VI

Les jours qui ont suivi, ma mère et moi avons fait tout notre possible pour passer plus de temps ensemble. Je pense que c'est vraiment bénéfique pour nous deux. Forcément, comme elle rentre plus tôt, maintenant, je ne peux plus beaucoup jouer au piano. En effet, elle est persuadée que depuis que papa est mort, personne n'y a toucher. Je me vois mal lui dévoiler de cette manière que cette passion qu'il avait, perdure encore dans chaque partie de mon corps, je préfère me perfectionner, lui faire la surprise pour le jour où nous serons prêtes, pour le jour où nous aurons avancé. Néanmoins, il y a un problème que je n'arrive pas à résoudre et je n'arrête pas d'y penser. Ma mère me cache quelque chose. Dans un sens, c'est normal, car je n'ai pas à savoir toute sa vie, mais mon instinct me dit que cette fois-ci, c'est plus grave que ce que je peux imaginer. Qu'est-ce que je suis sensée faire ?

Mes doigts frôlent les touches de l'instrument de musique. J'aimerais tant pouvoir laisser sa mélodie s'engouffrer dans l'air, mais je n'y arrive pas. Je regarde ma montre : 14 h 30. Quarante-cinq minutes que je tourne en rond sans rien faire. Soudain, la sonnerie retentit, je lève un sourcil, je n'attends la visite de personne.

Lorsque j'ouvre la porte, un sourire que je reconnaîtrai entre mille apparaît.

-Salut Marie, je sais qu'on s'est vu ce matin, mais je voulais te parler d'un sujet, je me voyais mal l'aborder comme ça au lycée, devant tout ce monde. M'annonce Alessio timidement.

-Oh, salut Alessio, entres. Tu veux boire un truc ?

-Oui, je veux bien de l'eau s'il te plaît.

Il s'assoit sur le canapé pendant que je lui prépare son verre dans la cuisine. Je lui tends ensuite et il me remercie.

-Bon, je t'écoute. Qu'est-ce que tu as à me dire ? Demandé-je curieusement.

-Je ne sais pas vraiment comment te l'annoncer, tu es l'une des premières personnes à qui j'en parle et j'espère que cela ne changera rien à notre relation. Je vais être cash parce que cela ne sert à rien de tourner autour du pot pendant 10 minutes, voilà Marie, je suis gay. Dit-il nerveusement.

-Ah...

-Je ne sais pas vraiment ce que tu peux ressentir actuellement, mais tu sais, je ne l'ai pas choisi. Si je...

-Alessio, stop. J'ai besoin d'être seule. Je suis désolée. Le coupé-je.

-Mais Marie ...

-Part s'il te plaît... Le supplié-je d'une voix brisée.

Son regard s'assombrit, il perd toute sa lumière. Mon ami se lève alors brusquement et part en claquant la porte. Je ferme les yeux péniblement, mon moi d'avant refait surface. C'est tout ce que je veux éviter depuis quelques jours. J'essaie au mieux de reprendre le contrôle de ma respiration afin de me calmer, en vain. Je suis égoïste, j'aurai dû le soutenir mais j'ai uniquement pensé qu'à moi. Lorsqu'il me l'a dit, j'ai eu l'impression qu'une porte se fermait, que le bonheur n'était définitivement pas fait pour moi. J'aime Alessio, je suis amoureuse de lui, je pensais que c'était la bonne personne mais actuellement tout ça est impossible et je ne peux pas lui en vouloir. Mes larmes coulent à flot. Cela ne devait pas se passer comme ça mais la vie n'est pas un conte de fée. On finit toujours par être déçu et aucun crapaud ne se transforme en prince charmant car lui-même n'existe pas.

Je prends une feuille et me mets à écrire, ça fait si longtemps que je n'ai pas écrit. Pourtant, j'ai toujours trouvé que c'était un excellent moyen d'exprimer ce que je pouvais ressentir.

Papa,

Je ne sais pas vraiment comment commencer cette lettre. Tu sais depuis ton départ beaucoup de choses ont changé. Tu ne l'as pas su, mais je n'étais pas aussi forte que tu l'avais pensé. J'ai eu des périodes noires, vraiment noires. J'angoissais chaque nuit ou chaque fin de vacance de retourner en cours. Je ne me sentais pas à ma place comme si j'étais trop différente des autres ou alors c'était juste ma personnalité que l'on n'aimait pas. Je n'ai jamais su rentrer dans le moule et au collège, c'est vraiment horrible. J'ai été rejeté des autres pendant deux ans. Cela m'a énormément fragilisé. Les gens avaient honte de moi, de mon image et peut-être que j'étais réellement dépressive, pas uniquement aux yeux des gens, mais au plus profond de moi. Je me suis mutilé papa, tu sais, je m'en veux, mais le harcèlement, les crises de panique, la solitude, c'était trop pour une jeune adolescente. J'ai baissé les bras et je me suis laissé dans un état pitoyable. Puis, tu es partie. Et de nouveau, mon monde s'est écroulé. Maman ne le sait pas non plus. Je crois que tous deux, vous pensiez avoir une fille forte à vos côtés, toujours souriante et bienveillante, mais malheureusement vous vous êtes trompé. J'ai honte de moi. J'essaie de me reconstruire, mais chaque fois un élément vient briser tous mes espoirs. Cette fois, je ne peux pas lui en vouloir. Je ne pense pas que tu connais Alessio, mais laisse-moi te le décrire. C'est un homme assez grand, je dirai, il doit faire autour d'un mètre soixante-quinze, des cheveux lisses et doux comme du coton, mais de couleur bois, ses yeux sont hypnotisant mélangeant un bleu océan, un gris souris et un vert émeraude. C'est original et chaque fois que je les vois, je m'y perds dedans. Il est également plutôt musclé, notamment au niveau des bras puis sur son visage se cache une fossette du côté gauche qui lui donne une particularité, un charme que les autres n'ont pas. Mais tout ça est superficiel, ce qui a également capté mon attention, c'est son caractère. C'est une personne attentionnée qui sait trouver les mots pour te réconforter, qui sait comment agir selon la situation, il est également déterminé, doux, honnête et plein d'autres adjectifs que je n'ai pas en tête. En gros, je l'aime vraiment beaucoup pour ne pas dire plus. Pourtant, ce soir, j'ai merdé, il s'est confié et je ne l'ai pas écouté. Il m'a blessé inconsciemment, mais c'est moi qui en souffre, car c'est de ma faute, je me suis mal comporté et je ne sais que faire. Papa, s'il te plaît, aide-moi...

Ta fille qui t'aime, Marie.

Je soupire et roule en boule le papier. C'est ridicule, il ne pourra plus m'aider désormais. Le cœur lourd, les yeux me brûlant je m'endors avec peu d'espoir de pouvoir un jour frôler le bonheur.

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