Chapitre 31
Après avoir vomi tout le whisky qu'on lui avait fait boire, Laura et moi, Anou s'était encore une fois endormi. Mais je ne m'en inquiétais pas ; cette fois, il n'avait aucune raison de ne pas se réveiller. Enfin, oui, je m'inquiétais, mais pas pour le même sujet.
Contrairement à mon habitude, je dormi toute la nuit. Comme quelqu'un de normal, mais j'étais simplement épuisé d'être resté debout toute la journée. Et puis, dormir la nuit, en ce qui me concerne, ce serait une mauvaise habitude à ne pas prendre. Ce fut Anou qui me réveilla, cette fois, sa tête d'humain appuyé sur ma jambe, le regard fixer au plafond.
- Pourquoi je me sens mal ? marmonna-t-il. En dirait que je me suis fait entrer dedans par un camion, et que c'est la tête qui a tout prit.
- T'as oublié ?
- Oublier quoi ?
- Rien.
- Ok.
Il y eu un long silence, alors que moi aussi, je commençais à me sentir mal. La fait qu'Anou avait la tête appuyer sur la jambe n'aidait rien.
- T'es déjà tombé amoureux ? demandais-je.
Je pensais à ce que Laura m'avait dit la veille, mais la question ne fit que me faire sentir encore plus mal. Heureusement pour moi que je ne pouvais pas rougir.
- Non, pourquoi ?
- T'as jamais eu de petite amie ?
- Non plus.
- Aventure d'un soir ?
- Quel genre d'aventure ?
- Eh bien... je veux dire, t'es jamais été très, très intime avec une fille... ou une chatte, peu importe, un quelconque mammifère femelle ?
- Non. T'es questions son bizarre.
- Je sais, soupirais-je. Donc, t'as jamais brisé le cœur de quelqu'un ?
- Je crois pas... Par « briser le cœur », tu veux dire tuer, ou genre leur planter un couteau dans le cœur ?
- Bon sang, t'es encore pire que Castiel, dis-je en fermant les yeux.
- Qui ?
- Peu importe. Je veux dire, genre, une fille est amoureuse de toi, ou une chatte, et, genre... tu lui fais croire que tu l'aimes, mais aux finales, tu l'aimes pas. Ou plutôt, tu la trompe. Je veux dire par là que, alors que vous êtes ensemble, un couple, je veux dire, bah tu vas voir ailleurs. Genre, tu te trouves une autre chatte, alors que t'es toujours avec l'autre... En gros, tu joues avec ces sentiments, pour la rendre très, très triste. Ça te dit quelque chose ?
- Je crois que je vois ce que tu veux dire... et non, je n'ai jamais fait ça. Mais maintenant que j'y pense, ouais, mes frères faisaient ça tout le temps ! Je trouvais ça vraiment cruelle. C'est une autre des raisons pourquoi j'ai décidé de les tuer. Mais c'était pas des chattes, c'était des humaines... Plus drôle, qu'ils disaient. Ils changeaient de forme devant les filles, aussi. Ils pouvaient avoir, genre, « le corps parfait », tu vois ce que je veux dire ?
- Ouais, je vois.
- C'était simple, genre la forme du visage, la couleur des yeux, tout ça... Ils parlaient aussi de longueur et de grosseur, j'ai pas compris de quoi...
Je poussais un long soupir en levant les yeux vers le plafond.
- Tu veux essayer ? dit Anou
- Non ! m'écriais aussitôt, dégouté.
- Quoi ? Je veux dire, fait moi une suggestion, c'est tout.
- Oh, Ok, soupirais-je, aillant comprit quelque chose de complètement différent. Des yeux bleus.
- Ils sont déjà bleus.
Il tourna la tête vers moi et je vis qu'il avait raison. Je n'avais pas remarqué plus tôt, puisque son regard était orienté au plafond.
- Des cheveux bleus.
Cette fois, un changement se fit, ces cheveux autre fois brun pâle devinrent bleu électrique, lui donnant un petit look punk. Une envie de passer ma main dans ses cheveux me prit, mais je me ravisais, jugeant préférable d'éviter autant que possible le contact physique, en ce qui le concernait.
- T'as plus d'idée ? demanda Anou après plus de vingt secondes de silence. Tu sais, je pourrais aussi prendre l'apparence d'une fille, ce serait presque autant facile, le seul problème, c'est que ça change à l'intérieur aussi, si tu voies ce que je veux dire... C'est pas ce que j'aime le plus faire.
- Le fait pas. Je te préfère en Anou qu'en Anette... enfin, c'est rien de sexiste, je veux dire que t'es un gars, un mâle, enfin, ta ça, tu vois, et c'est déjà assez perturbant que t'ai une tête différente à chaque fois, s'il faut en plus que tu changes de sexe à tout bout de champ, j'y arriverais plus. Mais si, au départ, t'aurais été une fille, c'aurait été très bien aussi, ok, ce n'est aucunement sexiste, ce que je dis ! Mais bon, je préfère les gars... je préfère que tu sois un gars, je veux dire... parce que... ça nous fait un point commun ? Enfin, t'es un gars, je suis un gars, on est ami... c'est ça, enfin, tu m'as compris.
- Pourquoi tu stress, tout à coup ?
- Je vois pas de quoi tu parles.
- T'es bizarre. Mais je te pardonne, parce que moi aussi, je me sens bizarre... j'ai la tête qui fait boum boum, j'ai hâte que ça arrête ! Et puis c'est dur de me concentrer pour garder ma forme, parce que j'ai besoin d'un truc qui s'appelle... image... imagige...
- Imagination ?
- Je crois... enfin, sa me vient des images que je me fais dans ma tête.
- C'est ce que c'est, ton imagination. Peut-être que se serait plus facile si t'essayai de prendre la forme de quelqu'un que t'as déjà vu, plutôt que t'inventer totalement un visage.
- Ouais... j'essaye ça.
Anou ferma les yeux et laissa aller un grand soupire, marmonnant un « putin, ma tête ! » puis changea de forme, accompagné du crac habituel. Il devint légèrement plus grand, ses cheveux bleus revinrent bruns, quelque petit changement subtil sur les formes de sons visages, et quelque bouton d'acné apparurent. Il ouvrit à nouveau les yeux, qui étaient toujours bleu, puis tourna la tête vers moi, comme s'il attendait mon avis.
Mon avis, ce fus un hurlement, alors que je bondissais sur mes pieds, m'aplatissant contre le mur derrière moi. Anou se mit assis, faisant la moue en se massant la tempe.
- T'aime pas mon look ?
J'essayai de répondre n'importe quoi, à la limite un simple « non », ou secouer la tête, mais je n'arrivais à rien, alors que je sentais les larmes me monter les yeux.
- C'était pas le meilleur choix, dit Anou en baissant la tête. Je vais trouver quelque chose d'autre. J'aurais pas dû...
- Si ! parvins-je à dire à grand peine, secouant vivement la tête de haut en bas. T'aurais dû... tu dois, je veux dire.
Passé le choc, je sentis un énorme sourire se dessiner sur ma bouche. En réalité, j'étais bien incapable de me décider si c'était la meilleur ou la pire chose à faire, mais tout ce que je voyais, la seule chose qui était importance selon moi, c'est que, pour l'instant du moins, Ben était de retour chez les vivants.
Ne pouvant résister une seconde de plus, je m'agenouillais devant lui, me mettant à sa hauteur, et le serrait dans mes bras de toute mes forces. Anou hésita longuement, mais fini par ce décider à me rendre mon étreinte. Je savais bien que, dans le fond, c'était toujours Anou, revoir Ben éclipsait tout le reste. Je pleurais, tellement que j'en tremblais.
- Tu m'as manqué, marmonnais-je, la voix étouffée par le cou d'Anou qui me bloquai la bouche. Et je suis tellement désolé...
- J'aurais vraiment pas dû, dit Anou.
Il essaya de se dégager, mais je le gardais dans mes bras encore un peu ; je savais bien qu'Anou ne voulait pas, mais c'était plus fort que moi. Je n'avais plus que quelques secondes pour voir Ben, c'était le moment ou jamais, alors je l'embrassais. Anou me repoussa et quand je reculais, je vis qu'il avait changé de tête. Ce n'est qu'après que je sentis les conséquences de ce que je venais de faire, en voyant Anou qui semblait totalement dégouté.
- Oh non, je suis désolé ! m'écriais-je. Je voulais pas... c'est pas toi, c'était lui et... je suis vraiment désolé... je veux pas que...
- Ça va, dit Anou en levant les mains. Ça va... je crois que je vais aller prendre un peu d'air. T'inquiète pas, je vais revenir.
- Anou...
Sans prendre le temps de m'écouter, Anou se changea en chat et sortie de la pièce en flèche, me laissant en plant.
Pourquoi est-ce qu'il faut toujours que je foute tout en l'air ?
J'avais passé pratiquement toute la journée à pleurer, encore une fois. Cette fois, j'en était convaincu, Anou ne reviendrait pas. Si ça n'aurait pas été du fais que nous étions le jour et que j'étais trop en manque de sang pour pouvoir supporter le soleil, je serais sortie de ma cachette et je serais partie avec ma voiture, va savoir où. Seulement, je ne pouvais pas endurer le soleil, pas présentement, alors j'étais resté là, au point que je fini par m'endormir.
Quand j'ouvris à nouveau les yeux, j'étais toujours seul. Et j'avais toujours les yeux baignés de larmes. Mais pas à cause d'Anou.
J'avais fait un rêve. OK, disons plutôt un cauchemar, un terrible cauchemar. Qui était en fait exactement la même chose que d'habitude. Au moins, j'étais fixé ; retrouvé la clé n'aura pas suffi, il fallait vraiment que je la garde avec moi.
Je sortie dehors ; c'était la nuit. J'arrivais à voir quelques étoiles dans le ciel, qui semblait toujours aussi clair qu'en plein jours, mais qui, au moins, ne me faisait plus mal aux yeux et à la peau. J'embarquai dans ma voiture, tournai la clé, attachai ma ceinture, mais la voiture n'avançait pas. Je n'arrivais pas à me décider de partir sans Anou.
J'appuyai mon front contre le volant, faisant de mon mieux pour ne pas déclencher le klaxon, essayant de me donner un peu de courage. Et c'est quand je pris le temps d'écouter le silence que je me rendis compte que le silence n'était pas vraiment là ; j'entendais, tout juste derrière moi, un léger bou-doum, bou-doum...
Un grand sourire apparut sur mon visage quand je me retournais pour regarder derrière moi, sur la banquette, Anou qui dormait. Il n'était pas parti si loin que ça, finalement.
Anou dormi pendant toute la nuit, et je ne le réveillai pas, jugeant que j'avais assez fait de boulette ces deux derniers jours. C'est vrai, quand même ; il se fait posséder par l'esprit de mon père ; je révèle son existence à Laura – chose qu'il avait promis de me tuer si je le faisais, encore heureux qu'il ne s'est aperçu de rien - ; et maintenant, il faut que je l'embrasse. Sérieux, qu'est-ce qui m'avait pris ? OK, il avait pris l'apparence de Ben, et ça m'avait choqué – il y avait de quoi l'être, quand même ! -, il reste toujours que je savais que ça restait Anou. Alors, pourquoi je l'ai fait ? Pourquoi ?!
Et aussi... pourquoi lui, il a pris l'apparence de Ben ? Il l'aurait vu où ? Comment sait-il que je connaissais Ben ?
Je repensais à la fois où les chasseurs m'étaient tous tomber dessus en même temps, à Miska. Si ça n'avait pas été d'Anou, je serais mort à ce moment-là. Il avait dit qu'il trainait dans le coin quand il avait entendu les coups de feu, et qu'il avait décidé d'aller voir ce qui se passait. Et si, en réalité, Anou me suivait partout, depuis le moment qu'il m'avait vu pour la première fois, dans la ruelle ? Ça expliquerait qu'il sait qui est Ben.
Et ça expliquerais... ce que Laura m'avait dit sur lui. Qu'il cherche à me briser le cœur.
Si c'est le cas, il faut avouer qu'il est bien parti.
Il était près de trois heures du matin quand, toujours à rouler alors que ma réserve d'essence commençait à se faire dangereusement basse, je me fis éblouir par une lumière rouge et bleu, venant de derrière. Et puis, je me rendis compte que je me faisais suivre par une voiture de police. Il ne me dépassait pas, alors qu'il pourrait ; c'était moi, qu'il voulait. À contrecœur, je me garais sur le bord de la route, puis me retournais pour regarder Anou, toujours sur la banquette.
Je tournais la tête vers la vitre de la portière quand j'entendis un tap-tap. C'était le policier, lampe torche à la main. J'arrivais à peine à y voir quelque chose, avec cette lumière, mais je fis de mon mieux pour garder un sourire poli, puis baissai la fenêtre. Le policier me regardait avec les sourcils froncés, se demandant visiblement quel âge j'ai.
- Je peux voir votre permis ? demanda-t-il.
- J'en ai pas, dis-je en haussant les épaules.
Le policier eu un moment de silence ; c'était surement la première fois qu'il était confronté à ce genre de cas. Du moins, qu'un gamin de treize dans un corps de douze et n'en faisant que dix, derrière un volant au milieu de la nuit, lui dise directement, sans aucune honte, qu'il n'a pas de permit. J'aurais pu en rire, mais je n'en avais pas envie.
- Ok, sortez de la voiture, je vous prie, dit le policier.
Je hochai vaguement la tête puis sortie de la voiture. Mes yeux étaient à la hauteur du torse du policier ; il ne pouvait se douter une seule seconde que j'avais l'intention de le tuer, encore moins que j'allais réussir. Je lui agrippais le cou à deux mains et donnais un coup, j'entendis un crac ! plus que satisfaisant, puis le policier s'effondra au sol. Je lançai un regard vers la voiture de police ; pas d'acolyte. Parfais, une personne de moins à tuer.
Je tirais le policier jusqu'au fossé, caché par ma voiture de la vue des éventuelle passant, puis le mordit dans le cou et bus son sang.
- Qu'est-ce qui a fait crac ?
Je levais la tête, sursautant presque, mais ce n'était qu'Anou, assis au bord du fossé à me regarder faire.
- Le petit bruit bizarre qui m'a réveillé, insista-t-il. C'était quoi ?
Je baissais les yeux vers ma victime en soupirant. Le sang s'échappait de son cou et si je n'y collais pas ma bouche tout de suite, j'allais en perdre beaucoup. Mais étant donné la situation, je jugeai préférable de faire passer Anou en priorité, même si j'avais toujours très soif. Finalement, pour un compromit, j'appuyai ma main sur la blessure, espérant que le sang n'y coulera pas trop, puis levais à nouveau les yeux vers Anou.
- Son cou, quand je l'ai cassé, dis-je en haussant les épaules. Tu vas pas m'en vouloir si j'ai tué quelqu'un, si ?
- Oh non, je suis pas mieux que toi... c'est juste que j'ai eu peur, je croyais que c'était quelque chose d'autre, le bruit. Quelque chose comme moi. J'avais pensé que c'était peut-être un de mes frères.
- Désolé, ça t'ennui si on en reparle dans deux minutes ?
Anou inclina la tête, sans comprendre l'urgence. Alors que moi, j'étais carrément en train de me baigner dans du sang, et tout ce que je voulais, c'était de le boire. En temps normal, j'arrive facilement à ignorer ma soif, mais là, il y en avait plein, c'était trop beau pour l'ignorer.
Au lieu de quoi, c'est Anou que j'ignorais, collant à nouveau ma bouche contre le cou du policier, buvant ce qui en restait, mais beaucoup avait couler pendant que je parlais avec Anou. Et j'avais tellement soif...
Après qu'il n'y avait plus rien à aspirer, je m'essayai à lécher ce qu'il y avait sur moi, mes mains et mes vêtements. Trop peu.
En fin de compte, j'aurais préféré un deuxième policier.
- Désolé pour le spectacle, soupirais-je.
Je me retournais pour me coucher sur le dos, fixant le ciel, le policier toujours à côté de moi. Anou vint s'allonger de l'autre côté de moi, du côté propre et non barbouillé de sang.
- Alors c'est ça, que tu voulais dire, quand tu disais « meurtrier assoiffé de sang ». Je croyais que c'était encore qu'une façon de parler, quand tu dis quelque chose qui veut dire quelque chose d'autre...
- Expression, c'est le mot que tu cherches. Et, oui, je t'ai dis la vérité, sans expression ni façon de parler. Je suis un vampire, c'est ce que c'est. Je tue des gens et je bois leur sang. (Je laissais aller un grand soupire, et Anou fronça les sourcils en tournant la tête ailleurs. Il est certain que je devais avoir une bonne haleine, la tout de suite...) Je suis désolé, pour tout à l'heure, quand je...
- Ça va, dit aussitôt Anou en secouant la tête. Faut croire que je l'avais cherché. D'habitude, je suis ouvert aux nouvelles expériences, mais... là, je m'en serais bien passé.
- Désolé, dis-je encore. C'était pas voulu, je te jure.
- Arrête un peu de t'excuser, c'est moi qui devrait le faire. Je n'avais pas à prendre sa forme, à ton... quoi, ami ? Petit ami ?
- Ami.
- Mais tu l'aimais plus que ça.
Je haussais les épaules et poussais un autre grand soupire, sans pouvoir m'en empêcher. Je regardais les étoiles, au-dessus de ma tête. Je trouvais la grande ours, ou peut-être la petite. Enfin, celle qui avait la forme d'un chaudron. C'était bien la seule constellation que je savais reconnaitre.
- C'était mon meilleur ami, dis-je, évitant toujours le regard d'Anou. On s'est revu pour la dernière fois alors que j'avais douze ans, plus de dix mois plus tôt. C'est assez tôt, pour en savoir quelque chose sur nos sentiments, tu ne crois pas ? Je l'ai toujours trouvé cool, voir même carrément génial, mais ce n'était que mon meilleur ami. Et puis ensuite on a été séparé, tu comprends, mes parents sont morts, je suis devenu un vampire, tout ça... on s'est pas revu pendant longtemps, jusqu'à un peu moins d'une semaine. Quand je l'ai revu, ça m'a fait un choc. Je l'avais pas revu pendant tellement longtemps que j'en avait pratiquement oublié à quoi il ressemblait, mais il m'arrivait encore de penser à lui. Mais... quand je l'ai vu, dans le cimetière, et qu'il m'a dit... qu'il m'aimait... je me suis rendu compte que moi aussi. J'étais bien conscient de l'aimer avant, je veux dire, à ce point-là... c'était pas que de l'amitié, c'était beaucoup plus.
Je fis une pause, me sentant vraiment bizarre de m'être confier à Anou. Il a beau avoir une apparence humaine, il y a bien des moments où il ne démontre pas plus d'intelligence qu'un petit chat. Ce qu'il est, dans le fond. J'avais des doutes qu'il puisse vraiment comprendre comment je me sens.
- Mais toi aussi, tu connaissais Ben. Comment ?
Cette fois, ce fus au tour d'Anou de pousser un grand soupire et de détourner le regard. Son apparence humaine changea, devenant un peu plus petite, même plus petite que moi. C'était surement qu'une stratégie pour que je ne m'attaque pas à lui, face à ce qu'il m'apprêtait à dire.
- Tu me suivais ? insistais-je. Tu m'espionnais ?
- Juste un peu.
Je fermais les yeux, soupirant encore une fois. Il ne me manquait plus que ça...
- Juste un tout petit peu, dit encore Anou. Je t'ai vu dans le cimetière, j'ai vu Ben, mais quand ça commençai à... à devenir intime, je suis partie. J'avais pas vraiment envie de regarder... Après, j'ai perdu ta trace. Je t'ai seulement retrouvé le jour d'après, alors que tu marchais simplement dans la rue, t'es aller directement à cette vieille maison, et puis je t'es vue... enfin, j'ai vu ça. Ben qui se réveille et qui s'en va. Après, je t'ai retrouvé quand t'était cerné de chasseurs. C'est tout, je te jure.
- Bien, soupirais-je encore une fois. Alors, tu savais ce que représente Ben pour moi. Pourquoi t'as pris son apparence, alors ?!
Je me mis assis et me retournant vers lui, ne voulant rien manquer quand il me donnera la réponse. Anou devint encore plus petit, ne semblant plus faire que cinq ans.
- J'en sais rien, marmonna-t-il. Je sais pas... Sérieusement aucune idée.
- Tu peux trouver mieux que ça, grognais-je.
- Je te jure, j'en sais rien ! J'avais mal à la tête, mes idées étaient embrouillées, et puis... j'avais seulement cette impression que c'était à lui que je devais ressembler. Que c'était ce que tu voudrais.
- Ce que je voudrais ? Ou tu voulais seulement essayer de me briser le cœur ?
Anou secoua vigoureusement la tête de gauche à droite, les yeux brillant. Il était très convaincant en enfant de cinq ans.
- C'est pas ça, dit-il, les lèvres tremblantes. Je voulais pas te faire de mal. J'ai jamais voulu. Mais je me sentais mal, j'avais les idées embrouillées ! Je savais plus ce que je pensais, et...
Anou enfouis son visage entre ses mains, se mettant à pleurer pour de bon. Maintenant, c'était à mon tour de me sentir mal, et pourtant, je me demandais ; « comment arrive-t-il à garder assez de concentration pour sa forme, s'il est à ce point dévasté ? » Son pouvoir doit être plus fort que ce que je m'étais imaginé. Ou bien que ce n'est que de la comédie.
Au bout d'un moment, Anou releva la tête et s'essuya les yeux. Puis il me regarda dans les yeux, les siens infecté de sang, ce qui ne réussit qu'à me rappeler ma soif. Anou reprit une forme plus vieille, de mon âge.
- Je crois que j'étais jaloux, dit-il. Je veux être Ben.
- Pourquoi ?
- D'après toi ? dit Anou avec un petit sourire forcé. Tu l'aimais, Ben.
Il me fallut un instant avant de comprendre ce qu'il disait. J'en entendis presque le tic-tac, et le ding quand je le compris ; Anou est sérieusement en train de dire... qu'il est amoureux de moi ?
Sur le coup, j'éclatais de rire, me recouchant dans l'herbe près du policier mort. Non, pardon, Laura m'avait prévenu, je ne me laisserais pas avoir. Mon cœur était déjà assez détruit comme ça, s'il fallait en plus que j'y laisse entrer un démon, j'étais mal barré.
- T'es pas amoureux de moi, dis-je en secouant la tête, faisant de mon mieux pour retrouver mon sérieux. Tu le dis parce que c'est ce que j'ai envie d'entendre, c'est tout ! Enfin... non, j'ai pas envie de l'entendre, parce que moi non plus, je ne suis pas amoureux de toi. T'es qu'un chat, un animal de compagnie, rien de plus !
Le visage d'Anou vira au rouge, et je compris un peu tard que ce devait être particulièrement insultant, ce que je venais de dire.
- Pardon, excuse-moi, soupirais-je. T'es pas qu'un chat, t'es bien plus. Seulement... enfin, la plupart du temps, t'es un chat. Tu comprends ?
- J'aimerais bien te voir, à ma place, dit Anou, les poings serrés. Peut-être que je peux choisir à quoi je ressemble, mais dans le fond, t'as raison, je suis qu'un stupide chat. C'est ça, le problème, je peux pas choisir à quoi je ressemble vraiment. Peu importe à quoi je ressemble sur le moment, toi, tu vois rien d'autre que ça, hein ? Le fait que je sois un chat. C'est pour ça que tu veux pas m'aimer ? Ou parce que tu m'aimes vraiment pas ?
Les larmes recommençais à couler de ses yeux et, du coup, je commençai encore à me sentir mal.
- Tu sais, j'aurais bien aimé ça, être un humain, moi ! dit Anou en se levant et faisant les cent pas. J'aurais aimé aller à l'école, savoir lire et écrire, avoir un job, plein d'amis, mais non, je peux pas ! Je suis pas fichu du garder forme humaine plus de vingt minutes d'affilé ! Sérieux, t'as pas idée de la chance que t'as, toi. Ou de la chance que t'avais.
Anou s'arrêta de marcher en rond, essuyant son visage qui était baigné de ses larmes. Il se retourna pour me faire face, qui était resté assis devant lui pendant tout ce temps.
- Tu m'aimes pas à cause de qui je suis, ou ce que je suis ? demanda-t-il, la voix grave.
Là-dessus, j'étais bouché. J'avais envie de répondre « ce que tu es », ce qui n'aurait en rien arranger son humeur. Je préférais encore ne pas y répondre du tout.
- C'est sans importance. T'es un ami pour moi, voilà tout, je t'aime pas plus que ça, désolé.
Mensonge.
Anou fronça les sourcils devant la grimace que je venais de faire. Je n'ajoutais rien, maudissant cette voix stupide dans ma tête.
- Comme un ami, c'est tout ? dit Anou, visiblement déçu.
- Ouais, désolé. Et puis, de toute façon, je peux savoir ce que tu me trouve ? En plus, quand je t'ai embrassé, tout à l'heure – ce qui n'était rien de plus qu'un accident ! -, t'avais pas eu l'air d'aimer.
- J'ai jamais été embrassé avant, encore moins par un gars, dit Anou en grimaçant à son tour. J'ai été surprit, et sous le choc... Est-ce qu'on peut tomber enceinte en embrassant ?
Si je n'aurais pas été aussi troublé, j'aurais pu éclater de rire. Au lieu de quoi, je me contentais de soupirer et de secouer la tête de gauche à droite.
- Très peu de chance.
- Mais y'a quand même des chances ?
- Non, Anou, tu vas pas tomber enceinte ! C'est impossible, je t'assure.
- OK, chouette, soupira-t-il, soulagé.
Il y eu un silence embarrassant, et je détournais la tête pour ne pas croiser son regard. Je regardai le policier mort à mes côtés, puis sa blessure, bien nette. Il n'y avait pratiquement plus une goutte de sang qui y restait, mais j'aurais préféré en avoir un peu plus.
Je fini par croire qu'Anou avait oublier la première partie de ma question, mais c'est quand j'en venu à cette conclusion qu'Anou y répondit :
- Pourquoi il faudrait que je te trouve quelque chose en particulier, après tout ? Moi, je te trouve très cool, c'est pas suffisant ?
- Tu peux pas me trouver cool, je ne le suis pas. Ma personne tien dans une courte description, contenant quelque mots dans le genre ; « mort, meurtrier, psychopathe et dangereux », mais cool n'en fait certainement pas partie.
- Ben, alors, il te trouvait quoi ?
Je serrais les poings, commençant à avoir hâte que cette discussion ce termine. Selon moi, parler de Ben comme ça, c'était salir sa mémoire, le réduisant qu'à un enfant stupide avec des sentiments tout aussi stupide.
- Peut-être qu'il était vraiment amoureux de la personne que j'étais avant. Mais il n'a pas eu le temps de connaitre la personne que je suis aujourd'hui. Il n'en a eu qu'un petit aperçût, ce qui lui a suffi pour me traiter de tarer et de partir se suicider. Ou peut-être aussi qu'il ne m'a jamais vraiment aimé, qu'il aimait seulement l'image qu'il s'était fait de moi alors qu'il me croyait mort. Toi non plus, tu ne m'aime pas ; t'aime seulement l'image que tu te fais de moi. Ou encore que tout ce que tu dis, là, c'est parce que tu t'ennuis, et jouer avec mes sentiments, c'est ce qui t'amuse. Comme le faisait tes frères.
- C'est pas ce que je fais ! s'écria Anou, choqué.
- Très bien. On en reparlera dans une semaine, alors, ça te vas ? D'ici là, tu sera fixé sur ce que tu pense vraiment de moi, peut-être. Et peut-être qu'entre temps, je me serais fait un nouvel ami qui aurait le don de lire dans les pensées. S'il en existe un, je le veux.
- Ce que t'aurais vraiment besoin, c'est d'un ami qui comprend les fantômes. Tu fais encore t'es cauchemar, je t'ai entendu crier depuis la voiture, quand t'étais dans la cabane.
Je ne répondit rien immédiatement, choqué. J'avais totalement oublié le rêve que j'avais fait aujourd'hui, si j'en avait fait. Il reste qu'il avait raison, je sais que j'ai rêvé à eu, et que c'était terrible, encore pire qu'avant. Rien que, je sentais les larmes me monter aux yeux.
- Peut-être que cet ami ferra les deux, dis-je en haussant les épaules. Bon, viens, il faut qu'on bouge.
Sans laisser le temps à Anou d'ajouter quoi que ce soit, je couru vers la voiture, près à rouler encore un peu, à la recherche d'un peu d'action. Cette fois, il fallait que ça bouge.
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