Chapitre 21
- N O T E D ' A U T E U R -
Dans le chapitre précédent, quand Enora disait qu'elle "le" ferait autant de fois qu'il le fallait, elle ne parlait pas de faire crac crac mais de la fécondation in vitro ( j'avais vraiment mal formulé ma phrase mdr sorry )
Sur ce, bonne lecture !
Chapitre XXI
Enora
Ses derniers mots me ramenèrent à la réalité. Je venais de l'embrasser, alors que Thomas devenait sûrement fou en me cherchant dans le gîte. Je venais de l'embrasser, alors que j'essayais de le convaincre que Thomas était quelqu'un de bien et qu'il me rendait heureuse. Je savais déjà ce que Guillaume pensait : s'il me rendait si heureuse, comment pouvais-je embrasser un autre homme ?
- Nous devrions rentrer, marmonnai-je en enlevant finalement ses mains de mon visage.
Il soupira, levant les yeux au ciel, mais accepta tout de même de remettre une distance entre nous.
- Nora...
- Il va bientôt pleuvoir, nous devrions rentrer, répétai-je plus fermement.
- Non. Je ne rentrerai pas tant que tu n'auras pas accepté que tu es malheureuse avec lui.
- Tu sais quoi ? répliquai-je avec un agacement et une colère montante. Va te faire voir.
Sur ce, je pris les rames en main. Je n'avais jamais essayé cela de ma vie, mais cela ne devait pas être si dure. S'il ne voulait pas nous emmener au bord du lac, alors je le ferai moi-même. J'en avais assez de son comportement. Il n'avait aucun droit de me faire cela, et surtout, aucun intérêt pour lui. Qu'est-ce que ça lui faisait si j'étais malheureuse ? C'était ma vie, j'en faisais ce que je voulais.
- Regarde, il commence à pleuvoir ! J'espère que t'es content !
- Très, répondit-il avec un sourire moqueur.
Je serrai la mâchoire, tentant tant bien que mal de faire avancer cette barque qui ne voulait pas bouger si ce n'était que pour tourner sur lui-même. Guillaume semblait très amusé de me voir comme cela, m'observant faire en se retenant visiblement de rire.
- Si nous sommes pas trempés par la pluie, nous allons l'être quand tu auras renversé la barque, remarqua-t-il en pouffant.
Il avait raison, la barque avait commencé à se balancer d'un côté à l'autre. Je lâchais donc les rames dans un soupir et passais mes doigts dans mes cheveux. Regardant ensuite au loin, j'essayais de distinguer le gîte, mais il restait très en retrait derrière les arbres qui l'entouraient. De l'autre côté, c'était la forêt. Et nous étions toujours au centre du lac.
Quand la pluie commença à tomber de plus en plus abondamment, j'eus l'espoir que Guillaume abandonne. Mais ce ne fût pas le cas. Les bras croisés, il attendait patiemment que je sois celle qui cède. Et je dus me rendre à l'évidence, si je voulais rentrer le plus rapidement possible, nous devions finir cette conversation.
- Je suis heureuse avec lui, murmurai-je en passant mes bras autour de mes jambes encore une fois. Tu ne pourras pas me faire dire le contraire, donc accepte-le et allons-nous en. S'il te plaît.
- Donc tu veux me faire croire que tu es heureuse avec un homme qui -
- Guillaume, le coupai-je d'une voix suppliante. Arrête, s'il te plaît. Tout cela ne sert strictement à rien. Tu ne me feras pas changer d'avis. L'image que j'ai de Thomas ne changera pas.
- Pourquoi tu me laisses t'embrasser dans ce cas ? Enora, tu le sais aussi bien que moi -
- Je ne sais pas, Guillaume. Justement, je ne sais pas. Et je n'ai pas envie de savoir. N'insiste pas plus.
Il me fixa longtemps sans rien ajouter de plus, ses yeux tantôt dans les miens, tantôt examinant le reste de mon visage. Il n'y avait plus aucune trace de son sourire amusé ou moqueur, ni aucune trace de colère. Il semblait simplement triste. Mais je n'y pouvais rien.
Quand il commença à ramer, nous étions déjà assez trempés par la pluie. Mais cela m'était égal, j'avais d'autres préoccupations pour l'instant. Mon esprit était un chaos total. Parler de toutes ces choses ne m'avait rien apporté de bon. L'image de ma fille ne voulait plus quitter mon esprit. Son tout petit corps inerte était devant mes yeux, coupant ma respiration. J'essayais de penser à autre chose, mais vraiment rien n'y faisait, j'étais déjà profondément plongée dans un passé que je n'arrivais jamais à oublier.
La petite semaine de fraîcheur que j'avais vécu ici était seulement une petite pause dans ma vie, il me semblait. J'avais eu la pensée que, peut-être, c'était le début de quelque chose de nouveau pour moi, que à partir de maintenant, tout allait aller pour le mieux. Mais je m'étais trompée. Le passé était toujours là et il n'allait jamais me quitter. Il allait continuer à me hanter, tout comme mon présent le faisait, et tout comme la seule pensée du futur le faisait.
- Tu sais... murmura Guillaume en me tirant de mes pensées alors qu'on venait d'arriver au bord du lac. Je n'essaye pas de briser ton couple dans l'espoir de t'avoir juste après. Au contraire, si tu restes loin de moi, c'est pour le mieux... Si je t'ai dit tout cela, si je tenais tant à avoir cette conversation avec toi, c'est parce que je parle en connaissance de cause. Je parle par expérience. Et j'avais pensé que je pouvais au moins t'aider toi, mais...
- Merci, murmurai-je en retour quand il ne pût finir sa phrase.
Il hocha la tête dans un soupir, avant de quitter la barque puis me tendre la main pour m'aider à poser pied sur la terre ferme également. J'attendis en silence pendant qu'il attachait la barque, la pluie s'abattant sur nous comme si on versait des sceaux rempli de plusieurs tonnes, mais aucun de nous deux ne semblait dérangé par cela.
Puis nous nous mîmes en route, marchant l'un à côté de l'autre, sans avoir besoin d'ajouter un mot de plus. La discussion était terminé ici et il n'y avait plus de retour.
Enfin, c'est ce que je pensais.
*
- Thomas !
- Papa !
Loris et moi venions de crier en même temps, alors que Thomas tenait Guillaume contre le mur, une main autour de son cou. Tout s'était passé tellement vite que je n'avais rien vu venir. Je n'avais surtout pas imaginé une telle réaction de la part de Thomas. C'était bien la première fois de ma vie que je le voyais faire un tel geste.
- Thomas, lâche le ! ordonnai-je en m'avançant vers lui. Loris, reste en retrait s'il te plaît, ajoutai-je à son égard en le tirant en arrière quand il s'approchait des deux hommes. Thomas !
- Qu'est-ce qu'il t'a fait, hein ? s'écria celui-ci en gardant toujours sa poigne sur le pull de Guillaume. Dis moi, Nora, qu'est-ce qu'il t'a fait ?
- Rien ! Il n'a rien fait !
Malgré ma panique, je pensais pouvoir régler cette situation, sachant que Thomas n'était pas difficile à convaincre. Mais je n'avais pas pensé que Guillaume allait le provoquer. Je ne pouvais jamais imaginer que tout cela allait prendre une telle direction.
- Je l'ai embrassé, avoua-t-il en le fixant dans les yeux, ne se débattant même pas pour se détacher de son emprise.
- Quoi ?
Surpris, Thomas finit par le laisser au sol en prenant un pas de recul. Il jeta un regard derrière lui, ses yeux cherchant les miens, avant de lui faire face à nouveau.
- Je l'ai embrassé, répéta Guillaume en remettant en place son pull.
J'étais tellement surprise qu'il puisse avouer cela que je baissai les bras, aucun mot ne sortant de ma bouche pour protester, ou pour l'arrêter. Il savait ce que cela allait avoir comme conséquence, et pourtant il n'avait même pas cillé en disant ces mots à Thomas.
- Peut-être que tu devrais reconsidérer la marier, ajouta-t-il en rompant le lourd silence qui venait de s'installer.
Les yeux écarquillés, je le fixais, ébahie. Je comprenais ce qu'il essayait de faire. Il n'avais pas pu me convaincre moi, alors il essayait de m'éloigner de Thomas de cette façon. En le mettant contre moi. C'était une façon cruelle d'agir et je regrettai immédiatement de l'avoir remercié tout à l'heure.
- Nora... Est-ce que... Est-ce que c'est vrai ?
Je déglutis, ne pouvant détourner le regard de Guillaume, qui lui ne prenait même pas la peine de me regarder. Comment avait-il pu... ?
- De toute façon, vous n'êtes pas heureux ensemble, je voulais simplement lui prouver mon point, renchérit-il, comme si ce jeu de provocation lui apportait la meilleure sensation au monde.
La déception que je lisais sur les traits de Thomas me coupa littéralement le souffle. Je ne voulais pas croire que cela se passait maintenant. Cela n'aurait pas du arriver.
- Elle serait mieux sans toi -
- Ferme-là !
Pour la première fois de ma vie, je voyais Thomas frapper quelqu'un. Je portai ma main à ma bouche tout en prenant un pas de recul, alors que son poing venait d'atterrir dans la mâchoire de Guillaume. Celui-ci se crispa davantage mais n'attaqua pas en retour. Heureusement d'ailleurs.
- Tu viens de prouver que j'ai raison, cracha-t-il en tournant la tête à nouveau vers lui. Tu ne la rend pas heureuse et tu en es pleinement conscient !
- Je ne la rend pas heureuse ? Et qu'est-ce que tu en sais toi ? J'ai tout donné pour elle depuis des années !
- Mais tu lui a pris beaucoup plus ! Regarde-la, regarde-la de plus près pour une fois ! Regarde ce que tu lui fait ! Juste parce que tu es une merde égoïste et égocentrique, tu lui a fait subir tout cela, en la laissant traumatisée !
- Pardon ? Moi, égoïste et égocentrique ? Tu ne connais rien à notre vie, si tu savais ne serait-ce qu'une petite partie, tu comprendrai que tu te trompes sur toute la longueur ! J'ai toujours aimé Nora et j'ai toujours tout fait pour la rendre heureuse !
- Et tu n'as jamais pensé à abandonner l'idée d'avoir un enfant ? Tu ne t'es pas dit, après tout le traumatisme qu'elle a traversé, qu'il serait mieux de ne pas essayer une fois de plus et de la briser davantage ? Non, parce que tu es égoïste et tu n'as pensé qu'à ton bonheur ! T'es là tu penses être le parfait petit-ami en prenant soin d'elle, mais en réalité tu l'isoles du monde entier pour l'avoir qu'à toi-même ! Tu la réduis à un niveau où elle ne peut rien faire d'elle-même ! Tu la rends dépendante de toi et merde je suis vraiment le seul à voir comment c'est malsain ?!
- Je n'ai jamais dit être parfait, au contraire j'ai mes défauts comme elle a les siennes, répliqua-t-il d'une voix étonnement plus calme, me jetant un coup d'oeil avant de continuer. Mais je l'ai aimé, je l'ai accepté comme elle est. J'ai toujours respecté ses choix, j'ai même accepter de ne jamais -
- Arrête, le coupai-je.
Et il se tût. Je fermai un instant les yeux alors que le silence s'abattu durement sur chacun de nous. Je n'avais pas pu interrompre leur semblant de dispute plus tôt, bien trop surprise par ce qu'il se passait. Mais je ne pouvais pas le laisser continuer. Je ne pouvais pas le laisser dire ces derniers mots.
En ouvrant à nouveau les yeux, j'étais soulagée de voir que les deux avaient pris un pas de recul et qu'ils n'étaient plus à deux doigts de s'étrangler. Lançant un dernier regard à Guillaume, je pris la main de Thomas pour nous guider à notre chambre, tout cela sans que personne ne prononce un seul mot de plus.
Dans la chambre, je ne réfléchis pas plus et, le coeur serré, je commençai à ressortir nos valises.
- Qu'est-ce que tu fais ? demanda Thomas en restant en retrait, les bras croisés et le ton distant.
- Tu avais raison, dis-je dans un murmure sans avoir le courage de le regarder dans les yeux. On ne devrait pas rester ici...
- Tu sais que j'ai besoin d'explications, n'est-ce pas ? Pas seulement sur ce qu'il vient de se passer, mais sur beaucoup d'autres choses que tu me caches visiblement.
- Je sais... Je répondrai à toutes tes questions quand nous serons chez nous, je te promet. Enfin, si tu veux continuer avec moi, bien sûr...
Mes mains tremblaient alors que je pliais les quelques vêtements qu'il restait à mettre dans les valises, puisque nous n'avions pas vraiment tout sorti, tandis que j'attendais sa réponse. Je le comprendrai, s'il ne voulait plus continuer cette relation. Je le comprendrai.
- Ne dis pas de bêtise, soupira-t-il finalement.
Je relâcher mon souffle alors que je sentis soudainement sa présence derrière moi, ses bras m'enlaçant afin de me retourner face à lui.
- On en discutera à la maison et on verra ce qu'on va faire, ajouta-t-il en relevant mon visage.
Je hochai la tête, puis me remis au travail. Il ne me questionna même pas sur ma décision soudaine de partir, ni émit aucune protestation. C'était bien ce qu'il voulait de toute façon.
Dix minutes plus tard, nous avions rangé toutes nos affaires et étions prêts à partir, à quitter cet endroit que j'avais trouvé rafraîchissant et que je n'avais pas voulu quitter. Il ne me restait plus qu'à faire mes adieux.
Et je savais que ce n'était pas une tâche facile.
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