Chapitre 34
Marcus venait m'apporter un petit fond de sac de sang tous les deux jours. Du moins, ça, c'est lui qui le disait. Moi, je n'avais aucun moyen de mesurer le temps, alors je n'avais pas le choix de le croire. Mais, qui sait, peut-être qu'il disait deux jours alors qu'en réalité, c'était trois, une petite tactique pour pouvoir me garder prisonnier plus longtemps sans que je ne me doute de rien.
C'était peut-être une petite vengeance de mon subconscient pour m'être ouvert à ce point à Marcus, mais la voix dans ma tête ne me quittait plus deux secondes. On en était presque rendu à parler comme de bons amis, commentant les quelque sujet de mon malheur ; Moi, retenu prisonnier ; Anou qui n'a pas essayer de me retrouver ; les cauchemars sur ma famille - là-dessus, un jour, j'avais crié tellement fort que Marcus avait débarqué à pleine vitesse, déboulant les dernières marches. Il croyait que j'étais en train de me faire dévorer par un loup-garou. Et il ne plaisantait pas ; il était sérieux. Apparemment, il a déjà eu un ami qui s'était fait dévorer par un loup-garou, un ami qui habitait cette maison. Va savoir comment un loup-garou aurait pu entrer sans que personne ne s'en rende compte ? Je lui avais demander à quoi il ressemblait. À un loup ordinaire, mais beaucoup, beaucoup plus gros. J'avais beau être parfaitement conscient que les vampires, fantômes et démons existent, le fait que je n'avais jamais vu de loup-garou me faisait douter malgré moi de leur existence. Ce que je trouvais ridicule ; c'était comme douter de l'existence des girafes parce qu'il n'y en avait pas au zoo que j'avais visité, deux ans plus tôt...
Mais je suis sûr qu'Anou serait parfaitement capable de se faire passer pour un loup-garou. Puisqu'il peut se faire passer pour tout et n'importe quoi.
Je me fis réveillé par le bruit de la porte qui s'ouvre. Même sans ouvrir les yeux, je savais déjà que c'était Marcus ; c'était le seul à me rendre visite, au deux jours. En guise de bonjour - ou de bonne nuit -, il me disait un chiffre. Le nombre de jours qu'il me restait à passer dans se trou.
- Trois ! dit-il avec un grand sourire, tout en m'ouvrant une poche de sang.
- Trois ? répétais-je, encore endormie. Tu ne viens plus au deux jours ?
- Pour ce qu'il te reste de temps, une poche pleine par jour. Il faut te remettre en forme, un peu, ou quand je te détacherais, t'auras jamais la force de monter les escalier, et j'ai pas envie de te porter.
Je ne répondis rien à ça, même si j'en étais bien contant. J'étais trop occuper à boire le sang dans la poche, que Marcus tenait pour moi.
- Tu te rappelles, le chat gris dont tu m'avais parler ?
J'écarquillais les yeux sous la surprise, m'étouffant avec ma gorgée de sang. Qu'est-ce qui était arrivé à Anou ?
- C'était un peu ton animal domestique, non ?
J'avais envie de répliquer : « je ne possède pas Anou, c'est un ami, pas un serviteur ! », mais je m'en retins, jugeant que ce serait suspect.
- Oui, dis-je à la place de tout le reste. Pourquoi ?
- Je l'ai vue, hier soir. Il s'appelle Anou, pas vrai ?
- Je ne t'ai pas dit son nom, dis-je, commençant à stresser.
- Mais c'est son nom ? Celui que j'ai vu avait un collier avec une plaque où il était écrit Anou.
- Qu'est-ce que tu lui as fait ?
Marcus eu un moment de silence, ce demandant visiblement pourquoi j'irais à penser qu'il pourrait faire du mal à un chat. Puis il rit, comme si je n'avais dit qu'une blague, ou que j'avais drôlement formulé ce que je voulais dire.
- J'ai essayé de le prendre, j'avais pensé que tu serais heureux de le retrouver, mais il ne m'a pas laisser approcher. Il se défend bien, ce petit diable, il m'a griffé le bras entier jusqu'au sang, avant de s'enfuir. (Là-dessus, il leva le bras, comme pour me prouver le fait ; il n'y avait plus aucune marque, mais je savais que ça ne voulait rien dire. Marcus, comme tous les vampires - sauf moi, dans le moment présent - pouvait guérir très vite.) J'ai essayé de le suivre, mais au tournant d'une ruelle, il avait disparu... fort et rapide, c'est un bon chat que tu t'es trouvé là, dit-il en riant.
- Ouais... c'était un bon chat, dis-je en baissant la tête.
- Sois pas triste, ça veut dire qu'il est en ville, pas trop loin. Tu le retrouveras surement quand tu pourras sortir, dans trois jours. Il a pas voulu m'approcher, mais il ne me connait pas, non plus. Toi, il te connait, il va t'approcher.
Une tape amicale sur la cuisse, comme à chaque fois, puis Marcus partie, me laissant seule pour un autre vingt-quatre heure. Et maintenant, deux fois plus qu'avant, j'avais hâte de sortir. J'avais hâte de revoir Anou.
Je te l'avais dit, qu'Anou ne t'avais pas abandonné.
- Oh, tais-toi, pour une fois, chuchotais-je.
Jamais.
Je laissais échapper un rire, trop contant d'avoir la certitude de retrouver Anou dans trois jours pour être en colère contre cette voix.
De faite, le jour après et après, Marcus venait avec des poches de sangs entières, contrairement à avant où je n'avais qu'un fonds de sac, pour me remettre en forme. Maintenant, quand j'essayais de me libérer par moi-même de mes liens, j'entendais le métal crier. Mais, bien sûr, il ne cédait pas. De toute façon, à un jour de ma libération, ce n'était plus vraiment le temps de tenter une évasion.
Puis, finalement, Marcus ouvrit la porte et descendit les escaliers, cette fois avec deux poches de sang pleine, criant zéro !
Il posa les sacs sur mes genoux, pour ne pas les mettre directement dans la poussière, puis alla derrière moi pour me libérer. J'entendis la clé cliquetée contre le métal de mes menottes, et les menottes contre le poteau. Puis les menottes tombèrent au sol. J'étais libre, enfin ! Enfin... presque libre.
- Voilà, lèves-toi, maintenant ! dit Marcus, et même s'il était toujours derrière moi, hors de mon champ de vision, je savais qu'il souriait.
Non que je n'en eusse pas envie, j'avais plus envie, sur le moment, de boire le sang. Deux poches, venant de Marcus, c'était une première. Ensuite, encore moins pour lui désobéir, je me couchais sur le sol, en position d'étoile, et étirait mes membres autant que je le pouvais. J'étais aussi raide que le poteau sur lequel j'avais été attaché pendant vingt-cinq jours. Au bout d'un moment, je voulu me relever, mais j'étais coincé. Peu importe que je vinsse tout juste de boire deux poches, le fait que j'étais resté immobile plus de six-cent heures d'affilé dans une position inconfortable avait le dessus. J'étais trop raide, pire qu'un robot qui manquait d'huile...
- Va falloir que tu m'aides, j'arrives plus à me relever ! dis-je, riant à moitié.
Marcus apparût devant moi et m'attrapa les mains, m'aidant à me relever. Chaque petit mouvement me faisait souffrir, mais je serais les dents, jugeant que je criais déjà assez dans mon sommeil, je n'avais pas besoin de crier pendant la nuit en plus. Une fois debout, je restais accrocher au bras de Marcus un moment, pliant et dépliant lentement les jambes, essayant de reprendre des sensations. J'en étais rendu à ressentir des fourmis dans toute mes veines, et pour la première fois depuis l'époque où j'étais vivant, je sentis mon cœur bouger - pour de vrai. C'était les fourmis qui me démangeait, mais il ne battait pas. Reste toujours que je le sentais bouger.
Quand je me sentis enfin capable de tenir debout par moi-même, je lâchais les bras de Marcus et fit des mouvements avec les bras, cette fois. Marcus me présenta l'escalier, m'incitant à la grimper, je perdis pied à la quatrième marche et m'affalait de tout mon long, le montons contre une marche. Ce qui me fit éclater de rire. Ressentir quelque chose de différent, après tout ce temps, même si c'était un mal, me faisait du bien.
- Ça va ? demanda Marcus, essayant d'être compatissant, mais mon rire le contaminait.
- Ça fait vingt-cinq jours que je me suis pas sentis aussi bien !
- En étant affalé dans les escaliers ?
Je me relevais péniblement, les deux mains sur la ridelle, puis montrait mon sourire à Marcus, qui lui éclata de rire encore plus fort. Il sortit un mouchoir de sa poche - le genre vieux jeux, en tissu, et pas le kleenex, ce qui pouvait au moins me donner une petite idée sur son âge -, puis me le tendis.
- Tu t'es ouvert le menton.
Je passais mes doigts sur mon menton, pour voir ; je sentis la plait se refermer au même moment. J'essuyais mon sang avec le mouchoir, puis continuais mon chemin vers la porte. Vas savoir pourquoi j'étais si joyeux - être enfin libre de mes mouvements en était une cause très importante, c'est certain, il reste toujours que j'étais ici, chez les vampires, avec Marcus derrière moi, sans Anou, et je venais quand même de passer vingt-cinq jours immobile ! Et moi ? J'étais joyeux.
Puis je passais la porte de la cave, continuai le petit corridor dans lequel j'étais, puis débouchais devant le salon. Avant même d'y arriver, je savais qu'il y avait au moins deux ou trois personne là. Je n'avais pas vraiment envie de les voir, mais c'était le seul chemin qu'il m'était possible de prendre. Mais quand j'arrivais dans le salon et que je vis, tassé l'un contre l'autre dans le petit salon les quatorze autres vampires, alors que seulement deux ou trois parlaient pour que je les aie entendus, toute ma joie s'évanoui d'un coup. Les vampires ne dirent plus un mot, me regardant sans trop savoir quoi faire, autre que me regarder, quatorze paire d'yeux rouges et lumineux braqué sur moi, j'eux soudainement une terrible envie de retourner m'enfermer dans la cave. Marcus dû comprendre mon envie de partir d'ici au plus vite, car, plus rapide que moi, il mit ses mains sur mes épaules, serrant bien fort pour m'empêcher de bouger.
- Je veux que ce soit claire pour tout le monde, dit-il d'une voix forte. Je ne veux pas que vous lui fissiez du mal, que ce soit physique ou verbal, d'aucune manière. Soyez gentils avec lui !
- S'il est gentil avec nous, répondit Seb.
Plusieurs approuvèrent de la tête, et l'un d'entre eux, dénommé Max (pour Maxence) prit la parole :
- Donc, je vais être gentils avec toi, Jayden. Je vais te faire une faveur. Couteau ou pistolet ? T'as surement envie de tuer quelqu'un. Je vais t'aider, tien, se sera très gentils. Je vais aller chercher l'arme du crime pour toi, pour que t'ai pas à aller le chercher toi-même.
Max fit mine de se lever, et plusieurs éclatèrent de rire, dont Seb qui riait le plus fort, même exagérément. Je me sentis trembler sous le coup de la peur ; Marcus a beau être le chef, si les autres ne sont pas d'accord avec lui, ils ne se gênent pas à le démontrer.
J'essayais de me dégager des mains de Marcus, mais il me retint contre lui.
- Tu le pense pas, Max.
- Bien sûr que non, Marcus, répondit-il en inclinant la tête, toujours un grand sourire au visage.
- Jayden ne va faire de mal à personne, si bien sûr personne ne lui fait du mal. Pas vrai, Jay ?
J'essayai de répondre oui, pour lui faire plaisir, mais j'étais apparemment replonger dans mon mutisme. Ce que Max venait de dire, ça m'avait, au contraire, fait très mal. Je fermais les yeux et serrais les dents pour m'empêcher de pleurer, et du même coup ne plus les voir, mais je les entendais toujours rire.
- Pas vrai, Jayden ? répéta Marcus, en appuyant bien chaque syllabe, comme un message caché pour dire : Allez, répond quelque chose !
Sans pouvoir parler, je hochais timidement la tête. J'entendais toujours les rires, et j'avais plus que jamais envie de partir d'ici. Oui, s'il ça aurait été ma seule chance de sortir d'ici, je l'ai eu tous tué jusqu'au dernier. Je n'arrive pas à croire que j'ai pu endurer la vie ici pendant plus de dix mois !
Je me sentis tirer par le bras, et j'ouvris les yeux pour me rendre compte que c'était Marcus qui m'entrainait loin des autres. Il m'entraina dans sa chambre, qui était à l'autre bout de la maison et qui, avec un peu de chance et si on parlait assez bas, les autres ne pourront pas nous entendre.
- Qu'est-ce que tu fais, là ? chuchota Marcus, ses mains encore et toujours sur chacune de mes épaules. Tu pourrais au moins essayer de faire une bonne impression !
- Et eu, alors ? répliquais-je, et je sentis encore des larmes couler de mes yeux, encore une sainte fois. Ce que Max à dit...
Je n'aurais même pas sus terminer ma phrase, ne trouvant pas les mots pour ce que je ressentais, mais Marcus prit la relève, autant qu'on peut dire qu'il me coupa la parole :
- Je le sais bien, mais Max, eh bien... c'est Max. Il a peur de ce qui pourrait arriver, c'est normal, tu as... enfin, t'as déjà tué Quirin, et il n'as pas vraiment envie d'être le prochain.
- Il s'y prend pas de la bonne façon.
- Il a peur.
- Et tu crois que moi, j'ai pas peur ? Je sais pas plus que lui ce que je pourrais faire sur un coup de tête. Si lui... ou tous les autres, s'ils... s'ils disent ses trucs-là sur moi...
Je me pris la tête à deux mains et fermais les yeux, essayant de reprendre mes esprits, ce qui ne fonctionnait pas.
- Non, c'est pas vrai, tais toi ! dis-je, me mettant à trembler.
- Je n'ai rien dit ?
Je secouais la tête, réalisant trop tard que, en effet, il n'avait rien dit. C'était la voix dans ma tête qui avait parler : De toute façon, personne ici, dans cette maison, mérite de vivre. Chacun d'eux ont surement fait dix fois plus de meurtre que toi.
- Il faut que je parte d'ici, dis-je en levant les yeux vers Marcus, la voix tremblante. Je peux pas... je peux pas...
Marcus me pris dans ses bras, serrant bien fort. J'ignorais si c'était un geste dans le but de me faire sentir soutenu, ou bien que j'arrête de trembler, ou encore diminuer mes mouvements et réduire les risques que j'essaye de le tuer. Même si, dans la position que j'étais, je pourrais toujours le mordre dans le cou... Lui arracher la jugulaire, ou peut-être même viser un peu plus loin et lui casser les os du cou avec mes dents.
Fait-le ! Tu le veux, et t'auras jamais une autre occasion aussi belle.
Je repoussais Marcus pour qu'il me lâche, m'éloignant de lui autant que je le pouvais, puis tombais à genoux, le visage dans mes mains, et pleurait pour de bon, à chaude larmes. J'étais pitoyable, tellement pitoyable !
- C'est pas vrai, je veux pas ! Pas papa, je veux pas le tuer... Toi, tue moi, je t'en pris, j'en peux plus... J'en peux plus ! Marcus... tue moi, ou c'est moi qui vais te tuer.
- Jayden.
J'écartais un peu mes mains pour voir Marcus devant moi ; il avait les yeux écarquillés, ne sachant visiblement plus quoi faire de moi. Surement qu'à son époque, les fous dans mon genre, on les envoyait dans les asiles où on subissait des électrochocs à tous les jours, pour soigner les plus terribles des maladies mentales dans le genre ; être gay.
- Je t'assure, même si t'essayerais de me tuer, tu n'y arriverais pas, je suis plus fort que toi.
C'était prétentieux, mais il avait raison là-dessus. Je ne réussirais pas à tuer Marcus, pas à armes égales. Bizarrement, c'est ce qui réussit à me calmer. J'avais encore les larmes aux yeux, mais je ne chialais plus, je me sentais même trembler un peu moins. Je relevais la tête un peu plus, essuyant mes mains sur mes jeans où il y avait une belle couche de poussière en provenance de la cave.
- Je peux pas rester ici, dis-je plus calmement. Je préfère survivre dehors.
- Jayden... je t'aime comme un fils, et j'ai pas envie de te retrouver inconscient et beurré de sang au bord d'un champ, comme la dernière fois. Je veux que tu restes en sécurité. Je sais, Seb et Max peuvent être chiant, mais il faut que t'apprenne à les ignorer. Certains d'entre eux n'étaient pas mieux que toi, au début de leurs transformation, tu sais ?
- Ah ouais ? Ils entendaient des voix qui leurs disaient de tuer tout le monde, eux aussi ? Et d'ailleurs, au cas où t'aurais oublié, je suis pas qu'au début de ma transformation. Ça va bientôt faire un an, déjà, d'ici quelques jours ou quelque semaine. Alors, si j'en suis là aujourd'hui, j'y resterais pour aussi longtemps que je serais sur terre. Surtout, encore pire, aussi longtemps que je serais dans cette maison, à endurer ses types.
Marcus prit un moment avant de répondre. À le voir, il ne s'était pas du tout rendu compte que presque un an s'était écoulé depuis que lui et les autres m'avait trouvé sur la banquette arrière d'une voiture, tout près de me faire tuer par les chasseurs. Marcus était surement assez vieux pour voir défiler les années comme des semaines.
- Tu pourrais au moins faire un effort ? dit-il en soupirant. Je vais faire de mon mieux pour qu'ils arrêtent, et toi, je te demande seulement de pas les tuer. Et puis, bah... on va dire que ton entrainement est terminé, surtout qu'on en était rendu à t'apprendre à tirer. Je te laisserais plus toucher à une arme avant un bon bout de temps, ça, tu peux me comprendre... De toute façon, tu vises déjà très bien.
À la grimace qu'il faisait, il pensait surement au trou directement entre les deux yeux de Quirin. Je préférais encore ne pas relever, de peur de me remettre à pleurer si on devait évoquer le souvenir.
- Je voudrais bien faire un effort, mais... je sais pas. Tu l'avais dit toi-même, je suis instable. Je crois que dans le fond, j'aimerais bien rester en sécurité, mais c'est les gens qui sont ici qui ne m'en donne pas vraiment envi...
Je pris plusieurs grandes inspirations, essayant de me calmer un peu. Je ne pleurais plus, j'avais presque retrouver tous mes esprits, mais je me sentais encore tremblant.
- J'ai besoin d'y réfléchir. Dehors, à l'air frais. J'ai l'impression d'étouffer... Et je te jure que je vais pas m'enfuir en courant pour ne jamais revenir. Pas aujourd'hui.
Je sortie de la chambre et partie en direction de la porte d'entrée. Fort heureusement, je n'avais pas à passer devant le salon pour n'y rendre.
- Je te suis, dit Marcus derrière moi. Je crois que ça me ferait du bien, à moi aussi.
Je sortie dehors, ne refermant pas derrière moi pour laisser passer Marcus, puis continuai mon chemin en direction du sentier de terre qui menait à la ville. Marcus marchait à côté de moi, les mains dans les poches et la tête basse. Le fait qu'il ait décidé de m'accompagner de ne me dérangeais pas, j'aimais bien avoir de la compagnie, en général. C'était plutôt ces intentions qui me dérangeait.
- Tu fais mon chaperon ?
- Non, j'ai juste besoin d'air, moi aussi. Et j'ai envie de te suivre.
- Tu me garde à l'œil.
- C'est pas vrai, je regarde devant moi.
Pour appuyer ce qu'il disait, il leva le doigt vers la fin du sentier, à peut-être trente mètres devant nous. Je ne répondis rien à ça, avouant que ce n'était pas totalement un mensonge.
Puis je me mis à réfléchir. Rester, ou ne pas rester. Là est la question. Sincèrement, je ne savais même pas pourquoi il fallait que j'y réfléchisse ; tous les vampires habitant cette maison me détestaient purement et simplement, pour avoir tué Quirin, et ça se comprenait. Et c'était réciproque. Mais être en sécurité m'en donnait envie. Même si, bien sûr, il est probable que certain des dangers auquel j'ai fait face pendant que j'étais dehors n'étais causé par rien d'autre que ma stupidité, comme essayer de voler de la TNT à une basse militaire - une très, très grosse connerie, probablement à marquer dans la prochaine édition des Record Guinness.
Donc... voilà les points.
Si je reste :
1. La sécurité.
2. Faire toute un tas de crise parce que les autres m'auront poussé à bout.
Ou si je pars :
1. Pas de sécurité.
2. Pas de crise. Ou disons, moins.
3. Anou.
Marcus et moi avions traverser le sentier, puis continuer notre chemin sur l'asphalte, en direction de la ville. Malgré que je fusse au bord de la route, une voiture failli m'entrer dedans, ne m'ayant pas vu. J'en étais venu à la conclusion qu'il était saoul ou quelque chose, avant de me rendre compte que c'était normal, s'il ne m'avait pas vu. C'était la nuit, bien sûr, et il y avait peu de lampadaire dans cette rue.
Toujours dans le grand silence, Marcus la tête haute, admirant le décor, et moi la tête basse, réfléchissant toujours entre rester et partir, nous arrivèrent au centre-ville, et les lumières m'éblouir un peu trop, alors je me laissais guider par Marcus. Au bout d'un moment, il s'arrêta devant la vitrine d'un magasin de vêtements, s'exclamant que la mode féminine allait toujours de mieux en mieux. En levant la tête, je me rendis compte qu'il admirait une affiche montrant un mannequin en petite lingerie. Le magasin, c'était Victoria's Secret.
- Marcus, t'es de quel siècle ? soupirais-je. C'est pas des vêtements, c'est de la lingerie.
- Je reviendrais de jour pour faire un cadeau à Anik.
Je soupirais encore une fois, puis tirais le bras de Marcus pour l'obliger à décrocher son regard du mannequin et continuer notre ronde dans la ville. Peut-être vingt minutes passèrent dans le silence, pendant lequel je me fis regarder de travers par une piétonne, et que Marcus se fit admirer... par la même piétonne. Je ne sais pas comment il faisait pour toujours paraitre tout de même assez séduisant, tenant compte de son teint pâle et de ses yeux rouges. C'était peut-être ces piercings, qui accentuait le look, qui laissait envisager que le reste était voulu. Moi, par contre, je ne faisais rien de plus que malade - physique ou mental, c'est sans importance - et négligé. En même temps, négligé, il faut avouer que je l'étais un peu...
- T'as fait ta décision ? demanda Marcus en passant un bras autour de mes épaules.
Je secouais la tête en soupirant. J'en revenais toujours aux mêmes points, sans avancer ; je veux de la sécurité. Je ne veux pas des autres. Et je veux Anou.
- Pas encore. Je crois que je suis coincé...
Je relevais la tête pour lancer un petit sourire fatigué à Marcus, et du coup, je sentis une réelle fatigue me prendre. Il était à peine deux heures du matin, selon la montre de Marcus, mais j'avais déjà envie de dormir. Mon séjour dans la cave avait certainement déréglé mon horloge interne.
- Et si on rentrait ? soupirais-je encore. Je veux juste dormir... j'y repenserais demain. Enfin, si j'hésite, ça veut dire que je sais que ça pourrait ne pas être trop pire là-bas, non ?
Marcus s'arrêta de marcher, comme prêt à se retourner et partir vers la maison, mais il ne fit aucun mouvement de plus, continuant à regarder droit devant lui.
- Je croyais que tu voulais aussi retrouver ton chat.
- Bah je l'ai pas trouvé, dis-je en haussant les épaules et détournant le regard. Faut croire qu'il se cache. Surement que je n'étais pas un bon maître...
- Dit pas ça, voyons, c'est qu'un chat. Quelqu'un a dû lui donner à manger, et maintenant, c'est lui qui va suivre. La prochaine fois, on apportera des traites, et tu vas voir, en cinq minutes, on l'aura retrouvé.
- Mouais, marmonnais-je, peu convaincu.
Je me retournais pour aller à la maison, la tête basse, sans attendre Marcus. Si Anou ne voulait pas que je le retrouve, peut-être que je serais mieux de rester avec les vampires, finalement...
Marcus me rattrapa en quelque enjambé, puis passa son bras autour de mes épaules, comme il le faisait toujours. Mon père - le vrai - m'avait rarement démontré autant d'affection, même si je savais qu'il m'aimait beaucoup. En fait, quand il avait l'envie de me faire des câlins, il y avait toujours Mimi ou Lily pour en réclamer par la suite, du coup, je passais en troisième. Mais ça ne me dérangeait pas, en fait, je préférais. Parce que quand Mimi et Lily se mettait à crier pour réclamer quelque chose, j'étais prêt à n'importe quoi pour qu'elles arrêtent, et mon père aussi. Leurs cris étaient tellement aigue, ça avait de quoi briser les oreilles de n'importe qui... Je n'étais pas jaloux, quand même, j'aimais mes sœurs, seulement, parfois, j'aurais aimé qu'on me regarde, moi aussi. Et là, toute de suite, c'était l'impression que j'avais, avec le bras de Marcus autour de mes épaules. Comme s'il n'y avait plus personne pour détourner l'attention - ce qui était le cas. J'étais totalement seul... mais, au moins, j'avais Marcus.
En prime, si je voulais bien, je pourrais l'avoir pour toujours.
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