Chapitre 32

Rien que pour faire exprès, il me fallut près de cinq jours avant de trouver quelque chose à faire, qui allait faire bouger les choses.

J'avais plusieurs idées en tête de chose que je pourrais faire, huit exactement, six d'entre eux incluait de faire sauter quelque chose avec une bombe. Chacune d'entre elles étaient purement et simplement débile, mais j'avais terriblement besoin d'action. Et j'avais cette impression qu'Anou aussi en avait besoin, ou au moins un prétexte pour lui faire changer les idées, lui qui n'arrêtait pas de demander : « est-ce que le une semaine est passée ? T'as toujours pas changer d'avis ? Il y a combien de jour dans une semaine ? »

J'étais sur le point de me mettre vraiment en colère après une énième question dans le même genre quand, à mon grand bonheur, je trouvais quelque chose à faire.

J'arrêtai la voiture en bordure de la route, tout près du panneau. J'étais incapable de m'empêcher de sourire de toute mes dents. Ce qui troubla profondément Anou.

- Tu vois ce que je vois ?

Anou fronça les sourcils, puis tourna la tête pour voir ce que je regardais ; le panneau. Il soupira en se retournant vers moi.

- Tu sais bien que je sais pas lire...

- OK, je vais le dire pour toi ; on est tout près d'un camp militaire !

- Et alors ? Tu veux te battre pour ton pays, maintenant ? Je croyais que tu étais plutôt, genre... une menace pour ton pays. Enfin, l'espèce humaine en général, heureusement pour moi que j'en fais pas partie...

- Arrête, un peu. J'ai pas l'intention d'entrer dans l'armé, mais plutôt de pénétrer dans l'armé.

- Je vois pas la différence.

- Je veux dire, y entrer illégalement, voler des trucs, repartir sans se faire voir, mais si je peux tuer quelqu'un en chemin, ce serait aussi très bien... Je veux une bombe !

- J'ai pas envie d'être nommé téritoriste...

- Terroriste ?

- C'est pas ce que j'ai dit ?

- Bon, on sera pas nommé terroriste, Anou ; toi, premièrement, t'existe pas, t'as pas de papier. Et moi non plus, puisque je suis officiellement mort. On peut pas être terroriste si, avant tout, on n'existe pas !

- Tu crois ?

- Si je te le dis, y'a aucun risque. Toi, surtout, t'a aucun risque à avoir. Comment veux-tu qu'on te reconnaisse comme étant un terroriste alors que même moi, j'arrive pas à te reconnaitre, d'une fois à l'autre ? T'as jamais la même tête !

Anou fit la moue, peu convaincu. Moi, pourtant, j'étais sûr d'avoir raison ; comment est-ce qu'on pourrait se faire prendre ? Entre lui et moi, c'est pratiquement gagné d'avance.

- Tu veux le faire avec moi, ou pas ? insistais-je.

Anou baissa les yeux vers ses genoux en fronçant les sourcils et se mordant la lèvre, réfléchissant à la question. Aujourd'hui, il avait un petit look californien, blond, bronzé et musclé, malgré qu'il prît toujours une apparence d'âge assez proche de la mienne. J'aurais dit quatorze ou quinze ans au visage, mais il était tout juste plus grand que moi, enfin je crois, à ce que je voyais de lui alors que nous étions assis. Reste toujours que, en général, il était sexy. Depuis qu'il m'avait avoué son amour – que je soupçonnais toujours d'être entièrement fausse -, il prenait beaucoup d'effort pour être beau à mes yeux. Ce que je trouvais particulièrement cruelle, parce que ça marchait.

- Bon, j'ai rien à perdre, de toute façon, fini-t-il par dire en haussant les épaules. En fait, j'ai que deux choses à perdre, de un, le sac de bouffe à chat (il pointa la banquette arrière du pouce, où il lui restait moins de la moitié du sac que je lui avait acheté au tout début de notre rencontre), et toi. Et j'ai pas envie de vous perdre. Toi surtout.

Je hochai la tête en grimaçant. Ces temps si, peu importe quel était le sujet, il réussissait toujours à y ajouter une petite touche romantique.

Sans rien ajouter de plus, je continuai à rouler, essayant de trouver où était ce camp militaire. Il y eu une longue minute de silence, mais je savais qu'Anou en avait toujours à dire ; il avait toujours son apparence humaine, ce qui lui était pratique qu'à rien d'autre que parler. Et ouvrir la portière quand il faut sortir.

- Tu comptes faire quoi, avec la bombe ? demanda-t-il enfin.

- Oh, je sais pas, dis-je en haussant les épaules. Aller chez les chasseurs et la balancer dans le bureau de Charlie, ce serait chouette.

- Quoi, tu veux une bombe, et tu sais même pas ce que tu veux en faire ?

- Et alors ?

Il y eu encore un long silence, alors que j'étais incapable de m'empêcher de sourire, et je ne savais même pas pourquoi.

- T'es bizarre, dit Anou. C'est pour ça que je t'aime.

- Tu m'aimes pas, arrête de dire ça !

Anou se transforma en chat, coupant court à la conversation. Il se roula en boule et ferma les yeux, me laissant seul avec moi-même.

Il me fallut près de deux heures pour repérer la place ; la pancarte avait bien dit que nous étions à proximité d'un camp militaire, elle n'avait pourtant pas précisé quel chemin il fallait prendre, ni quelle distance. Mais là, ce que j'avais trouvé, c'était une deuxième pancarte, au bord d'une forêt. Celle-ci disait bien que le camp était tout proche, à tout juste cinq kilomètres. Si je comprenais bien, elle était à l'autre bout de cette forêt.

Je garais la voiture sur le bord de la route puis réveillais Anou en lui secouant la patte. Il regarda la pancarte – même sans savoir lire, il devait ce douter de ce qu'elle disait – puis se transforma en humain en même temps de tourner sa tête vers moi. Et cette tête, elle avait l'allure trahissant quelque lointaine origine asiatique, cheveux noirs et yeux légèrement bridé.

Cette fois, il ne m'en fallut de peu pour que je lui lance une gifle. Il ressemblait à mon père, ou plutôt à ses photos de jeunesse quand il avait mon âge.

Je pris une grande inspiration en fermant les yeux, fermant à la fois le moteur.

- Je préférais le look californien, marmonnais-je.

Sans même regarder, je savais qu'il m'avait écouté ; le crac ! l'avait trahi.

- Bon, on sort, le camp doit être de l'autre côté de la forêt.

- Il faudrait pas se faire un plan, d'abord ? demanda Anou.

- Heu... Bah, en rentre, on prend les bombes, et on repart ?

Anou hocha la tête ; il semblait convaincu. C'est ce qui était chouette avec Anou, il n'en demandait pas beaucoup.

Nous sortîmes de la voiture puis partîmes en direction de la forêt.

- Tu devrais économiser tes forces, dis-je à Anou. De toute façon, je crois que les chats voient mieux dans le noir que les humains.

De faite, Anou avait les mains bien droites devant lui comme un zombie, les yeux écarquillé, prêt à rencontrer les obstacles. Mais il ne fut pas préparé aux racines, laquelle lui coinça le pied. Il tomba et atterrit à quatre pattes, en riant. Il essaya de se relever mais sa tête cogna une branche.

- Je crois que t'as raison, dit Anou en se frottant derrière la tête en grimaçant. Et tu pourrais me porter, aussi ?

- T'en demande beaucoup.

- Attrape-moi !

Anou se transforma en chat, le crac fit peur à plusieurs petits animaux cachés dans le coin. Anou feula, comme pour les provoquer, ce qui me fit éclater de rire malgré moi. Je pris Anou dans mes bras et continua mon chemin, Anou se dégagea pour aller s'installer sur mon épaule comme un perroquet, les griffes enfoncées dans mon épaule, mais je ne sentais pratiquement rien.

J'aurais pu courir pour arriver à destination plus vite, mais je n'en avais pas envie. Je voulais à la fois économiser mes forces, moi aussi, et profiter de la balade. Ça faisait longtemps que je n'avais pas marché ; depuis que j'avais cette voiture, je ne la quittais jamais. Mais j'avais l'impression qu'il serait peut-être temps de m'en défaire ; la personne à qui elle appartenait, celui que j'avais tué et laissé près de l'érable de la vieille maison abandonné à Miska, devait certainement être classé disparût, depuis le temps. Et puisque c'était sa voiture, les policiers pourront surement la reconnaitre facilement. Ou bien, ce que je pourrais faire, ce serait de changer la plaque d'immatriculation ? Sauf que je ne sais pas comment faire, et je ne me voie pas vraiment entrer dans un garage pour demander à un mécanicien de le faire pour moi.

Au bout d'un moment qui me parut être cinq minutes, mais qui aurait aussi bien pu être deux heures, la petite forêt laissa place à un grand champ vide. Je restais en bordure de la forêt, une main tenant Anou pour pas qu'il tombe ; ça faisait un petit moment qu'il s'était endormie. À l'autre bout du champ, faisant peut-être cinq cent mètres en longueur, je voyais une haute tour, des rayons de lumières s'en échappant pour aller se promener un peu partout, comme s'il savait que quelqu'un, quelque part, cherchait à y entrer. Plus loin après la tour, je voyais des maisons de dos, toutes identiques, collé l'une sur l'autre sans aucun respect pour la vie privé. Je reculais de quelque pas, pour être bien sûr de ne pas être vue par les gens de la tour, puis décrochait Anou de mon épaule, ses griffes toujours bien enfoncé dans mes vêtements. Je déposais Anou devant moi et il ouvrit les yeux dès qu'il toucha le sol.

- Voilà, j'ai un plan, dis-je, les yeux dans ses yeux. Mais c'est toi qui va faire la première partie. T'es partant ?

Anou hocha la tête, ne prenant même pas la peine de se transformer pour dire oui. Je souriais, même si je ne lui avais pas encore dit ce qu'il avait à faire.

- Ce que tu vas faire, c'est d'aller jusqu'à la grille, monter dans la tour et tuer les gens qui sont dedans. Il faut que ce soit toi, tu comprends, parce que, moi, ils vont me voir, et ils vont me tuer. Toi, s'ils te voient, ils ne feront rien, tu n'es qu'un chat ! enfin, ils croient que t'es qu'un chat, hein, ne prend pas mal ce que je te dis. Ensuite, ce sera tout, il n'y aura plus personne pour nous remarquer, j'aurais plus qu'à entrer et prendre ce que j'ai à prendre. Des questions ?

Anou cliqua des yeux, sans plus, ce que je pris pour un : « non, j'ai pas de questions ». Voyant que je n'ajoutais rien, Anou partie en courant en direction de la grille, et je restais sagement assis, à le regarder s'éloigner. À moitié chemin, le faisceau de lumière se posa sur lui. Je retins mon souffle, prêt à courir à sa rescousse, mais personne ne lui tira dessus où tenta d'une quelconque manière de le tuer. Sur ce point, mon plan fonctionnait, mais j'étais quand même sur les nerfs. Et s'il se faisait tuer à cause de moi, comme Ben, Henry et Quirin avant lui ? Je m'en voudrais à mort, une fois de plus, mais je savais bien que, cette fois, je ne me contenterais pas de me rouler en boulle et de pleurer pendant vingt minutes, pour ensuite l'oublier et me trouver ailleurs un autre ami. J'en suis bien conscient, je ne pourrais jamais me trouver ailleurs un ami comme Anou. Il est unique, c'est certain, sans seulement parler de ses dons, sa personnalité tout entière est... spécial. S'il venait à mourir, ou même à se blesser, une simple papercut, je m'en voudrais à mort.

Et tu vas encore nier tes sentiments, après ça ?

Je fermais les yeux en poussant un grand soupir. Cette voix n'avait pas passé une heure, ces cinq derniers jours, sans me laisser tranquille.

- Oui, je le nie, grognais-je. Parce que j'en ai pas !

Si t'en a pas, alors pourquoi ta conscience essaie de te faire comprendre le contraire ?

- Parce que ma conscience est à chier, et qu'elle est totalement traumatisé parce qu'elle a vécu cette année. Donne-lui une petite chance !

Arrête de te trouver des arguments, tu sais que j'aurais toujours le dernier mot.

- Je sais surtout que tu ne sers à rien d'autre qu'à donner raison à Anou ; pour qu'il puisse me briser de l'intérieur. Toi, chère conscience, tu te sens pas déjà assez détruit comme ça, ou c'est vraiment que t'en veux plus ? Tu crois que j'ai pas déjà assez souffert comme ça ?

Peut-être qu'il ne va pas te faire souffrir, au contraire, il va peut-être soigner ton cœur. C'est tout ce que ton cœur demande.

J'ouvris les yeux, les poings serrés tellement fort que mes ongles enfoncés dans mes paumes m'avait fait saigner. Devant moi, à plus de cinq cent mètres, le rayon de lumière de la tour était orienté dans le vide, sur un coin du champ, et ne bougeait plus. Près de la grille, courant dans ma direction, je voyais Anou, sain et sauf. Je poussais un soupir de soulagement, sortant de ma cachette et parti à sa rencontre.

- C'est une chance que mon cœur est mort depuis longtemps.

J'attendis, mais je n'eus droit à aucune réponse. J'avais eu le dernier mot, en fin de compte... pour cette fois.

Je couru la distance me séparant d'Anou. Une fois à sa hauteur, j'eu le temps de voir sa fourrure grise beurré de sang, avant qu'il ne redevienne humain. Encore une fois, il avait son look californien, dont j'avais bien l'impression qu'il avait adopté. Il se mit à côté de moi et nous marchâmes en direction de la grille.

- Raconte ?

- Eh bien, il y avait deux gars, au sommet de la tour. Je me suis changer en panthère et je les ai tués avant qu'ils n'aient pu alerter d'autre gens avec leurs espèce de machine radio je sais pas quoi... mais ils ont crié très fort, ça m'étonnerais pas que des gens les auraient entendu.

- Moi, j'ai rien entendu...

- Ils ont crié très fort.

Je ne répondis rien à ça, réfléchissant. À cinq cent mètre de distance, avec mes oreilles de vampires, si quelqu'un aurait crié, il est claire que je l'aurais entendu. Pourtant... rien.

Peut-être que c'était à cause de la voix...

- Et puis la grille est très haute, et les mailles sont minuscule, j'ai dû me changer en souris pour passer.

- Je pourrais grimper ?

- Ça dépend comment t'es bon en escapade...

- Escalade.

- ... mais y'a aussi des barbelés au sommet.

- Je suis résistant.

- Alors c'est à toi de voir si tu vas réussir.

De fait, nous étions arrivés devant la grille, à tout juste deux mètres. La grille devait faire cinq mètres de haut, le barbelé avait quelque chose d'assez inquiétant, et j'entendais un bourdonnement plutôt dérangeant. Je mis la main sur la grille et, aussitôt, je ressentis les volts me poignarder la main et passant sur tout le reste de mon corps. Je retirais ma main, me retenant de justesse de crier en me mordant la langue au sang, tombant sur les fesses. Je regardais ma main ; elle avait carrément de la fumée qui en sortait, et la plait que je m'étais faite ne semblait pas vouloir guérir aussi vite qu'elle aurait pu.

- C'est pas vrai, la grille est électrique, grognais-je, sentant les larmes me monter au yeux tellement ma main me faisait mal. Je pourrais jamais passer !

- Peut-être que je pourrais te faire voler jusqu'au-dessus.

Je tournai la tête vers Anou ; il semblait sérieux, une main sur le menton et le regard orienté vers le sommet de la grille.

- Tu crois qu'en aigle, je serais assez fort pour te porter ?

- Ok, je suis petit, mais pas à ce point là !

- Quel oiseau est plus fort que l'aigle ?

- Je sais pas, moi, l'autruche ? grognais-je en me remettant debout. C'est une perte de temps, pas moyen que je puisse passer.

- Tu abandonnes ?

- Qu'est-ce que tu veux que je fasse de plus ?

- Essayer, au moins.

Sur ses mots, Anou se changea en aigle, un aigle énorme, digne du drapeau américain. Il avait sérieusement pris la taille d'une autruche. Sans me laisser peser le pour et le contre, Anou prit son envole et se posa lourdement sur mes épaules, les coinçant entre ses serres et partie vers le ciel. Et c'est à ce moment-là, quand j'étais à près de dix mètres au-dessus du sol, que j'eu la grande révélation ; j'étais du genre à avoir le vertige.

J'avais une main serrant bien fort la patte d'Anou, l'autre au-dessus de ma bouche pour m'empêcher de crier, les yeux étroitement clos, les jambes battant dans le vide. Je n'étais pas du tout fait pour voler !

Puis je sentis la terre sous mes pieds, et je tombais tête première dans le gravier, le souffle cour. Je me relevai lentement, tremblant aussi surement que quand je suis pris d'une folie meurtrière.

- Plus... jamais ! dis-je péniblement.

Anou marmonna un faible « ok », puis ce changea un chat et tomba de fatigue, les yeux fermés. Je l'avais presque oublié ; quand ce n'est pas un mammifère, c'est plus compliqué pour lui. Ça lui demande beaucoup plus d'énergie.

Je pris Anou dans mes bras et regarda tout autour de moi. Il y avait d'un côté des maisons toutes identiques, au point que j'aurais pu me croire à Privet Drive. D'un autre côté, droit devant moi, il y avait un grand bâtiment. J'allais le voir de plus près, regardant par une fenêtre ; des longs couloirs, c'était la seule chose qui semblait y avoir. Je continuai mon chemin, jugeant que ce bâtiment n'était surement pas ce que je cherchais.

Pendant ma petite visite, je trouvais tout un tas de bâtiments dans le même genre, d'autre tour avec des gardes pour surveiller les lieux dont je pris soins de contourner, et même une piste d'atterrissage pour petit avion. Il fallait avouer que c'était plutôt impressionnant.

Au bout d'un moment, je trouvai ce que je cherchai ; un bâtiment parmi tant d'autre, mais sans fenêtre. Je m'approchais de la porte et prit une grande inspiration ; l'odeur qui me vint au nez était celle de la poudre à canon.

- C'est ici, Anou, dis-je tout bas en me penchant à son oreille. J'ai besoin de toi, c'est la dernière fois, promit. Il faut que t'aille ouvrir la porte.

Anou miaula, ou tout petit miaulement que je n'avais surement entendu que grâce à ma super ouïe, puis il sauta en bas de mes bras, ce changea en sourie et passa sous la porte. Il semblait toujours assez fatigué, aillant seulement assez d'énergie pour une petite action. Du coup, je m'en voulais, réalisant que j'aurais encore besoin de lui pour sortir d'ici.

La porte devant moi s'ouvrit dans un grincement sur Anou californien, les yeux dans le vague tellement il était fatigué.

- Je peux faire dodo, maintenant ? marmonna-t-il.

- Oui, repose-toi.

Anou reprit sa forme de chat et alla se coucher directement sur mes pieds. Je le pris dans mes bras ; il était tellement mou que j'avais l'impression d'avoir un slinky dans les bras. Puis j'avançai dans la salle, ou ce qui semblait plutôt être un entrepôt, avec des rangées entières de boites sur des supports de métal, devant faire près de trente mètres de long et vingt mètres de large. Sur chaque boite, il y avait le nom de l'arme à l'intérieur, mais les noms ne me disaient rien ; la seule chose que j'arrivais à déterminer est s'il s'agissait d'un fusil ou d'une bombe – jusqu'à maintenant, que des fusils. Mais quand je reconnu le nom Beretta, je ne pus me retenir d'ouvrir cette boite. Je déposais Anou près de moi, délicatement, et mit la boite par terre et l'ouvrit. À l'intérieur, il y avait mon pistolet – le même model, plutôt, celui que j'avais volé chez les vampires et confisqué par un policier. Il y avait même les balles qui allait avec. Je ne pouvais plus m'empêcher de sourire ; j'avais l'impression de retrouver un vieil ami. J'en glissais un dans ma ceinture, prit un chargeur de rechange et emplit mes poches de boites de munitions. Puis, après un moment de réflexion, glissais un deuxième pistolet dans ma ceinture, à côté de l'autre. Puis je remis la boite à sa place et continuai mon expédition, sans oublier Anou.

Les bombes étaient tout au fond de l'entrepôt. Je reconnu la TNT, et les mines antipersonnel, ces bombes où il suffit de marcher dessus pour les déclencher. Ces boites-là étaient poussiéreuse, comme si personne n'y avait touché depuis plusieurs années, et je préférais ne pas les toucher moi-même, jugeant que mes traces de doigts dans la poussière ne seraient pas vraiment subtiles, au cas où quelqu'un regarderait.

- Tu crois que la TNT ferait l'affaire ?

Anou ne répondit rien ; de toute façon, c'était un peu difficile pour lui, sous sa forme de chat. Mais poser la question me permit au moins de trouver une réponse pour moi-même ; pourquoi pas ? Allons-y avec la TNT.

Je déposais Anou sur mon épaule et il y enfonça ses griffes pour ne pas tomber, puis j'ouvris la boite de TNT qui était juste devant moi. J'y trouvais les bâtons rouges bien classique, avec, dans un coin de la boite, ce qui devait être des minuteurs. Souriant de toute mes dents, je refermais la boite et la mit sous le bras, puis me retournais pour quitter l'entrepôt.

- Alors, Anou, ça en aura valu la peine, quand même, non ? La prochaine fois que les chasseurs vont nous tomber dessus, tu vas voir, ce sera de beaux feux d'artifice !

Je passais la porte de l'entrepôt, me retournai pour la fermer, puis refis le chemin contraire pour partir d'ici. J'avais fait une dizaine de pas quand j'entendis un bruit. Par réflexe, je fonçai entre deux maisons, me cachant dans l'ombre même si, pour moi, il n'y avait pas d'ombre, puis passait la tête pour regarder. Je vis deux hommes passer, regardant partout comme à la recherche d'un intrus... à ma recherche.

Ils ont dû se rendre compte du petit massacre d'Anou dans la tour de guet. L'alarme doit être lancé, maintenant, et c'est sûr que ces deux hommes ne seront pas les seuls à me chercher.

Je regardais tout au fond du petit chemin entre les deux maisons où j'étais caché, pensant aller par là pour me sauver, mais c'était un cul de sac. Je pensais alors à foncer dans le tas et courir aussi vite que je peux – Dieu sais que je peux courir vite, quand je le veux -, mais avec la boite dans les bras, les pistolets dans la ceinture et Anou sur mon épaule, ce ne sera pas aussi facile que ça aurait pu l'être.

- Voilà, peut-être que ça en valait pas tellement la peine, finalement, chuchotais-je. T'aurais pas une idée, toi ?

Anou fit un petit miaulement, enroulant sa queue autour de mon cou.

- Je sais que je t'avais promis que t'aurais plus rien à faire, mais là, tu m'aides, ou on va se faire tuer.

Anou sauta en bas de mon épaule, s'étira longuement, le cul en l'air et la queue bien droite, puis prit une forme humaine. Ou plutôt, ma forme. Je savais qu'il savait le faire, c'était même évident, mais voir mon double me fit complètement oublier le sujet.

- Mais qu'est-ce que tu fous ? m'écriais-je.

Je me cachais la bouche, réalisant le bruit que je venais de faire, et risquait un regard hors de ma cachette ; il y avait maintenant des hommes partout, armé, fouillant chaque recoin à la recherche de l'intrus. Quelque uns d'entre eux venait droit dans notre direction.

- C'est mon plan, dit Anou. On prend chacun une direction. Toi, tu t'arrêtes pas. Moi, si je me fais prendre, je me change en oiseau et je leur échapperais.

- Non, pas d'oiseau pour toi ! C'est trop épuisant, ça ce voie, t'a des cernes énormes sous les yeux !

- Éden, c'est ta forme, et t'a toujours des cernes énormes.

- Heu... ouais, bon point, mais quand même, pas d'oiseau ! Chauve-souris, tien, c'est un mammifère, tu crois ?

- Oui.

- Bien voilà.

Anou tandis les mains et forma une boite identique à la mienne. Je ne m'y étais pas attendu, et le crac qui en sortie me fit sursauter. Un regard hors de la ruelle me fit voir que les hommes qui se dirigeait vers nous étaient maintenant à courir. Trois secondes avant qu'ils nous tombent dessus.

- J'y vais en premier, dit Anou. Bonne chance à toi, je t'aime !

Anou m'embrassa sur la joue et, avant que je n'ai pu ajouter quoi que ce soit, il partit à toute jambes devant les hommes, continuant son chemin vers où on était arrivé.

- Pas moi ! grognais-je en m'essuyant rageusement la joue.

J'attendis deux secondes, faisant sur que la voie soit libre, puis regardais encore une fois ; les quelques hommes restant que je voyais encore était de dos, courant dans le sens contraire derrière Anou. Il avait beau avoir pris ma forme, il ne courrait pas plus vite que la moyenne, même en dessous (j'ai des jambes courtes) et les hommes n'allaient pas tarder à le rattraper. Et puis, même avant qu'ils le rattrapent, ils pourraient lui tirer dessus à tout moment.

Non, le plan d'Anou était à chier, j'aurais dû m'en rendre compte plus tôt.

Sans réfléchir une seconde de plus, je sortie l'un des deux pistolets de ma ceinture et partie en courant à la suite des hommes.

- Anou, sauve-toi ! criais-je à plein poumon.

J'étais sur le point de les rattraper quand Anou disparût, prenant la forme d'une petite chauve-souris noire dans la nuit noire, pratiquement invisible, voletant au-dessus de la tête des hommes, ahuri. Je profitais de la confusion pour tirer dans la cuise d'un des hommes, le pow les fis tous sursauter, sauf celui que j'avais visé qui s'effondra au sol en criant et se tenant la cuisse. Tous les hommes en oublièrent totalement Anou et levèrent leurs armes vers moi, et je partie en courant dans la direction contraire.

C'est là que je me rendis compte de la merde dans laquelle j'étais. Je voulais un peu d'action ? Eh bien, on peut dire que j'ai été servie.

Alors que je courais à pleine vitesse, ce qui était pour moi près de soixante-dix kilomètres heure, j'entendais les cris, les pow, les voitures qui me fonçaient dessus, les balles venant de partout passant à quelque centimètre de mon visage. Je tournais au coin des rues, y trouvaient toute une vague d'homme me courant après, changeais de direction et en trouvais encore plus de l'autre côté. Quelques balles m'atteignirent au jambe, deux dans les côtes, une dans le bras, mais je ne m'arrêtais pas ; j'étais comme une machine.

Au bout d'un moment, peut-être dix minutes qui me semblait avoir durer dix jours, j'étais parvenu au bord de la grille.

Je ne savais plus qui le disait, entre moi-même me parlant dans ma tête, ou cette voix, du moins, nous avions raison tous les deux ; ça va faire mal, ça va faire fouttrement mal !

Puis je sautais aussi haut que possible, pousser par ma vitesse et l'adrénaline, et atteignit les quatre mètres. Je passais mes doigts entre les mailles de la grille pour me retenir, l'autre main tenant toujours la boite. Puis je sentis la décharge électrique, insupportable. Ma plait à la main n'avait même pas encore commencer à guérir, et voilà que je me faisais encore électrocuter, exactement au même endroit.

Le temps que je réussisse à surmonter la douleur, les hommes auraient eu le temps de me tuer vingt fois, mais sûrement qu'ils étaient convaincu que la grille allait déjà me tuer, ou me blesser suffisamment pour que je ne puisse plus m'enfuir. Et ils furent surement sous le choc quand je trouvais la force de balancer ma boite de TNT de l'autre côté de la grille, et que je m'y propulsais à la suite d'un saut.

Arrivé de l'autre côté, même sans plus toucher la grille, j'étais encore secouer de spasme à intervalle régulier, comme si je me faisais encore électrocuter, à tous les trois secondes. Et les hommes étaient encore sous le choc, me regardant avec des yeux ronds.

- Comment c'est possible ? dit l'un d'entre eux.

Ça phrase me fit éclater de rire, va savoir pourquoi, et mon rire eu l'effet d'une douche froide sur les hommes, qui relevèrent leurs armes.

- Il a passé la grille, dit l'un d'entre eux dans un talkie-walkie.

Puis tous les autres appuyèrent sur la gâchette ; je me baissais à temps, toutes les balles passèrent loin au-dessus de ma tête. Puis j'attrapai à nouveau la boite et continuai à courir en direction de la forêt, trop loin à mon gout. J'avais tous juste parcouru cinquante mètres que j'entendis un moteur ; une voiture fonçait vers moi. J'accélérais, aussi vite que je le pouvais, mais je me sentais plus lent que d'habitude ; la grille m'avait vraiment affaibli. J'entendis à nouveau les coups de fusils, les ra-ta-ta qui ne semblait jamais vouloir s'arrêter. Je ne sais combien de balles m'atteignirent à la taille, me barrant le dos de bord en bord. Je tenais bon, mais j'avais dû parcourir près de cent mètres avant que je ne me rende compte que j'avais abandonné la boite de TNT sur mon chemin.

Quand je vis la forêt tout près devant moi, je cru que j'allais y arriver. J'y croyais vraiment. Personne n'est plus fort que moi. Personne.

C'est à ce moment-là qu'un faiseau de lumière m'atteigni, me faisant totalement perdre la vue, et qu'un pow mille fois plus fort que les précédents me percait les oreilles.

Non, finalement, cette fois, j'étais foutu.

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