V


Rapide et discret : c'était les deux mots d'ordre. Bien sûr, être dans une voiture ne pouvait pas les aider à être assez discret mais ils n'avaient pas le choix. La forêt de la Cité était beaucoup trop loin de là d'où ils venaient.

Lance et Ziva se déplaçaient de ville en ville, passant par des endroits très fréquentés pour se fondre dans la masse, puis empruntaient de grandes autoroutes. Ils étaient à quelques heures de la Cité mais ne pouvait pas ralentir. La planète dépendait du succès de leur mission.

Hier, Nowa était revenue avec le sceptre. Son petit corps s'était effondré devant l'entrée de la grotte, mais elle était vivante. Elle était juste assez consciente pour nous annoncer ce qu'on craignait tous : la Créature était sûrement libérée.

Dans un dernier souffle, elle les avait avertit de la probable perte de Dren. Mais cela ne devrait pas les décourager pour autant ! Ils savaient qu'il y aurait de nombreuses pertes en s'engageant dans cette bataille. Même si Dren était un atout majeur et un ami fidèle, aucun des résistants n'avaient le droit de se morfondre de cette perte. En temps de guerre, ils se devaient de laisser leurs sentiments de côtés.

Nowa avait perdu connaissance peu après. Elle avait tout de suite était amenée à l'infirmerie, laissée entre les mains expertes des meilleurs médecins de la Résistance. Le sceptre auquel elle s'accrochait finit par tomber sous elle, permettant ainsi à des collègues de le récupérer pour aller le faire examiner. Comme à d'habitude, on confia l'étude approfondi du sceptre aux meilleurs de leurs sorciers : les jumeaux Morgan et Solan. Pendant deux bonnes heures, ces derniers avaient enchainés les sorts d'examination afin d'être sûrs de leur verdict. Malgré tous leurs espoirs, l'évidence les frappa : il n'y avait plus aucune énergie dans la pierre, conffirmant ainsi la libération de la Créature. Pourtant, ils osaient espérer qu'ils se trompaient car il n'y avait eut aucun écho à ce propos.

Mais ils ne devaient prendre aucun risque ! Ce fut pour cette raison qu'ils dépêchèrent leur meilleurs hommes de combat pour cette mission; à savoir : tâter le terrain à la recherche d'une quelconque anomalie.

Le soleil était bien levé à présent, mais ils approchaient de la Cité. Encore peut-être une heure ou deux et ils pourraient enfin faire leur travail.

~*~

Après avoir ratissé la forêt toute la nuit, Darkös leur avait accordé une pause bien malgré lui. Malheureusement pour lui, les Nivdals, bien qu'ils étaient faits pour la guerre, avaient quand même besoin de repos pour pouvoir avoir la forme et combattre dans le meilleur de leurs capacités. De toute façon, son majordome Mardz lui avait fait remarqué que ce n'était pas conseillé d'inspecter la forêt à la lumière du jour où les policiers travaillaient - tentant de déterminer la cause de l'incendie provoqué par le crash du sceptre.

Des frissons désagréables naquirent dans le dos du chef. Sans le sceptre, pas de Créature. Sans Créature, pas de domination. Mais ce qui était effrayant, était de ne pas savoir ce qui se passait en bas. La Créature avait-elle été libérée ? Le garçon avait prononcé la formule, mais Darkös ne savait pas s'il s'agissait de la bonne. Après tout, le garçon était le seul à l'avoir trouvé au cours de ces dernières années. Seul un autre homme semblait la connaître mais Darkös ne pouvait le lui demander.

Toujours à bord de son dirigeable, l'homme ordonna qu'on lui prépare son repas, tout en repensant à son parcours jusqu'ici, tous ses efforts et tous ses combats pour enfin gagner le pouvoir absolu. Le plus puissant de ses sorts, il l'avait acquis en tuant son père, qui lui-même l'avait appris en éliminant son père, et ainsi de suite. Mais Darkös ne voulait pas de descendant. C'était la raison pour laquelle il avait mené combat sur deux fronts jusque là. Seulement, se rapprochant inévitablement du but de l'un d'eux, il avait délaissé l'autre - surtout après le désastre qui s'en était suivi. Mais à présent, il se dit qu'il devait peut-être se remettre à chercher de ce côté car, malheureusement - et tout le problème résidant en ça -, la vie n'était pas éternelle.

Il passa la journée à remettre au point ses priorités, puis quand la nuit tomba, il ordonna qu'on réveillât les Ants pour qu'ils retournent à leur recherches, mais cette fois-ci, en les étalant sur tout le territoire de la forêt, puis après, s'il le faut, en ville aussi.

~*~

À cause de l'incendie de la veille, Jetan ne pouvait plus se réfugier dans la forêt. Il poussa un juron et se dirigea vers les petites prairies où seuls les animaux sauvages venaient s'y reposer.

Après la pause de midi, Mily s'était enfin décidé à le laisser tranquille et était retournée en cours. Mais lui n'avait eut aucune envie de la suivre alors il quitta l'école en passant par son chemin secret : derrière les bennes à ordures du lycée, là où se trouvait la porte d'accès du garage, il y avait une grille qui séparait l'école du monde extérieur. Des élèves y avaient découpés une ouverture à l'abri des regards, et Jetan et ses amis l'avaient découverts à leur entrée au collège. Depuis, c'était devenu leur sortie de secours, même si à présent Jetan restait le seul à l'utiliser.

Arrivé au bord de la route, déposé par le bus, Jetan se dirigea vers les vastes plaines fleuries; malgré les avertissements du chauffeur qu'il ignora. Dans le but d'être le plus loin possible de la route, il s'enfonça dans les hautes herbes à la recherche d'un coin dénudé de ces feuillages imposants, tout en faisant attention au moindre mouvement douteux aux alentours. Après de longues minutes à marcher, il constata que les seuls endroits où il pouvait s'installer étaient ceux qui jouxtaient la forêt... vers lesquels il se dirigea et sur lesquels un jeune garçon y était déjà installé. Jetan en leva un sourcil de surprise en reconnaissant l'étrange garçon de la veille. Mais ce qui était le plus surprenant était son attitude : il jouait sans crainte avec de petits renardeaux sous la surveillance assidue de la mère. Sentant sa présence, cette dernière leva ses yeux noirs et menaçant vers lui. Remarquant le changement d'attitude de la mère, le garçon leva les yeux vers elle puis vers l'endroit qu'elle fixait. Son regard rencontra celui de Jetan et ils restèrent ainsi à se fixer. Le garçon lui sourit timidement puis délaissa les renardeaux - qui rejoignirent leur mère - pour se lever. Un peu hésitant, il s'avança néanmoins vers lui et dit d'une toute petite voix timide :

— Bonjour.

Jetan ne lui donna aucune réponse, scrutant la moindre de ses actions. Derrière, la renarde et ses petits s'éloignaient d'eux. Le soleil était encore bien haut dans le ciel, faisant briller les cheveux de l'inconnu qui, il pouvait à présent l'affirmer clairement, avait de beaucoup éclaircis. En le regardant, Jetan se rendit compte qu'il n'avait pas pensé à lui de toute la journée, sinon il aurait fait des recherches sur les origines plutôt inhabituelles de ce garçon. Ce dernier, intimidé par la façon dont Jetan le jaugeait, baissa les yeux et ses joues rougirent un peu. Il porta sa main vers l'arrière de la tête et se gratta nerveusement.

Sans rien dire, Jetan s'allongea non loin de lui et fixa son regard vers les cieux sans nuages. L'inconnu fut un peu désorienté par son attitude et attendit quelques secondes avant de le rejoindre, laissant délibérément un grand espace entre eux. Bien que tendu, sa présence lui faisait du bien. Il attendit, respirant lentement, les genoux ramenés sur son torse et les bras les entourant, puis il se lança :

— Je m'appelle...

Un flot de souvenir envahit son esprit. Une femme l'appelait avec douceur et gaieté.

— ...Vinz.

Jetan tourna vers lui un regard scrutateur puis annonça avec désinvolture :

— Jetan.

Vinz sourit, content de cet échange.

— Dis, Jetan... En quelle année sommes-nous ? J'ai beau compter avec les étoiles, je n'arrive pas à être sûr...

Jetan leva son regard perplexe vers l'inconnu. Il faillit lui répliquer d'aller se foutre de la gueule de quelqu'un d'autre mais se ravisa lorsqu'il vit ses yeux emplis de tristesse tournés vers le ciel qui commençait à s'assombrir; en automne, le soleil faisait sa descente de plus en plus tôt, laissant rapidement sa place à la majestueuse lune.

Jetan laissa la question suspendre quelques instants puis s'accorda à lui répondre :

— ...13542.

— Ah...

Vinz se recroquevilla un peu plus sur lui-même.

« Tant de temps se serait-il passé ? », pensa-t-il, l'esprit dans le vague.

Sa réaction surpris Jetan mais décréta que cela ne le concernait pas, alors il ne lui demanda rien. Il se contenta de ne plus rien dire, laissant le vent lui murmurer à l'oreille.

Le temps passa, la nuit vint lentement, emportant avec elle les dernières œuvres du jour : les animaux vivant le jour partaient se coucher dans leurs tanières, et les animaux de la nuit s'éveillaient peu à peu. Rien ne pouvait déranger cette harmonie mystique. La nature respirait le calme et apaisait les esprits qui prenaient la peine d'y être attentif.

Mais pour la seconde fois en deux jours, la quiétude de Jetan fut perturbée. Non loin d'eux, il sentit de puissantes vagues d'énergie magique fuser en désordre et se rapprochant inévitablement de l'endroit où ils étaient. Jetan se releva avec vivacité et grogna; il ne voulait pas être pris en plein milieu d'un combat magique, surtout s'il y avait un risque que l'on ne découvre ses pouvoirs magiques. Il ne voulait surtout pas qu'on le convoque et qu'on le force à se plier aux règles de l'Empire. Alors il se dirigea à l'opposé de l'endroit d'où émanait les faisceaux lumineux. Mais après de courtes minutes, les fautifs de ces troubles apparurent à la lisière de la forêt, alors qu'il n'avait pas eut le temps de s'éloigner assez. Il se retourna et vit, grâce à la lumière provoquée par les sorts, les individus qui se battaient : trois d'entre eux avaient un aspect assez grotesque mais Jetan ne put déterminer à quel peuple ils appartenaient, ni s'il s'agissait d'hommes ou de femmes, et deux autres semblaient provenir des terres centrales. Devant l'ampleur du combat, Jetan ne put s'empêcher de regarder. Une jeune femme se battait habilement, son corps ondulant comme celui d'un félin, contre les trois individus de race inconnue. L'homme, qui semblait être son associé, était bien imposant que la petite femme et lançait des sorts à une vitesse effarante. Le jeune lycéen était impressionné, ses yeux rivés sur le combat sans pouvoir se détacher.

Mais une autre énergie attira son attention. Devant lui, Vinz semblait trembler de tous ses membres. Perplexe, Jetan se rapprocha de lui et lut sur son visage un mélange de peur et de colère. Une aura sombre émanait de lui et il était tellement concentré sur lui qu'il n'avait pas remarqué que le combat avait cessé. Ce fut le silence de la nuit qui le frappa. Alors il se retourna vers les combattants et vit qu'ils les observaient avec terreur. Plus personne ne bougea pendant de courtes minutes avant que deux des hommes de race inconnue ne se tourne vers le troisième pour lui demander ce qu'ils devaient faire. Mais la jeune femme se saisit de cette occasion pour les attaquer; leur attention détournée, elle put s'en prendre à eux rapidement et efficacement. Plus craintif, son collègue gardait un œil sur les deux garçons. Malgré l'effet de surprise, la jeune femme s'en sortait avec difficulté et son associé lui vint en aide. Puis, décidant de tenter le tout pour le tout, il lança un sort de diversion vers les trois ennemis et ordonna à son amie :

— Ziva ! Avec le gosse !

La femme ne se fit pas prier deux fois et se dirigea rapidement vers les deux garçons. Jetan voulut s'enfuir mais en voyant Vinz pétrifié sur place, il décida de rester à ses côtés pour faire face à la combattante. Celle-ci ne lui accorda qu'un infime regard avant de se retourner et de crier :

— Lance !

L'interpellé comprit qu'il était temps pour lui d'agir. Il envoya un second sort de diversion, puis tout en se dirigeant vers l'endroit où ils étaient, il concentra toutes ses forces et scanda :

Torpis Chravos Reapar !

Une grande lumière bleue troua le ciel et les emprisonna dans une sphère aveuglante. Elle s'intensifia, délimitant plus précisément le périmètre autour des deux garçons et des deux combattants, puis disparut dans la nuit noire comme l'aurait fait un trou noir après avoir absorbé un peu trop d'énergie.

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