CHAPITRE 5
Michael frappe à la porte de mon bureau alors que je rassemble en vitesse mes affaires.
- Salut, je peux te...
- Désolé, j'ai pas trop le temps là. Je déjeune avec un possible investisseurs et je suis déjà à la bourre.
- T'as parlé à Harry ces derniers jours ? il demande quand même.
Je me fige en enfilant ma veste.
- Non, pourquoi ? Qu'est-ce-qu'il se passe ?
En fait, ça fait 4 mois qu'on s'est pas vus, et son dernier mail remonte au mois dernier.
- Parce-que moi non plus. Il ignore mes mails et appels. Je crois qu'il est entrain de nous planter, Louis.
- Mais non, il ne va pas...
- Il n'a rien écrit. Ça fait quatre mois ! Ok, on y va en douceur. Mais en quatre mois on a rien reçu. Dès que j'aborde le sujet il dévie, et maintenant il ne me répond carrément plus.
J'essaye de ne rien laisser paraître, mais c'est vrai que c'est étrange.
- Tu devrais lui parler.
- Je suis pas certain que...
Je vais pas dire qu'il fait la gueule depuis qu'il est venu signer son contrat... mais si en fait, il fait la gueule. Je ne voulais vraiment pas que ça se passe comme ça.
- Essaye quand même, il t'écoutera peut-être toi.
- Ok, je vais essayer.
* * *
Je m'arrête devant la grand portail et baisse la vitre pour appuyer sur l'interphone. Pas de réponse. J'insiste à nouveau, et enfin, il répond.
- Qu'est-ce-que tu veux ?
- Allez, ouvre-moi.
Il y a un long silence, puis finalement le portail s'ouvre. Je remonte doucement l'allée et me gare à côté de sa Range Rover. La maison est gigantesque, mais c'est pas une grande surprise. Comme je m'en doutais, Harry ne m'attend pas sur le seuil avec un grand sourire. La porte est bien fermée, alors j'appuie à nouveau sur la sonnette. Longtemps... jusqu'à ce qu'il se décide à ouvrir la porte d'entrée aussi. Harry porte un vieux jogging et un t-shirt déchiré, les cheveux complètement emmêlés dans un chignon approximatif. Ça fait bien quatre mois que je ne l'ai pas vu, et là je ne m'attendais pas à ce qu'il soit dans cet état.
- T'avais pas besoin de venir, je t'envoie les paroles dès que...
- Arrête de te foutre de moi, je le coupe aussitôt. T'as rien écrit. Je peux entrer ?
Il hésite, mais me barre la route avec son bras lorsque je fais un pas en avant.
- Non, c'est le bordel, je...
- Je m'en doute que c'est le bordel.
Il fini par laisser retomber son bras et me laisse entrer.
- Ah oui quand même, je ne peux pas m'empêcher de dire en entrant dans le salon.
La table basse, ainsi qu'une partie du canapé sont recouvert d'emballages de plats à emporter. Quelques bouteilles d'alcool, des verres, du bordel.
- T'envoie un message à ta femme de ménage, dis lui qu'elle aura un sacré pourboire si elle vient tout nettoyer maintenant. Puis tu vas prendre une douche et t'habiller. Pas de jogging, je t'emmène dîner. Faut que tu sortes d'ici.
- Pourquoi tu fais ça ?
- Je sais que t'as pas l'habitude, mais c'est comme ça que ça fonctionne chez Legends. Si un des artistes a besoin d'aide, on l'aide. Allez, dépêche-toi.
Il referme la porte d'entrée et se traîne à l'étage. Je me dirige vers la cuisine... qui n'est pas en meilleur état que le salon, et cherche les sacs poubelles. Je vais dégager le plus gros des déchets en attendant qu'il se prépare. Je jette les emballages vides, nettoyant déjà une partie du canapé.
Sous un coussin, je trouve un carnet en cuir. Il est ouvert, donc c'est pas comme si je fouillais. Il y a quelques bribes de paroles, quelques dessins approximatifs... Il a écrit, mais rien n'est aboutit.
On ne met pas de pression à nos chanteurs, mais lorsqu'ils ont besoin d'être secoués un peu il faut bien que quelqu'un le fasse. Ça fait quatre mois qu'Harry a signé chez Legends, et il a complètement disparu.
Je referme le carnet et le laisse sur l'accoudoir du canapé pour continuer à ranger.
Harry redescend au bout de vingt minutes, les cheveux encore un peu humides. Il porte un de ses slims et un t-shirt noir à manches longues.
- J'suis prêt. Eva arrive, t'étais pas obligé de...
- J'allais pas t'attendre sans rien faire. On emmène ça, je lance en lui donnant son carnet.
- T'as fouillé ?
- Il n'était pas très bien caché en même temps. Allez, on y va.
* * *
Le trajet s'est fait dans un silence absolu. Harry semblait plongé dans ses pensées, et je n'avais pas envie de le déranger.
- J'aurais dû m'habiller un peu mieux pour notre premier rencard, il lance alors que le serveur nous laisse une fois la commande de notre apéritif notée.
- Dîner professionnel, je le corrige.
Il fait une grimace et pince les lèvres avant de jeter un coup d'oeil au menu. Je referme le miens après l'avoir vaguement parcouru.
Le serveur revient avec nos cocktails. Un jus de fruits exotiques bourré de glaçon pour moi, et un genre de Pina Colada pour Harry. On donne notre commande, et le serveur repart vers d'autres tables.
- Ça ne te dérange pas ? il demande en remuant ses glaçons avec sa paille.
- De quoi ?
Il désigne sa boisson alcoolisée avant d'en prendre une gorgée.
- T'as prévu de monter sur scène ce soir ? Si c'est le cas, je ne suis pas au courant. Tu fais ce que tu veux Harry.
- Je parlais de toi, Louis, pas de mon patron.
- Non, ça ne me dérange pas. Plus depuis longtemps en fait.
Je prends une gorgée de mon cocktail et regarde Harry continuer de tourner sa paille dans le sien.
- T'as réussi à écrire quelque chose quand même.
- Rien d'intéressant.
- Tu me laisserais juger ?
- Tu n'as pas déjà lu quand j'étais sous la douche ?
- J'ai vu qu'une seule page.
Il me ressort le carnet qu'il avait glissé dans la poche de son manteau et le pose près de moi sur la table.
- J'ai essayé de bosser avec les paroliers que tu m'as conseillé... mais j'y arrive pas.
- Je pense que c'est parce-que tu n'as pas confiance. T'as beaucoup de chose à dire, j'en suis certain, t'as juste besoin d'aide pour les faire sortir, et que ça ressemble à une chanson. Mais tu donnes une part de toi en écrivant, tu dois avoir confiance en la personne qui t'aidera à mettre des mots corrects sur tes pensées.
Je commence à feuilleter le carnet, lisant les bribes de paroles, quelques titres.
You don't have to say you love me
I just wanna tell you somethin'
Lately you've been on my mind
But we're still young
I always think about you and how we don't speak enough
Tastes so sweet, looks so real
Sounds like something that I used to feel
But I can't touch what I see
We're not who we used to be
I'm out of my head
And I know that you're scared
Because hearts get broken
GOLDEN
We gotta get away from here
Stop your crying
Baby, it'll be alright
Lights up and they know who you are
What am I now ? What am I now ?
What if I'm someone I don't want around ?
On nous apporte assez rapidement nos plats, mais je continue de feuilleter. Harry me fixe avec appréhension. Je prends ma fourchette et picore dans mon assiette tout en continuant de lire.
You've got my devotion
But man, I can hate you sometimes
I just hope you see me in a little better light
Do you think it's easy being of the jealous kind?
We're not who we used to be
We're just two ghosts standing in the place of you and me
Trying to remember how it feels to have a heartbeat
Mes sourcils se froncent un peu sur ces paroles.
- Quoi ? s'inquiète aussitôt Harry.
- Rien.
- T'as froncé les sourcils.
Je le regarde et joue avec mes sourcils, ce qui ne le fait absolument pas rire.
- Détends-toi, ça va.
- Probablement un des moments les plus stressants de ma vie, il soupire en passant sa main dans ses boucles.
- Le contrat est déjà signé, je ne vais pas me rétracter, t'as pas à t'inquiéter.
- C'est pas le contrat qui m'inquiète.
Je tourne la page et pique dans une de mes frites.
I always think about you and how we don't speak enough
I don't ever tell you how I really feel
TWO GHOSTS
'Cause I can't find the words to say what I mean And nothing's ever easy
C'est n'est que ça sûr la moitié du carnet. Des dizaines et des dizaines de bribes de paroles. De belles paroles, qu'il faut juste assembler et placer sur une musique. Simon ne se rend pas compte du gâchis qu'il a fait en l'empêchant de travailler ses chansons.
- Je me suis trompé, t'as pas besoin de parolier. C'est pas en quelqu'un d'autre que tu dois avoir confiance, c'est en toi. T'as de quoi faire des chansons merveilleuses, si tu te fais confiance.
- Ça a l'air facile dit comme ça.
- Ça le sera, quand tu auras compris que tu écris pour toi et pour personne d'autre.
Je referme le carnet et pose mon regard sur le chanteur.
- Si t'as besoin d'aide je peux trouver d'autres paroliers.
- Je peux me débrouiller tout seul.
Mais qu'il est borné, c'est pas possible.
- Tu sais quand même que si t'as signé un contrat avec un nouveau label c'est pour continuer ta carrière ? J'ai dit qu'on mettait pas de pression, ok. Mais au bout d'un moment il va quand même falloir que tu sortes quelque chose.
Il soupire et se masse nerveusement la nuque.
- Je sais pas si je suis bon pour ça. J'arrive pas à tout connecter. J'ai des phrases qui viennent comme ça, et je les notes, au cas où. Toi je suis sûr que juste en lisant t'as déjà le fil conducteur d'une dizaine de chansons.
Même si il mélange tout dans son carnet, j'ai bien remarqué le lien entre certaines paroles.
- Arrête de nous comparer, c'est fini tout ça. On fonctionne pas tous de la même manière.
- Tu ne nies pas, ça veut dire oui, il rit doucement avant de finir son cocktail. Ce que j'ai écris t'inspires ?
- Je n'écris plus.
- Ça te manques ?
- Non, je suis bien assez occupé comme ça.
- Je ne t'ai pas demandé si tu t'ennuyais.
Je souris et continue de manger.
- Parfois, oui. Mais je sais que je ne rechanterais jamais, alors c'est une perte de temps.
- Plus jamais ?
Je secoue la tête et il baisse les yeux sur son verre vide qu'il fait tourner sur la table.
- C'est dommage... T'as une belle voix. Je peux te demander pourquoi ?
- Comme je l'ai dis, je suis bien assez occupé en ce moment.
- Ça ne te manque pas non plus ?
- De quoi ?
- Du temps libre. Tu cours partout, j'ai l'impression que tu bosses tout le temps.
- Au moins je suis occupé.
- Tu restes concentré sur une tâche que tu sais faire et ça t'évites de trop penser.
- Ne joues pas trop à ça, je ris en secouant la tête.
- A quoi est-ce-que je joue exactement ?
- Tu sais très bien.
Il essaye de m'analyser, et ça ne me plaît pas trop.
- Je veux juste essayer de comprendre pourquoi s'imposer tout ça alors que tu as une voix... incroyable.
Il me fixe, et pendant quelques secondes je me perds dans ses iris verts. Je me rends subitement compte à quel point il m'a manqué ces dernières semaines. A être trop occupé on passe à côté de certaines choses.
Je finis par sourire et penche légèrement la tête sur le côté en le regardant.
- Tu sais que c'est adorable quand tu fais le petit fan ?
Il éclate de rire, les joues légèrement plus rouges.
- Belle tentative pour éviter le sujet. Tu ne veux pas en parler ? Je n'insiste pas si c'est ça.
- C'est pas que je ne veux pas en parler, c'est juste... C'était une autre vie. Aujourd'hui c'est plus d'actualité pour moi.
- Tu sais... Je questionnai Simon parfois sur toi, sur comment tu avançais sur tes albums. Il a dû croire que j'évaluai l'adversaire.
- Où il avait comprit que tu étais dingue de moi, je ris en me servant de l'eau pétillante que j'ai demandé en même temps que mon plat au serveur.
Harry secoue ses épaules. Son regard se repose sur son carnet, puis sur moi.
- Tu penses vraiment que ça peut donner de bonnes chansons ?
- Des chansons merveilleuses, j'ai dit.
Il esquisse un sourire et passe sa main dans ses cheveux.
- Et pour répondre à ta question, je m'impose tout ça pour une bonne raison. La pression que j'ai aujourd'hui est différente de celle que j'avais il y a quatre ans. Et aussi, la grosse différence c'est que cette pression c'est moi qui me l'impose. Il n'y a personne au dessus de moi, je prends toutes les décisions.
- C'est ça qui te plais en fait, avoir le contrôle.
- Oui, enfin sur moi en tout cas. Je ne contrôle absolument pas mes artistes, ou...
- Non, tu ne contrôles personne. Ils ont confiance en toi, et font naturellement ce que tu demandes parce-que tu ne te comportes pas comme un dictateur et un tyran. Je trouve que tu as une manière plus motivante que contrôlante pour gérer tes chanteurs, et ça se ressent dans le travail qu'ils donnent.
- Donc tu vas m'écrire un album ? je plaisante en reprenant une gorgée d'eau pétillante.
- C'est prévu, il sourit. J'ai juste... besoin d'un peu de temps je pense. Pour mettre un peu d'ordre dans tout ça.
Il désigne son carnet du menton, et reprend sa fourchette pour manger. C'est vrai qu'à discuter, on en oublie nos assiettes. C'est tellement naturel, depuis notre toute première discussion. Il n'y a pas de blanc ou de silences involontaires.
- Si tu as besoin d'aide, je peux...
- J'ai pas besoin d'aide j'ai dit.
Je souris en observant sa petite grimace ennuyée.
- J'allais te proposer mon aide, mais si tu n'en veux pas...
Sa fourchette ripe dans le fond de son assiette, et il me regarde à nouveau.
- Tu as dit que tu n'écrivais plus.
- Je ne vais pas écrire tes chansons à ta place. Je peux juste t'aider "à mettre un peu d'ordre dans tout ça". On peut faire un essai en tout cas, si tu en as envie. Peut-être que ça ne fonctionnera pas, mais au moins j'aurais fait quelque chose.
Harry me fixe, semblant hésiter, puis il regarde son carnet. Sa main se pose dessus, et il passe son pouce sur une écriture que je n'ai pas réussi à déchiffrer car l'encre a bavé sur le cuir.
- Je pense que... il y a des chansons que je n'ai pas envie d'écrire avec toi, il chuchote prudemment, pour ne pas me vexer.
- On a tous notre jardin secret. On travaillera sur ce que tu veux, et si ça ne le fait pas on arrêtera. Faudra pas hésiter à me le dire, on ne peut pas collaborer avec n'importe qui pour ce genre de chose.
Je lui souris lorsqu'il repose son regard sur moi, et il me le rend. Ses joues sont encore légèrement rouges, et ses yeux brillent un peu.
- Merci.
* * *
Il est à peine 21h30 lorsque je raccompagne Harry chez lui. Il m'a donné le code qui déverrouille son portail sans même hésiter.
- Est-ce-que je peux te proposer de descendre prendre un dernier verre ou ça ne se fait pas pour les anciens alcooliques ? il demande lorsque je me gare près de sa voiture devant la villa.
Il semble réaliser ce qu'il vient de dire une fois qu'il a fini, et plaque sa main sur sa bouche.
- Pardon, je... je voulais pas le rire comme ça, je... Oh c'est pas vrai.
- Quoi ? je ris en coupant le moteur. C'est une question que tout le monde pourrait se poser, je comprends. Mais t'as pas besoin de prendre des pincettes avec moi sur ce sujet là, et "alcoolique" n'est pas un gros mot.
- Je suis désolé...
- Tu t'enfonces encore plus en t'excusant beaucoup trop. Ça va, Harry. Et je veux bien un dernier verre. On pourra jeter un coup d'œil à tes chansons en même temps.
Il acquiesce avant de descendre. Je le suis jusqu'à l'intérieur, et constate que sa femme de ménage est bien passée, et a fait des merveilles en à peine 2 heures. Le salon et la cuisine n'ont plus rien à voir avec ce que j'ai vu en arrivant tout à l'heure.
- Ne perds pas ta femme de ménage, je plaisante en retirant ma veste. Et n'oublie pas son bonus.
- T'inquiète pas, il rit en prenant ma veste pour l'accrocher dans un placard de l'entrée.
Il part dans la cuisine et ouvre le frigo.
- Tu veux un soda ? Ou j'ai du jus de fruit, café, thé...
- Je veux bien du thé, merci.
Je m'approche du piano à queue placé dans un coin du salon, près des grandes fenêtres.
- Je peux ? je demande en soulevant le couvercle du clavier.
- Pas besoin de demander, il répond depuis la cuisine en remplissant la bouilloire.
- Je sais que certains musiciens ne supportent pas qu'on touche à leurs instruments.
- C'est pas mon cas, je ne sais même pas jouer.
- C'est vrai ?
- C'est vrai. Je suis une immense arnaque. Je n'écris pas mes chansons et je ne joue d'aucun instrument.
Je lève les yeux au ciel et commence à appuyer sur les touches blanches. Ça fait bien trop longtemps que je n'ai pas touché un instrument. Je joue une mélodie que j'ai composé pour une de mes chansons il y a longtemps. J'ai commencé à une main, mais rapidement la deuxième court au dessus des touches. Harry pose le thé sur la table basse et s'assoit sur l'accoudoir du canapé pour m'observer.
- C'est vraiment du gâchis, il murmure.
Je m'arrête aussitôt de jouer et referme le couvercle.
- Je ne voulais pas t'interrompre, désolé...
- Même si tu ne joues pas, tu as une guitare au moins ? Parfois ça aide d'entendre la mélodie en même temps. Tu peux placer correctement tes paroles en fonction du rythme. Mais certaines personnes font l'inverse, d'abord les paroles et ensuite ils adaptent la mélodie. On peut tester et voir ce qui te conviens le mieux.
- J'ai une guitare.
Il se redresse et se dirige vers l'escalier.
- Sers-toi du thé en attendant.
Je m'approche du canapé et m'assois en face du plateau pour verser l'eau bouillante dans un des mugs. Mon portable vibre dans la poche de mon slim. Je le sors après avoir plongé mon sachet dans l'eau. C'est Michael. Je soupire et jette un coup d'oeil à l'escalier avant de décrocher.
- Allô ?
- T'es pas chez toi ? Je pensais qu'on aurait pu dîner tous les deux...
- Non, et je ne vais pas rentrer maintenant. J'ai déjà mangé en plus.
Il soupire, et je sens bien qu'en ce moment il arrive à sa limite. Je me racle la gorge et me mets debout pour sortir sur la terrasse.
- Tu sais, si... si t'as envie de voir quelqu'un d'autre, ça ne me dérangerait pas. Je comprendrais même. Je suis pas souvent disponible, et... bah je comprendrais.
Harry redescend avec un étui à guitare. Il me voit aussitôt dehors et comprend que je suis au téléphone.
- Toi tu vois quelqu'un d'autre ?
- Non, je réponds aussitôt en fermant un peu plus la baie-vitrée. Et j'en ai pas envie. Mais je veux dire... on s'est jamais dit qu'on était exclusif, on un truc comme ça. Tu fais ce que tu veux, du moment que tu ne me fais pas prendre de risque.
- Ouais, je sais.
Mais ça ne lui plaît pas, je le sens au ton de sa voix.
- J'ai toujours été clair sur ce que je voulais. Tu ne peux pas dire que je t'ai induis en erreur ou fait croire quelque chose qui n'existait pas.
- Je le sais très bien, je ne te reproche rien.
- Bien... on peut en reparler une autre fois alors ?
- D'accord. Je te laisse alors, bonne soirée.
- Toi aussi.
Je raccroche et retourne à l'intérieur.
- Tout vas bien ? me demande Harry en prenant une gorgée de son thé.
- Oui, excuse-moi.
- Pas de soucis.
Je referme la baie-vitrée et viens m'asseoir sur le canapé. Harry a laissé la guitare entre nous. Elle est magnifique. Noire, avec la lune et de petites étoiles. Sur le bas, il y a un renard bleu, ou plutôt un fennec vu les cactus ça doit se passer dans le désert.
- C'est personnalisé ? je souris en la prenant contre moi. Elle est très belle.
- Un cadeau de ma mère.
Je place mes doigts sur les cordes, et touches les cordes. Le son qui sort ne me plaît pas trop.
- Elle aurait pu te la faire accorder.
- J'ai essayé de le faire moi-même. Les tutos sur Youtube sont vraiment incompréhensibles.
Je ris doucement et m'installe un peu mieux dans le canapé pour l'accorder. Je me concentre sur les accords, remonte un peu les cordes. Harry fait semblant d'être concentré sur son carnet, mais je sens bien son regard sur moi.
- J'ai vu quelques notes dans ton carnet. C'est pour une chanson en particulier ?
Je relève la tête et nos regards s'accrochent aussitôt.
- J'aimerai vraiment... t'entendre jouer quelque chose avant. Si t'es d'accord bien sûr.
Il s'enfonce dans les coussins du canapé et m'observe, les bras croisés sur son torse.
- J'ai pas joué depuis longtemps, alors...
- Ça sera toujours mieux que ce que je peux jouer, il plaisante, sans me quitter des yeux.
Je l'observe pendant quelques secondes, puis place mes doigts sur les cordes. J'enchaîne quelques accords, et il reconnaît aussitôt vu le sourire qu'il a aux lèvres.
- Si je joue pour toi, tu pourrais chanter pour moi.
Il inspire doucement et ferme les yeux. Mon regard ne quitte pas son regard, alors qu'il commence à chanter.
- If I could fly, I'd be comin' right back home to you.
Je pense que c'est une de ses meilleures chansons. Que ce soit en paroles, qu'à la façon dont il pose sa voix.
- I've got scars. Even though they can't always be seen. And pain gets hard. But now you're here and I don't feel a thing.
Je bute sur un accord, comme un idiot. Harry le remarque, je le vois à son léger froncement de sourcils et au petit sourire qui étire ensuite ses lèvres, mais il ne dit rien. Il continue de chanter, les yeux fermés. Sur le dernier refrain, il force un peu sur sa voix, et ça me donne des frissons. Cette douceur et cette force qu'il dégage, c'est impressionnant.
Il arrête de chanter, et j'arrête de jouer. Un silence assez léger nous enveloppe, je continue de l'observer. Les yeux toujours fermés, il semble concentré.
Harry finit par se redresser. Il récupère son carnet sur la table et l'ouvre. Il sort un stylo coincé entre les pages et note quelques mots. Je le laisse écrire, et recommence à jouer des accords différents. Une de mes chansons cette fois.
- Merci, il chuchote finalement. De faire tout ça.
Je lui souris, et me rapproche un peu.
- Alors, sur quoi t'es prêt à travailler ?
***
Bonjour 😀
J'espère que ce chapitre vous a plu !
Quoi de mieux que la musique pour se rapprocher ? 😏😏
#LEGENDSfic
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