|2|


Un brouhaha emplissait le creux de mes tympans pour ensuite résonner contre chaques paroies de mon cerveau. Mon premier réflexe fût celui de me débattre après m'être souvenue de la veille, de cet homme, terrifiant. Et puis de cette seringue aussi.

Je bondis de l'endroit où j'étais assise. Mes jambes endolories, sûrement à cause de la drogue dans la seringue, cédèrent sous mon poids. Je me retrouvai donc étalée par terre.

Ce n'était qu'à cet instant que j'eus la magnifique idée d'ouvrir les yeux. Je me trouvais si proche du sol que mes cils étaient en mesure de frotter le carrelage bleu.

Le brouhaha grave se transforma, aussitôt ma chute arrivée, en rires moqueurs. Je me relevai le plus vite possible pour reprendre ma place sur la petite chaise noire. Afin de me donner une contenance sous la dizaine de yeux rivés sur moi, je pris la feuille posée sur la tablette accrochée à ma chaise.

-Bien, maintenant que tout le monde est réveillé nous pouvons commencer.

L'attention des jeunes gens, qui devaient avoir à peu près mon âge, se tourna vers l'homme semblant présider cette conférence. Car au vue de l'aspect de cette scène, les chaises placées devant une estrade sur laquelle un homme parlait grâce à un micro, j'avais bien l'impression de me retrouver en conférence. Ou à un cour magistral, tels ceux que j'avais assisté pour devenir docteure.

-Créés dans le plus grand secret...compétences exceptionnelles...une grande chance...prouesses scientifiques... Tous les mots du vieil homme debout sur l'estrade se heurtaient dans ma tête.

-Qu'est-ce que je fais ici? Soufflai-je pour moi-même, finalement décidée à passer à côté de ce cours.

-Tu devrais lire ce dossier au lieu d'en faire du papier mâché. Me lança mon voisin placé à ma droite.

-Luke. S'empressa-t-il d'ajouter en me tendant la main.

Ce visage aux traits fins ne m'était absolument familier.

-Et donc toi c'est Sarah. Il ravisa sa main auprès de lui, je n'avais pas l'intention de la saisir.

-Comment tu le sais? Je demandai paniquée qu'un inconnu me connaisse.

-C'est écris sur ton dossier. Luke regarda intensément le papier froissé entre mes doigts.

Je le dépliai et plongeai dans sa lecture. Dans celui-ci, des informations sur moi étaient présentes, tout depuis ma naissance, et une photo de moi à cinq ans.

-Il dit quoi le tien alors? S'enquit Luke en se penchant par dessus mon épaule.

-Que je suis un glitch. Je dis avec méfiance, les gens en général avaient peur des glitch.

A vrai dire, des tas de trucs étaient racontés à propos de moi, de nous. Certains affirmaient que nous étions des êtres vils désirant asservir le monde. Pour ma part, je m'étais toujours contentée de vire dans la plus grande simplicité. Aussi je ne croyais pas que certains glitchs aient voulu quoi que ce soit contre le monde entier.

Luke passa sa main dans ses cheveux blonds avant de lâcher un rire sonore. A nouveau la quinzaine de visages et celui de vieil homme se tournèrent vers moi, ainsi que dans la direction de Luke cette fois.

Je discernai les petites rides au coin des yeux de l'homme sur l'estrade, son visage me paraissait amical, même quand il interrompu son discours pour mon voisin bruyant.

-On l'est tous ici. S'expliqua Luke en effectuant un grand geste pour désigner les jeunes assis en demi cercle.

-En fait, je voulais savoir pourquoi as-tu été choisie? Il continua tous bas pour ne pas se faire remarquer.

-Capacité intellectuelles sur-élevées. Je lu à haute voix après avoir parcouru le dossier des yeux.

-Oh...Luke arborait une mine déçue.

-Tu t'attendais à quoi? Je reculai un peu car le blond n'avait pas l'air de vouloir quitter mon espace vital.

-Un truc cool, comme moi.

Je fronçai les sourcils pour lui faire cracher le morceau.

-Capacités physiques sur-élevées. Il annonça fièrement, faisant tourner un crayon dans ses mains.

-Qui c'est lui? Je pointai grossièrement de l'index le vieil homme.

-Attend tu ne veux même pas en savoir plus sur mes capacités?

-Plus tard, peut être.

-Très bien, souffla-t-il, lui appelle le comme tu veux, notre créateur, rédempteur, docteur...

-Comment tu le sais?

-Les présentations on eut lieu quand tu dormais, on a tous été drogués pour arriver ici sans pouvoir savoir où nous sommes. M'expliqua le blond.

-Et...

-Chut. Il me fît taire pour écouter le docteur.

Je me décidai de m'intéresser à ce que le docteur disait alors que Luke, pourtant ennuyé par ce discours était maintenant attentif.

-Des implants au poignet gauche vous ont été posés en arrivant ici, relevez votre manche.

Tous obéissèrent silencieusement. Je découvris sous ma peau des petites diodes bleues formant le chiffre quatre.

-Moi c'est deux, et toi? Ça veut dire quoi? Me demanda Luke en se collant à moi pour voir mon poignet.

-C'est le nombre de vies qu'il vous reste. Répondu le docteur amusé.

Mon voisin repris sa place dans sa chaise, son teint pâle était désormais livide.

-Au départ, vous étiez tous dotés de cinq vies, vous seuls ensuite étaient maîtres de ce que vous en fesiez. Le compteur changera bien sûr si vous en perdez d'autres.

Luke, les coudes posés sur les genoux était suspendu aux lèvres du savant que je suspectais d'être fou.

-Cinq vies c'est bien, l'éternité c'est mieux. Je peux vous faire cadeau de cette fameuse éternité tant convoitée depuis des siècles. Je vais vous en faire cadeau contre un léger service, il marqua une pause, supprimer la race humaine.

L'assemblée de jeunes glitch eut le souffle coupé, le docteur parlait d'un tel acte si sereinement, il avait sûrement préparé et attendu ce moment depuis longtemps. Il ne me parut plus aussi amical tout à coup.

-Et pourquoi ne pas commencer par vous, vous n'êtes pas un glitch que je sache. Lâchai-je sans m'en rendre compte.

-En effet, les seuls glitchs sont vous, mais moi ma chère je suis déjà à l'étape suivante, je suis éternel. Ricana-t-il.

-Je refuse de prendre d'autres innocentes vies. Je sautai de ma chaise avec la ferme intention de me faire entendre pour une fois.

-Vous ne pouvez pas refuser, vous êtes un glitch Sarah, vous êtes de notre côté. Nous vous avons amélioré, vous êtes à nous.

-Vous exécutaient les ordres ou vous mourrez. Affirma une voix sèche d'un glitch qui se levait pour se rendre sur la petite estrade.

Quand il se retourna je faillis proliférer tout un tas d'insultes, ou me terrer dans un coin car ce regard noisette me terrifiait. C'était celui de l'homme dans ma salle de bain.

-Charlie, est comme vous et il a vécu ici. Il sait par conséquent quelle est la meilleure solution pour vous, pour nous. Le docteur, présenta Charlie en retrait, déjà éclipsé par la prestence du glitch.

Luke me tira sur le bras pour me forcer à me rasseoir.

-On dirait que tu tiens à mourir. Il dît amusé.

×××

Mes pas se perdaient dans les méandres du centre depuis que le docteur nous avait autorisé à sortir de la salle de conférence. Bien entendu, seuls les déplacements au sein du centre étaient octroyés. Luke s'était engouffré rapidement dans les couloirs bleus, eux aussi, avant que je ne puisse le suivre. Pas que j'appréciais cet individu, mais être en compagnie de quelqu'un était certes plus rassurant, surtout dans un établissement de savants fous voulant l'extinction des humains.

Je tombai finalement nez à nez avec une porte entre ouverte. Le code déverrouillé à l'entrée annonçait l'importance de ce qui s'y trouvait probablement derrière.

Je pénétrai à pas de loups, après avoir vérifié de ne pas être suivie, dans cette pièce. Des milliers de feuilles recouvraient les tables et jonchaient le sol, au fond des machines scientifiques éclairant la pièce grâce à leurs faibles lumières rouges. Le petit fusil disposé sur une pile de papier menaçant de s'effondrer, attira mon attention.

L'égalité m'avait obsédé à chaque instant de ma vie. Nous avions été sélectionné pour des qualités débiles, des qualités qui n'amenaient pas la diversité. La diversité était la base de l'humanité, de la vie. L'éternité n'était qu'un mythe, elle aurait dû le rester. L'éternité devrait rimer avec extinction.

L'arme à feu se trouvait maintenant dans ma main droite. Je distinguai sur mon poignet gauche le chiffre quatre. Je n'avais pas voulu de cinq vies, alors d'une éternité? Et puis d'une éternité avec dix milliards de morts sur la conscience encore moins. Plus de mort sur la conscience. Plus jamais.

Mon refus signera mon arrêt de mort, cependant il était déterminé. Tant qu'à faire autant mourir de ma propre main. Je pensai brièvement à mes défunts parents.

Je posai délicatement le canon de l'arme à côté de mon oreille, sous mes cheveux châtains. J'inspirai un bon coup. On verra bien si tu as le cran de tirer quatre fois, me targuai-je.

Une balle. Le sang bleu gicla sur mon visage, il est merveilleux, disait autrefois ma mère.

Deuxième balle. Elle se logea pas loin de la première, déchirant mon tissu nerveux, m'arranchant un cri de douleur.

Je titubai, mes jambes flageolantes me retenaient à peine. Je brandi péniblement le fusil qui s'était décollé de ma tête à cause des deux impacts précédents.

-Sarah! Hurla Luke en se précipitant sur moi.

Bạn đang đọc truyện trên: AzTruyen.Top