Chapitre 21
Vingt minutes dans le bain suffirent à me relaxer totalement. J'avais encore un peu mal au cœur, à cause de ce steak, mais ça allait. Et la tête qui tournait à cause du manque de sang. Et du même coup, j'avais encore les jambes lourdes, et les yeux qui se fermaient d'eux-mêmes... Enfin, bien sûr, quand je dis que ça va, je parle psychologiquement.
Je sortis du bain et me rhabillais, puis allais regarder mon reflet dans le miroir, devant le lavabo. J'avais l'habitude d'avoir de grands cernes rouges sous les yeux, mais là, c'était vraiment tout le contour de mes yeux qui étaient rouge foncé, virant presque au noir par endroit. J'avais l'air prêt à passer l'Halloween. Accompagné de ma peau pâle et mes iris rouges, j'avais vraiment de quoi faire peur.
Dehors, la nuit était tombée, enfin. Un peu plus et j'aurais cru que le soleil ne partirait jamais. Je me retournai pour faire couler l'eau du bain, et en même temps, j'entendis quelqu'un cogner à la porte.
- T'en as encore pour longtemps, là-dedans ? entendis-je de l'autre côté.
- Cinq minutes, répondis-je à Céline.
Ouais, cinq minutes, ce me sera amplement suffisant. J'allai vers la fenêtre, l'ouvris, puis retirai la moustiquaire, exactement comme quand j'étais parti de chez les vampires. J'espérais seulement que, cette fois, je ne tuerais pas quelqu'un sur mon chemin.
Je sautai dehors pour atterrir à genoux dans l'herbe, jurant à mi-voix. C'était exaspérant comment j'étais faible, alors même que je m'étais débarrassé de cette balle. J'avais besoin de sang en urgence, ou j'allais me faire tuer, ce ne sera pas long. Et le fait que je n'avais plus mon arme n'aidait pas à me sentir en sécurité.
Je me remis debout et contournai la maison, évitant les fenêtres, puis m'arrêtai à l'avant, près du balcon. Devant moi, je voyais la route, où des voitures passaient régulièrement. Je voyais aussi la voiture de police, directement devant la maison, ma « garde rapprochée » pour m'aider à me sentir en sécurité. Qui sait, c'est peut-être grâce à eux que les chasseurs ne m'ont pas dérangé de la journée. Et dès que je me serais suffisamment éloigné, ils me tomberont dessus, essayeront de viser ma tête, mais, comme toujours, rateront leurs coups et toucheront mon épaule, ou quelque chose dans le genre. De toute façon, je le sentais bien ; peu importe où la balle me touchera, je n'aurais certainement plus la force de me relever par la suite.
Je partis en direction de la maison abandonnée, ou la maison où j'avais abandonné Ben, faisant de mon mieux pour rester dans l'ombre, essayant d'attirer l'attention de personne sur moi. Je n'étais pas en mesure de combattre un chasseur pour le moment, mais je ne pouvais pas m'empêcher de dévisager chaque personne que je voyais dans la rue. S'il ne prenait aucune attention à moi, tant mieux. S'il faisait attention à moi et que, du coup, préférait traverser la rue pour ne pas avoir à passer près de moi, encore mieux. S'il prenait attention et qu'il continuait toujours d'avancer, s'imaginant que je ne l'avais pas remarqué, passant subtilement la main sous un manteau pour y prendre quelque chose, alors je le tuerai en premier. Du moins, j'essayerai... Sans aucune subtilité, pour toutes les maisons autour, les lampadaires, les voitures. Merde, je fais comment, moi, pour tuer quelqu'un sans avoir de témoins ? Sans tuer le témoin, de préférence. J'avais dit à Laura que je ne tuerais que des chasseurs et des vampires, mais à y repenser, je crois que ça me sera un peu compliqué.
Il me fallut un peu moins de vingt minutes de marches pour me rendre à destination, et je n'avais trouvé aucune victime potentielle sur mon chemin. J'en étais bien triste ; j'avais soif ! Il fallait que je trouve à boire, ou s'il fallait encore que je passe toute la journée de demain à la lumière, je ne crois pas que je passerais par-dessus. Surtout si Sarah me force encore à manger. Enfin, ça m'étonnerait qu'elle s'essaye encore, vu ce qui s'est passé la dernière fois... Et puis, de toute façon, je n'ai pas l'intention de rester ici très longtemps. Revenir à Miska n'aura été qu'une très, très mauvaise idée.
Le pire, là-dedans, c'est que mes cauchemars n'ont même pas arrêté. Ils sont un peu différents, mais c'est pratiquement la même chose. Je vois toujours la maison, les photos, moi assis dans le fond de la penderie... La seule différence, c'est quand je suis dans le salon. Plutôt qu'entendre la voie dire « revient à la maison ! », elle dit : « cherche encore ! », et c'est clairement la voie de Mimi. C'est ce qu'elle dit quand c'est mon tour de chercher, à cachecache. Je crois l'avoir trouvé, je dis « je t'ai trouvé ! » avant de me rendre compte que non, ce n'est pas là qu'elle est. Et elle dit cherche encore, et ensuite je la trouve, car elle se trahie... C'est à croire que c'est exactement la même chose : une partie de cachecache. Ma famille se cacherait quelque part, et ce n'est pas à la maison qu'ils sont. Où, alors ?
J'entrai dans la maison et allai directement au salon, vers Ben. Il était toujours étendu sur le canapé, dans l'exacte position que je l'avais laissé la nuit dernière. La seule différence, c'était qu'il était plus pâle. Normal, quand on est mort, j'imagine.
Je m'assis contre le mur d'en face, guettant les mouvements qui ne viendraient jamais de Ben, continuant à penser à ma famille. Si j'avais raison, et qu'ils sont vraiment devenus des fantômes... les fantômes hantent des lieux, non ? Le lieu de leurs morts, ou assez près, habituellement. À moins que... plutôt qu'être relié à un lieu... ils soient reliés à un objet ? Ce serait bien ma veine. Tous les objets de la maison sont partis ailleurs, va savoir où exactement. Si c'est ça, qu'il faut que je cherche... mon séjour à Miska sera plus long que prévu.
Je n'ai jamais été vraiment fan des parties de cachecache, mais étant seul contre quatre à chaque fois, je n'avais pas vraiment le choix d'accepter la partie. C'était long et ennuyeux, mais j'endurais. Là, par contre, c'est une tout autre histoire.
Et dire que, quand je voulais m'enfuir des parties de cachecache, où j'allais ? Chez Ben.
Je levais les yeux vers lui. Sa tête était inclinée comme si c'était moi qu'il regardait. Le seul problème était que ses yeux étaient fermés.
- Ben, réveille-toi, maintenant.
Aucune réaction. Je me levai et allai m'agenouiller devant lui, assez près pour le secouer sans ménagement jusqu'à ce qu'il se réveille. Mais même sachant qu'il ne ressentirait rien, puisque ce corps est maintenant inhabité, je ne pouvais pas me résoudre à le faire mal, ne serait-ce qu'un tout petit peu.
- Réveille ! Allez, réveille-toi, merde !
Mais il restait toujours aussi impassible. Perdant patience, je me relevai et fit les cent pas autour du canapé. Laura avait dit près d'une journée. Ça ne faisait pas encore vingt-quatre heures, rien n'était encore dit, mais il reste que le temps commençait à se faire long. J'en avais marre de ne pas savoir s'il allait se ressusciter ou pas.
Je retournai dehors, tout au bout du chemin de terre de la maison, regardant les voitures passer sur l'autoroute. Sans trop savoir ce que je faisais, je levais le pouce bien haut, mais aucune voiture ne s'arrêta pour moi. J'avais déjà l'allure du meurtrier dans un film d'horreur totalement nul, où les seules choses qui font peur son le maquillage du méchant de l'histoire, la musique angoissante et les boums quand quelque chose de grave se produit, genre « le méchant est derrière ! » En gros, un film d'horreur dont l'histoire en tant que telle ne fait pas peur. À écouter sur mute, ce devrait surement être quelque chose d'assez stupide.
Si j'étais dans un film, là tout de suite, ce serait ce genre-là. Le genre que je regretterai longtemps, mais qu'après coup, serrai grâce à lui que j'aurai réussi à lancer ma carrière d'acteur, et devenir riche et célèbre.
J'étais perdu dans des pensées de ce genre depuis je ne sais combien de temps quand je relevai la tête, ébloui par les lumières d'une voiture. Puis je me rendis compte que quelqu'un s'était réellement arrêté pour moi. Avec la tête que j'avais, qui viendrait délibérément vers moi ?!
Je contournai la voiture et allais à la fenêtre du conducteur. Le type avait une barbe broussailleuse et un afro assorti, et il sentait très fort le café. Il me faisait penser à quelqu'un qui vivait entre sa vieille voiture et son ami le grizzli.
L'homme dit quelque chose, mais il avait un accent tellement fort que je n'y compris rien.
- Quoi ? bredouillais-je.
Il répéta encore une fois, et je pus enfin comprendre un « qu'est-ce que tu veux ? ». Malgré tout, j'eu envie de me jouer de lui encore un peu.
- Je comprends pas bien ce que vous dites... vous pourriez pas ouvrir la portière ?
- Ça changerait quoi ?
- Quoi ?
Avec un grognement, marmonnant que j'étais un gnochon, il consentit finalement à ouvrir la portière, puis se pencha bien près de mon visage. Et sans lui laisser le temps d'ajouter quoi que ce soit, j'attrapai sa tête à deux mains et lui cassait le cou, sans qu'il n'ait jamais le temps de comprendre ce qui se passait. Je repoussai son corps inerte dans le siège passager, prit la place derrière le volant et conduisit la voiture jusqu'à la maison abandonnée. Après ma balade de dix secondes, je ressortis de la voiture et trainai le type vers un coin de la cour derrière la maison, le mordis dans le cou et but son sang jusqu'à la dernière goutte, puis recrachai les poils de sa barbe qui m'étaient entré dans la bouche. Enfin, moi qui en étais venu à croire que j'allais mourir de soif... Marcus me faisait endurer pire, bien sûr, mais avec lui, je savais qu'il y avait toujours les poches de sang dans le frigo. Ici, ce n'est pas la même histoire...
J'abandonnais le type au pied d'un érable, à la bordure de la petite forêt, me promettant de revenir pour l'enterrer dès que j'aurais trouvé une pelte, puis retournai à sa voiture pour voir ce qu'il y avait à l'intérieur. À l'arrière et dans le coffre, il y avait des vêtements, un sac de couchage et une caisse de vingt-quatre, accompagnés d'un sac en plastique contenant une brosse à dent, brosse à cheveux, shampoing et rasoir, dont il ne s'était clairement jamais servi. Ma dernière trouvaille fut un vieux téléphone cellulaire, dans le genre qui s'ouvre et avec plein de boutons, que je mis dans ma poche.
Sans trop savoir quoi faire de plus, je mis les clés dans mes poches avec le téléphone et retournai dans la maison voire Ben. Comme je m'en étais douté, il n'avait toujours pas bougé. J'allais m'allonger sur le plancher, la tête contre le canapé, prêt à passer la nuit ici, voir la semaine, sans bouger, jusqu'à ce qu'il se réveille.
Mais s'il ne se réveillait jamais ?
- Tais-toi, Voix.
Il est trop jeune pour survivre à ça. Tu étais déjà toi-même une exception. Pourquoi, lui, il y survivrait ?
- Justement. Si moi, j'y ai survécu, pourquoi pas lui ?
Tu crois que la chance pourrait te frapper deux fois ? Comme si t'avais déjà eu de la chance avant.
Je me pris la tête à deux mains, le front contre mes genoux. Cette voix avait parfaitement raison. La chose qui se rapprochait le plus à de la chance, en ce qui me concerne, c'est de ne pas être mort. Pas encore, du moins. D'une certaine façon, on peut surement dire que c'est de la chance... pour moi, pas pour le reste de l'humanité. Si Ben survit, ce sera de la chance pour moi et pour lui... pas pour le reste de l'humanité. Sérieusement, pauvre humanité. Entre Ben et moi, la population mondiale va diminuer de moitié d'ici la fin de l'année. Déjà que je me sens mal de ne pas me sentir mal quand je tue quelqu'un que je ne connais pas. Je crois que je me sentirais réellement mal si Ben se met à tuer des gens pour boire leurs sangs... comme moi.
Bien malgré moi, il fallait avouer que c'était une meilleure chose, que Ben ne se réveille pas. Qu'il n'ait jamais à tuer, à fuir sa famille, car ils se rendront bien compte qu'il y a quelque chose qui cloche chez lui (et je sais, de source sure, que j'ai raison là-dessus), se faire pourchasser par ses stupides chasseurs, être obligé de se cacher de la lumière, ne jamais pouvoir se faire d'autre ami... il n'y aurait plus que lui et moi, pour toujours... comme un couple marié ? Peut-être pas, non...
Je me retournai pour croiser le regard de Ben. Je m'en voulais atrocement qu'il soit mort à cause de moi, mais je m'en voudrais encore plus s'il revenait d'entre les morts.
Je restai là, à le fixer, depuis plus de dix secondes, quand je me rendis compte que... je croisais son regard ?
- OH, MERDE !
Je sursautai pour atterrir un mètre plus loin, et Ben sursauta lui aussi, tombant de l'autre côté du canapé, criant dans sa chute.
- Pourquoi t'as crié ? s'écria-t-il. Qu'est-ce qui à ? Où est-ce que je suis, de toute façon ? Jay, t'es où ?
- Ici ! dis-je en contournant le canapé pour le retrouver étalé dans le plancher. J'y crois pas, t'es revenu !
- De quoi tu parles, je suis allé nulle part...
Je le pris dans mes bras et le serrais aussi fort que possible. Ben hésita deux secondes, se demandant visiblement où était la raison, mais me serra ensuite lui aussi.
- Ouah, c'est super bizarre, dit-il lentement. Est-ce qu'on est le jour, ou la nuit ? J'ai l'impression que c'est la nuit, mais il fait claire comme le jour, mais tu sais, il y a ces petits trucs, comme l'odeur de l'air et le bruit des insectes qui me font plutôt croire qu'on est la nuit, mais c'est pas possible, on doit être le jour...
Sur le coup, j'éclatai de rire comme si je n'avais pas ri depuis une éternité, ce qui était le cas. Je m'éloignai pour le regarder dans les yeux, ces yeux habituellement bleu foncé, qui était maintenant tout aussi rouge que les miens. Ça faisait un peu bizarre à voir, mais je savais que, tant qu'il y aura de la lumière, ses yeux pourraient redevenir bleus.
- Ouais, c'est la nuit. Devine quoi ? Tu peux voir dans le noir, maintenant.
- Géniaaal...
- Mais tu peux plus voir de jours. Bah, ouais, tu peux, mais ça fait mal.
Ben fit la grimace, prêt à dire comment c'est nul comme truc, mais il s'interrompit avant même de commencer, comme quoi un détail venait seulement de lui revenir. Je sentis une bonne partie de ma bonne humeur disparaitre d'un coup.
- Je peux savoir... pourquoi, je peux voir de nuit, et pas voir de jour ?
Je baissai les yeux, n'ayant pas vraiment envie de lui balancer que, hier à peine, il était mort. Visiblement, il avait oublié une bonne partie de ce qui s'était passé, et celons-moi, c'était très bien comme ça. Mais je ne pouvais pas le tenir dans l'ignorance bien longtemps, même si j'avais voulu.
- C'est quoi, la dernière chose dont tu te souviens ?
- Heu... on était sur le bord de la route, on parlait... là, il va falloir que tu m'expliques. Ça faisait partie de mon rêve, ou t'es vraiment un vampire ? Ok, rie pas, hein ! Je peux faire des rêves très réalistes, parfois.
- C'était pas un rêve, marmonnais-je. Je suis un vampire. Et toi aussi, maintenant.
- Oh, wow, d'accord ! dit-il en riant. Et... oh... moi aussi ?
Je hochai la tête tout en détournant le regard.
- Je suis désolé.
- Attends... et ce serait toi qui m'aurais transformé ?
Ben se prit le cou à deux mains, comme s'il cherchait quelque chose. La forme d'une morsure dans son cou, peut-être. Marcus m'avait expliqué, après lui avoir posé la question, que la seule manière de transformer quelqu'un en vampire, c'est de lui donner du sang de vampire. Le mordre, ça ne sert qu'à tuer la personne. Au mieux, on pourrait encore le mordre, sans boire le sang, et cracher sur la morsure au point de se vider totalement de salive, ce qui ne serait pas vraiment pratique.
- On t'avait tiré dessus, et j'ai paniqué, dis-je en haussant les épaules. Je savais plus quoi faire, si je devais t'apporter à l'hôpital, ou... J'ai décidé de te transformer. Sur le coup, ça m'a semblé une bonne idée. Je suis vraiment désolé.
- C'est vraiment bizarre... mais maintenant que tu le dis, je crois que ça me revient. Je me suis fait tirer une balle dans le ventre, c'est ça ?
Je hochai la tête, et Ben baissa les yeux pour voir la grande tache de sang sur son teeshirt. Il le remonta pour voir qu'il n'y avait plus aucune blessure. Il appuya sur son ventre et grimaça en hochant la tête.
- Je sens qu'il y a quelque chose qui devrait pas être là... mais ça peut quand même pas être une balle ! Ça ferait bien plus mal que ça. Non ?
- Pas dans ton cas. T'es un vampire, maintenant.
- Eh bien, c'est chouette. Je suis pas mort.
- Mais tu vas devenir un meurtrier, marmonnais-je. Très, très chouette.
Ben perdit aussitôt son petit sourire. Il me dévisagea quelques secondes, puis baissa légèrement les yeux, que je sentais orienter vers ma bouche où, je le savais, il y avait encore des traces de sang de ma dernière victime, le barbu, que j'ai abandonné sans plus de cérémonie au pied d'un érable, près de la maison.
- Je vais, genre, avoir une soif de sang incontrôlable et me mettre à tuer des gens ?
- C'est pas impossible. Moi, j'ai pas de « soif de sang incontrôlable », je le sens quand j'ai besoin de sang, et puis c'est tout. Quand bien même que je serais en train d'en mourir, je vais pas me lancer sur le premier venu pour le tuer. Enfin, oui, je le fais, mais je sais ce que je fais, tu comprends ? Si c'était un ami, devant moi, c'est certain que je ne le tuerai pas pour boire son sang... Par contre, autre que la soif de sang, j'ai plutôt... des « envies de meurtre incontrôlable ». Ce sont des choses qui arrivent, parait-il. Je veux dire, même si je n'ai pas soif, je risquerais de... perdre le contrôle, disons. Et de tuer tout le monde. Celons-moi, c'est pire. Mais au moins, je le sens venir, dans ces moments-là. Je n'arrive plus à m'arrêter de trembler, et j'ai carrément une voix dans ma tête qui me dit quoi faire. C'est flippant, hein ?
Ben ne répondit rien, me regardant avec des yeux ronds. Je détournai encore une fois le regard, me maudissant d'avoir parlé. C'est clair, il va me prendre pour un monstre sans cœur, maintenant.
- Ça c'est pas produit souvent, je t'assure ! Genre... deux fois. C'est tout. Et j'ai seulement tué Quirin, mais c'était un vampire, lui aussi, et il était vraiment à chier. De toute façon, les vampires ne devraient même pas exister. Si j'étais le seul sur terre, je me tuerais là, tout de suite. Sauf que j'ai plus mon pistolet, c'est la police qui l'a...
- Jayden ?
Je m'arrêtai de parler, sans pour autant lever les yeux vers lui. J'avais l'impression de m'enfoncer un peu plus à chaque phrase. S'il fallait qu'il parte, je ne sais pas ce que je ferais. Je sentais déjà les larmes me monter aux yeux en ne faisant qu'imaginer cette possibilité.
- J'ai pas envie de t'entendre dire ce genre de truc.
Je hochai la tête, sans rien dire.
- Hé, fait pas cette tête. Ça va, OK ? Je vais pas t'en vouloir pour avoir tué un vampire. Seulement... parle pas d'envie de meurtre incontrôlable, ou de suicide, et tout ça, ce serait gentil.
Je hochai encore une fois la tête. Je n'avais plus rien à dire, de toute façon. Même si j'avais eu de quoi à dire, je crois que j'en serais resté muet.
- Où est-ce que je suis, là ? demanda Ben en regardant tout autour de lui. On est encore à Miska, j'espère ?
- On n'est pas trop loin de chez toi, t'inquiète, marmonnais-je, à la fois soulagé de son changement de sujet, et complètement à plat. Mais je crois pas que ce serait une bonne idée pour toi d'y retourner maintenant. Si t'es parents de voient, ils vont flipper.
- Pourquoi ? Ne me dis pas que je suis devenu pâle comme toi ?
- T'es bien parti, mais non, pas encore. Il te faudra plusieurs mois sans soleil pour ça. Mais tant qu'il fera noir, tes yeux seront rouges. Comme maintenant. Et puis, je crois que tu ne devrais même plus les voir. C'est sûr, ils vont se rendre compte du changement. Tu pourrais venir avec moi, parcourir le monde et tuer des vampires ! Enfin, je dis ça comme ça...
Encore une fois, Ben prit un long moment avant de répondre. Je le voyais bien ; il faisait le brave, mais il n'en menait pas large. Même si c'était lui qui m'avait dit de le transformer quand il était à l'agonie de sa balle dans le ventre, il est évident qu'il n'avait pas réfléchi aux conséquences avant de dire ça.
- Te trompe pas, je t'aime. Mais pas au point de te suivre aveuglément jusqu'au bout du monde pour devenir un meurtrier, pour ne plus jamais revoir mes parents... pour ne jamais vieillir...
- Je suis désolé, dis-je encore en appuyant le menton sur mes genoux. Je suis vraiment désolé... J'aurais dû t'apporter à l'hôpital.
- T'en veux pas. C'est fait, maintenant. Seulement... je peux pas faire ça. Peut-être que mes parents vont avoir peur, sur le coup, mais je suis sûr qu'ils vont m'aider.
- Ils vont t'aider à te procurer du sang, tu crois ? Ils vont tuer des gens pour toi ? Ils vont te cacher dans la cave le jour, et t'enfermer encore plus pendant la nuit pour pas que tu sortes tuer des gens, c'est ça qui va se passer... T'aurais dû rester mort, ça aurait été mieux pour tout le monde.
Ben se releva d'un bon, poing serré. Je restai assis, devant lui, au risque de manger un coup de pied, mais je m'en fichai. Je trouvai même que je l'aurais bien mérité.
- T'es vraiment devenu cinglé, toi ! s'écria-t-il. Mes parents m'aiment, ça, je le sais ! Ils ne ferraient jamais une chose pareille. Et moi, pour ma part, je ne deviendrais jamais un meurtrier comme toi !
Je baissai la tête, sentant une larme couler sur ma joue. J'avais tout un tas de réplique en tête, mais je ne dis rien. Je savais que j'avais raison, mais ça ne pouvait que m'aider à me sentir encore plus mal. J'ai vraiment foutu la vie de Ben en l'air.
- C'est pas ce que je voulais dire, dis-je à la place de tout le reste. Je veux pas que tu sois mort, seulement, tu l'étais déjà, et t'aurais pas dû revenir, tu comprends ?
- C'est toi qui étais déjà mort. Et t'aurais dû le rester.
- Oui, et t'as raison. Je voulais juste venir ici pour comprendre mes rêves, OK, j'avais pas prévu la suite !
- Et tu dis quoi, là ? Que c'était de ma faute ?
- Non !
- Arrête, maintenant. Je retourne chez moi.
Ben se retourna et partit en direction de la porte, et je me relevai pour le suivre. Il le remarqua aussitôt, se retournant vers moi.
- Je suis bien contant de t'avoir revu, Jay, mais là, il faut que je retourne chez moi. Et si tu dis encore que c'est une mauvaise idée... eh bien, je vais y aller quand même, peu importe ce que tu diras.
- Je vais pas t'en empêcher, il faut seulement que tu comprennes... si t'as des problèmes, tu sais où me trouver. Ici, ou chez Sarah.
- Sarah ? Ta cousine ? Attends... tu veux m'empêcher de retrouver ma famille, et toi, pendant ce temps... tu retrouves ta famille ?
- J'ai pas vraiment eu le choix ! Et dès que je le peux, je partirai.
- Tant mieux. Bon... Je fais comment, pour retourner chez moi ? À gauche, ou à droite ?
- Par là.
Je levais la main dans la bonne direction, et Ben roula les yeux en secouant la tête.
- C'est vraiment nul, de pas connaitre ses directions. C'est la droite, espèce de taré !
Puis Ben sortie dehors, partant vers le chemin de terre, pour ensuite tourner à droite, en direction de la ville. Ben était devenu un vampire depuis à peine dix minutes, je pouvais déjà voir que j'avais vraiment créé un monstre. Quelqu'un comme moi.
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