#cinquantenuances

Sylviana

Sans Christian Grey, les menottes c’est pas top. En guise d’illustration : mes poignets entravés.

Je me réveille avec un mal de tête carabiné et des douleurs dans la nuque. Visiblement mon ravisseur n’a pas jugé bon de veiller à mon confort personnel lorsqu’il m’a saucissonnée et enfermée dans sa voiture. A première vue, je n’ai rien de cassé et on ne m’a prélevé aucun organe, ce qui est déjà une bonne chose. En plus des serre-flex au niveau des chevilles et des poignets, je suis solidement retenue par une ceinture de sécurité. J’ouvre timidement les yeux pour regarder par la fenêtre du véhicule, mais les vitres sont teintées. Je suis bien incapable de dire où je suis, ni depuis combien de temps on roule. Mon rythme cardiaque s’accélère quand la vitre de séparation se baisse me permettant de voir la nuque du conducteur.

— Bonjour Princesse, bien dormi ? Me demande une voix grave teinté d’un léger accent russe.

—Qui êtes-vous ? Qu’allez-vous faire de moi ? Rétorqué-je en tirant sur mes liens.

— Je suis là pour vous protéger et vous ramener chez vous.

— Me protéger ? Je suis sûre que vous êtes avec les tarés qui ont foutu le feu chez Liliane.

De là où je suis, je peux voir ses mains se crisper sur le volant.

— Pourquoi l’avoir tué ? Pourquoi vous en avez après nous ?

— Je n’ai tué personne et je ne cherche qu’à vous protéger.

— Vous mentez ! Hurlé-je en tapant mes poings contre ma fenêtre.

— Calmez-vous, ordonne-t-il.

Je ne l’écoute pas et me mets à marteler  avec mes pieds le coffrage séparant la partie avant et arrière de la voiture. Le véhicule fait soudain une embardée. J’entends une portière claquer, des bruits de pas puis, ma portière s’ouvre sur l’homme qui m’a enlevé. Si on était dans un film, je tomberai immédiatement sous le charme de ses yeux bleu galcé (j’y trouverais sans doute des éclats dorés), de ses épaules larges et de ses lèvres charnues. Mais je ne suis pas dans un film, non. Je suis ligotée à l’arrière d’une voiture et le mec a beau être un fantasme sur pattes, ça ne l’empêchera pas de me découper en petit morceaux et de m’éparpiller dans le paysage. Il avance vers moi et tire de sa poche arrière un canif.

— Non. Non. Je me tais, je serais sage ! Me tuez pas ! Pitié !

Il soupire et se penche vers moi, son couteau toujours en main.

— Je.ne.veux.pas. vous. tuer.

Il me fixe sans ciller et je hoche péniblement la tête pour montrer que j’ai compris. Du moins, je fais semblant de le croire pour éviter une mort prématurée.

— Je suis là pour vous protéger et veiller sur vous, poursuit-il. Je vous ramène à la maison. Si vous saviez depuis quand on vous cherche Sylviana Romanovka.

Ok. Le mec c’est Joe dans You. Il fait une fixette sur moi, il s’imagine qu’on va s’installer ensemble et quand il en aura marre, il me tuera et m’enterrera dans son jardin.  Il se penche et d’un coup de couteau tranche les liens qui retenaient mes jambes. Mue par mon instinct de survie, je le laisse se redresser et quand il se retourne, je remonte mes jambes vers moi et les propulse contre lui. Déséquilibré, il tombe sur le bas-côté. Je parviens à me détacher, mais pas assez vite puisqu’à peine sortie de la voiture, sa main se referme sur mon bras et me ramène de force à l’intérieur.

— Putain, mais vous allez rester tranquille, oui ! dit-il alors que je me débats.

— Jamais !

Même si je le griffe, le mords et lui assène un maximum de coups, lui se contente d’éviter ou d’encaisser mes coups. Au bout d’un moment, il parvient à m’immobiliser en se positionnant à califourchon sur moi et en tirant mes deux mains toujours maintenues par des liens au-dessus de ma tête.

— Arrêtez de vous débattre ! murmure-t-il au creux de mon oreille.

Je prends soudainement conscience de la position dans laquelle nous sommes et n’ose plus bouger d’un millimètre. Et s’il lui prenait l’envie de me violer. La terreur s’empare de moi et il doit s’en rendre compte car immédiatement son regard change. Avec d’infinies précautions, il s’écarte de moi en veillant à ne pas me toucher plus que nécessaire. Je me redresse à mon tour, à la fois intriguée et rassurée par son comportement.

— Vous… vous n’allez pas me tuer ? Je demande timidement alors qu’il rattache ma ceinture de sécurité.

— Je vous l’ai déjà dit, non.

— Mais pourquoi avoir mis le feu chez Liliane ? Insisté-je.

— Ce n’était pas moi et ne vous inquiétez pas pour votre amie, elle n’est pas morte.

Je sursaute en entendant cette nouvelle.

— Quoi ? C’est vrai ? Elle est vivante ?

Le doute pointe le bout de son nez dans mon esprit. Et s’il disait juste cela pour que je reste docile.

— Prouvez-le, osé-je formuler en plantant mon regard dans le sien.

Il s’agace, mais sort son portable et compose un numéro. Il échange quelques mots avec son interlocuteur et me passe ensuite le téléphone. Mes mains étant toujours liées, je manque de faire tomber l’appareil, obligeant mon ravisseur à le tenir collé près de mon oreille.

— Liliane ? J’appelle sans trop y croire.

— Poucinette ! Tu es vivante ! Dieu merci !

Je reconnais la voix de ma confidente et pleure  à moitié.

— J’ai eu tellement peur Sylv ! Ils m’ont ligoté et fait brûler ma maison ces sauvages !! Heureusement ton ami et son équipier sont venus me sauver.

— Tu dois aller voir la police Liliane, ils pourront te protéger.

— Non, ils ne pourront pas et…

Le combiné est récupéré par mon « ami » qui répond à ma place :

— Elle vous rappellera plus tard, on a de la route à faire.

Il raccroche et referme la portière. Par acquis de conscience j’essaie de faire jouer la poignée mais la sécurité est enclenchée.  Le conducteur reprend sa place derrière le volant et quelques instants plus tard, nous roulons de nouveau.

— Tout à l’heure, vous m’avez appelé Sylviana Romanovka, comme les types qui ont voulu mettre le feu à mon immeuble dis-je en m’enfonçant dans la banquette. Mais vous vous trompez. Je m’appelle Sylviana Roman. Je ne sais pas qui vous cherchez, mais ce n’est pas moi.

Il secoue la tête et croise mon regard dans le rétroviseur intérieur de la voiture :

— Votre grand-mère a changé son nom après sa fuite mais il n’y a pas d’erreur, vous êtes Sylviana Romanovka, fille d’Annabelle Romanovka, petite-fille d’Alessandra Romanovka, l’héritière légitime du trône de Molvïk.

Note de moi : alors princesse ou pas princesse? Suspeeeeeenssssss

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