il s’est passé quelque chose de bizarre en fin matinée.

— Il s’est passé quoi ?

— Deux hommes un peu étranges sont venus sonner à la porte. Ils m’ont dit être des amis de ta grand-mère et souhaiter te présenter leurs condoléances. Je ne saurais pas te dire pourquoi, mais ils m’ont vraiment fait peur. Ils ont insisté pour rentrer et t’attendre à l’intérieur. J’ai réussi à les repousser et je leur ai dit que tu n’étais pas ici et que je ne savais pas quand tu reviendrais. A ce moment, Denis, le voisin est passé par-là et il a dû sentir que ça n’allait pas. Bref, finalement en le voyant, les deux gars sont partis et depuis j’essaie de te joindre.

— Tu es sûre que tu ne les connaissais pas ?

— Certaine. Sandra n’avait pas beaucoup d’amis et certainement pas des types des comme eux.

Elle me les décrit brièvement, mais ils ne me disent rien non plus. Elle conclut en me disant qu’elle compte faire un signalement à la police et me recommande d’être prudente. Je raccroche et enclenche le GPS pour retrouver mon chemin. Finalement, il me faut une heure de plus pour rentrer chez moi et une demie heure supplémentaire pour ranger le contenu de la glacière et des sacs de shopping. Alors que je m’apprête à me poser tranquillement, je me rends compte que j’ai laissé mon sac de voyage avec la pince sur le siège passager.

— Eh merde !

Me voici bonne pour me taper un aller-retour  dans le froid alors que je viens d’enfiler mon pyjama. Manquerait plus que je croise mon voisin sexy et c’est le pompom. Je passe mes pantoufles à tête de mickey et récupère mes clés de voiture sur le guéridon tout en laissant la lumière allumée dans l’appartement. Mon téléphone autour du cou, je me glisse dans le couloir de l’immeuble et ouvre la porte menant aux escaliers. Vu l’heure, si les gens doivent rentrer chez eux, ils prendront l’ascenseur. Je descends les trois étages, ultra silencieuse avec mes chaussons quand des éclats de voix me parviennent. Fais chier. La peur d’être découverte en pyjama Lilo et Stich me pousse à me planquer dans le local des poubelles et à patienter.

— Tu es sûr de toi ? demande une voix avec un fort accent des pays de l’est ?

— Oui. La maison de retraite a confirmé l’adresse, sa voiture est dehors et son appart est allumé.

— Ok, et c’est quoi le plan ?

— Elimination et disparition des preuves, personne ne doit plus jamais entendre parler de Sylviana Romanovka.

Mon sang se glace. Il parle de moi, y a pas de doute. Sauf que je ne m’appelle pas Romanovka, mais Roman. Les deux hommes passent devant ma cachette et une forte odeur d’essence me saisit. Putain, ils vont faire cramer l’immeuble. Je les entends monter les escaliers et compte mentalement dans ma tête. Ils ont dû arriver au premier étage. Je sors du local et fonce vers ma voiture. Je lance le moteur, mais avant de m’échapper, je jette une œil vers l’immeuble. Je ne peux pas laisser les habitants mourir. Je prends une inspiration, m’éjecte de la voiture et tire sur l’alarme incendie présente à l’entrée avant de repartir vers mon véhicule. Sans un regard en arrière, j’appuie sur la pédale et fonce dans la nuit. Fébrile, j’essaie d’appeler Liliane mais personne ne répond. Sans réfléchir, je prends la route de sa maison tout en continuant de l’appeler. Alors que je me rapproche de chez elle, le bruit d’une sirène me parvient, puis un camion rouge me double à toute allure. Non. Non. Non. Je colle aux fesses du camion, riant pour qu’il s’arrêt avant ou après moi, mais sans surprise, il s’arrête au niveau de la maison de Liliane, en proie à un terrible incendie. Les larmes me montent aux yeux alors que la maison dans laquelle j’étais encore ce matin est peu à peu avalée par les flammes. Je regarde, impuissante la demeure disparaître malgré les efforts des soldats du feu.
Je remets le contact et fais demi-tour avec la certitude que je dois me planquer, au moins pour cette nuit. La peur au ventre, je passe mon temps à vérifier dans le rétroviseur si je ne suis pas suivie. Je roule jusqu’à ce que mes yeux se ferment tout seul et que je manque d’avoir un accident de voiture. Je finis par me rabattre et sors à la première aire d’autoroute où un hôtel se dessine. Je règle la chambre en espèce, mater des séries policières m’aura au moins appris un ou deux trucs. Le type au guichet ne s’étonne même pas de ma tenue et me donne une clé avec un énorme porte clé en forme de poire.

— Chambre 17, m’indique-t-il sans décrocher les yeux de sa tablette.

Je ressors pour récupérer mon sac de voyage et grimpe les escaliers extérieurs pour accéder aux chambres. Les portes se ressemblent toutes, peintes dans un vert qui a connu des jours meilleurs et sur lesquels des chiffres ont été tracés il y a sans doute fort longtemps. Le 17 est quasiment effacé mais je m’en moque et m’engouffre dans la chambre avant de m’y enfermer. Je me précipite sur la télé et zappe sur la chaîne d’information en continu. On ne parle pas de l’incendie. En même temps au vu de l’actualité en France et au niveau international, une maison qui prend feu sur les hauteurs de Grenoble ça n’intéresse personne. Je me rabats sur mon portable et me connecte sur les réseaux sociaux. Je trouve un flash info d’un journal local : « une plaque de cuisson mal éteinte provoque un incendie ». C’est n’importe quoi ! Liliane était la prudence même ! Jamais elle n’aurait oublié d’éteindre le gaz ou autre ! J’ai beau fouiller, je n’arrive pas à savoir si un corps a été retrouvé, mais je dois me rendre à l’évidence, vu ce qu’il restait de la maison, si elle était à l’intérieur, Liliane n’est plus.
Mon portable en main, je fouille à la recherche de l’incendie de mon immeuble. Rien. Il semblerait que mon alerte ait porté ses fruits. Les incendiaires ont dû renoncer à leurs plans. Je compose plusieurs fois le numéro de la police avant de renoncer. Je ne saurais pas quoi leur dire. Je ne sais pas qui m’en veux, ni pourquoi. La seule qui aurait pu identifier les types c’était Liliane et … Oh putain ! Denis ! Le voisin. Elle m’a dit qu’il était passé quand les gars ont insisté pour rentrer. Il pourrait sans doute les reconnaître, faire un portrait robot ! Mon esprit est en effervescence alors que je me laisse tomber sur le matelas. Si quelques minutes plus tôt, le sommeil menaçait de m’emporter, maintenant c’est tout le contraire. Je suis une vraie pile électrique. Mon regard se pose sur mon sac de voyage et la pince coupante qui dépasse.

— Il est temps de me livrer tes secrets, dis-je en ouvrant le sac et en récupérant le carnet.

Alors que je le serre dans mes mains, je perçois un mouvement sur le côté.
J’ai à peine le temps de réagir qu’un bras passe devant mon visage et qu’un mouchoir en tissu est plaqué sur mon nez.

Note de moi : un petit enlèvement pour clôturer ce  chapitre. J'espere que cette histoire vous plaît. N'hésitez pas à me laisser un petit commentaire si vous passez par là.

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