VII

J'ai longtemps réfléchi aux conséquences de l'action que j'avais effectué auprès d'Alessio les jours précédents et ce sont toujours les mêmes choses que je regrette. Je n'aurai jamais dû agir comme cela. Au lycée, je n'ose plus l'aborder. Je baisse la tête et regarde ailleurs, j'ai honte. Honte de moi, pas de lui évidemment. Je suis quelqu'un de lâche, de faible et peut être que je ne changerai jamais. Rien que de penser à cela me fait de la peine. Ça fait des jours, des semaines que j'ai envie de progresser, d'être heureuse, de m'accepter et d'accepter le fait que oui dans la vie il y a du positif et du négatif, que oui parfois on a le droit d'être triste. Sauf que j'ai toujours l'impression de rechuter au point d'oublier la personne que je voudrais être au fond de moi. Est-ce que je vais rester comme cela toute ma vie ou est-ce qu'un jour, je vais assumer et pouvoir agir ? Est-ce qu'un jour le bonheur va m'ouvrir ses portes ? Tant de questions sans réponses, cela me donne mal à la tête. Je devrais écrire, lire ou écouter de la musique pour me faire oublier le désordre qui règne dans ma tête pourtant, j'ai juste envie de m'allonger dans mon lit, de serrer mon doudou aussi fort que je le peux et pleurer alors c'est ce que je décide de faire. Mais lorsqu'une larme s'écoule de mon visage, d'autres la rejoignent aussitôt comme s'ils ne voulaient pas la laisser seule. J'aurai aimé pouvoir discuter, avoir de la compagnie, malheureusement, je n'ai personne à qui parler.

J'efface les gouttes d'eau salées de mon visage du revers de ma main à défaut de ne pas pouvoir effacer les pensées sombres qui me compriment le cœur puis je m'endors, épuisée comme souvent.

Lorsque mon réveil sonne, je lâche un petit grognement de plainte, j'aurai vraiment dû m'endormir plus tôt. Je m'étire rapidement puis j'ouvre ma fenêtre. Un courant d'air vient me rafraîchir, le soleil n'est pas encore levé, mais il ne devrait pas tarder. Je passe un coup d'œil sur l'état de ma chambre bien plus coloré que le salon même si les murs sont blancs. Des peintures, des photos ajoutent du bonheur à cette pièce. C'est décidément ma préférée de toute la maison, il faudrait que je la range afin qu'elle soit aussi belle et agréable. Je souris, oubliant à cet instant la façon dont je me suis endormi la veille.

Par la suite, je fais toujours les mêmes choses que tous les matins, c'est ma routine : je prends mon petit-déjeuner, je m'habille, je me toilette. Bref, rien de vraiment intéressant.

Les écouteurs dans les oreilles, ce matin et depuis quelques jours, je pars seule au lycée. Ma musique m'accompagnant afin de ne pas me laisser aller dans le sentiment de solitude que je déteste. Je n'ai jamais vraiment apprécié d'être juste avec moi-même, c'est comme si être entouré de monde pouvait me permettre d'être heureuse néanmoins, est-ce qu'au fond, je le suis réellement ?

Alors que je marche toujours, j'aperçois au loin la silhouette d'Alessio et les battements de mon cœur s'accélèrent, au fond de moi, je pense que ça présence me fera toujours de l'effet mais à ce moment-là, ce sentiment est aussi accompagné d'une tristesse. Je ne peux pas lui parler, je ne peux pas lui en vouloir du fait qu'il me regarde beaucoup moins, qu'il me sourit beaucoup moins parce que tout ça à vrai dire, c'est de ma faute. Il faudrait que j'arrête de me sentir coupable même si je suis en tort, c'est ma manière d'être, il n'y a que moi qui puisse décider d'arrêter d'être comme cela pourtant je n'en ai pas la force. Le manque d'énergie se ressent déjà, j'essaie de ne pas trop réfléchir -même si depuis ce matin je ne fais que ça- puis je passe aussi rapidement que possible le portail avant de me cacher derrière les casiers. Il arrive quelques minutes plus tard sans me voir et discute avec ces amis. Il a l'air heureux et ça me fait plaisir. Une de ses mains en attrape une autre et la serre très fort sans que je ne sache pourquoi. Un pincement au cœur se fait ressentir, ça me fait mal parce que la réalité me rattrape toujours. Je ferme les yeux puis pars sans me retourner.

La journée est longue, la seule chose d'agréable est le paysage du printemps éveillé depuis quelques semaines. Les fleurs ont bien poussé, les oiseaux chantent, les œufs éclosent et les fraises, cerises de certains jardins font leur apparition. Le climat est doux au contraire de la tempête de sentiments vivant dans ma tête. Mes amis m'aident pour oublier, je participe beaucoup en cours, les profs me félicitent et me sourient. Je fais semblant que tout va bien et cela a l'air de marcher. Personne ne se doute de rien et au fond ça me fait plutôt mal alors quand j'ai une petite pause, une heure de permanence, je me permets d'extérioriser tout ça. J'écris beaucoup, je m'applique peu, mais cela me libère. Je dessine un visage, un sourire sincère, rempli de bonté, des yeux brillants, un homme en costume, élégant, raffiné, heureux. Je repense à toi. Je souris, nostalgique. Je me souviens de ces petits moments où l'on jouait ensemble au parc, où tu me criais de ne voler trop haut sur la balançoire, où tu m'achetais ensuite une glace à la noix de coco, notre préféré. Je me remémore le goût, j'ai comme l'impression que je peux de nouveau le sentir sur mes papilles. C'était merveilleux, incroyable, inoubliable. J'aurais aimé que cela ne se termine jamais, qu'on puisse continuer à être heureux ensemble, à notre manière. Je t'ai perdu toi, à tout jamais, il est hors de question que je le perde lui aussi.

La sonnerie retentit, c'est la fin des cours. Une montée d'adrénaline parcours mon corps et je décide de me lancer lorsque mon ami apparaît enfin.

-Alessio ! Je... Euh... Il faut que je te parle, dis-je stressée.

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