Chapitre 15

Chapitre XV

Enora


Thomas me fixait, sceptique, ne croyant visiblement pas mon explication. Je tentais de paraître le plus serein possible, espérant que cela me donne un air plus honnête, mais en vérité mon estomac se broyait avec l'anxiété. Je ne voulais pas de problème, je ne voulais pas que cette histoire aille plus loin, et pour cela, Thomas devait me croire.

Après le choque que j'avais vécu de le voir à l'entrée du gîte, je m'étais rapidement reprise en me retrouvant dans ses bras. Personne ne disait un mot tandis que Thomas posait question sur question, voulant savoir ce qui m'était arrivé, pourquoi j'étais blessée à la lèvre, pourquoi j'avais une main bandée, pourquoi je portais la veste d'un autre homme. Il ne s'attendait visiblement pas à me retrouver dans cet état.

Alors, sans un mot, je l'avais emmené dans ma chambre. Je ne pouvais pas regarder Guillaume qui était resté derrière moi, ni Loris qui ne me fixait plus comme avant. Quelque chose avait changé, et c'était de ma faute. Dans la chambre, Thomas se plaignait de l'état du gîte, amené presque à me sermonner pour ne pas lui avoir dit la vérité la première nuit où nous avions parlé. Mais le sujet était vite revenu sur mon état à moi.

J'avais donc inventé une histoire. Je ne pouvais pas lui parler de Rachel et de tout ce qui s'était passé. Je lui avait dit la vérité à propos de la coupure d'électricité, et comme quoi je m'étais blessée dans l'obscurité. La suite était un mensonge qu'il avait visiblement du mal à croire : je m'étais évanouie en voyant le sang, ce pourquoi ma lèvre s'était mise à saigner aussi, et Guillaume m'avait emmené aux urgences en me retrouvant ainsi. Sur la route de retour, il m'avait donné sa veste parce que j'étais en débardeur quand je m'étais évanouie. C'était plausible, il fallait l'avouer, mais Thomas restait sceptique pour une raison qui m'était encore inconnue.

Puis, soudainement, il me prit une nouvelle fois dans ses bras en soupirant.

- Je n'aurai pas dû te laisser seule, murmura-t-il en encerclant ensuite mon visage de ses mains. Tout est de ma faute.

- Ne dis pas de bêtise, tu n'y es rien pour rien, le rassurai-je immédiatement.

Il m'observa un instant en silence, souriant petit à petit.

- Je suis tellement heureux d'enfin te retrouver, dit-il finalement.

Je tentai de lui sourire aussi, tandis que je le voyais approcher son visage pour m'embrasser. Je voulais le repousser, mais je ne voulais pas avoir à m'expliquer juste après, donc je le laissais faire. Comme d'habitude, il était doux et lent, comme s'il voulait savourer chaque seconde de notre baiser. C'était tout le contraire de Guillaume. Il y a seulement une demie-heure, il avait ses lèvres sur les miennes, et il m'embrassait comme si c'était la dernière chose qu'il pouvait faire, comme si c'était tout ce dont il avait besoin pour survivre. 

Puis quand Thomas y mit la langue, ma bulle éclatait et j'oubliais immédiatement Guillaume. J'essayais de répondre à son baiser, espérant qu'il s'arrêtera bientôt. Dans le fond, je me sentais mal à l'idée même de le repousser et de lui refuser un simple baiser. Il avait fait tout ce trajet seulement pour moi, comment pouvais-je lui faire cela ?

Quand il recula son visage, il avait un de ces magnifique sourire sur les lèvres. Il repoussa mes cheveux en arrière tout en continuant à étudier mon visage, pour finalement lâcher un soupir de soulagement. Je tentai de garder un sourire aussi, mais je ne pu m'empêcher de porter mes doigts à ma lèvre inférieure qui commençait à piquer. Ce n'était peut-être pas le meilleur moment pour s'embrasser.

- Tu as mal ? Je t'ai fait mal ? s'inquiéta-t-il immédiatement en perdant son sourire.

- Ça me pique un peu, mais ça me passera, ce n'est pas grave...

- Laisse moi voir cela de plus près, dit-il en s'approchant une fois de plus.

Son souffle frappait mon visage alors qu'il étudiait ma blessure, les sourcils froncés. Il semblait si inquiet. Il voulu ensuite enlever le bandage de ma main pour voir si c'était grave ou non, et j'eus du mal à le dissuader. Mais il finit par s'y faire et me prit une énième fois dans ses bras.

Je me demandais si j'avais fait le bon choix en lui cachant la vérité. Je lui avait menti tellement de fois en seulement une semaine. Il ne méritait pas cela. Il était toujours tellement aimable, attentionné et à l'écoute avec moi. Tout ce que je faisais en retour était de le rendre triste. 

- Comment tu as pu venir ? lui demandai-je quand nous nous allongeâmes face à face sous sa demande.

- C'était la dernière semaine avant les vacances donc j'ai demandé à prendre congé plus tôt, expliqua-t-il en souriant. Et Viviane a proposé de payer ma réservation.

- Ah... C'est sympa de sa part...

Je détournai le regard à l'entente de ce nom. Il n'avait pas à me parler d'elle et il le savait très bien, mais à chaque fois cela lui échappait. C'était comme si il n'était pas au courant du mal qu'il me faisait à chaque fois. Mais je ne pouvais rien dire. Viviane le rendait heureux. Pas moi. Je devais la remercier.

- Elle demande toujours de tes nouvelles, tu sais, ajouta-t-il comme pour se rattraper.

- Et comment va-t-elle, elle ? 

- Très bien, elle a complètement fini son déménagement donc elle est tranquille maintenant.

- C'est bien.

Je fermai les yeux, espérant qu'il pense que je suis fatiguée et qu'il arrête la conversation ici. J'étais fatiguée en plus. Mais cette fois-ci c'était physiquement. Cela devait être une bonne chose.

- Ne t'endors pas comme ça, il fait beaucoup trop froid, remarqua-t-il en se relevant.

J'ouvrai les yeux à nouveau, pendant qu'il cherchait de quoi nous tenir au chaud. Guillaume, Loris et Elsa devaient sûrement être devant la cheminée en ce moment, donc je ne m'inquiétais pas trop pour eux. Je voulais moi aussi descendre mon matelas et dormir avec eux.

- Tu sais, commença-t-il en passant une plaid sur moi, j'ai bien payé nos deux réservations, mais on pourrait aller à un autre endroit. 

- Non ! réagis-je immédiatement avant de me reprendre. Non, j'aime bien ici...

- Je ne vois pas pourquoi... murmura-t-il en jetant un coup d'oeil tout autour de la chambre. On devrait même demander à être remboursé pour avoir fait de la fausse publicité. Les images sur le site ne correspondent vraiment pas avec la réalité. Et en plus, il n'y a même pas d'électricité ! On est là pour faire des vacances, pas pour tomber malade !

- Thomas, s'il te plaît... Tu verras demain, ce n'est pas si horrible que cela...

Il semblait vouloir insister, mais céda face à mon regard. Il éteignit la lampe torche de son portable qui nous aidait à nous voir dans cette obscurité, et s'allongea à côté de moi, ne perdant pas de temps pour me prendre dans ses bras, prétextant que cela nous aidera à nous réchauffer davantage. J'essayai tant bien que mal de me détendre et fermai à nouveau les yeux.

*

Cela faisait maintenant deux bonne heures que Thomas dormait. De mon côté, cela était une tâche beaucoup plus difficile. Je ne faisais donc que le fixer en me posant des centaines de question, puis quand je sentis mon coeur se serrer, je me relevai dans le plus grand des silences. Je pris le manteau de Thomas, qui était beaucoup plus épais que le mien, et je m'en allai après lui avoir jeté un dernier coup d'oeil.

Je faisais attention à ne pas faire trop de bruit dans les escaliers qui grinçaient tout de même, je ne voulais pas réveiller quiconque. Au rez-de-chaussée, je passai devant les matelas de Loris et d'Elsa, tout deux profondément endormis, et remarquai au passage que Guillaume n'était pas là. Un coup d'oeil à l'entrée et je le vis au pas de la porte, assis sur le porche.

Je n'avais pas prévu de le voir, pas maintenant. Je voulais simplement sortir prendre l'air un instant et revenir me coucher, dans l'espoir de pouvoir finalement dormir. Mais il fallait peut-être que je lui fasse face. Je ne savais pas ce qu'il pensait, même si j'en avais une petite idée.

Je me dirigeai alors vers lui, toujours en silence. Il était en train de fumer, encore une fois, et releva la tête avec surprise quand il me vit. Ensuite, il détourna le regard sans un mot.

- Je peux m'asseoir ? demandai-je d'une voix faible.

Il ne répondit rien. Il ne fit même aucun geste. Il continuait seulement à fumer comme si je n'étais pas là. Je restai alors un moment à l'observer, puis décida que ce n'était peut-être pas le bon moment pour parler. Après tout, nous étions tous les deux fatigués, et il était deux heures passé. Je descendis alors les trois petites marches sur le porche et commença à marcher vers le petit chemin qui menait au lac.

- Il va pleuvoir, reviens là.

Sa voix me stoppa net. Je levai les yeux vers le ciel, il m'était impossible de savoir s'il allait pleuvoir ou non, mais je n'en serais pas surprise. Je me retournai alors vers lui, remarquant qu'il fixait un point devant lui, semblait totalement désintéressé et blasé.

- Je ne voudrai pas te déranger.

- Je vais rentrer, viens.

Il se releva en prononçant ces paroles, et je me ruai vers lui sans plus attendre, ayant juste le temps d'empoigner son bras avant qu'il ne se retourne. Il plongea son regard dans le mien, et je laissai aussitôt son bras en prenant un pas de recul.

- Je voudrai te parler, murmurai-je.

- Fais vite, céda-t-il en soupirant.

Il croisa ses bras, attendant de voir ce que j'allais lui dire. Je m'assis sur la plus haute marche et attendis silencieusement qu'il fasse de même. Je pensais un instant qu'il allait me laisser en plan et rentrer, mais il finit par se laisser tomber sur la même marche, en laissant un espace raisonnable entre nous deux.

- Je ne savais pas qu'il allait venir, dis-je pour débuter. Je m'excuse...

- C'est tout ce que tu voulais me dire ?

- Non. Je voulais aussi te demander, enfin, te redemander, comment tu as fait pour payer ta dette. Rachel m'avait informée de la somme, c'était...

- J'ai trouvé un moyen, m'interrompit-il. Autre chose ?

- Oui. Arrête d'être aussi désagréable avec moi.

Je n'aurai pas du dire cela. Mais son comportement m'insupportait. Il me regarda en biais, visiblement mécontent suite à mes derniers mots.

- Ton copain a raison, vous devriez aller à un autre endroit. Je vous rembourserai.

- Tu nous a écouté ?

- Je n'ai pas que ça à faire, dit-il en se relevant. J'étais dans ma chambre et les murs ne sont pas si épais que ça.

- Je ne t'ai pas entendu monter ni descendre, remarquai-je plus à moi-même en me relevant aussi.

- Tu devais être très concentrée sur ton copain.

- Guillaume...

- Bonne nuit, mademoiselle Sylvain.


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