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La pluie s'abattait sur la ville depuis plusieurs heures. Les gouttes froides claquaient contre contre le sol goudronné, créant une cacophonie et prenant le dessus sur les nombreuses voix humaines pourtant fortes. Les trombes d'eau qui se déversaient sur le sol semblaient vouloir le nettoyer.
La rue dans laquelle je passais se trouvait identique aux autres, noire de monde. Les millions de logements ne suffisaient plus à contenir la population toujours plus importante. La ville s'était étendue jusqu'à la suivante et ainsi dessuite. Le pays entier devait faire face à ce cas d'augmentation incontrôlée mais toutefois prévue du taux d'accroissement naturel. Le pays et plus encore, le continent, le monde étaient surpeuplés. Nous étions trop.
Les gens trop nombreux, vivant aux beau milieu des rues, salissant et polluant la voix publique, étaient aussi devenu agressifs. La notion du vivre-ensemble était devenue un obscur principe.
Je souris niaisement en penchant la tête vers le ciel orageux, c'était fou ce que j'aimais la pluie. Ces particules liquides réduisaient pour un temps l'odeur qui me prenait le nez habituellement. Au contraire, le soleil durant les périodes sèches faisait remonter les relents de sueur, de saleté, de pollution. Lorsque ces périodes étaient présentes je me cantonnais à l'intérieur de l'hôpital dans lequel je travaillais.
Mes pas m'éloignaient d'ailleurs de cet endroit que j'avais tant affectionné, mais depuis l'ordre impartial c'était une toute autre chose. L'angoisse me quittait peu à peu alors que je me rapprochai de mon chez-moi. Ce sentiment s'emparait de mon corps à chaque fois que je me rendais à l'hôpital, il formait un étau autour de mes poumons qui se resserrait inexorablement.
A cause de l'ordre impartial on me demandait de faire des choses horribles. Ma formation de docteure ne servait plus à soigner les gens mais bel et bien à les tuer. Mon supérieur utilisait l'euphemisme réduire les douleurs de manière permanente. L'ordre impartial était celui des autorités et ainsi très clair, réduire la population. Moi qui avais rêvé de sauver des vies, je me retrouvais à en prendre quotidiennement.
Si l'anxiété me gagnait quand je partais de chez-moi, c'était au tour de la honte sur le chemin du retour. La honte quand je croisais le regard de ces enfants maigres assis sur les rebords des trottoirs, ces enfants qui ne vivront jamais. Parce que ce n'était pas une vie qu'ils obtenaient en naissant mais bel et bien un ticket pour l'enfer. Je savais pertinemment qu'ils n'auraient aucun soins, et ce n'était pas tout.
Je n'étais pas qu'une simple docteure angoissée à l'idée de tuer et une honteuse jeune femme en bonne santé. Je me dégoûtais moi-même car la balance ne se retournerait pas contre moi. Aucun docteur ne pourra mettre un terme à ma vie, la faim non plus, rien n'y personne ne le pourra. J'étais un glitch.
Je tirai, malgré les tremblements de ma main à cause de température extérieure, les clef de ma poche une fois arrivée devant le perron de ma porte. La maison que j'occupais, je la détenais de mes arrières grand parents. A l'époque elle s'était trouvée sur la bordure de la métropole, un grand jardin verdoyant l'entourait, désormais elle était placée au beau milieu du centre ville. Il n'y était pas rare de trouver des squatters à mes retours du travail en début de soirée, généralement ils déguerpissaient à peine le bruit du verrou ouvert entendu. Or, une fois ce n'était pas un jeune toxico qui avait pénétré par derrière dans ma vieille maison, c'était un homme violent qui vola toutes mes ressources de nourriture.
Subitement je sortis de mes pensées. Je fis un mouvement de recul, des bruits de pas, j'étais sûre de pouvoir discerner des bruits de pas sur le parquet de l'autre côté de ma porte. Aussitôt, la poignée cuivrée tourna et un homme déboula un fusil de chasse à la main.
Un sourire sournois pris possession de son visage tout autant creusé que crasseux.
-Je vais te tuer, comme ça je vendrai tes habits, tes dents, tes cheveux, et puis peu être ton corps aussi, je garderai ta maison pour moi par contre, plannifia-t-il avant de braquer le viseur de son arme sur mon front.
L'angoisse et la honte laissèrent place à la peur. J'étais un glitch, je ne pouvais pas mourir. Cependant, le ton de cet individu me glaçais le sang. Il prenait un tel plaisir à énumérer ce qu'il voulait faire de moi que j'avais l'impression d'être déjà morte. Tu ne pas mourir, ou du moins pas du premier coup! Cria une voix dans mon fort intérieur. Il était vrai que je possédais plusieurs vies grâce à ce que m'avaient fait les scientifiques mais je n'en avais jamais perdue une.
La détonation fut brutale, elle coupa court mes réflexions. Je vis la balle de plomb surgir du canon noir du fusil. Je la vis de plus en plus prêt. Je sentis la puissance de l'impact déchirer ma chair puis le petit objet métallique se loger dans mon crâne, heurter des os. Pendant un instant un voile sombre s'abattit sur mon champ de vision. Mes jambes me lâchèrent.
-Oh putain, un glitch! Hurla mon agresseur affolé par ma nature.
Il lâcha précipitamment son arme pour s'en aller le plus rapidement possible. Il ne prit même pas la peine de m'éviter, m'écrasant la main au passage.
Les lignes noires obstruant ma vision s'atténuèrent, petit à petit tout redevint normal. Il ne restait que mon sang bleu, spécifique des glitch, coulant le long de mes tempes et la balle dans ma tête pour témoigner de ma mort.
Une vie de moins.
Péniblement je me levai pour rentrer chez moi sans prendre la peine de refermer la porte probablement cassée par mon agresseur. L'intérieur peu meublé était encore plongé dans l'obscurité, tel que je l'avais laissé à mon départ ce matin même. Je me dirigeai en titubant vers ma salle de bain et me plaça en face du miroir encadrant à peine mon visage dans sa totalité.
J'admirai quelques secondes ce bleu cobalt déjà séché sur mon front. Munie de mon courage, j'inspirai un bon coup, la main gauche agrippée à mon lavabo, la droite plongée dans mon crâne.
En réalité, je n'ai eu qu'à glisser mon index et mon pouce à l'intérieur de ma boîte crânienne, la balle n'était pas bien loin. Après une flopée de grimaces de douleur, j'extirpai l'objet ensanglanté et le jeta dans l'évier.
Je fixai un moment mon reflet, des larmes menacèrent de s'évader de mes globes oculaires. Je savais très bien que je n'avais pas été choisie au hasard pour être un glitch cependant je savais aussi que je ne voulait pas en être un. C'était injuste, tout le monde devrait avoir droit à plusieurs chances car l'erreur était humaine. Je devais trouver un moyen d'inverser le processus, pour l'égalité.

Une main gantée se colla à ma bouche, je tentai de me débattre de toutes mes forces. Une aiguille se planta dans mon cou, alors que mes muscles se ramollirent je regarda dans le miroir au dessus du lavabo. Je croisa ses yeux et à nouveau j'eus peur. Cette fois-ci ce n'avait rien à voir avec la mort, plutôt une intuition. Ces yeux bruns désiraient quelque chose de mal, j'en était certaine.
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