Chapitre 59
PDV Jade.
" Ne pars pas... "
Je retiens mon souffle en me retournant complétement, posant la valise au sol. Je ne veux pas partir, quoi que je dise, je sais qu'au fond je ne veux pas partir. Au fond je veux beaucoup d'autre choses, et tout cela ne tient qu'à une seule parole de la part de Sam. Tout cela tient à ce qu'il va me dire maintenant.
" Pourquoi? " je murmure. Je suis presque sûre qu'il peut entendre l'espoir et le désespoir mélangés dans ma voix.
" Parce que... ". Il s'avance de quelques pas et bientôt il se retrouve en face de moi. Sa lèvre inférieure est entre ses dents. D'une certaine façon, ce geste me prouve qu'il ne va pas le dire. Il ne va pas dire ce que je veux entendre. Mais s'il se retient, c'est qu'il y pense quand même, n'est-ce pas?
Alors pourquoi il ne veut pas le dire?
Je ne l'arrête même pas quand il se penche pour m'embrasser. Non seulement pour revivre cette sensation que m'apporte ses lèvres, mais aussi pour lui faciliter la tâche. Peut-être que c'est sa manière de dire les choses?
J'ai jamais été bonne aux devinettes, et Samuel ne fait que de jouer à ce jeu avec moi. Je ne sais pas comment interpréter ses dits et gestes, parce que à tout moment ça peut être le contraire de ce que je pense.
Je me prépare à tout quand ses lèvres se séparent des miennes. Je ferme les yeux, attendant. Il y a deux options, soit il va me dire que c'était rien et que je peux partir; soit il va me dire qu'il veut que je reste. Je pris pour que ce soit le deuxième.
" S'il y a quelqu'un qui doit partir, ce sera moi " il murmure finalement.
C'est quand je ne sens plus son souffle sur mon visage que j'ouvre enfin les yeux, seulement pour voir qu'il est déjà partit. Je sors rapidement de la chambre et cours dans les escaliers, le rattrapant à la porte.
" Qu'est-ce que c'était que ça?! " je demande, haussant la voix malgré moi.
" De quoi? " il répond calmement, aucune émotion lisible sur son visage. Il veut me rendre folle! Je ne vois aucune autre explication!
" Le baiser imbécile! Pourquoi tu m'as embrassé?! Et tu ne sortiras pas d'ici sans m'avoir donner une réponse! ". Je descend les deux dernières marches et me place devant la porte, lui bloquant la sortie.
Il me regarde longuement, en silence, toujours avec cette même expression impassible.
" Pourquoi tu ne me donnes jamais de réponse? " je murmure face à son silence.
" Tu ne comprendras pas "
" Dis moi Sam, essayes pour une fois " je suis quasiment en train de le supplier mais je m'en fiche. Je veux juste des réponses. Depuis le début, depuis notre rencontre, il n'a répondu à presque aucune de mes questions et ça me fatigue de ne rien savoir.
" Bien " il souffle finalement. Je ne suis pas surprise, je sais déjà qu'il ne va pas me donner la réponse que je veux vu comment il me regarde. Froidement. " Je suis un homme, et comme aucun autre je n'accepte pas que ma femme voit d'autre homme. Je répète depuis le début que tu es seulement ma femme sur papier, mais les gens te considèrent comme ma vrai femme, donc tu dois agir comme tel et ne pas voir d'autre homme. Maintenant, je m'en vais, et je t'ai embrassé pour te rappeler que tu es mariée et pour que tu n'ailles pas faire quelque chose d'autre avec un autre homme. Tu as eu ta réponse, tu es contente maintenant? "
Sa voix est tellement calme tout le long que ça me dégoûte encore plus. Je n'arrive pas à me décider s'il ment ou pas, mais dans les deux cas, il me dégoûte. Pourquoi mentir s'il sait que ça va me blesser?
Il s'en fiche visiblement.
" Tu sais quoi? " je me détache de la porte et l'ouvre en grand pour lui montrer la sortie. " Tu es un peu en retard, il fallait me rappeler ça avant. Tu sais, avant que je fasse ce que tu ne veux pas que les gens sachent. " je souris sarcastiquement alors que son expression change petit à petit. Il passe d'impassible à confuse puis à énervée. " Maintenant, va-t-en. " je termine.
Je ne sais pas pourquoi j'attend une autre réponse de sa part, comme la stupide femme amoureuse que je suis, et voyant qu'il ne va encore rien dire je le laisse devant la porte ouverte et remonte les escaliers vers ma chambre.
Et je ne sais pas pourquoi j'attend qu'il me suit, puisque visiblement il ne va pas le faire. Mais j'attend tout de même dans le couloir, ma main sur la poignée de porte, prête à entrer dans ma chambre.
Puis, finalement, j'entend la porte claquer, suivit du silence.
Je ne sais pas ce qui m'a pris, mais dès que j'entre de nouveau dans la chambre, je prend le premier objet qui me vient à la main sur la commode et la lance au sol. Cela ce suit bien sûr de mon cri et de mon rythme cardiaque qui s'accélère.
Je reste quelques minutes debout, les mains dans les cheveux, essayant de me calmer. Je finis par lâcher un soupir et me rend jusqu'au lit où je m'allonge. Et je m'endors comme ça, toujours habillée, mes pensées toutes mélangées comme d'habitude.
Le lendemain, je passe quasiment toute la journée à me décider si je devrais aller le retrouver ou pas. D'un côté je veux aller le voir, le forcer à me donner toutes les réponses que je veux, le forcer à arrêter ce jeu. Mais d'un autre côté, je ne veux plus le revoir. Je sais que le mieux serait qu'il reste où il est jusqu'à la fin de l'année, qu'il ne revienne plus à la maison et qu'il me laisse tranquille jusqu'au divorce.
C'est le mieux pour moi, mais ce n'est pas ce que je veux malheureusement.
Il peut me dire toutes les cruautées au monde, me faire souffrir comme pas possible, j'ai l'impression que je voudrais toujours le voir et être proche de lui.
Il y a quelques années, j'avais une camarade qui se remettait en couple avec son copain à chaque fois, même si elle savait qu'il l'a trompait. Et je ne comprenais pas pourquoi, alors elle m'avait dit " mais je l'aime ". Et je ne comprenais toujours pas.
Maintenant je comprend. Mais je ne suis pas comme elle, je n'accepterais pas ça. Je pourrais continuer à l'aimer, mais ça ne veut pas dire que je pardonnerais quelque chose comme ça.
Je pardonnerais toutes ses paroles s'il me donne une bonne excuse. Du moins, s'il veut que je le pardonne, et ça c'est pas gagné.
Plus tard dans la journée, fatiguée de réfléchir et de n'aboutir à rien, je décide de me changer et d'aller chercher Annie au collège. Elle m'a dit plusieurs fois maintenant qu'elle devait me parler, et j'espère que ce n'est rien d'important.
C'est que quand je reviens dans ma chambre que je fais attention à ce que j'ai jeté au sol hier soir. Il se trouve que cet objet soit le seul et unique parfum de Samuel. Je ne peux m'empêcher de sourire à la vue, même si je note dans ma tête d'aller lui acheter un nouveau parfum. Ou peut-être que je ne devrais pas... On verra comment évoluent les choses.
J'arrive juste à temps devant le collège et récupère Annie avant qu'elle prenne le bus. Je lui propose d'aller faire quelque chose avant de rentrer mais elle insiste pour qu'on rentre immédiatement. Je n'ai pas en moi la force de me battre alors j'acquieçe et prend la route de mon ancien chez moi.
" Il arrive quand papa? " je demande alors qu'on s'installe au salon.
" Sûrement vers minuit " elle soupire. Je fronce les sourcils.
" Comment ça vers minuit? Il travaille si tard? "
" Ouais, et ce tous les jours. Mais bon, je voulais te parler d'autre chose moi " elle se déplace et s'asseoit à côté de moi, baissant la tête.
" Non, non, attend. Il te laisse seule tous les soirs? Mais il travaille à l'entreprise, qu'est-ce qu'il peut bien faire pour travailler autant? "
" Je ne sais pas Jade, mais s'il te plaît écoutes moi, on verra ça plus tard " elle supplie presque en relevant les yeux vers moi.
Je commence à m'inquièter davantage alors je hoche simplement la tête en lui prenant les mains. Elle baisse la tête une fois de plus et je l'entend soupirer plusieurs fois avant qu'elle ne commence à parler.
" Je sais que je ne le dis pas assez mais... Je t'aime beaucoup tu sais... " sa voix se brise et je m'empresse de relever son menton.
" Annie qu'est-ce qu'il y a? " je demande précipitamment quand je vois les larmes aux coins de ses yeux. Annie n'est pas du genre à pleurer, du moins pas devant les gens. Je ne sais pas si c'est normal à son âge d'être aussi mature dans un sens, et d'avoir construit une carapace aussi épaisse, mais j'ai toujours pensé que c'était mieux pour elle. Qu'elle pourra se protéger mieux que moi.
Mais sa chute va être beaucoup plus forte que la mienne. Ou l'a déjà été.
" Je n'arrive plus à dormir ou manger à cause de ça... Je suis tellement désolée Jade, je te jure je le suis " elle commence à pleurer et je ne perd pas de temps pour l'attirer vers moi.
" Calme toi Annie, explique moi " je murmure dans ses cheveux.
" C'est de ma faute je sais, c'est à cause de moi que tu as accepté ce mariage et maintenant tu vis je ne sais dans quelle situation mais tu n'es pas heureuse! Si seulement je n'étais pas là, tu n'aurais pas - "
" Hey, hey " je la coupe en relevant sa tête pour la regarder dans ses yeux, " rien n'est de ta faute, compris? Ça n'a rien à voir avec toi, crois-moi "
" Je vous ai entendu Jade, quand tu essayais de convaincre papa il a dis que c'était pour moi et tu n'as plus insister à partir de là. Tu vois, si je n'étais pas là, tu n'aurais pas accepté! Peut-être que tu serais partit, tu te serais enfuie! Mais tu es restée à cause de moi! "
" Non, ne penses pas comme ça... " j'efface les larmes sur ses joues à l'aide de mes pouces en essayant de la calmer. " Je ne serais pas partit si tu n'étais pas là Annie, je n'ai pas ce courage en moi. J'aurais sûrement eu trop peur. Et au contraire, le fait que tu sois là est bénéfique pour moi, juste te voir sourire m'a aidé à rester debout. Je ne suis pas si malheureuse que ça, je te promet, Sam est un homme bien et maintenant qu'on se connaît mieux on arrive à vivre ensemble sans problème. Tout s'arrange avec le temps, et tout ira mieux avec le temps. Je ne veux plus que tu penses comme ça, d'accord? Rien n'est de ta faute ma chérie "
" Je ne te croît pas " elle murmure, " j'ai passé même pas une journée avec lui et ça m'a suffit pour comprendre que c'est juste un connard "
" Annie! "
" Quoi? C'est vrai. Et depuis je me sens encore plus coupable parce que tu - "
" Écoutes moi " je la coupe une fois de plus. Elle relève les yeux vers moi alors que je me redresse et forme un petit sourire sur mes lèvres. " Samuel peut être un pur connard, oui, mais je ne veux plus t'entendre dire ça. Je ne sais pas vraiment ce qu'il s'est passé entre vous mais il est un peu froid avec les enfants, il n'est pas comme ça avec moi. Il peut être très sympa quand il le veut, et... "
Elle me regarde encore comme si elle ne me croyait pas. C'est vrai que dire que Sam peut être sympa pour faire son éloge n'est pas très raisonnable de ma part.
" Bon d'accord, écoutes... Tu sais pourquoi tu ne dois pas te sentir coupable? "
Elle arque un sourcil, attendant la suite de ma phrase. Je regarde ses yeux rougies, les larmes maintenant sèches sur ses joues, et me décide finalement que je ferais mieux de lui dire la vérité.
" Tu ne dois pas te sentir coupable parce que... Parce que je l'aime " je soupire finalement.
" Tu l'aimes? " elle écarquille les yeux, " non, non, tu ne pas l'aimer! "
Je souris en haussant les épaules. Accepter mes sentiments pour lui était difficile, mais le dire à haute voix de cette façon fait du bien. Comme si un poids s'était soulevé de mes épaules.
" Tu vois, je ne suis pas malheureuse " je la rassure, alors que c'est tout le contraire. Ce sont mes foutus sentiments pour Samuel qui me font autant mal et qui me détruisent.
" Tu ne dis pas ça pour que je me sente mieux, n'est-ce pas ? "
" Non, je t'assure. Je l'aime " je répète.
Elle me regarde dans les yeux un instant avant de baisser la tête en lâchant un soupir. " Ça ne change pas le fait que c'est un connard " elle murmure.
" Annie! " je souris malgré moi, ne pouvant pas afficher une expression sérieuse parce que je sais que c'est vrai.
Pendant presque toute l'heure suivante, Annie me pose des questions sur Samuel et notre relation. Je suis obligée de détourner quelques questions qui me rappelle de mauvais souvenirs, et elle finit finalement par lâcher l'affaire.
On se met ensuite à cuisiner le repas et je reste manger avec elle en attendant mon père. Après le repas elle m'explique comment se passe les choses avec mon père, et je comprend très vite qu'il n'est presque jamais à la maison.
D'un coté je suis confuse, d'un autre énervée.
Mais je sais que je ne peux pas laisser Annie vivre comme cela encore longtemps. Je reste finalement dormir avec Annie dans mon ancienne chambre qu'ils n'ont pas touché et je passe ma nuit à réfléchir.
Edouart est le seul qui peut régler ce problème, vu que c'est lui le patron. Mais je ne sais pas comment je vais faire, comment je vais lui expliquer, encore lui parler. Ni comment je vais le convaincre. Les paroles d'Annie ne font que je rejouer dans ma tête alors que je la regarde dormir.
Je finis par me décider que la meilleure chose à faire est d'aller voir Edouart.
Je vérifie l'heure sur mon portable quand j'entend la porte s'ouvrir. Il est une heure passée et mon père vient tout juste de rentrer. Et là, je sais que je dois vraiment faire quelque chose.
Le lendemain je me réveille au son de l'alarme d'Annie. Je reste au lit encore quelques minutes alors qu'elle se prépare pour aller en cours. Quand je me lève finalement, je pris pour que mon père ne soit pas encore partit mais malheureusement il n'est plus là.
Je prépare un rapide déjeuner pour Annie, mais elle mange seulement une tartine avant d'aller brosser ses dents. Je n'insiste pas et quelques minutes plus tard on se met en route vers le collège.
" Attends " je l'arrête avant qu'elle puisse ouvrir sa portière pour sortir. " Tout est clair à propos d'hier, n'est-ce pas? Je ne veux pas que tu te sentes coupable pour quelque chose que tu n'as pas fait "
" Je pense que je me sentirais mieux quand tu afficheras un vrai sourire "
Je n'ai pas le temps pour ajouter quelque chose d'autre qu'elle est déjà dehors. Je lâche un soupir et reste assise dans la voiture quelques minutes avant de redémarrer.
Je me rend d'abord à la maison pour prendre une douche et me changer. Je commence à être de plus en plus nerveuse à l'idée de revoir Edouart et de lui parler, j'espère comme deux personnes civilisées.
Quand Marc m'avait proposé de suivre mon père en justice, j'avais retourné l'offre seulement parce que je ne voulais pas enlever son papa à Annie. Alors maintenant je ne peux pas laisser Edouart faire exactement cela. Elle ne peut pas juste rester seule, elle a besoin de son père, et encore plus en ce moment.
Me regardant dans le miroir de la salle de bain, je m'encourage moi-même en me disant que tout va s'arranger. Puis, je quitte finalement la maison.
Je suis obligée de m'arrêter en route pour chercher l'adresse de l'entreprise sur internet, avant de l'inscrire dans le GPS. Cela fera la deuxième fois que je me rend dans cette entreprise, et encore une fois je n'en ai pas envie.
Je me gare finalement dans le parking de l'entreprise, après avoir chercher une place libre pendant au moins une dizaine de minutes. On me fait attendre encore une dizaine de minutes à l'accueil avant que je leur montre ma carte d'identité pour leur prouver que je suis - malheureusement - une Huguet.
Je prend finalement l'ascenceur pour le dernier étage et repète mon discours plusieurs fois dans ma tête, même si je suis certaine de tout oublier une fois face à cet homme.
" Je voudrais voir Mr. Huguet " je demande à la secrétaire une fois arrivée à l'étage. Elle me regarde de haut en bas avant de me demander mon nom et porter le téléphone à son oreille.
" Il vous attend dans son bureau, veuillez me suivre " elle se lève et me montre le chemin jusqu'au bureau d'Edouart. Après m'avoir ouvert la porte elle rebrousse chemin et je prend une grande inspiration avant d'entrer dans l'office.
" Jade Huguet huh? " il sourit de son fameux sourire hautain, " en quel honneur cette visite? "
Je suis légèrement prise au dépourvu par apparence. Ses cheveux ne sont pas peignés nettement comme ils l'étaient jusqu'à aujourd'hui mais plutôt comme s'il venait juste de se lever, il semble fatigué, des cernes sous les yeux, les premiers boutons de sa chemise sont ouvertes... Il est tout simplement différent.
Je me reprend rapidement et m'avance de quelques pas vers le bureau derrière lequel il est assis.
" Je suis venus vous parler de mon père. Du travail de mon père plus précisément. "
" Quelle coïncidence, ton mari était ici pour le même sujet il y a seulement une dizaine de minutes "
" Samuel? " j'écarquille les yeux. Pourquoi il ferait ça?
" Le seul et unique " il hoche la tête.
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