Chapitre 20
J'étais assis à la table, avec en face de moi Sarah qui me regardait intensément, comme si elle me défiait de me lever et de repartir vers la chambre. Un peu plus loin dans le salon, il y avait Céline et Henry, chacun dans un fauteuil. Henry me lançait régulièrement un regard, comme pour s'assurer que je n'étranglai pas Sarah. Et dans l'assiette devant moi, il y avait un morceau de steak ridiculement petit, que je prenais pour une bonne chose, accompagnée d'une boule de patate pilée et quelques morceaux de carottes. Je savais déjà que ce ne serait pas aussi bon que ça aurait pu, puisqu'il avait été préparé une heure plus tôt, qu'il était devenu froid entretemps, mais que Céline l'avait mis au microonde. Je savais aussi que, quand bien même j'aurais affaire au meilleur gâteau au chocolat au monde, il n'en serait pas moins dégueulasse pour moi.
- Allez, fait pas cette grimace, dit Sarah. Juste une bouché.
Je pris la fourchette dans une main et le couteau à steak dans l'autre, puis regardai fixement la fourchette pendant quelques secondes, puis le couteau. Ça faisait tellement longtemps que je n'avais pas tenu de fourchette dans ma main que je me rappelai à peine comment la tenir correctement. Et la dernière fois que j'avais vu un couteau à steak, c'était quand Anik m'avait poignardé avec pour en retirer une balle que j'avais sous l'épaule.
Retenant mon souffle, je coupai un morceau de steak, aussi petit possible sans que Sarah se mette à chialer, puis le piquait au bout de ma fourchette. Je redéposai le couteau, puis recommençai à fixer ma fourchette. J'étais incapable de ne pas laisser paraitre le dégout que je ressentais.
- Allez, Jay, s'il te plait ! soupira Sarah. Il faut que tu grossisses, un peu. T'auras pas la cote avec les filles, dans ce corps !
- Je suis gay.
- Ah, eh bien... avec les gars non plus, bredouilla-t-elle. Mange, allez, ou je vais t'entrer ce morceau de steak de force dans la bouche !
- Est-ce que t'es homophobe ?
- Bien sûr que non !
- T'en es vraiment sûr ? T'as pas l'air à laisse. Tu sais, je peux partir, si je te pose problème. Ou tu peux en parler, aussi.
- Je ne suis pas homophobe, et je sais parfaitement ce que t'essayes de faire ! dit Sarah en me menaçant du doigt, le visage aussi rouge que ses cheveux. Tu essayes de me faire sentir coupable, seulement pour changer de sujet et que j'oublie que tu es supposé manger !
- Je ne vois pas pourquoi tu te sentirais coupable si tu n'es pas...
- Jayden !
- Sarah, soupirais-je en recommençant à fixer ma fourchette.
Sarah se leva de sa chaise et contourna la table pour se mettre derrière moi. Elle me prit les épaules comme pour me masser, mais ses mains chaudes ne me relaxaient vraiment pas. Je commençai vraiment à détester toute forme de chaleur.
- S'il te plait, fais-le pour moi, dit Sarah d'une voix mielleuse.
- Faire quoi ? Embrasser une fille ? Bah, si tu y tiens, dis-je en haussant les épaules.
Sarah me fourra une claque derrière la tête, et je ne pus m'empêcher d'éclater de rire.
- Je m'en fou, de qui t'as envie d'embrasser ! Moi, ce que je veux, c'est que tu manges ce steak ! Mais pourquoi tu refuses de manger ? Je te comprends pas, là...
- Ce type de nourriture n'est pas compatible avec mon organisme, dis-je lentement.
Sarah s'arrêta de me masser, enfonçant maintenant les doigts bien profonds dans mes épaules, sans aucune douceur.
- T'es vraiment un crétin.
- Je sais.
- Boulimique ?
- Non.
- Anorexique ?
- Non. Juste gay.
Sarah me donna encore une autre claque derrière la tête, mais moins fort que la première fois. Elle passa ensuite ses mains dans mes cheveux qui, comme tout le reste de mon corps, n'avaient pas poussé d'un seul centimètre depuis ma mort officielle.
- Ce qui t'est arrivé... ça t'a vraiment changé, hein ? Et je ne parle pas du fait que tu sois gay !
- Merci bien. Mais pour être totalement honnête, je sais pas vraiment... Je suis peut-être bi... enfin, j'ai que treize ans, c'est surement un peu jeune pour savoir...
- Jay, j'en ai rien à faire, de ton orientation sexuelle. Je parle de... tout le reste.
Je détournai le regard vers le mur, en quête de sujet totalement inutile à lancer pour détourner Sarah de son objectif. Sérieusement, je ne comprenais même pas pourquoi elle n'avait toujours pas compris ce que je suis. J'avais l'impression que le moindre geste, le moindre mot dit de ma part, équivalait à crier haut et fort : « je suis un vampire ! » Au mieux, je pouvais toujours dire, à la place : « je suis gay ! », « je suis gaucher ! » ou encore « je suis allergique aux noix ! » et garder le meilleur pour la fin : « je n'ai que douze ans ! » Enfin, treize maintenant...
Wow, je suis vraiment tout un tas de trucs...
- Hé, t'as vu ça ? dit Sarah, changeant radicalement de ton.
Elle tendit le doigt vers la fenêtre, et je tournai la tête dans cette direction, sentant la panique m'envahir. Je ne voyais rien, mais peut-être que Sarah avait vu des types armés passer là. C'était peut-être des chasseurs, attendant que je sorte pour me tuer. C'est bien évident qu'ils savent où je suis, de toute façon. Sérieux, c'était vraiment une connerie, de me laisser emmener ici !
- Qu'est-ce que t'as vu ? demandais-je, la voix tremblante.
Sarah ne répondit rien, et je me levai de ma chaise dans l'idée de m'approcher de la fenêtre, mais j'avais les jambes encore plus bloquées qu'avant.
- Sarah, qu'est-ce que t'as...
Avant même que je puisse terminer ma phrase, Sarah m'approcha par-derrière et, pendant que je regardai ailleurs, m'enfonça un morceau de steak dans la bouche. Avant même de comprendre ce que ça voulait dire - que Sarah n'avait rien vu, elle ne voulait qu'attirer mon attention ailleurs pour que je ne la voie pas approcher – j'étais déjà sur la défensive. J'attrapais le bras de Sarah qui m'encerclait, tenant sa main devant ma bouche pour me faire avaler le steak, puis la fit basculer par en avant, pour la faire atterrir dos sur la table. J'avais une main contre sa gorge, ma bouche à trois centimètres de distance, quand je comprenais enfin le problème.
Sur le coup, je lâchai le cou de Sarah et m'éloignai d'un pas, les larmes aux yeux. Non mais, est-ce qu'elle fait exprès ? Après tout ce que j'ai enduré, elle, elle trouve toujours que ce serait une bonne idée, de me surprendre par-derrière ? J'aurais pu la tuer !
Quelqu'un m'agrippa par les épaules et me força à me retourner. Cette fois, c'était bien évident que ce n'était pas Sarah, puisqu'elle était toujours devant moi, j'avais on ne peut plus conscience que ce pourrait être un chasseur. Mais je me laissai faire. Cette personne, en fait, c'était Henry. Son visage avait viré au rouge. Qu'est-ce qu'il allait penser de moi, maintenant ? C'est la deuxième fois en dix minutes que je passe près de tuer sa fille.
- Mais qu'est-ce qui te prend ? demanda-t-il lentement, presque en chuchotant.
Je secouai la tête. Même si j'avais voulu dire quelque chose, rien n'aurait pu franchir mes lèvres. Je me retournai vers Sarah ; elle avait descendu de la table et sa mère l'avait rejoint. Elle était légèrement derrière, comme si elle comptait utiliser sa mère comme bouclier. Comme quoi j'étais vraiment un monstre contre qui il faut se protéger. Ce qui était bien sûr le cas.
J'aurais voulu m'enfuir en courant, mais j'étais sérieusement en train de perdre l'usage de mes jambes. Tout ce que je pus faire, c'est un pas vers le corridor, et un autre pour m'appuyer contre la table. Je me laissai tomber sur la chaise puis, incontrôlablement, me mit à pleurer.
J'étais tellement faible, autant physiquement que mentalement. Physiquement, je crois que je n'ai jamais eu autant besoin de sang quand cet instant. Je n'arrivai pratiquement plus à lever les jambes, à cause de cette balle. Un humain normal serait paralysé à vie, à ma place, c'est certain. Et même, pour la première fois depuis que je suis mort, j'ai l'impression que mon estomac reprend vie. À cause du morceau de steak, peut-être ? Dans le feu de l'action, je crois bien que je l'ai avalé, et il me pèse au cœur. Et il y a encore les deux autres balles que je me suis prises, la nuit dernière. Et le fait que j'ai passé pratiquement toute la journée d'aujourd'hui à la lumière. Je ne sais même pas comment j'avais fait pour garder les yeux ouverts, et j'avais la peau qui me brulait sérieusement. J'étais réellement en train de mourir.
Mentalement, j'avais envie de me laisser mourir. Je suis un vampire, de toute façon. Si moi, je ne meurs pas, des tas de gens, que je ne connaitrai probablement pas, vont mourir pour moi. À cause de moi. Mais aussi des gens que je connais, comme Ben. Et aussi, à un poil près, Sarah. Elle n'a aucune idée comme il m'en fallait de peu pour que je la tue et que je boive son sang.
Je sentis encore une fois une main sur mon épaule, et je savais que c'était Henry. Je ne levais pas la tête, ne voulant pas croiser son regard ni celui de personne d'autre. Henry du prendre mon manque de réaction pour le fait que je ne réalisais pas sa présence, car je le sentis s'éloigner de plusieurs pas, se rapprochant de sa femme et de sa fille.
- Mais qu'est-ce qui lui prend ? demanda encore Henry, tellement bas que je n'aurai pas dû être en mesure de l'entendre.
- Il est traumatisé, répondit Céline sur le même ton. Il va lui falloir un peu de temps pour se remettre de ce qu'il a vécu.
- D'ici ce temps, il va finir par tuer Sarah. Non, mais tu l'as vu ? Ça prend de la force, ce qu'il a fait, bien plus que peut en cacher un corps comme le sien.
- Il a douze ans, pas cinq, dit Sarah d'une voix tremblante. Et puis, c'était peut-être l'adrénaline.
- Je crois pas que ce soit une bonne idée qu'on le garde.
- Alors quoi, tu veux le placer en adoption ? répliqua Céline. Personne ne voudra jamais de lui. Ou en famille d'accueil.
- Il a besoin de nous, dit Sarah. On est la seule famille qu'il lui reste, quand même.
- Il va finir par te blesser sérieusement. J'ai pas envie de courir ce risque.
- C'est parce qu'il a peur, et je lui ai fait peur. Je t'assure, je resterai à distance, maintenant... ce type n'a clairement plus rien à voir avec le Jayden que j'ai connu.
Je relevai légèrement la tête pour les voir ; ils se tenaient en cercle serré, démontrant bien comment je suis exclu de la conversation, que je n'étais même pas censé entendre, vu la distance. Malgré tout, j'avais dans l'idée de répondre, bien fort : « tu ne crois pas si bien dire, Sarah ! ». Mais aucun son de sorti de ma bouche. C'était à croire que j'étais devenu muet.
Toute la famille me regardait, maintenant, ils s'étaient rendu compte que je les regardais aussi. Tous me regardaient d'un drôle d'air, résumant à la perfection la petite conversation qu'ils venaient d'avoir à mon propos, derrière mon dos.
Là, tout de suite, j'étais bien contant de mon séjour chez la police, car ils m'avaient confisqué mon arme, et j'étais sans défense contre moi-même. Car j'aurais bien aimé, sur le moment, prendre congé dans un coin sombre, et me tirer une balle dans la tête. Ou plutôt, au minimum, me faire mal. Me faire comprendre, d'une manière ou d'une autre, que ce que je venais de faire était mal.
Peut-être ces dix mois passés sous la tutelle de Marcus, à me faire frapper dessus à chaque erreur, étaient devenus pour moi un besoin, sans que je m'en rende compte.
Et dire que son seul bût était de me rendre fort. Il n'a réussi qu'à me rendre encore plus faible que je ne l'étais avant.
Je baissai les yeux sur la table, et mon regard tomba sur le couteau à steak. Je le pris, la main n'arrêtant plus de trembler, puis me levai lentement de ma chaise. Je pus entendre Henry, Céline et Sarah retenir leur souffle. Peut-être avaient-ils dans l'idée que je fonce sur eux pour les poignarder. Mais, faisant de mon mieux pour les ignorer, je leur tournai le dos et parti en direction de la salle de bain, aussi vite que mes jambes me le permettaient. J'étais devant la porte quand Céline me rattrapa.
- Qu'est-ce que tu fais ? demanda-t-elle, ses deux mains sur mes épaules.
Je haussai les épaules et détournai le regard vers le sol, cachant le couteau derrière mon dos malgré que je fusse conscient qu'elle l'avait déjà remarqué.
- Je vais prendre un bain, marmonnais-je.
Céline secoua la tête, et une mèche de ses cheveux bruns me frappa le front. Je levai les yeux vers elle et vits que, alors que j'avais réussi à m'arrêter de pleurer, elle semblait à deux doigts de s'y mettre.
- Donne-moi ce couteau.
- J'ai pas l'intention de me suicider avec, dis-je, aussi sérieux que possible, plantant mes yeux dans les siens. Et encore moins de vous poignarder. Tout ce que je veux, c'est d'être un peu seul.
Je me retournai vers la salle de bain, vacillant légèrement sur mes jambes, puis fit un pas vers la porte, mais Céline mit encore une fois une main sur mon épaule.
- Je vois bien que tu as de la difficulté à marcher. Tu ne voudrais pas aller à l'hôpital ?
- C'est sûr, ce serait un excellent moyen de se débarrasser de moi un jour ou deux, le temps de trouver quoi faire de moi. C'est tant mieux, mais je n'ai pas à y aller. J'ai reçu un coup, rien de plus. D'ici demain, mes jambes ne me feront plus mal, je t'assure.
J'essayai encore une fois d'aller à la salle de bain, mais maintenant, Céline m'agrippait le bras bien fort, et je n'avais plus la force de me dégager, même si je l'avais voulu.
- Je suis désolé, pour ce qui vient de se passer, sincèrement, dis-je en baissant les yeux. J'ai pas fait exprès. Je suis sur les nerfs, c'est tout. Je vais finir par me calmer, ou au moins, je vais faire de mon mieux. Tout ce qu'il me faut, pour l'instant, c'est un bon bain. OK ?
- Et le couteau ?
- Quoi, le couteau ? Mais t'es vraiment obsédé ?!
- Jayden, je veux pas que tu te fasses du mal !
- T'inquiète pas pour moi, je suis résistant. Je suis quand même le seul survivant de ma lignée, pas vrai ? L'ultime Youg.
- Ce n'est pas vrai. On est encore là, nous.
- Ouais, mais vous n'avez pas le même nom de famille, étant donné que le seul lien que j'ai avec vous, c'est qu'Henry soit le frère de ma mère. Et Henry n'a pas vraiment l'air heureux de ma présence parmi vous. Maintenant, je te le dis une dernière fois, laisse-moi seul, un peu. J'ai besoin d'être seul, tu comprends ?
- Seulement si tu me donnes ce couteau.
- Est-ce qu'il va vraiment falloir que je le fasse, là, devant toi ? m'énervais-je.
- Non ! s'écria-t-elle aussitôt. Ne fais rien. Donne-moi seulement ce couteau, s'il te plait.
- Très bien. Attends une seconde.
Je passai les mains derrière mon dos, cherchant du doigt le point précis où la balle m'avait touché. Dès que je l'eu trouvé, je pris une grande inspiration, les yeux plantés dans ceux de Céline, faisant de mon mieux pour rester impassible, alors qu'elle, elle semblait sous le choc. Puis j'enfonçai d'un coup la pointe du couteau dans mon dos, et je le sentis cogner contre les os de ma colonne. Je retirai le couteau, essuyai le sang sur mon teeshirt, puis le tendis à Céline, qui me regardait avec des yeux ronds.
- Qu'est-ce que tu viens de faire ? demanda-t-elle.
- Rien du tout. Vous voyez bien que je ne me suis pas fait mal avec le couteau.
Céline leva le couteau pour bien le voir, cherchant surement du sang, signe que, au contraire, je me serais fait mal avec, mais il n'y avait rien, puisque je l'avais bien essuyé.
- Tu permets, maintenant ?
- Qu'est-ce que tu viens de faire ? demanda-t-elle encore.
Sans répondre, je reculai jusqu'à la salle de bain, puis fermai la porte derrière moi. Aussitôt que la porte fut verrouillée, je m'agenouillai au sol, relevai mon teeshirt d'une main et, de l'autre, fouillai à l'intérieur de la blessure que je venais de me faire. Ça me faisait un mal de chien et je devais user de presque toute ma concentration pour ne pas gémir, car je savais que Céline était toujours de l'autre côté de la porte, essayant d'écouter les bruits, ou deviner ce que j'étais en train de faire. Si elle réussissait à deviner que j'étais en train de me retirer une balle avec les doigts, bravo à elle.
En peu de temps, je parvins à trouver la balle et à la retirer. Elle n'était pas bien creuse sous la peau. Je la tenais dans ma main, regardant la forme qu'elle avait. Elle était un peu déformée, comme quoi, entre la balle et mes os, c'était mes os qui étaient le plus solides.
J'étais bien contant d'être enfin débarrassé de cette balle, depuis le temps, et je ne pouvais plus m'empêcher de sourire bêtement. Je me relevai et fit couler de l'eau dans le bain, comme promit, me déshabillait, puis embarquais dedans alors qu'il n'avait toujours pas fini de couler. Je fermais les yeux, essayant de me détendre. Il fallait vraiment que j'apprenne à me détendre, ou c'est Sarah qui va le payer. J'en avais marre, de faire souffrir ceux que j'aime. Ben meurt, Laura se fait assommer, et Sarah aussi, maintenant, même si c'était beaucoup moins grave.
La porte de la salle de bain s'ouvrit à la volée et je sursautais, empoignant le rideau du bain et me cachant derrière. Céline était là, avec Henry. Céline fonça droit vers moi et je repliais les jambes, essayant de me cacher au mieux, mais elle semblait totalement se foutre de mon intimité.
- Mais ça va pas ? m'écriais-je. Tu vois pas que je suis nu ?! Sort !
- Qu'est-ce que tu as fait du couteau ?
- Je te l'ai rendu, espèce de conne !
Henry apparut de nulle part et me donna une claque bien forte contre la joue, mais je la sentis à peine.
- Bon, je l'ai mérité. Quelqu'un peut me donner une serviette ? demandais-je poliment.
Céline s'éloigna, puis revint avec une serviette, que je me passais autour du corps, puis me levai, les pieds encore dans le bain dont l'eau continuait toujours à couler. Puis je me rendis compte que l'eau se teintait de rouge, dû à la blessure à peine cicatrisée que je m'étais faite au dos.
- J'ai trouvé du sang, sur le couteau. Qu'est-ce que tu t'es fait ?
- Rien du tout. Ce sang, il venait du steak. Il était plutôt saignant. Tu devrais le savoir, c'est toi qui l'avais fait.
Céline secoua la tête, puis se tourna vers Henry. Ils semblaient croire que j'étais vraiment un cas désespéré, et je leur donnais raison.
- Sarah va bien ? demandais-je.
- Je t'interdis de l'approcher, dit aussitôt Henry.
- Ça va, pas la peine. J'avais déjà l'intention de rester éloigné de tout le monde, mais là, vous violez carrément mon intimité, au cas où vous auriez pas remarqué. Sérieux, tout ça pour le couteau ? Je te l'ai déjà rendu, y'a plus de danger !
- On voulait faire sûr, dit Céline.
Henry m'envoya un regard noir, puis s'éloigna vers la porte. Céline baissa les yeux vers l'eau du bain, tendant la main pour arrêter l'eau de coulée, mais ce ne fut que là qu'elle se rendit compte du sang dans l'eau. Elle se figea, puis releva la tête pour me dévisager.
- Mais qu'est-ce que tu t'es fait ? s'écria-t-elle encore.
- C'est quoi, ça ? dit Henry, toujours à la porte.
Je tournai la tête vers lui et vis qu'il avait trouvé la balle, que j'avais laissé tomber au sol. Je regardai alternativement Henry et Céline, qui me dévisageait aussi. Cette fois, je ne voyais plus d'issue.
- OK, c'est bon ! soupirais-je en levant une main pour bien montrer que je capitulais, l'autre main retenant toujours la serviette. J'avais une balle dans le dos. Je l'ai retiré. Voilà.
- Voilà ? répéta Henry, s'approchant pour me faire face. C'est pas possible... et t'aurais rien senti ? Mais c'est une vraie balle ! Et qui t'aurait tiré dessus ? Et t'avais pas à le faire toi-même ! Je savais même pas que c'était possible... Il faut que t'ailles à l'hôpital. C'est pas possible...
- Hé, ça va, on se calme. La balle est sortie, maintenant, plus de danger.
- Ça pourrait s'infecter, ou je sais pas, dit Céline, me fixant avec ses yeux exorbités. Il faut que t'ailles à l'hôpital.
- OK, très bien, soupirais-je encore. Mais après mon bain.
Céline et Henry prirent un moment pour se dévisager, encore. Clairement, ils n'avaient aucune idée quoi penser de moi.
- Comme tu voudras. Ne prends pas trop de temps.
Et, enfin, ils se retournèrent et partirent en direction de la sortie.
- Pourriez pas éteindre, en même temps ?
- T'y verras rien.
- C'est le bût. Ça m'aide à relaxer.
Henry éteignit la lumière, puis referma la porte. Je retirai ma serviette et me recouchai dans le fond de mon bain en soupirant. Céline et Henry étaient vraiment des boulets. Il fallait vraiment que je parte d'ici.
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