CHAPITRE 2

- Tu vas vraiment l'engager ? demande Michael en s'approchant des baies-vitrées de mon bureau. 

- J'en sais rien. Je verrais comment se passe notre rendez-vous. Comment il se comporte surtout.

Je prends une gorgée de mon thé et repose la tasse près de mon ordinateur.

- Pourquoi tu me poses cette question ? Tu crois que j'arriverai pas à gérer un chanteur avec cette popularité ? je demande en me levant pour ranger un peu mon bureau.

- Non, pas du tout, il rit en se rapprochant, se collant contre mon dos. Tu vas assurer. Seulement... il est plutôt beau-gosse, et vous vous connaissez déjà et...

- Quoi ? j'éclate de rire en me tournant pour lui faire face. Mais qu'est-ce-que tu racontes ?

- Vous bossiez pour le même label au même moment. Tu ne vas pas me dire que vous ne vous êtes jamais rencontrés. Ni que tu ne le trouves pas canon.

Mon rire s'éteint, et mon sourire se fane légèrement. Le dessus de ma main me tire un peu, et je frotte ma cicatrice sans vraiment le contrôler. Ce foutu tic.

- Avant samedi je ne lui avais jamais parlé. On s'est croisés évidemment, mais c'est tout. 

Simon nous a toujours maintenu à distance, et je comprends peut-être un peu pourquoi maintenant. Mais ça ne l'a pas empêché de me mettre la pression et d'instaurer un genre de compétition. Qui rapportera le plus ? Le vieux complètement camé ou le jeune mignon et adorable ? Harry n'avait que 16 ans, presque 17 lorsqu'il a été repéré. Moi j'en avais 22 à ce moment là, et déjà 3 ans de carrière pourtant il m'a vite rattrapé niveau popularité.

- Et oui, il est indéniablement beau, comme énormément de personnes qui ont signés avec Legends, alors... c'est pas comme si je n'avais pas l'habitude ou que ça allait changer quelque chose à ma façon de travailler.

- Non, c'est vrai... t'es très professionnel, surtout avec tes employés, il pouffe avant de m'embrasser.

- Va te faire foutre, je ris en le repoussant. Tu devrais y aller, il ne va pas tarder.

- Mmh, j'y vais... T'as déjà une idée pour son agent ?

Je l'attendais celle-là...

- Non, pas encore. Faut que j'y réfléchisse, et que j'en discute avec lui... si on signe.

Mais je sais déjà que je ne lui confierais pas Harry Styles.

- Il va signer. T'es le mieux placé pour savoir ce dont il a besoin.

- C'est lui qui est venu vers moi, je sais qu'il va signer. Maintenant il faut que je sache si je me sens capable de m'en occuper.

- Ça me plaît énormément quand tu joues les difficiles comme ça, il sourit avant de m'embrasser. On se voit ce soir ?

- Je sors avec des potes, je réponds en secouant légèrement la tête.

- J'ai compris. A demain alors.

Il prend mon menton entre ses doigts et presse ses lèvres contre les miennes. Le téléphone de mon bureau sonne. Je tourne la tête et vois que c'est la ligne de Liam, mon secrétaire. Je me penche et appuie sur le bouton.

- Oui Liam ?

- Monsieur Styles vient d'arriver.

- D'accord, il peut entrer. Tu peux me rapporter un thé ? Et propose lui quelque chose, merci.

- Je sais faire mon travail, mais merci.

- Excuse-moi, je ris avant de raccrocher.

- Appelle-moi si tu changes d'avis, murmure Michael.

J'acquiesce et me recoiffe un peu alors qu'il récupère sa veste de costume. Lorsqu'il sort du bureau, Liam arrive accompagné par Harry.  Il a l'air tout aussi nerveux que samedi soir.

- Je vous rapporte vos thés.

Liam repart dans le couloir alors que le chanteur s'approche pour me serrer la main.

- Monsieur Tomlinson.

- Louis, je le corrige aussitôt en le lâchant. Assieds-toi.

Je lui désigne le coin "salon" de la pièce. Je préfère discuter avec mes -potentiels- chanteurs ici, c'est beaucoup moins formel qu'un face à face avec un bureau entre nous. Alors qu'il s'installe sur le canapé, je récupère mon iPad avant de m'asseoir sur le fauteuil le plus proche de lui.

- Alors, j'aimerai qu'on parle de certains points si ça ne t'embête pas. Si quelque chose te dérange, n'hésite pas à le dire et on en discutera. Rien n'est encore signé, si tu te rends compte que ma manière de travailler ne te conviens pas ou que tu changes d'avis tu es libre de partir et de chercher ailleurs. 

- Je ne pense pas, mais d'accord.

Mon secrétaire revient et dépose nos thés sur la table basse. Harry et moi le remercions en même temps alors que Liam récupère les deux tasses vides sur mon bureau avant de sortir. Lorsque la porte se referme, je déverrouille la tablette avec le stylet.

- Ça ne t'embête pas si je prends des notes ? je demande en ouvrant le fichier avec les points importants et les questions que je dois lui poser. 

- Pas du tout.

- T'es nerveux ? je souris en le regardant. T'es moins bavard que samedi soir.

Il esquisse un sourire et acquiesce.

- Un peu. C'est comme un entretien d'embauche au final.

- Sauf que c'est moi qui le passe, là.

- Je suis censé te convaincre que je...

- Non, je le coupe en secouant la tête. Ça ne marche pas comme ça. Je t'explique comment on fonctionne, et tu vois si ça te convient. Tu as le choix, Harry. C'est pas le chanteur qui a besoin d'un producteur, c'est l'inverse.

Ses iris verts me fixent, et lorsqu'ils commencent à briller légèrement, il tourne la tête de l'autre côté. Pendant une fraction de seconde, je le vois assis au sol des toilettes de l'O2, les yeux baignés de larmes. Je perds un peu mon sourire et ferme l'iPad que je pose sur l'accoudoir. Je sens qu'avec Harry ça va être différent, je ne peux pas lui parler comme à un nouveau qui découvre totalement le milieu.

- J'imagine bien que ce n'est pas ce qu'on t'a répété pendant 7 ans, mais moi c'est comme ça que je vois les choses. Legends n'existerait pas sans artistes.

Je lui laisse quelques secondes pour se reprendre, avant de continuer.

- Quoi qu'il se soit passé avant, ça ne se reproduira pas ici.

- Tu peux arrêter de tourner autour du pot, tu sais très bien ce qu'il m'est arrivé... ce qui nous arrive à tous dans ce milieu. Tu as vécu la même chose. La pression, constamment. Sa voix dans ta tête qui...

Il souffle profondément et prend son visage entre ses mains.

- Excuse-moi.

- Tu devrais prendre rendez-vous avec un spécialiste. Si tu pense que tu peux t'en sortir tout seul tu te trompe. Je l'ai pensé aussi pendant des années, et comme tu le sais mon auto-médication ne m'a pas vraiment aidé.

Harry lâche un léger rire, comprenant que je plaisante.

- Je le ferais.

J'hoche la tête et récupère mon thé pour en boire une longue gorgée.

- Bien. A propos d'auto-médication... j'aimerai que tu sois honnête en répondant à cette question. Est-ce-que tu as des addictions ? Si c'est le cas, je ne demande pas pour t'obliger à aller en désintox. T'as pas besoin du discours moralisateur, je veux juste être au courant. 

- Parfois je prends des champignons hallucinogènes, pour m'aider à écrire. Mais c'est pas une addiction, ça arrive surtout avant la deadline, si jamais j'ai pas terminé.

- La fameuse deadline, je chuchote en esquissant un sourire. Un album tous les 10 mois, c'est ça ?

- A peu près.

- Ok, alors pour la drogue on ne l'interdit que les jours de concerts, pareil pour l'alcool. Il n'y en a pas dans les loges. Si on a des doutes, on peut te faire passer un éthylotest ou un dépistage sans te prévenir à l'avance. Si il est positif, tu ne montes pas sur scène et tu rembourseras de ta poche chaque place. Si c'est un incident qui se reproduit plusieurs fois, on mettra certainement fin au contrat. Monter sur scène ivre ou défoncé, c'est interdit, retiens le. En dehors de ces moments, on ne peut pas t'empêcher de faire ce que tu veux. Pour les deadlines, je n'en impose pas. Je préfère la qualité à la quantité. C'est toi qui sens quand ton album est prêt à être enregistré. Mais du coup... tu écris maintenant ?

Il est légèrement surprit par ma question, et jette un coup d'œil à mon pouce que je passe sur ma cicatrice.

- C'est récent. Sur un album d'une dizaine de chanson j'en écris 2 ou 3.

- Tu veux bien me faire écouter une que tu as écrites ?

Il prend son portable et ouvre Spotify. Une musique assez douce envahie la pièce, et je me concentre sur les paroles.

- If I Could Fly, c'est le titre.

- Elle est très belle. Si on ne met pas de deadline pour les albums, c'est aussi parce-qu'on privilégie des chansons écrites par le chanteur. Tu peux collaborer avec un parolier, mais ça doit être juste une aide. Tu es capable d'écrire des chansons, et tu le fais même très bien. Alors écris tes chansons. Le public le sens quand tu crois en ce que tu chantes.

- Ça ne sera jamais aussi bien que les tiennes.

J'ai écris absolument toutes mes chansons, c'est la seule chose que j'ai réussi à imposer durant ma carrière. Je ne me voyais pas chanter les paroles de quelqu'un d'autre. Je crois que c'est ça qui m'a fait tenir aussi longtemps. Je montais sur scène pour chanter ce que je ressentais, les mots avaient un sens pour moi. Mes fans adoraient, alors Simon n'a rien trouvé à dire.

- C'est pas une compétition, et de toute façon je ne suis plus dans la course. Tu as des questions par rapport à ça ?

Il secoue la tête et prend une gorgée de son thé.

- On continue alors.

Cette fois je reprends ma tablette pour être sûr de ne rien oublier.

* * *

- Et à propos de mon image médiatique... 

- Tu fais ce que tu veux. Du moment que ça reste légal et que... enfin rien qui ai quelque chose à voir de près ou de loin avec la zoophilie, pédophilie... pas de meurtres non plus. Enfin voilà les grandes lignes. Moi je ne t'imposerai rien. Pas de fausses relations, pas de scandale pendant les promos pour faire la une. Après c'est à toi de te mettre d'accord avec ton manager. Comment il s'appelle déjà ? Evidemment il va falloir en changer, vu qu'il est lié à Syco... J'ai quelques personnes à te recommander si tu veux.

- Jeff Azoff. Et oui, si tu as des noms, je les veux bien.

Pendant quelques secondes je me perds dans ses yeux... et je divague. Ça fait une bonne heure qu'on discute, c'est la première fois qu'on passe autant de temps ensemble et ça me perturbe un peu.

C'est vraiment une très mauvaise idée. Je ne peux pas travailler avec lui. Dès que mon regard se pose sur lui, ça me rappelle une époque que je préférerai oublier. En même temps, j'ai envie de l'aider, de lui donner la possibilité de faire tout ce qu'il veut sans avoir à s'inquiéter des conséquences... et je sens déjà que ça va me coûter cher, pas que d'un point de vue financier.

- Louis ?

- Pardon, je... écoute, j'ai bien noté tout ça. Je vais réfléchir, et je te recontacte d'ici la fin de la semaine pour te dire si on signe ou pas.

- Quoi ? il lâche, choqué. Mais je... Je pensais que c'était bon. Pour moi ça l'est, c'est toi que je choisis. J'ai pas besoin de réfléchir ou de comparer les autres labels. C'est toi que je veux Louis. Pourquoi t'as besoin de réfléchir ?

J'ignore le frisson qui me parcourt en entendant ces mots, et me racle la gorge.

- C'est ce que je fais avec chaque nouveau chanteur.

- Tu te demandes si je vais te rapporter assez ? Mes derniers chiffres sont dans le dossier que je t'ai envoyé par mail, c'est...

- C'est pas ça.

- Quoi alors ? Je réponds aux deux critères de ton label : je chante, et je ne suis pas hétéro.

- C'est pas les seuls...

Je me tais en entendant le téléphone de mon bureau sonner. Je m'excuse et me lève pour décrocher.

- Oui, Liam ?

- Ton prochain rendez-vous est là.

- Merci, fais le patienter deux minutes.

Je raccroche et reviens près d'Harry.

- Mon rendez-vous est arrivé, et nous on a fini. Comme je te disais, je réfléchis et je te recontacte en fin de semaine. Toi de ton côté, réfléchis aussi. Tu sais ce que ça implique de signer chez moi quand on n'a pas encore fait son coming-out.

- Tu as dit que c'était moi qui décidait. J'ai décidé. C'est tout réfléchis pour moi.

Je me retiens de souffler et tourne la tête pour éviter son regard suppliant.

- Je te rappelle.

- Non... Louis, il soupire en se levant. Je ne peux pas continuer comme ça. Tu sais ce que c'est de bosser pour eux, pour lui...

Mes sourcils se froncent légèrement et je le regarde à nouveau.

- C'est pour ça que tu veux signer chez moi ? Parce-que j'ai bossé pour Syco ? Tu te dis que ce serait amusant de relancer ta carrière avec un de leur ex client ? Est-ce-qu'au moins t'es vraiment...

Je laisse ma phrase en suspend, ne sachant pas comment la finir. Harry doit pourtant comprendre, car ses yeux s'écarquillent subitement.

- T'es sérieux là ? Quoi ? Tu veux que je te suce là pour te prouver que je ne suis pas hétéro ? 

Ok, il s'emporte rapidement visiblement.

- Ça ne sera pas nécessaire...

- Je t'ai choisi parce-que je veux continuer de chanter et monter sur scène, sans avoir à cacher qui je suis. Oui, que tu ai travaillé pour Syco c'est un plus, car tu sais exactement ce que j'ai vécu. Tu peux donc comprendre que je ne veux plus travailler dans ces conditions. Putain mais qu'est-ce-que tu veux de plus ?! il s'écrie subitement.

Je me fige complètement et sens les battements de mon cœur s'emballer.

- J'appelle la sécurité si tu ne te calme pas maintenant. Hausse encore une fois le ton sur moi et tu te démerderas tout seul. 

Je lui ouvre la porte de mon bureau, lui faisant comprendre de partir.

- Je te recontacte.

- Ouais, c'est ça, il marmonne en sortant. Ok, attends.

Il se retourne vers moi, le visage fermé mais bien plus calme.

- Un jour, dans une interview tu as dit que tu savais ce que c'était de devoir faire attention à tout ce que tu fais, de suivre les ordres, de... tu sais. Tu n'as pas trouvé ce dont tu avais besoin chez les autres. Alors tu l'as fait, tu as ouvert ton propre label. Tu as créer ce dont j'avais besoin à 16 ans. Tu donnes sa chance à tout le monde, sauf à moi ? Tu ne peux pas me fermer la porte maintenant.

Je ne sais pas quoi dire. Il a plutôt raison. Si nos places étaient inversées, je n'aurais pas supporté qu'il ne m'aide pas. J'aurais... je crois que j'aurais tout laissé tomber. Je continue de le regarder, et tente de ne pas craquer.

- Comme je l'ai dis, je te recontacte en fin de semaine. Ne fais rien de débile en attendant, t'es toujours sous contrat avec Syco, je chuchote.

- Ouais, il souffle en se reculant. 

Je le suis du regard jusqu'à ce qu'il entre dans l'ascenseur. Il ne lâchera pas l'affaire... 

- Monsieur Tomlinson, m'interpelle doucement Liam.

- Une seconde.

Je referme la porte de mon bureau, tentant de contrôler ma respiration. Je ne sais pas si je vais réussir à gérer ça.

* * *

La nuit tombe sur Londres. Je dois rejoindre mes potes d'ici quinze minutes à notre QG. Je fais tourner mon portable entre mes doigts, retardant le moment où je vais l'appeler.

Ça m'a prit la tête toute la journée. Je ne peux pas signer de contrat avec Harry Styles. Il est trop instable, trop perdu, trop... moi il y a quatre ans. Je ne me sens pas assez fort pour faire face à un deuxième moi.

J'inspire profondément et déverrouille mon portable. Je cherche son numéro dans mon répertoire avant de l'appeler. Je suis sûr de moi, alors il ne vaut mieux pas laisser ça traîner et lui donner de faux espoirs. Je n'aurais même jamais dû lui accorder un rendez-vous.

- Allô ? Louis ?

Je me concentre pour essayer d'assembler mes mots.

- Oui, c'est moi. Je... Bon, je ne vais pas y aller par quatre chemins... Je ne peux pas te proposer de contrat, je suis désolé. Mais je peux te conseiller d'autres labels. Ils sont biens, et tu...

Il raccroche. Je souffle et repose mon portable sur le bureau. Je savais qu'il réagirait comme ça... au moins, c'est fait. Harry Styles a fait un passage éclair dans ma vie, maintenant il va en ressortir.

***

Bonsoir 😌 bon, Harry pousse un peu les limites de Louis, mais il ne va lâcher l'affaire ne vous inquiétez pas 😉

#LEGENDSfic

Bạn đang đọc truyện trên: AzTruyen.Top